Dénotation et connotation

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L'étude du lexique des langues naturelles montre que la plupart des lemmes (les « mots » de ces langues) sont caractérisés par une dualité sémantique : en effet, étant donné un lemme courant, il est souvent possible de lui donner plusieurs signifiés, parmi lesquels l'un semblera objectif et invariant quels que soient les contextes, et les autres subjectifs (nuances mélioratives, laudatives, péjoratives, qui indiquent le point de vue du locuteur) et dépendant d'un contexte tel
Dénotation et connotation

L'étude du lexique des langues naturelles montre que la plupart des lemmes (les « mots » de ces langues) sont caractérisés par une dualité sémantique : en effet, étant donné un lemme courant, il est souvent possible de lui donner plusieurs signifiés, parmi lesquels l'un semblera objectif et invariant quels que soient les contextes, et les autres subjectifs (nuances mélioratives, laudatives, péjoratives, qui indiquent le point de vue du locuteur) et dépendant d'un contexte tel que la culture du locuteur, le registre de langue adopté, l'époque, la situation de communication, etc. Par exemple, étant donné le lemme renard, on peut dire qu'il possède :
- une dénotation (ou sens dénoté, sens propre, sens premier). C'est la première définition que donne le dictionnaire ou une encyclopédie, celle sur laquelle tout locuteur s'accordera. La dénotation de renard est : « mammifère canidé au pelage roux ou argenté, aux oreilles pointues et possédant une queue touffue ». Le mot renard, dans ce sens, pourra aisément être traduit dans une langue étrangère : il décrit en effet une réalité objective qui permet, par exemple, de dire que renard = fox (anglais) ;
- plusieurs connotations (ou sens figurés), parmi lesquelles « personne rusée ». Cette connotation ne se retrouvera que rarement dans une autre langue : elle est en effet héritée de l'histoire littéraire, Renart, du Roman de Renart, étant un goupil, ancien nom pour l'animal, rusé. L'ensemble de tous les sens d'un même lemme, dénoté et connotés, est nommé champ sémantique de ce lemme. On peut donc dire que si la dénotation est le signifié « universel » (pour un Japonais, la notion objective de couleur blanche renvoie à la même réalité que pour un francophone), la connotation ne l'est pas. Étant subjective, elle varie selon les cultures voire les locuteurs : c'est ce qu'un mot évoque comme image mentale et comme associations d'idées. Par exemple, le blanc est pour un Occidental la couleur de la pureté et du mariage. C'est celle du deuil pour un Extrême-Oriental.

Importance variable de la connotation dans l'énonciation

Selon le contexte, l'un des sens connotés d'un terme peut soit s'ajouter implicitement au sens dénoté, soit le remplacer. L'addition du sens connoté est un procédé plus ou moins conscient : ce sens s'ajoute au dénoté selon la culture que l'on a (telle personne ne saura pas que derrière le mot travail se cache, étymologiquement, la notion de torture, tandis que ce sens étymologique apparaîtra en filigrane pour telle autre, par exemple). La littérature joue très souvent avec les connotations. Quand, cependant, on traite un enfant de cochon, il est entendu que l'on ne veut pas signifier qu'il est un mammifère artiodactyle (dénoté) mais qu'il agit salement (connoté). Quand un terme possède un sens connoté susceptible d'être utilisé à la place du dénoté, ce sens est généralement répertorié dans le dictionnaire. Par exemple, à l'article gras, on trouvera : :
- sens propre : constitué de graisses, de corps lipidiques, qui contient des graisses ; :
- sens figuré : obscène, graveleux. Seul le contexte permet de choisir quel est le sens voulu : un énoncé comme « il est gras » ne permet pas de trancher, alors que « des propos gras » si. En effet, des propos étant par essence immatériels, ils ne peuvent être de nature lipidique.

Connotations intrinsèques

D'autre part, certains mots portent en eux une valeur axiologique intrinsèque : ils indiquent obligatoirement le point de vue du locuteur. C'est le cas pour les mots péjoratifs et mélioratifs, par exemple. Les connotations de stupide, par exemple, ne peuvent être que négatives mais elles renvoient à la même notion inintelligent, qui se montre plus neutre. On observe cependant des renversements de connotations : con (en tant qu'adjectif) est connoté négativement dans la majorité des contextes (injure, juron) mais peut prendre une tournure affectueuse entre personnes proches. C'est là une connotation variant selon la situation de communication.

Termes non connotés

Échappent à cette dualité dénotation / connotation les termes scientifiques, qui, généralement, ne renvoient qu'à la réalité qu'ils décrivent. Acide désoxyribonucléique, par exemple, n'a pas de connotations car ce mot n'a pas été utilisé de manière littéraire ou populaire et ne fait pas partie de la culture propre d'un groupe de locuteurs. De fait, on ne lui a pas greffé de sens annexes et il ne porte pas le point de vue du locuteur. ==
Sujets connexes
Acide désoxyribonucléique   Anglais   Champ lexical   Culture   Dictionnaire   Doxa   Encyclopédie   Injure   Juron   Langue naturelle   Lemme (linguistique)   Lexique   Mélioratif   Péjoratif   Registre de langue   Renard   Roland Barthes   Roman de Renart   Sémantique  
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