Aliénor d'Aquitaine

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Aliénor d’Aquitaine, détail Aliénor d’Aquitaine (dite également Éléonore de Guyenne), née en 1122 ou 1124La date exacte de sa naissance n'est pas connue ; plusieurs chroniques signalent que les seigneurs d'Aquitaine lui ont juré fidélité à son quatorzième anniversaire, en 1136. Quelques chroniques donnent 1120 comme date de naissance, mais il est presque certain que ses parents ne se sont mariés qu'en 1121. Enfin, d’autres chroniques lui donne
Aliénor d'Aquitaine

Aliénor d’Aquitaine, détail Aliénor d’Aquitaine (dite également Éléonore de Guyenne), née en 1122 ou 1124La date exacte de sa naissance n'est pas connue ; plusieurs chroniques signalent que les seigneurs d'Aquitaine lui ont juré fidélité à son quatorzième anniversaire, en 1136. Quelques chroniques donnent 1120 comme date de naissance, mais il est presque certain que ses parents ne se sont mariés qu'en 1121. Enfin, d’autres chroniques lui donnent treize ans lors de son mariage, en 1137 et morte le 31 mars ou le 1204Marie-Aline de Mascureau, « Chronologie », primitivement publiée dans Aliénor d'Aquitaine. Revue 303, hors-série n° 81, p 218-223, Nantes 2004, in Edmond-René Labande, Pour une image véridique d’Aliénor d’Aquitaine, réédité avec une préface de Martin Aurell par la Société des antiquaires de l'Ouest-Geste éditions en 2005. ISBN 2-84561-224-9, à PoitiersAurell, in Labande, , p 26 ; voir aussi Jean Flori. Aliénor d’Aquitaine. La reine insoumise. Paris, Payot, 2004 p 184-185 (non consulté) — et non à l'abbaye de Fontevraud — duchesse d’Aquitaine, occupe une place pivot dans les relations entre royaumes de France et d’Angleterre au : elle épouse successivement le roi de France Louis VII, puis le futur roi d’Angleterre, Henri II, renversant le rapport des forces en apportant sa dot à l’un puis à l’autre des deux rois. En tenant une cour fastueuse dans son domaine aquitain, elle favorise l'expression poétique des troubadours. À la fin de sa vie, elle joue un rôle politique important dans l’Occident.

L’héritière d’Aquitaine

Armes du duché de Guyenne, De gueules, au léopard d'or Aliénor d'Aquitaine est la fille aînée de Guillaume X, duc d’Aquitaine, lui-même fils de Guillaume IX le Troubadour, et d’Aénor de Châtellerault, fille de Aymeric I de Châtellerault, un des vassaux de Guillaume X. Aliénor, "l'autre Aénor" en langue d'oc, est ainsi nommée en référence à sa mère Aénor. Le prénom devient Eléanor en langue d'oïl. Elle reçoit une éducation soignée, celle d’une femme noble de son époque, soit à la cour d’Aquitaine, l’une des plus raffinées du , celle qui vit naître l’amour courtois (le fin amor), entre les différentes résidences des ducs d’Aquitaine : Poitiers, Bordeaux, le château de Belin où elle serait née, soit encore dans un monastère fémininAurell, in Edmond-René Labande, Pour une image véridique d’Aliénor d’Aquitaine, paru dans le Bulletin de la Société des antiquaires de l'Ouest, 1952, p 175-234 ; réédité avec une préface de Martin Aurell par la Société des antiquaires de l'Ouest-Geste éditions en 2005. ISBN 2-84561-224-9, p 10. Elle apprend à lire et à écrire le latin, la musique et la littérature de l’époque, mais aussi à monter à cheval et à chasser. Elle devient l’héritière du domaine aquitain à la mort de son frère Guillaume Aigret, en 1130Jean Flori. Aliénor d’Aquitaine. La reine insoumise, Paris, Payot, 2004. ISBN 2-228-89829-5, p 41. Lors de son quatorzième anniversaire (1136), les seigneurs d’Aquitaine lui jurent fidélité. Son père meurt à 38 ans (1137), le Vendredi saint lors d’un pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle. Elle épouse alors l’héritier du roi de France Louis VI, le futur Louis VII. Deux versions sur la conclusion de ces noces sont possibles : soit, craignant que sa fille soit enlevée (et épousée) par un de ses vassaux ou de ses voisins, le duc Guillaume avait proposé au roi de France, avant de mourir, d’unir leurs héritiers. Soit le roi fait jouer la tutelle féodale que le suzerain détient sur l'orpheline héritière d'un de ses vassaux, et la marie à son filsAurell, in Labande. , p 8 et 11 (voir mariage oblique). Le domaine du roi de France s'accroît de ces terres entre Loire et Pyrénées ; mais le duché d’Aquitaine n’est pas rattaché à la Couronne, Aliénor reste duchesse, et l'éventuel fils aîné du couple sera titré roi de France et duc d’Aquitaine, la fusion entre les deux domaines ne s’opérant qu’une génération plus tard. Les noces ont lieu le 25 juillet 1137 à Bordeaux entre le futur roi de France Louis VII. Comme de coutume, les festivités de mariage durent plusieurs jours, au palais de l’Ombrière à proximité de Bordeaux, et se répètent tout au long du voyage vers Paris. La nuit de noces a lieu au château de Taillebourg, les époux sont couronnés ducs d’Aquitaine à la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers (aujourd’hui remplacée par une cathédrale gothique) le 8 aoûtMascureau, in Labande, , p 122. Ils apprennent la mort de Louis VI pendant le voyage.

La reine de France

Contre sceau de Louis VII en duc d'Aquitaine. Aliénor est couronnée reine de France à Noël 1137 à Bourges (son époux avait déjà été sacré du vivant de son père, à l’âge de neuf ans, mais il est recouronné). Très belleLabande p 69, d’esprit libre et enjoué, Aliénor déplaît à la cour de France, plus froide et réservée ; elle est critiquée pour sa conduite et ses tenues indécentes, tout comme ses suivantes et tout comme une autre reine de France venue du Midi un siècle plus tôt, Constance d’Arles. Ses goûts luxueux (des ateliers de tapisserie sont créés, elle achète beaucoup de bijoux et de robes) étonnent. Les troubadours qu’elle fait venir ne plaisent pas toujours : Marcabru est renvoyé de la cour pour avoir exprimé son amour pour la reine. Certains historiens attribuent ces critiques à l’influence qu’elle aurait sur le roi. Celle-ci est difficile à démontrer selon Labande p 41. Le jeune couple (ils ont tous deux moins de vingt ans) prend plusieurs décisions inconsidérées :
- après la constitution de Poitiers en commune, la ville est prise sans effusion de sang par Louis VII, qui exige que les bourgeois livrent leurs enfants en otage ; l’abbé Suger intervient pour lui faire renoncer ;
- après cette intervention de Suger dans le domaine de la jeune reine, celle-ci l’écarte du conseil ;
- Louis VII soumet Guillaume de Lezay, qui avait refusé l’hommage à Poitiers ;
- dans une expédition sans lendemain en 1141, il tente de conquérir Toulouse, sur laquelle Aliénor estimait avoir des droits (de sa grand-mère Philippa de Toulouse) ; pour le remercier, Aliénor lui offre un vase taillé dans un bloc de cristal, monté sur un pied d’or et orné de pierreries et de perles ; il est encore aujourd’hui visible au Louvre, et avait été donné à son grand-père par le roi de Saragosse Imad al-Dawla ;
- elle pousse le roi à faire dissoudre le mariage de Raoul de Vermandois, pour que sa sœur Pétronille d'Aquitaine, amoureuse, puisse l’épouser, ce qui causa un conflit avec le comte de Champagne, Thibaut IV de Blois, frère de l'épouse délaissée. Au cours de ce conflit, la ville de Vitry-en-Perthois est prise, et l’église dans laquelle s’étaient réfugiés ses habitants est incendiée. L’interdit est jeté sur le royaume, et le couple n’a toujours pas d’enfant (Aliénor a fait une fausse-couche en 1138). Pour faire lever cet interdit, comme pour obtenir du Ciel une naissance, elle pousse Louis VII à participer à la deuxième croisade et l'accompagne, comme c’était habituel, la croisade étant un pèlerinage. Deux filles sont nées de ce mariage :
- Marie (1145-11 mars 1198), qui épouse en 1164 Henri I de Champagne, comte de Troyes, dit « Le Libéral », et devient régente du comté de Champagne de 1190 à 1197,
- Alix (1150-1195), qui épouse Thibaud V de Blois dit « Le Bon » (1129-1191), comte de Blois 1152-1191. Durant toute cette période, l’analyse des chartes montre une assez faible implication d’Aliénor dans le gouvernement : elle est là pour légitimer les actesJean Flori, , p 388-89.

La II croisade

Elle invite le troubadour Jaufré Rudel à la suivre lors de la deuxième croisade, et emmène toute une suite, avec de nombreux chariots. Imitée par les épouses des autres croisés, la croisade française se retrouve encombrée d’un énorme convoi qui la ralentit. La découverte de l’Orient, avec ses fastes et ses mystères, fascine Aliénor et rebute Louis. Les causes de discorde entre les deux époux s’ajoutent aux difficultés du voyage :
- la bataille du mont Cadmos, où l’imprudence d’un de ses vassaux manque de causer la perte de la croisade ;
- les manquements des Byzantins (qui leur cachent d’abord que les Allemands ont été battus, puis ne leur fournissent pas les navires promis) ;
- les retrouvailles avec son oncle Raymond de Poitiers, qui accueille les croisés mais ne reçoit aucune aide de leur part ;
- l’échec calamiteux de la croisade ; Tout cela provoque, avec l’infidélité supposée de sa part (voir plus bas), une rupture entre les deux époux. Ils font le retour séparément, en bateau jusqu’en Italie. La nef d’Aliénor est prise dans une bataille navale entre Roger II de Sicile et l’empereur Manuel Comnène : elle tombe aux mains des Byzantins, avant d’être aussitôt délivrée par les Normands de SicileLabande, , p 56. Elle aborde à Palerme, puis rejoint Louis VII en Calabre, où il a débarqué le 29 juillet. Après un arrêt dû à une maladie d’AliénorLabande, , p 57, ils remontent ensuite vers la France. Le pape Eugène III à l’abbaye du Mont-Cassin, puis Suger (par lettres interposées), réussissent à les réconcilier. Une fille naît d’ailleurs l'année suivante. Cependant, le désaccord resurgit à l’automne 1151. Début 1152, le couple relève les garnisons royales présentes dans le domaine aquitaniqueLabande, , p 61-62. Enfin, le mariage est annulé le 21 mars 1152 par le synode de Beaugency pour motif de consanguinité aux 4 et 5 degrés (à strictement parler le divorce n'existe pas à l'époque).

L’incident d’Antioche et la « légende noireL’expression récente est de Martin Aurell, et depuis reprise par, entre autres, Jean Flori » de la reine Aliénor

Prise d'Antioche par les Croisés Les événements d’Antioche, ramenés à l’importance d’un incident par Jean Flori, ont depuis presque neuf siècles suscité une abondante littérature : cette infidélité d’Aliénor (dont tous les historiens ne sont pas convaincus) a non seulement des conséquences graves à terme sur l’histoire politique, mais son traitement par les chroniqueurs nous en apprend beaucoup sur les mentalités de l’époque, et cet épisode est depuis devenu un enjeu pour les historiens, toujours controverséJean Flori, qui a divisé sa biographie de la reine en deux, traite ainsi de cet épisode dans la seconde, celle consacrée aux parties faisant l’objet de discussion . En chemin, la croisade s’arrête dix joursRégine Pernoud. Aliénor d’Aquitaine. Le Livre de Poche, Paris, 2004 (rééd. 1965), ISBN 2-253-03129-1, p 74 à Antioche : elle y est accueillie par Raymond de Poitiers, l’oncle d’Aliénor, prince d’Antioche. Il est certain qu’Aliénor et Raymond de Poitiers s’entendent à merveille et passent beaucoup de temps ensemble. Des soupçons naissent sur la nature de leurs relations et une dispute éclate entre Louis VII et Aliénor, qui rappelle alors à son époux leur degré de consanguinitéConnue au moins depuis 1143, mais saint Bernard de Clairvaux lui-même ne jugeait pas cela d‘une très grande gravité. Joëlle Dusseau. Aliénor aux deux royaumes, Mollat, Bordeaux, 2004. ISBN 2-909351-78-5, p 40, et qu’elle pourrait donc demander l’annulation de leur mariage. De nuit, Louis VII quitte Antioche, forçant Aliénor à le suivre. Plusieurs chroniqueursGervais de Canterbury dans l’Histoire des rois d’Angleterre et Richard de Devizes, cités par Jean Flori, Aliénor d’Aquitaine. La reine insoumise, Paris, Payot, 2004. ISBN 2-228-89829-5, p 305 évoquent l’affaire, tout en écrivant qu’il vaut mieux ne pas en parler, signe qu’elle est connue de tous et de nature à porter atteinte à la réputation de contemporains. Parmi les chroniqueurs les mieux placés, Eudes de Deuil choisit d’arrêter son récit juste avant l’arrivée à Antioche. Jean Flori interprète ce silence comme un désir de ne pas nuire au roiJean Flori, Aliénor d'Aquitaine, p 315-316. Une lettre de Suger3 avril 1149, citée par Jean Flori, , p 317 à Louis VII évoque elle aussi des troubles graves dans le couple. Guillaume de Tyr donne lui une explication politique : Raymond de Poitiers aurait tenté de manipuler la croisade pour l’orienter vers le siège d’Alep et de Césarée, et aurait manipulé Aliénor pour qu’elle influence le roi. Cette trahison politique d’Aliénor double donc la trahison matrimoniale. Aliénor est pour lui, une « poupée manipulée », sans volontéJean Flori, , p 329, ce qui est une des deux manières principales dont elle a été représentée (avec la figure de la nymphomane). Les historiens ont aujourd’hui complètement abandonné les accusations de nymphomanie et celles qui lui sont liées« Les accusations de nymphomanie avec de proches parents ne résistent pas à la critique moderne », Martin Aurell Introduction : pourquoi la débâcle de 1204 ?, in Marin Aurell et Noël-Yves Tonnerre éditeurs. Plantagenêts et Capétiens, confrontations et héritages, colloque des 13-15 mai 2004, Poitiers. Brepols, 2006, Turnhout. Collection Histoires de famille. La parenté au Moyen Âge. ISBN 2-503-52290-4, p 4. Quant à l’infidélité de la reine, elle n’est pas impensable en elle-même au : parmi les exemples disponibles, le plus proche est celui de Marguerite, épouse d’Henri le Jeune et maîtresse de Guillaume le Maréchal. Le contexte de la croisade aggrave encore la sensibilité à ce qui touche la sexualité : Jean Flori note que, en arrière-plan, la sexualité au cours de la croisade, même légale, était déjà jugée de façon défavorable : même sans évoquer Aliénor, plusieurs contemporains attribuent l’échec de la deuxième croisade aux fautes morales des croisés. La même explication est donnée pour l’échec de celle de 1101 (celle de Guillaume le Troubadour)Jean Flori, , p 324. Sur cet incident, une infidélité qui paraît acquise aux contemporainsJoëlle Dusseau, , p 40, et même bien avant la mort d’AliénorJean Flori, , p 332, les chroniqueurs brodent assez rapidement : Hélinand de Froidmond, dans sa Chronique universelle, comme Aubri de Trois-Fontaines, affirment qu’elle se conduisit plus en putain qu’en reine. Le but est ici politique : mettre en valeur la vertueuse dynastie capétienne et justifier leur suprématie sur un lignage Plantagenêt immoralJean Flori, , p 304-305. Avant même la fin du Moyen Âge, l’évènement est grossi et transformé : on identifie l’amant avec Raoul de Faye, un sarrasin, voire Saladin (enfant à l’époque). L’épisode de la maîtresse d’Henri II, Rosemonde, se surajoutant (rumeur d’empoisonnement sur ordre d’Aliénor), certains chroniqueurs lui prêtent une liaison avec l’évêque de Poitiers Gilbert de la Porrée (né vers 1076Catholic Encyclopedia. Gilbert de la Porrée, disponible en ligne , consulté le 9 juin 2007), avec le connétable d’Aquitaine Saldebreuil, etc. Pour Jean Flori, il a pu se passer deux choses :
- soit Aliénor a effectivement eu des relations incestueuses avec son oncle, et a voulu ensuite rester avec lui, au point de ne pas craindre de se séparer de son époux ;
- soit les croisés se sont trompés dans leur appréciation du sentiment qui unissait Raymond de Poitiers et Aliénor d’Aquitaine, ce qui donne une Aliénor très hardie osant évoquer la dissolution du mariage. Dans les deux cas, l’élément primordial est cette évocation d’une possibilité d’annulation du mariage à l’initiative de l’épouseJean Flori, , p 303, et qui a forcément du être préméditéeJean Flori, , p 333. Ce faisant, c’est elle qui décide de la rupture du mariage, chose impensable dans l’univers mental masculin d’alors : c’est pratiquement elle qui répudie son mari. Il se révèle au final difficile de trancher en ce qui concerne la réalité de l’adultère, comme Jean Flori s’interdit de le faire :

La reine d’Angleterre

Mariage avec Henri II d’Angleterre

Elle rentre immédiatement à Poitiers et manque d’être enlevée deux fois en route par des nobles qui convoitent la main de la plus riche héritière de France : le comte Thibaud V de Blois et Geoffroi Plantagenêt. Elle échange quelques courriers avec Henri d’Anjou, futur roi d’Angleterre, aperçu à la Cour quelques semaines plus tôt et, le 18 mai 1152, six semaines après l'annulation de son premier mariage, elle l'épouse. Celui-ci est de onze ans son cadet et a le même degré de parenté que Louis VII avec elle. Dans les treize années qui suivent, elle lui donne cinq fils et trois filles :
- Guillaume Plantagenêt (17 août 1153-1156),
- Henry dit Henri le Jeune (28 février 1155-11 juin 1183), qui épouse Marguerite, fille de Louis VII le Jeune, roi de France ;
- Mathilde (août 1156-1189), qui épouse Henri le Lion (?-1195) duc de Saxe et de Bavière en 1168 ;
- Richard (8 septembreMascureau, in Labande, , p 128 1157-1199), qui devient roi d'Angleterre sous le nom de Richard Cœur de Lion, qui épouse Bérengère de Navarre. Il meurt sans descendance légitime ;
- Geoffroy II de Bretagne (23 septembre 1158Mascureau, in Labande, , p 128-1186), comte de Bretagne par son mariage en 1181 avec Constance de Richemont (1161-1201), fille et héritière du duc de Bretagne Conan IV mort en 1171 ;
- Aliénor (septembre 1161Mascureau, in Labande, , p 130-1214), qui en 1177 épouse Alphonse VIII de Castille (1155-1214), mariage dont est issue Blanche de Castille ;
- Jeanne (octobre 1165Mascureau, in Labande, , p 131-1199), qui épouse Guillaume II roi de Sicile puis Raymond V comte de Toulouse. Veuve une seconde fois (1194), elle devient abbesse à Fontevraud ;
- Jean (27 décembre 1166Mascureau, in Labande, , p 131-1216), dit Jean sans Terre, roi d'Angleterre (1199-1216) qui épouse Isabelle d'Angoulême, mère d’Henri III. Durant les deux premières années de ce mariage, Aliénor affirme son autorité. Mais rapidement, c’est Henri II qui prend les décisions ; cinq grossesses les sept premières années la tiennent peut-être à distance. En tout cas, elle le suit au cours de ses voyages quand il a besoin d’elle, le représente quand il ne peut se déplacer (à Londres fin 1158 et en 1160), sinon elle est tenue plus souvent dans les domaines Plantagenêt que dans les siens. Après 1154, tous ses actes sont soit précédés d’une décision du roi d’Angleterre, soit confirmés par lui par la suiteJean Flori, , p 390-391. Malgré sa réputation de femme légère, forgée a posteriori par des chroniqueurs, Aliénor est excédée par les infidélités de son mari. Ainsi, son premier fils Guillaume et un bâtard d’Henri sont nés à quelques mois d’écart ; Henri eut beaucoup d’autres bâtards tout au long de leur mariage. Les accords de Montmirail et la difficulté de maintenir sa domination sur un ensemble aussi vaste et hétérogène poussent Henri II à une réforme dynastique. En 1170, Richard est proclamé duc d'Aquitaine et Aliénor gouverne son duché en son nom. Elle s’établit à Poitiers et y crée la Cour d’amour, dont quelques règles ont été rédigées par André le Chapelain (ou Andreas Capellanus) (voir plus bas). Tout comme avec Louis VII, elle n’agit que très peu politiquementAurell, in Labande, p 11 ; voir aussi Marie Hivergneaux. Aliénor d’Aquitaine : le pouvoir d’une femme à la lumière de ses chartes (1152-1204), dir. M. Aurell. Poitiers 2000, p 63-88. Aliénor est horrifiée par l'assassinat de Thomas Becket dans sa cathédrale de Cantorbéry.

La mécène

Les historiens ont longtemps attribué à Aliénor d’Aquitaine un rôle important de mécène, notamment auprès des troubadours, ayant été formée à l’exemple de ses père et grand-père. Cette vision a été radicalement remise en cause récemment par K. M. Broadhurst : en effet, en regardant en détail les œuvres auparavant considérées comme commandées ou dues au patronage d’Aliénor, très peu comportent une mention de cette commande. De plus, en se fondant sur le fait que le seul troubadour présent dans les chartes au même endroit qu'Aliénor est Arnaut-Guilhem de Marsan, coseigneur de Marsan (Landes) lors d'un plaid tenu à Bordeaux, l’existence même de ces cours poétiques est remise en causeK. M. Broadhurst. « Henry II of England and Eleanor of Aquitaine. Patrons of Literature in french ? », Viator n° 27, 1996 (non consulté). Arnaut-Guilhem de Marsan était l'auteur d'un célèbre (au Moyen Âge)
Ensenhamen de l'escuder, un guide qui expliquait comment se comporter en bon chevalier. Il affirme également que ces cours d'amour sont des inventions d'André le Chapelain qui poursuivait peut-être des buts politiques en voulant discréditer Aliénor. Il était en effet un clerc du roi de France Philippe Auguste et son ironie à l’égard d’Aliénor est évidenteAurell, in Labande, p 31, de même qu’il n’a jamais fréquenté sa cour. Cependant, une évaluation minimale peut attribuer la commande d’une traduction de MonmouthLabande, , p 80 à Wace, qu’il enrichit et en fait son Roman de Brut, qui lui est probablement dédicacé ; c’est une œuvre importante de 15 000 vers, qui a au moins dû recevoir un encouragement ou une incitation princière. On peut joindre à cette attribution a minima l’Histoire des ducs de Normandie'', par Benoît de Sainte-MaureJean Flori, , p 402-405. D’un autre côté, sans qu’on puisse attribuer l’origine d’œuvres à des commandes royales, un certain nombre ont certainement été composées en leur honneur, ou dans le but de leur plaire, ou ont dû valoir à leur auteur une généreuse récompense. Enfin, le prestige du couple est tel qu’il est présent dans la littérature contemporaine : dans les années 1150, un trouvère anonyme, originaire de l’Angoumois, refait la geste de Girart de Roussillon, en glissant plusieurs allusions à Aliénor d’AquitaineLabande, , p 58 ; René Louis. De l'histoire à la légende : Girart comte de Vienne, dans les chansons de geste. Auxerre, 1947. Plus tard, en 1155, le Normand Benoît de Sainte-Maure ne la nomme pas, mais fait son éloge dans son Roman de Troie, manière de dédicaceJean Flori, , p 408-410 ; de même, il chante les louanges du couple royal deux fois dans la Vie de saint ÉdouardJean Flori, , p 412. Le troubadour Bernard de Ventadour, qu’elle accueille à sa cour en 1153Jean Flori, , p 410-411, lui dédicace l'une de ses chansons en la surnommant « la duchesse de Normandie ». Quand elle règne à Poitiers, elle ouvre une cour lettrée, y accueillant entre autres sa fille Marie de Champagne (protectrice de Chrétien de Troyes)Labande, , p 80-81 et 90-91 ; sur l’influence probable qu’Aliénor a sur sa fille, voir Jean Flori, , p 400-402. De même, Barking et Philippe de Thaon lui dédient des œuvresAurell, in Labande, , p 31 ; pour Philippe de Thaon, il s’agit d’une seconde version du Bestiaire, primitivement dédicacée à Adélaïde de Louvain, remplacée ensuite par Aliénor, ce qui montre le prix accordé à son avis. En 1162, à sa demande, les travaux d’une nouvelle cathédrale à Poitiers commencentLabande, , p 74. Il apparaît donc que la cour Plantagenêt protège les artistes, et que l’époque connaît une importante floraison littéraire, qui pénètre très peu à la Cour de FranceLabande, , p 82. Malgré cela, Henri II tient probablement un rôle important dans le patronage des artistes : il commissionne dans les années 1160 la rédaction du Roman de RouJean Flori, , p 407-408, conjointement à Aliénorau vers 17 du Roman de Rou, l’auteur signale que le couple lui a souvent prodigué des dons, et encore plus de promesses.

La révolte de 1173-1174 et les quinze ans de captivité

En 1173, elle trame le complot qui soulève ses fils Richard, Geoffroy et Henri le Jeune contre leur père, Henri IIAurell, in Labande, , p 24 ; Labande lui-même, p 85. Cette révolte est soutenue par Louis VII, le roi d’Écosse Guillaume I, ainsi que les plus puissants barons anglais. Aliénor espère lui reprendre le pouvoir mais, lors d'un voyage, elle est capturée et Richard finit par rallier son père. Aliénor est emprisonnée pendant presque quinze années, d’abord à Chinon, puis à Salisbury, et dans divers autres châteaux d’Angleterre. En 1183, Henri le Jeune, endetté et auquel son père refuse la Normandie, se révolte à nouveau. Il tend un guet-apens à son père à Limoges, soutenu par son frère Geoffroy et par le roi de France Philippe Auguste. Mais il échoue, et doit subir un siège à Limoges, puis s’enfuir. Il erre ensuite en Aquitaine, et meurt finalement de dysenterie. Il demande à son père, avant de mourir, de libérer sa mère. De même, en 1184, Henri le Lion et son épouse Mathilde d'Angleterre intercèdent auprès d’Henri II, et la captivité d’Aliénor s’adoucit. À la Pâques 1185, il la fait venir sur le continent lors de la nouvelle révolte de Richard (Cœur de Lion) afin de le ramener à la docilitéLabande, , p 92-93.

Son action de gouvernement

C’est dans la période 1167-1173 qu’elle commence à prendre des décisions qui ont toute leur force, sans avoir besoin d’une confirmation d’Henri II. Mais là encore, elle n’exerce seule et pleinement le pouvoir, que parce que le roi se retire volontairementJean Flori, , p 391. Son activité est bien sur suspendue pour la période 1173-1189, avant de reprendre dès sa libération. Lors de cette période de retraite monastique entrecoupée de sorties dans le monde, son autonomie de gouvernement n’est en rien limitée. Sans en faire une reine indépendante, Jean Flori reconnaît qu’elle a tenté d’exercer le pouvoir, ce qui est déjà exceptionnel pour l’époque ; qu’elle l’a fait de manière conjointe et limitée avec Louis VII ; et de manière discontinue et incomplète avec Henri II. Avoir été une femme a limité ses possibilités d’exercice du pouvoir aux périodes de criseJean Flori, , p 393-394. Le principal fait est qu’elle montre une inépuisable énergie pour maintenir entier le domaine Plantagenêt. S'inspirant des conventions maritimes en Méditerranée orientale, Aliénor jette les bases d’un droit maritime avec les rôles d'Oléron en 1160, qui est encore à la base de la loi de l'amirauté. Elle passe également des accords commerciaux avec Constantinople et les ports des Terres Saintes. Elle modernise la ville de Poitiers : charte de commune, construction de halles, d'une enceinte nouvelle, agrandissement de son palais, etc.

La veuve

Après la mort d'Henri II, le 6 juillet 1189, elle est libérée par l’ordre du nouveau roi, Richard Cœur de Lion. Elle parcourt alors l’Angleterre, y libère les prisonniers d’Henri II et fait prêter serment de fidélité au nouveau roi. Elle y gouverne en son nom jusqu’au début de 1191Labande, , p 96. Alors que Richard Cœur de Lion est parti pour la Troisième croisade, elle part chercher Bérangère de Navarre et la conduit, en plein hiver, à travers les Alpes et l’Italie, jusqu’à Messine, où Richard s’apprête à appareiller pour la Terre SainteLabande, , p 96-98. Elle le rejoint le 30 mars, et il épouse Bérangère à Limassol le 16 mai. Elle retourne précipitamment en Angleterre empêcher Jean sans Terre de trahir son frère. Elle n’y parvient qu’un temps : en mars 1193, il cède la Normandie à Philippe Auguste : aussitôt, elle l’assiège avec tous les barons anglais (dont Guillaume le Maréchal) à WindsorLabande, , p 98. Sur le chemin du retour, Richard est capturé en Autriche. Indignée par la nouvelle, et par l’absence de réaction du pape (qui protège normalement les croisés), Aliénor écrit néanmoins à celui-ci pour lui demander de l’aide et fustiger son inertie, parvient à rassembler l'énorme rançon qu'elle apporte elle-même à Mayence à Henri VI, fils de Frédéric Barberousse (hiver 1193-1194)Labande, , p 100-104. Elle se retire ensuite à Fontevraud. La blessure de Richard Cœur de Lion au siège de Châlus la tire de sa retraite. Il meurt le 6 avril, et elle prend immédiatement parti pour Jean, son dernier filsLabande, , p 107-108 : à 77 ans, elle parcourt tout l’ouest de la France, rallie l’Anjou qui s’était prononcé pour le comte de Bretagne, et fait prêter serment à Jean dans ses domaines aquitains. En juillet, elle rend hommage au roi de France à Tours, puis rencontre son fils Jean sans Terre à Rouen. Enfin, en janvier 1200, elle est en Castille pour aller chercher une épouse pour le Dauphin de France : elle choisit Blanche de Castille, future mère de Saint LouisLabande, , p 112-113.

Dernières années

Le gisant d'Aliénor (avec Henri II au second plan), à Fontevraud Aliénor se retire en 1200 à l'abbaye de FontevraudLabande, , p 113-114. Malade, elle ramène néanmoins en février 1201 le puissant vicomte Aimery VII de Thouars à l’obéissance, alors qu’il s’était révoltéLabande, , p 114-115. En juillet 1202, Philippe Auguste déclare Jean sans Terre félon, et saisit ses domaines. Une de ses armées, à Tours, est commandée par le petit-fils d’Aliénor, Arthur de Bretagne, et menace Fontevraud. Elle fuit l’abbaye pour se réfugier à Poitiers, mais ne peut y parvenir et s’abrite à Mirebeau, y est assiégée par le comte de Bretagne du 15 juillet au 1 août, avant d’être délivrée par son fils JeanLabande, , p 116. Elle se retire à nouveau à Fontevraud à l’automne, et meurt à PoitiersAurell, in Labande, , p 26 ; voir aussi Jean Flori. Aliénor d’Aquitaine. La reine insoumise. Paris, Payot, 2004 p 184-185, à l'âge de 82 ans, le 31 mars 1204, quelques semaines après la prise de Château-Gaillard par Philippe AugusteLabande, , p 117. Elle est inhumée à Fontevraud et l'on peut toujours voir son superbe et célèbre gisant qui voisine avec ceux de son second mari Henri II Plantagenêt, de son second fils arrivé à l'âge adulte Richard Cœur de Lion et d'Isabelle d'Angoulême, la femme de Jean sans Terre.

Voir aussi

Articles de Wikipédia

- Maison de Poitou
- Liste des comtes de Poitiers
- Liste des reines de France
- Poitou
- Amour courtois
- Ermengarde de Narbonne, autre femme qui a gouverné une principauté au Moyen Âge, et même de façon plus complète qu’Aliénor
- Lilith ===
Sujets connexes
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