Istro-roumain

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Selon certains linguistes, l’istro-roumain est une langue à part qui fait partie du groupe oriental des langues romanes, de même que le roumain, l’aroumain et le mégléno-roumain. D’autres linguistes considèrent que ce n’est qu’un dialecte du roumain, à côté des dialectes daco-roumain, aroumain et mégléno-roumain. L’istro-roumain est parlé dans quelques villages de la péninsule d'Istrie, au nord de la mer Adriatique, en Croatie, par une population qui se
Istro-roumain

Selon certains linguistes, l’istro-roumain est une langue à part qui fait partie du groupe oriental des langues romanes, de même que le roumain, l’aroumain et le mégléno-roumain. D’autres linguistes considèrent que ce n’est qu’un dialecte du roumain, à côté des dialectes daco-roumain, aroumain et mégléno-roumain. L’istro-roumain est parlé dans quelques villages de la péninsule d'Istrie, au nord de la mer Adriatique, en Croatie, par une population qui se désigne elle-même comme Vlaşi Appellation qui peut prêter à confusion, puisqu’elle est utilisée par les Mégléno-Roumains aussi et, de plus, elle est parfois employée pour désigner les Aroumains également. (Valaques) ou Rumâni / Rumâri (Roumains) mais est appelée Ćiribirci ou Ćići par les Croates, et Istro-roumains ou Valaques d'Istrie par les linguistes. Le nombre de locuteurs de cette langue est estimé aux alentours de 500 à 1000 personnes, c'est pourquoi elle est citée dans le de l'UNESCO comme : « en sérieux danger ». Du fait du nombre extrêmement réduit des gens qui la connaissent et qui vivent dans huit villages (notamment Žejane et Šušnjevica), elle ne bénéficie d'aucun enseignement public et ne possède aucune presse écrite. Ses locuteurs ne sont même pas reconnus en tant que minorité par la Croatie.

Histoire

L’istro-roumain est le dernier à s’être séparé du proto-roumain. On suppose que les Istro-roumains s’établirent en Istrie dès le XIIe siècle, puisqu’un certain Radul (prénom roumain) est mentionné en tant que prince d’Istrie. Cependant, les premières attestations documentaires de cette population datent de 1329, lorsque des chroniques serbes parlent de Valaques vivant dans cette région. Cela suggère que les Istro-roumains habiteraient l’Istrie depuis le XIVe siècle ou même avant. On suppose qu’ils sont originaires du bassin des Carpates. Certains linguistes sont d’avis qu’ils partirent de Transylvanie ou de Serbie il y a près de 1000 ans. Les premières attestations de la langue istro-roumaine sont une liste de syntagmes et deux phrases (des vœux) traduits en latin ou en italien, notés dans un ouvrage d’histoire sur Trieste publié par F. Irineo della Croce à Venise, en 1698. Les suivantes n’apparaissent qu’au début du XIXe siècle (de petits textes isolés). Des recueils importants de textes littéraires folkloriques (contes, anecdotes, proverbes, poèmes) paraissent à partir de la fin du XIXe siècleSextil Puşcariu, Studii istroromâne, vol. I, Texte, Cultura Naţională, Bucarest, Roumanie, 1906 ; Iosif Popovici, Dialecte romîne, IX, Dialectele romîne din Istria, partea a 2-a, (Texte şi glosar), Halle A.D.S., Editura autorului, 1909 ; Traian Cantemir, Texte istroromâne culese de, Editura Academiei Republicii Populare Romîne, Bucarest, Roumanie, 1959.. Le seul ouvrage non folklorique est un almanach avec des textes traduits du roumain et influencés par celui-ci.Andrei Glavina et Constantin Diculescu, Calindaru lu rumeri din Istrie, Stampa Gutemberg, Ioseph Göbl, Bucarest, Roumanie, 1905. Entre la Première et la Seconde Guerre mondiale, il y eut quelques tentatives éphémères de créer un enseignement en roumain standard. La majorité des Istro-roumains furent contraints de quitter l'Istrie peu de temps après la Seconde guerre mondiale, à la suite de l'occupation de la région par le pouvoir yougoslave. Leur nombre s'est aussi réduit du fait de l'assimilation par les nationalités environnantes.

Variétés régionales

L’istro-roumain comporte deux parlers :
-le parler de Jeiăn (en croate Žejane), dans ce seul village, où vivent actuellement 140 Istro-roumains.
-le parler de la vallée de la rivière Raša sur le versant sud des montagnes Učka Gora, à quelque 80 km au sud de Žejane, dans les villages Susńeviţe ou Şuşńeviţe (en croate Šušnjevica), Noselo ou Nosela (Nova Vas), Bârda (Brdo), Sucodru (Jesenovik) et dans quelques autres localités avec moins de dix familles istro-roumaines chacune.

Particularités de l’istro-roumain par rapport au roumain

Graphie et phonologie

Pour écrire l'istro-roumain on a adopté l'alphabet roumain, y compris les lettres î et â utilisées pour des raisons étymologiques mais rendant le même son . Il y a cependant trois lettres de plus, pour rendre des sons spécifiques à l'istro-roumain :
-å – prononcée à peu près , comme dans l'anglais « water »
-l’ – – l mouillé, à peu près comme dans le français « milieu »
-ń – – comme dans « agneau » Généralement, la phonologie de l’istro-roumain n’est pas très différente de celle du roumain. Quelques particularités :

Morphologie

Les particularités morphologiques de l’istro-roumain sont en grande partie redevables à l’influence du croate.

Le nom, l’adjectif et l’adverbe

L’opposition nom à article défini – nom à article indéfini a tendance à faiblir, l’article défini étant utilisé aussi là où normalement on utiliserait l’article indéfini. Ainsi, furåt-a åc'u correspond en roumain à a furat ac'ul (« il/elle a volé l’aiguille »), mais aussi à a furat un ac (« il/elle a volé une aiguille »). Sous l’influence du croate, le neutre des adjectifs peut être utilisé en tant qu’adverbe.

Le verbe

L’istro-roumain a emprunté au croate la catégorie grammaticale de l’aspect verbal, absente du roumain. Les aspects s’expriment par :
-des préfixes : do-, iz-, na-, s-, za- qui rendent les verbes d’aspect perfectif
-des suffixes qui rendent le verbe itératif : be (imperfectif) – bivei (itératif) = « boire »
-des mots différents aux aspects imperfectif et perfectif : mâncå (imperfectif) – poidi (perfectif, emprunté au croate) = « manger » Par rapport aux quatre classes de conjugaison du roumain, l’istro-roumain en a une ou trois (opinions divergentes) de plus pour les emprunts et les néologismes. Parmi les temps de l’indicatif, l’istro-roumain a perdu le passé simple et le plus-que-parfait, et partiellement l’imparfait. Celui-ci se forme différemment du roumain, à partir de l’infinitif, les désinences étant ajoutées à l’aide de la semivoyelle i : rugåiam, roumain rugam (« je priais »). À l’indicatif présent, les terminaisons en -m du roumain correspondent à -n en istro-roumain : avzin, roumain auzim (« nous entendons »). La deuxième personne du pluriel de l’indicatif présent et de l’imparfait est en -t à la place de -ţi : rugåiat, roumain rugaţi (« vous priiez » – imparfait) Au passé composé, l'auxiliaire se place après le verbe : rugåt-am, roumain am rugat (« j’ai prié »). Le subjonctif présent est identique à toutes les personnes à l’indicatif présent, se construisant généralement avec la conjonction empruntée neca, roumain (ca) să (« que »). Par contre, le subjonctif passé a disparu. Le conditionnel a aussi un temps futur, en plus du présent et du passé. Par rapport au roumain, qui possède deux formes d’infinitif (longue, celle du latin, à valeur nominale, et courte, à valeur verbale), l’istro-roumain n’a que la forme courte, avec de nombreuses valeurs verbales, y compris différentes de celles de l'infinitif roumain. Exemple: åflu fete durmi, roumain o găsesc pe fată dormi'nd' (« ils/elles trouvent la fille endormie »). Le gérondif a la terminaison -ănd + -a : cântănda, roumain cântând (« en chantant »).

L’ordre des mots

En général, l’ordre des mots est très libre : de cărbun lemnu ie bur såkile, roumain pentru cărbuni e bun orice lemn (« tout bois est bon pour le charbon ») L’istro-roumain préfère placer les adjectifs possessifs et démonstratifs, ainsi que les adjectifs qualificatifs devant le nom déterminé : ţâsta musåte fete, această fată frumoasă (« cette belle fille »).

Lexique

Les mots hérités du latin sont relativement peu nombreux, mais très fréquents. Par contre, l’istro-roumain est, de toutes les langues romanes orientales, le plus perméable aux emprunts. Les plus nombreux proviennent du croate, mais il y a aussi des mots italiens et allemands. La dérivation est faible. À noter le préfixe res-/rez- : rezlegå correspondant au roumain des-/dez- : a dezlega (« délier »).

Notes

Source

Marius Sala et al., Enciclopedia limbilor romanice, Editura Ştiinţifică şi Enciclopedică, Bucarest, Roumanie, 1989.

Bibliographie

-Wolfgang Dahmen, Istrorumänisch. Lexicon der Romanistische Linguistik, 3e édition, Tübingen, Allemagne, 1989.
- .
-Goran Filipi, Istrorumunjski lingvistički atlas / Atlasul lingvistic istroromân / Atlante Linguistico Istrorumeno, Znanstvena udruga Mediteran, Pula, Croatie, 2002.
-H. A. Hurren, A linguistic Description of Istro-Rumanian, Faculty of Medieval and Modern Languages and Literature, University of Oxford, Oxford, Grande Bretagne, 1972.
-August Kovačec, Descrierea istroromânei actuale, Editura Academiei Republicii Socialiste România, Bucarest, Roumanie, 1971.
-Richard Sârbu et Vasile Frăţilă, Dialectul istroromân. Texte şi glosar, Amarcord, Timişoara, Roumanie, 1998. ==
Sujets connexes
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