Saïs

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Saïs (en grec ancien Σάϊς), en ancien égyptien Sa ou Saou et de nos jours Sa El-Hagar, fut la capitale du cinquième nome (le Neith du nord) de Basse-Égypte dans le delta occidental du Nil. La ville se situait dans l’antiquité sur la branche canopique du Nil. Selon Platon (-427/-348, philosophe grec) dans le Timée, des prêtres de Saïs auraient confié à Solon (-640/-558, homme d'État athénien) le secret de l'Atlantide.
Saïs

Saïs (en grec ancien Σάϊς), en ancien égyptien Sa ou Saou et de nos jours Sa El-Hagar, fut la capitale du cinquième nome (le Neith du nord) de Basse-Égypte dans le delta occidental du Nil. La ville se situait dans l’antiquité sur la branche canopique du Nil. Selon Platon (-427/-348, philosophe grec) dans le Timée, des prêtres de Saïs auraient confié à Solon (-640/-558, homme d'État athénien) le secret de l'Atlantide.

Histoire

Tête d'une statue du pharaon Amasis - Saïs ? - Musée égyptien de Berlin La ville est connue dès le début de l'histoire égyptienne, on a retrouvé des étiquettes en bois liées au roi Aha (v.-3080/v.-3055) mentionnant la cité et son culte dédié à NeithTrouvée à Abydos dans le tombeau de la reine Neithhotep ; cf. N. Grimal ; Ch. III. La période thinite. p. 66. Cependant l'ascension politique de la ville fut tardive. Il n'y a plus aucune trace de la cité avant la fin Nouvel Empire (v.-1100). Elle devint capitale d’un vaste royaume constitué au par les grands chefs Libou, qui unifièrent les nomes du delta occidental ce qui donna naissance à la . Celle-ci avec ses rois Tefnakht (-727/-716) et Bakenranef (ou Bocchôris, -716/-715), lutta pour réunifier l'Égypte en entravant les entreprises de conquête des Éthiopiens de la et en leur disputant MemphisN. Grimal ; Ch. XIV. Éthiopiens et Saïtes. Par la suite elle garda son statut avec la qui devint, de dynastie régionale, l’unique dynastie du pays de -664 à -525. Saïs fut alors un foyer de civilisation si brillant que l’on a parlé de « renaissance saïte ». Enfin, après la première invasion perse, elle redevint ville dynastique de -404 à -399. Le prince de Saïs, Amyrtée (-404/-399), mena la révolte contre les Perses et fonda en -404, la . À cette époque Neith, la déesse tutélaire de Saïs, supplanta Amon comme premier Dieu de la monarchie. C'est la création de la ville d'Alexandrie en -332, qui marqua le déclin de Saïs. La ville avait aussi un temple d'Isis. C'est dans ce temple que Plutarque (40/120, biographe et moraliste grec) indique que sur le tombeau d'Isis on trouve l'inscription à l'origine de la légende du Voile d'Isis : « Je suis tout ce qui fut, ce qui est, ce qui sera et aucun mortel n’a encore osé soulever mon voile ».

Les dieux de Saïs

Neith était à la tête d'une véritable famille divine à Saïs. En tant que mère primordiale elle était la matrice dans laquelle le dieu Rê lui-même se conçu et ainsi occupait la place du démiurge que l'on retrouve dans la plupart des système théologiques du pays comme celles d'Hermopolis, d’Héliopolis ou de Memphis. Elle prenait alors la forme d'une vache divine qui recevait un culte particulier à Saïs même dont Hérodote nous a peut être laissé un témoignage lorsqu'il affirme avoir vu dans le palais royal d'Amasis une salle dans laquelle était exposée à la vue de tous une statue en bois à l'image d'une vache couchée dont la tête dorée était coiffée de cornes enserrant un disque en or représentant le soleil. On reconnaît dans cette dernière description la coiffe traditionnelle des déesses égyptiennes portée par Hathor ou Isis, avec lesquelles Neith se confondait à Saïs. D'autres dieux formaient le panthéon qui accompagnait la déesse et possédaient leur sanctuaire dans la ville même comme Atoum ou Osiris sous la forme de Osiris Hémag. Saïs comprenait d'ailleurs l'un des tombeaux d'Osiris, faisant de cette cité l'un des lieux les plus sacrés du pays avec d'autres sites qui comportaient de tels sanctuaires comme Abydos ou Philae.

La cité antique

Obélisque d'Apriès provenant du temple de Neith de Saïs - Piazza della Minerva - Rome La ville de Saïs était une des étapes principales des fêtes liées au couronnement ou du jubilé de Pharaon. Nous connaissons de nombreux dignitaires de l’Ancien Empire prêtres ou prêtresses de la déesse Neith, démiurge dont l’origine est placée à Saïs par tradition. Le sanctuaire du Château de la Couronne Rouge est fréquemment associé à ces fonctions et laissent supposer que Saïs était le lieu où l’on conservait la desheret, manifestation divine de la royauté de Basse-Égypte. Associée à la couronne blanche de Haute-Égypte, la hedjet, elles formaient le pschent, ou double couronne, que les souverains égyptiens ceignaient lors de leur accession au trône d’Horus. Un autre sanctuaire est également fréquemment cité par les sources de l'Ancien Empire et du Moyen Empire : le Château de l'AbeilleR. El-Sayed ; p. 177-213. Des représentations de ces sanctuaires se retrouvent sur les parois de certaines tombes de l'Ancien Empire jusqu'au Nouvel Empire montrant une ligne de chapelles bordées de palmier le long d'un canal menant à un temple représenté en plan. Souvent symboliques ces figurations sont rapprochées d'un genre de temple ou plutôt de téménos sacré lié aux rites funéraires qui se retrouve également à Bouto autre cité du delta du Nil dont l'ancienneté est égale à celle de SaïsM. Bietak. Une représentation du temple archaïque de Neith a été retrouvée sur une tablette en ébène trouvée à Abydos au nom du pharaon AhaJ. Vandier ; Ch. VI : Les tablettes et les ivoires thinites. Les cylindres et leurs empreintes. pp. 836-837 ; fig. 560 de la . Selon les conventions de représentation de l'époque une restitution convaincante a été proposée nous montrant une enceinte rectangulaire formant une avant cour munie en façade de deux pavoisCes symboles seraient le prototype du mot égyptien netjer signifiant littéralement « dieu » et en son centre d'un mat portant haut une enseigne de la déesse Neith. Cette cour précédait une chapelle caractéristique des sanctuaires de Basse-ÉgypteA. Badawy ; The archaic period. Religious architecture ; pp. 33-34. Du temple même de Neith il n'existe plus rien et il est difficile de se faire une idée de sa splendeur et de son étendue. Tout au plus peut on répertorier des éléments lui ayant appartenu comme les obélisquesCes obélisques ont été transportés à Rome afin d'orner le nouveau temple d'Isis qui l'ornaient dont un dressé par Apriès aujourd'hui à Rome et deux autres fragmentaires qui ont été reconstitués en un seul monument aujourd'hui visible à UrbinoL'un des fragments est daté de Ramès l'autre d'Apriès ; cf. H. W. Müller. Un fragment de naos conservé au Musée des arts royaux de Bruxelles datant de la même époque pourrait être le seul vestige du sanctuaire de la déesse à moins qu'il ne provienne d'un autre temple de la cité. Nous possédons une évocation de la cité antique grâce à Hérodote qui la visita au avant notre ère. Il nous indique ses principaux monuments dont le palais royal d'Apriès et d'Amasis Hérodote ; L. II § 130 ; 163 et la nécropole royale citant les tombes de Psammétique , d’Apriès et d’Amasis et décrit notamment le grand temple de Neith qui était orné d'un dromos d'androsphinx, de colosses de pharaon, d'obélisques et de portiques à colonnes palmiformesIbidem ; L. II § 175. Il indique également l’existence d’un tombeau d'Osiris situé derrière le temple de la déesse, bordant un lac circulaire qu'il compare à celui de DélosIbidem ; L. II § 170. Des cérémonies liées au culte du dieu, notamment à sa passion et à sa résurrection, y avaient lieu. La ville était alors le siège d'une des principales fêtes nationales au cours de laquelle ses habitants allumaient des milliers de lampes, acte pieu imité par l'ensemble du pays au même momentIbidem ; L. II § 62. Au avant notre ère, Strabon cite Saïs dans son ouvrage qu’il réalisa lors de son voyage en Égypte en compagnie des troupes romaines qui prirent possession du Double Pays suite à la victoire d’Octave sur les troupes de Marc Antoine et de Cléopâtre. Il ne s’attarde pas à décrire la ville se contentant de confirmer l’existence du tombeau de Psammétique dans le grand temple de Neith et mentionne le tombeau d’Osiris qu’il nomme « Asylòn »Strabon ; L. XVII ; § 17 - 23. La ville jouissait alors d’une grande prospérité depuis les dynasties saïtes, elle était réputée pour ses cultes ancestraux et son rayonnement dépassait les frontières. Ses prêtres étaient spécialement connus pour leur savoir en matière médicale et la tradition veut que Saïs fut le premier siège d'une école de médecine dont la bibliothèque faisait déjà figure d'encyclopédie en la matière. De nombreux savants grecs venaient rencontrer les prêtres de la déesse première étape d’un pèlerinage intellectuel qui devait les mener vers les grands centres religieux d’Héliopolis et de Memphis. L’identification du site remonte à l’Expédition d’Égypte de Bonaparte et la monumentale description du pays qui s’ensuivit. Champollion le visitera et déterminera l'emplacement du grand temple de Neith dans la grande enceinte dont les vestiges étaient encore visibles au début du siècle. Voici la description qu'il donne de Saïs dans son Journal de Voyage du 16 septembre 1828 : Nous apercevions déjà depuis Méniéh-Ghénagh, en regardant au sud-est, les restes de l'énorme enceinte qui renfermait jadis les grands monuments de cette capitale. Ces débris ressemblent à de longues collines. (...) L'étendue de cette enceinte est immense. Nous avons évalué, en le mesurant au pas, la longueur de l'un des petits côtés au moins à quatorze cent quarante pieds et celle des deux grands côtés du parallélogramme à deux mille cent soixante pieds de longueur, ce qui donne un pourtour général de sept mille deux cents pieds. L'épaisseur de ce mur d'enceinte bâti en briques crues est d'environ cinquante quatre centimètres. Sa hauteur peut être estimée à quatre-vingts pieds. (...) J'aperçus vers la gauche, et occupant le milieu sur une très grande longueur, une suite de ruines colossales se dessinant sous toutes sortes de formes bizarres et qui, du point de vue où le les voyais, semblaient être les ruines d'un palais de géant ; mais il existe un tel désordre et si peu d'accord entre les parties de cette ruine qu'il est impossible de se former une idée claire de l'ensemble du plan primitif. Esquissant un plan s'inspirant largement de la description faite par Hérodote il cru ainsi reconnaître dans les différents monticules et ruines de la grande enceinte les principaux éléments décrits par l'auteur grec sans pouvoir pousser davantage ses explorations faute de temps.J. F. Champollion ; pp. 61-63 À sa suite Lepsius, Mariette puis Flinders Petrie effectuèrent des sondages et quelques fouilles, mais déjà la plupart du site avait disparu sous les coups d’une industrialisation galopante et d’une mise en culture systématique du delta du Nil par l’administration du pacha d’Égypte afin de répondre aux exigences de la modernisation du pays et ils ne purent retrouver les ruines que Champollion avait vues quelques trente années auparavant. Statue de Ouah-Ib-Rê Mery-Neith - - Saïs ? - Musée national archéologique de Naples Sa El-Haggar, l'actuelle bourgade qui s'est élevée à proximité des ruines de la capitale du nome éponyme ne présente aujourd'hui que de rares vestiges qui n'attirent pas l'attention des voyagistes et rares touristes qui visitent le delta du Nil, en raison du saccage dont a fait l'objet l'antique cité. Elle servit de carrière comme beaucoup d'autres sites du pays à partir du afin de construire les nouvelles villes d’une nouvelle Égypte. Les sebbakhins parachevèrent le travail à la recherche des matières fertiles que comprennent les sites du delta, bouleversant le peu de vestiges qui en restait. Ce faisant ils mirent fréquemment au jour des statues et autres reliques de l'antique Saïs qui la plupart du temps prirent le chemin des collections étrangères qui commençaient à se constituer en Europe occidentale, prémices des collections égyptiennes des futurs musée nationaux du vieux continent. L'art saïte étant d'une qualité exceptionnelle sa production était alors particulièrement appréciée et représentative de l'idée que l'on se faisait alors de l'Égypte antique. Il est tout à fait vraisemblable que la plupart des exemplaires intacts ou restaurés que l'on peut admirer au Louvre, au British Museum ou encore au Musée égyptien de Berlin proviennent de Saïs même. On citera notamment la statue naophore d'Oudjahorresné conservée aujourd'hui au musée du Vatican à Rome. Ce dignitaire et prêtre de Neith à Saïs à la fin de la , vécut la première invasion perse et nous a livré sur sa statue une autobiographie décrivant les monuments de la cité et priant son nouveau maître Cambyse d'ordonner la restauration des sanctuaires de la citéN. Grimal ; Ch. XV. pp. 473-474. Nul doute que cette statue était placée au cœur même du temple de la déesse à Saïs. Sur place on peut aujourd'hui relever au nord et au sud deux principaux sites qui forment probablement les pôles principaux de la cité antique. Dans son extension maximale elle s'étendait alors sur près d'un kilomètre et demi sur plus d'un demi de largeur. Au nord se trouvent les vestiges d'une grande enceinte. De forme carrée de près de sept cents mètres de côtés, elle comprend deux koms dont le plus imposant le Kom Rebwa s'étire du nord au sud sur environ trois cents mètres. Signes caractéristiques des sites du delta indiquant une longue occupation humaine, ces koms, ou collines de débris, sont le résultat des strates successives de la cité qui s'accumulèrent les uns par-dessus les autres au cours des siècles. Au sud distant d'environ deux cent cinquante mètres de l'enceinte carrée, se trouvent les ruines d'un gigantesque tell d'une superficie d'environ vingt hectares au milieu duquel se trouve un lac. Des fouilles entreprises au sud de ce lac ont révélé sous plusieurs niveaux d'occupation tardifs, une grande structure en pierre comprenant un mur qui longe le lac actuel. Une partie de ce mur conservé sur plus de cinquante mètres présente une forme incurvée. Les fouilles du site ont également permis de mettre au jour divers éléments architectoniques et quelques ensembles statuaires remontant à la Basse Époque qui sont pour le moment exposés dans un petit musée en plein air improvisé qui réuni l'ensemble des découvertes, souvent fortuites, réalisées sur le site depuis les années 1950.

Les fouilles récentes

Depuis 1997 l’Egypt Exploration Society en collaboration avec l’Université de Durham, y mène des fouilles. Le résultat de ces dix années de campagnes de sondages, d’études stratigraphiques, céramologiques et de fouilles partielles des principaux koms du site on révélé que la cité existait déjà aux temps néolithiques. Un niveau archéologique contenant des céramiques et autres traces s’apparentant à celles découvertes sur les sites contemporains de Bouto ou Maadi confirme que Saïs était déjà à cette haute époque un établissement urbain important. Ces fouilles ont également démontré qu'à cette époque la cité était comme l'antique Bouto une ville double avec deux quartiers biens distincts qui se faisaient face. Au Kom Rebwa les fouilles ont déterminé des niveaux d’occupation de la et de la indiquant l’extension de la ville à cette époque faste pour le pays. Enfin une grande structure en pierre a été détectée dans les niveaux remontant à l’époque saïte, dont notamment les fondations d’un pylône qui aurait atteint des dimensions comparables à celles du premier pylône du temple d’Amon-Rê de Karnak indiquant l’échelle du sanctuaire de la déesse qui devait aux temps antiques soutenir la comparaison avec la capitale thébaine.

Notes

Bibliographie

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Voir aussi

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