Plan Daleth

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Le Plan Daleth ou Plan D, (en Hebreu, daleth ד est la quatrième lettre de l'alphabet, similaire au "d" français) est le plan établi par la Haganah en mars 1948 pendant la Guerre de Palestine de 1948. Il fut rédigé par Israël Ber et Moshe Pasternak, sous la supervision de Yigal Yadin, chef des opérations de la Haganah. Ce plan est principalement connu comme étant au cœur d'une controverse entre historiens. Certains, tels que Walid Khali
Plan Daleth

Le Plan Daleth ou Plan D, (en Hebreu, daleth ד est la quatrième lettre de l'alphabet, similaire au "d" français) est le plan établi par la Haganah en mars 1948 pendant la Guerre de Palestine de 1948. Il fut rédigé par Israël Ber et Moshe Pasternak, sous la supervision de Yigal Yadin, chef des opérations de la Haganah. Ce plan est principalement connu comme étant au cœur d'une controverse entre historiens. Certains, tels que Walid Khalidi ou Ilan Pappé y voient une plan mis au point par les autorités sionistes pour spolier les arabes palestiniens de leur terre en les en chassant tandis que d'autres comme Benny Morris ou Yoav Gelber n'y voient qu'un plan d'opérations militaires dans le contexte de la guerre.

Contexte

Le contexte dans lequel se place le Plan Daleth est important car les analyses en controverse en mettent en avant des aspects différents.

Contexte militaire

Le Plan Daleth est rédigé pendant la première phase de la guerre civile de 1947-1948 en Palestine mandataire. A ce moment, la Haganah est toujours sur une position défensive par rapport aux forces de l'Armée de libération arabe de Fawzi al-Qawuqji et à celles de la Jihad al-Muqadas d'Abdel Kader al-Husseini. Elle n'ose pas intervenir ouvertement tant que les Britanniques sont toujours responsables de l'ordre. Le moral des dirigeants du Yichouv n'est pas optimiste. Sur le terrain, bien que les forces de la Haganah soient en théorie mieux équipées et mieux préparées à la guerre que les forces adverses déjà engagées, elle a essuyé plusieurs reverts importants : les cent mille Juifs de Jérusalem sont assiégés par les hommes d'Abdel Kader al-Husseini et il n'est plus possible de les ravitailler tandis la quasi totalité du parc de véhicules blindés servant aux convois a été détruite. La situation d'isolement est la même pour les implantations de haute-Galilée, de la zone d'Hébron et du Néguev. De plus, l'entrée en guerre annoncée des armées régulières des pays arabes voisins, plus redoutables que les forces arabes en Palestine, n'est pas de bon augure. Le problème crucial de fourniture en armements semble par contre en passe d'être résolu.

La problématique de la minorité arabe du futur état juif

En novembre 1947, au moment du vote du Plan de partage, la Palestine mandataire compte environ 600 000 Juifs pour 1 200 000 Arabes. A l'époque, au vu des antagonismes existant entre les communautés arabes et juives en Palestine, personne n'envisageait viable un État juif où ces derniers n'auraient été majoritaires et un transfert de population, comme par exemple celui qui s'est produit lors de l'indépendance de l'Inde et du Pakistan, aurait été inévitable. Dans ce contexte, il existait avant la guerre un "état d'esprit" au sein des autorités sionistes ainsi qu'auprès des autorités britanniques quant à la "nécessité" de procéder à des "transferts de populations" si la Palestine mandataire devait être partagée entre un tat arabe et un État juif viablesBenny Morris (2003), pp.39-60; la comparaison à l'Inde et au Pakistan est faite p.43..

Controverse

Il existe une controverse entre historiens autour de l'interprétation du Plan Daleth. Les débats ne portent pas vraiment sur la dimension purement militaire du plan, mais plutôt sur son rôle dans l'exode des réfugiés palestiniens. Dans la controverseDans une appendice intitulée "History and invention : was Plan D a blue print for "ethnic cleansing" (Yoav Gelber (2006), pp.303-306) Yoav Gelber présente la controverse autour du Plan Daleth. Différents points de vue sur les objectifs du Plan Daleth sont également présentés dans Benny Morris (2003) et (Ilan Pappé (2001), chaque partie souligne un contexte ainsi qu'un contenu différents pour mettre en avant son analyse.

Une directive d'expulsion

Dans un article intitulé « Plan Daleth : Master Plan for the Conquest of Palestine » Walid Khalidi, « Plan Daleth : Master Plan for the conquest of Palestine, Middle East Forum, November 1961 », reédité dans le Journal of Palestine Studies, Beyrouth, vol.XVIII, n°69, 1988, pp.4-37, Walid Khalidi présente le Plan comme une ligne de conduite donnée à la Haganah pour l'expulsion des villages palestiniens. D'autres historiens palestiniens partagent ce point de vue, tels Sharif Kan'ana, Nur Masalha et Rashid Khalidi. Il considère que « le plan est le reflet d'un état d'esprit des soldats juifs avant, pendant et après la guerre, parfaitement résumé par les propos d'Ezra Danin (...) : les Arabes sur la terre d'Israël, il ne leur reste qu'une chose à faire, partir en courant ».

Un Plan de préparation face à l'offensive arabe à venir

Yoav Gelber place le plan dans le contexte de la guerre avec les arabes palestiniens et y voit une réponse à la présence et aux incursions de l'Armée de libération arabe. A ce moment, suivant Yoav Gelber, Yigal Yadin n'envisage pas l'invasion des armées arabes mais des incidents équivalents à ceux qui se produisirent au cours de la Grande Révolte Arabe de 1936-39. En se fondant sur son contenu, il y voit avant tout un plan de défense formulant les principes et les procédures d'actions ainsi que les missions et les objectifs à donner aux brigades de la Haganah. Benny Morris partage globalement l'analyse de Yoav Gelber. Il décrit le plan Daleth comme « une directive pour sécuriser l'État Juif émergent et les blocs d'implantation en dehors du territoire de l'État en vue de l'invasion attendue pour ou après le 15 mai »Benny Morris (2003), pp.163-164.. Il précise que « le plan Daleth n'était pas une directive politique pour l'expulsion des Arabes de Palestine. Il était gouverné par des considérations militaires et dirigés vers la réalisation d'objectifs militaires ». Henry Laurens pense que "le plan Daleth a un but essentiellement militaire" et que "ce n'est pas un plan politique d'expulsion des populations arabes". Toutefois, il ajoute qu'"en pratique, il l'implique, ce qui ne chagrine personne au niveau des autorités et des exécutants." (...) Et de conclure : "pour cette période, on ne peut parler de politique d'expulsion préméditée et coordonnée par les principaux centres de décisions sionistes."Henry Laurens (2005)), p.85.. Il souligne également son importance militaire en comparant la situation militaire le long du littorial -où l'homogénéité ethnique a selon lui facilité la guerre contre les Egyptiens- avec celle de Jérusalem qui entourée de faubourgs arabes s'est retrouvée assiégée par la Légion arabeHenry Laurens (2005), p.92..

Description

Le Plan Daleth est un document de 75 pages. Il a fait l'objet de plusieurs mois de travail et est finalisé le 10 mars 1948. D'un point de vue militaire, il organise les missions des différentes structures armées de la Haganah, et prépare l'offensive. Initialement Yadin pense le mettre en œuvre aux alentours du 15 mai, avec le départ des Britanniques. Néanmoins, étant donné les réalités militaires sur le terrain, dont le blocus de Jérusalem et des implantations isolées et au vu du retrait avancé des troupes britanniques et des attaques et des menaces arabes, la mise en œuvre du Plan Daleth est avancée au mois d'avril. La traduction de l'introduction générale du plan Daleth est reprise sur le site mideastweb. En voici une synthèse. « L'objectif de ce plan est de prendre le contrôle des zones de l'état hébreu, et de défendre ses frontières. Il vise également à gagner le contrôle des zones d'implantation et de concentration juives qui sont situées en dehors des frontières contre les forces régulières, semi-régulières, et les petits groupes opérant à partir des bases extérieures ou intérieures à l'État »Yehuda Slutsky (1972) - Introduction. Les forces ennemies que l'état juif doit ou risque de devoir affronter sont : « les forces semi-régulières de l'Armée de libération (...), les forces régulières des pays voisins (...), de petites forces locales »Yehuda Slutsky (1972) - Principes de base.. A cette date, les « forces régulières des pays voisins » ne sont pas encore entrées dans la guerre. Les objectifs du Yishouv et de la Haganah sont au nombre de 6 :
- « auto défense contre l'invasion (...) protection de nos implantations, projets économiques vitaux et propriétés (...) lancer des contre-attaques pré-planifiées sur les bases et les lignes de ravitaillement ennemies au cœur des ses territoires, que ce soit à l'intérieur des frontières du pays ou dans les pays voisins »;
- « Assurer la liberté des activités militaires et économiques à l'intérieur des frontières de l'état et dans les implantations juives à l'extérieur de ses frontières, en occupant et en contrôlant d'importantes positions en altitude au-dessus d'un certain nombre d'artères de communication »;
- « Empêcher l'ennemi d'utiliser des positions à l'intérieur de son territoire qui pourraient aisément être utilisées pour lancer des attaques. Ce sera obtenu en les occupant et en les contrôlant »;
- « Appliquer une pression économique sur l'ennemi en assiégeant certaines de ses villes afin de le forcer à abandonner certaines de ses activités dans certains secteurs du pays »;
- « Restreindre les possibilités de l'ennemi en menant des opérations limitées : occupation et contrôle d'un certain nombre de ses bases rurales et urbaines à l'intérieur des frontières de l'état »;
- « Contrôler les Services et propriété du gouvernement dans les frontières de l'état et assurer la fourniture en services publics essentiels d'une façon efficace ». Pour atteindre ces objectifs, le plan Daleth confie les missions suivantes aux « différents services armés » :
- « Renforcement du système défensif fixe conçu pour défendre les zones »;
- « Consolidation de l'appareil de défense »;
- « Déploiement dans les principales villes »;
- « Contrôle des principales artères de transport nationales »;
- « Encerclement des villes ennemies »;
- « Occupation et contrôle des positions ennemies »;
- « Contre-attaques à l'intérieur et à l'extérieur des frontières du pays ». Dans le chapitre détaillant ce que signifie « Consolidation de l'appareil de défense », il est indiqué qu'il faut « organiser des opérations contre les centres de population ennemie localisés à l'intérieur ou près de notre système de défense, afin d'empêcher qu'ils ne soient utilisés comme base par une force armée active. Ces opérations peuvent être réparties dans les catégories suivantesYehuda Slutsky (1972) - Répartition des missions. :
- Destruction des villages (en y mettant le feu, en les faisant sauter, et en plaçant des mines dans les débris), particulièrement ces centres de population qu'il est difficile de contrôler en permanence.
- Organisation d'opérations de recherche et de contrôle suivant les directives suivantes : encerclement du village et recherche à l'intérieur de celui-ci. Dans l'éventualité d'une résistance, la force armée doit être détruite et la population doit être expulsée en dehors des frontières de l'état. Les villages vidés de la façon décrite ci-dessus doivent être inclus dans le système défensif fixe et doivent être fortifiés si nécessaires. » Les villages qui ne résisteront pas seront occupés, et il n'est pas demandé l'expulsion de leur population. Dans le chapitre détaillant ce que signifie « Déploiement dans les principales villes », il est indiqué que les même principes seront appliqués que dans les villages arabes, mais il est ajouté, sans qu'il soit fait mention d'une éventuelle résistance, qu'il faut procéder à l'« Encerclement du secteur municipal arabe central et à son isolement des voies d'accès, ainsi qu'à l'arrêt de ses services essentiels (l'eau, l'électricité, le carburant, etc), aussi complètement que possible ». Dans le chapitre détaillant ce que signifie « Occupation et contrôle des positions ennemies », il est indiqué : « d'un point de vue général, le but de ce plan n'est pas de mener une opération d'occupation en dehors des frontières de l'état hébreu. Cependant, au sujet des bases ennemies se trouvant près des frontières et qui peuvent être employées comme tremplins pour une infiltration dans le territoire de l'état, celles-ci doivent être temporairement occupées et doivent donc être incorporées à notre système défensif jusqu'à ce que les opérations cessent. » Un chapitre « missions des services armés » définit le rôle des différentes structures de la Haganah :
- Le Lehi et l'Irgoun ne sont pas cités.
- Le Hir (force de garnison peu mobile de la Haganah) est en charge de la « défense des zones , des postes isolés et fortifiés, et de la formation des réserves ». Soit un rôle essentiellement défensif, visant à libérer les forces mobiles qui mèneront les offensives.
- Le Hish (force mobile de la Haganah) est chargé à l'intérieur du système de défense juif, des « opérations pour bloquer les voies de communications ennemies ». « Dans des circonstances spéciales et exceptionnelles », le Hish pourra renforcer le Him dans son rôle défensif. « Des efforts devront être faits pour diminuer le nombre de ces cas ». L'objectif du Hish est donc prioritairement offensif, du moins dans le périmètre défensif juif. Il devra ainsi « organiser des contre-attaques locales impliquant des unités non-inférieures à une compagnie (des unités plus importantes doivent être utilisées si possible). »
- Le Palmach « est responsable des contre-attaques à l'intérieur et à l'extérieur des frontières du pays ». Il pourra être renforcé dans cette tâche par des unités du Hish. En bref, le Palmach est en charge des contre-offensives de grande envergure, et le Him de la défense locale. Le Hish a un rôle charnière : il est surtout en charge des contre-offensives régionales, Mais il peut aussi renforcer localement le Him dans ses fonctions défensives, ou le Palmach dans ses grandes opérations nationales. Il est à noter que cette répartition des missions est surtout valable de mars à juin. Ensuite, la création de Tsahal modifie l’organisation du système de défense, et la répartition des unités militaires entre 3 forces (locales, régionales et nationales) devient caduqueYehuda Slutsky (1972) - Missions des services armés..

Annexes

Notes et références

Documentation

- Walid Khalidi, Plan Dalet: Master Plan for the Conquest of Palestine, Journal of Palestine Studies, Vol.18, No1, Special Issue: Palestine 1948. Automn 1988, pp4-33.
- Yoav Gelber, Palestine 1948, Sussex Academic Press, Brighton, 2006, ISBN1845190750
- Benny Morris, The Birth Of The Palestinian Refugee Problem Revisited, Cambridge University Press, UK 2003, ISBN0521009677
- Dominique Lapierre et Larry Collins, O Jérusalem, Robert Laffont, 1971, ISBN2266106988
- Ilan Pappé, La guerre de 1948 en Palestine, La fabrique éditions, 2000, ISBN226404036X
- L'introduction générale du plan Daleth, traduite par Walid Khalidi et publiée par Yehuda Slutsky, Sefer Toldot Hahaganah (Histoire de la Haganah), Volume 3, Appendice 48, Tel Aviv, Zionist Library, 1972, pp.1956-1960, est reprise sur
- Henry Laurens, Paix et guerre au Moyen-Orient, Armand Colin, Paris, 2005, ISBN2200269773

Voir aussi

- Guerre israélo-arabe de 1948
- Exode palestinien
- Réfugiés palestiniens
- Benny Morris - Walid Khalidi - Ilan Pappé Catégorie:Histoire de la Palestine Catégorie:Histoire d'Israël Catégorie:Histoire du sionisme Catégorie:1948 ar:خطة دالت en:Plan Dalet he:תוכנית ד'
Sujets connexes
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