Cynisme

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Le cynisme était une école philosophique de la Grèce antique, fondée par Antisthène, et connue principalement pour les frasques de son disciple le plus célèbre, Diogène de Sinope. Cette école tente un renversement des valeurs, et enseigne désinvolture et humilité aux grands et aux puissants de la Grèce antique. Radicalement anti-conformistes, les Cyniques, et à leur tête Diogène, proposent une autre vision de la philosophie et de la vie en général, subversive e
Cynisme

Le cynisme était une école philosophique de la Grèce antique, fondée par Antisthène, et connue principalement pour les frasques de son disciple le plus célèbre, Diogène de Sinope. Cette école tente un renversement des valeurs, et enseigne désinvolture et humilité aux grands et aux puissants de la Grèce antique. Radicalement anti-conformistes, les Cyniques, et à leur tête Diogène, proposent une autre vision de la philosophie et de la vie en général, subversive et jubilatoire. Par une étrange dérivation du terme, on parle de nos jours de cynisme pour désigner un mode de pensée qui diffère tellement des normes établies (en particulier dans le domaine de la morale) qu'il en devient choquant. On peut attacher à ce cynisme une sorte d'humour noir (parfois involontaire), mordant et ironique, souvent employé pour manifester une certaine rébellion face à un monde incompréhensible — à la différence du sarcasme, qui ne recherche pour sa part qu'une démonstration de force. Au-delà de cette indifférence à la morale et aux convenances, le "cynique" moderne n'a plus grand chose à voir avec les philosophes antiques dont il sera question ici.

Histoire

Le terme « cynisme » provient du grec ancien κύων / kuôn, qui signifie « chien », en référence à l'attitude d'Antisthène, l'inspirateur du cynisme, puis de celle de Diogène de Sinope, qu'on peut considérer comme étant le premier véritable cynique et qui souhaitait être enterré « comme un chien ». Selon d'autres sources« Il faisait ses discours dans un gymnase appelé Cynosarge, tout près des portes de la ville », Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre VI, « Antisthène » §4, le nom viendrait du gymnase dans lequel Antisthène enseignait, le Cynosarge (littéralement « chien agile »). Les métaphores autour du chien ont ensuite abondé, si bien qu'il est difficile d'en isoler l'exacte origine historique. La plus significative est celle présentant l'animal comme modèle. Platon définissait Diogène de Sinope comme un Socrate devenu fou dont le but est de subvertir tout conformisme, tout modèle moral. Sa philosophie se traduit par des actes volontaires et provocateurs. Il transgresse les fondements de la culture, urine et aboie comme un chien, se masturbe en public ; il n'hésite pas à mendier, ne respecte aucune opinion et provoque même les puissants. Le mouvement cynique, inscrit dans la société antique, se présente avant tout comme un modèle contestataire. Le héros et modèle des philosophes cyniques est Héraclès (Hercule en romain), car c'est un héros qui ne se laisse influencer par personne, est libre et n'a pas d'attachement particulier. Le cynisme utilise ainsi beaucoup d'images et de modèles, dans le but de toucher toutes les classes de la population, sans se focaliser sur les élites intellectuelles. Cette école philosophique, peu appréciée de la tradition scolastique, académique et moderne car trop différente des modèles "habituels" de sagesse est surtout connue, par l'intermédiaire de Diogène Laërce, pour les petite anecdotes instructives narrant la manière de philosopher de Diogène de Synope, par exemple. Platon ayant définit l'Homme comme un "bipède sans plumes", Diogène visita un jour l'un des banquets du Sage, tenant au bout d'une laisse... un coq plumé ! « Voici l'Homme de Platon », déclara-t-il crânement à l'assistance. Loin de s'encombrer de discours théoriques aussi abstraits que pédants, Diogène et ses disciples pratiquaient une philosophie concrète, particulièrement antinomique de l'idéalisme platonicien, jugé inutile et bien trop loin de la Vérité matérielle du monde pour être pris au sérieux. L'école cynique a été vivace durant toute l'Antiquité, de la Grèce jusqu'à la Rome. Elle influença considérablement la morale stoïcienne qui développa à sa suite les notions de vie selon la nature, de l'indépendance du sage et de cosmopolitisme. Zénon de Citium, fondateur du stoïcisme, a en effet été disciple du cynique Cratès.

Principaux thèmes

L'auto-suffisance

Au centre de la philosophie cynique se trouve l'idée d'auto-suffisance. Le sage est celui qui est capable de se contenter du minimum, de manière à ne souffrir d'aucun manque et de pouvoir aisément faire face aux situations les plus difficilesOn lui demandait quel profit il avait retiré de la philosophie, il répondit : « À tout le moins, celui d'être capable de supporter tous les malheurs », Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre VI, « Diogène », §35.. Le sage cynique choisit donc de vivre dans la continence. Il ne recherche aucune richesse, il n'a pas de maison, il se contente des nourritures les plus simples et refuse tout ce qui ne lui semble pas vitalement nécessaireVoyant un jour un petit garçon qui buvait dans sa main, il prit l'écuelle qu'il avait dans sa besace et la jeta en disant : « Je suis battu, cet enfant vit plus simplement que moi ». Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre VI, « Diogène », §11.. Il se pare ainsi d'une simple besace et d'un unique manteau pour l'hiver et l'été. Il dort dans les temples. Il mendie sa pitence.

La voie la plus courte vers la vertu

Face aux écoles philosophiques dispensant un apprentissage long et technique, le cynisme se présente comme la voie la plus courte vers la vertu. Pour les cyniques, le simple fait de vivre le plus simplement possible suffit à devenir sage. Il n'y a pas de savoir technique supplémentaire nécessaireUn homme lui amena un jour son enfant, et le présenta comme très intelligent et d'excellentes mœurs. « Il n'a donc pas besoin de moi » répondit-il, Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre VI, « Diogène », §37.. Les philosophes de l'école cynique se refuseront toujours aux grands discours, préférant les maximes sibyllines et ironiques, l'efficacité du quotidien, la preuve par le fait et non par la parolePlaton ayant défini l'homme un animal à deux pieds sans plume, et l'auditoire l'ayant approuvé, Diogène apporta dans son école un coq plumé et dit : « Voilà l'homme selon Platon. », Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre VI, « Diogène », §14.. En d’autres termes, la vérité éthique, démontrées par l'expérience et non les vérités théoriques résultant de systèmes complexes. La philosophie cynique a pour but ultime la sagesse, une éthique de vie. Selon Antisthène, aucun discours ne vaut, aucune étude ni savoir. Seules comptent la sagesse et la vertuIls pensent donc qu'il faut supprimer la physique et la logique, d'accord en cela avec Ariston de Chios, et s'attacher seulement à la morale, Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre VI, « Ménédème », §3., double finalité de la philosophie cynique. Une fois cette vertu atteinte, le philosophe peut se considérer comme libre, car vivant dans l’atuphia, l’« absence de vanité ».

Nature, universalité et cosmopolitisme

Le modèle du cynisme est l'animal. La société est perçue comme corruptrice et changeante, là où la nature est vertueuse et universelle. Diogène se revendique ainsi cosmopolitain, c'est-à-dire citoyen du monde. Son souci est de vivre selon des règles de vertu universellesLa seule vraie constitution est celle qui régit l'univers, Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre VI, « Diogène », §41.. Les armes du cynique sont la transgression, l'ironie et le quotidien de façon plus généraleon lui reprochait un jour d'avoir mangé en pleine place. « N'ai-je pas eu faim sur la place? » répliqua-t-il., Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre VI, « Diogène », §28.. En transgressant tous les interdits, le cynique veut démontrer qu'aucune des règles sociales n'est essentielle, et que seule compte l'éthique naturelle, universelle : la vertuLe sage ne vit pas d'après les lois de sa patrie, mais d'après la vertu, Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre VI, « Antisthène », §4.. L'école cynique prône donc la vertu et la sagesse, qualités qu'on ne peut atteindre que par la liberté. Cette liberté, étape nécessaire à un état vertueux et non finalité en soi, se veut radicale face aux conventions communément admises, dans un souci constant de se rapprocher de la Nature.

Liste des cyniques

Cette liste dresse par ordre chronologique puis alphabétique les noms des philosophes cyniques de l'Antiquité « dont l’existence historique est attestée », d'après l'ouvrage de M-O Goulet-Cazé, l'Ascèse Cynique. Néanmoins, tous n'ont pas eu la même importance, certains n'étant connus que parce qu'ils sont cités dans des fragments ou parce qu'ils ont laissé leur nom sur un tombeau. avant J.-C. Antisthène (445-360) avant J.-C.
- Anaximène de Lampsaque, avant J.-C.
- Androsthène d’Egine, avant J.-C.
- Bion de Borysthène (335-245),
- Cléanthe d’Assos, (331-231),
- Cléomène, - avant J.-C
- Cratès de Thèbes (360-280)
- Diogène de Sinope, (…, - 323)
- Echéclès d'Ephèses, - avant J.-C
- Hégésias de Sinope, contemporain de Diogène
- Hipparchia (...-336)
- Ménandre, contemporain de Diogène
- Monime de Syracuse, avant J.-C
- Onésicrite d’Astypalée (377-302)
- Onésicrite d’Egine, avant J.C
- Pasiclès de Thébès, frère de Cratès, maître de Stiplon
- Philiscos d’Egine, avant J.-C.
- Phocion, avant J.-C.
- Stilpon de Mégare, (360-280),
- Théombrote, IV- avant J.-C.
- Thrasylle, avant J.-C.
- Xéniade de Corinthe, avant J.-C.
- Zénon de Citium, (335-263), avant J.-C..
- Démétrius d'Alexandrie (300 avant J.-C.)
- Bétion, avant J.-C.
- Cercidas de Mégalopolis (290-217)
- Ménédème de Lampsaque, avant J.-C.
- Métroclès de Maronée, avant J.-C.
- Sotade de Maronée, avant J.-C.,
- Télès, milieu du avant J.-C. Premier siècle avant J.-C..
- Varron Marcus Terentius (116-27)
- Avidénius, avant J.-C.
- Favonius, avant J.-C.
- Méléagre de Gardara, (135-50) Premier siècle après J.-C.
- Carnéade, après J.-C.
- Démétrius de Corinthe, après J.-C., ami de Sénèque
- Didyme, après J.-C.
- Diogène le sophiste, après J.-C.
- Dion de Chrysostome (40-112)
- Héras, contemporrain de Titus et Bérénice
- Hermodote, après J.-C.
- Isidore, après J.-C.
- Ménestratos, après J.-C.
- Ménippe de Lycie, après J.-C.
- Musonius Rufus, après J.-C., après J.-C.
- Agathobule, après J.C
- Cantharus, après J.C
- Crescens, après J.-C.
- Démétrius de Soumion, après J.-C
- Démonax de Chypre (70-170)
- Honoratus, après J.-C.
- Oenomaos de Gardara, après J.-C.
- Pérégrinus, (100-165)
- Sécundus le taciturne, début du après Jésus. après J.C.
- Antiochus de Cilicie, 215 après J.C
- Ménippe de Gardara, première moitié du après J.-C.
- Timarque d’Alexandrie, deuxième moitié du après J.-C. après J.C.
- Asclépiade, contemporain de l'empereur Julien, deuxième moitié du après J.C
- Bésas, après J.C
- Chytron, contemporain de l'empereur Julien, deuxième moitié du après J.-C.
- Cléomène de Constantinople, après J.-C.,
- Héracléios, contemporain de Julien
- Horus, après J.-C.
- Iphiclès d'Epire, contemporain de l'empereur Julien
- Maxime Héron d’Alexandrie, après J.-C.
- Sérénianus, contemporain de l'empereur Julien après J.-C.
- Saloustios, après J.C Période inconnue ou incertaine
- Dioclès, a taggué la tombe de Ramsès VI
- Domitius, a signé un cimetière royal

Bibliographie

Textes anciens et études sur le cynisme antique

- Brancacci A., Antisthène le discours propre, Vrin, 2005
- Deleule D. et Rombi G., Les cyniques grecs, lettres de Diogène et Cratès, Actes sud, Babel, 1998
- Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, traduction française sous la direction de M-O Goulet-Cazé, coll, "La pochothèque", Paris, Le livre de poche, 1999. Le livre VI se consacre aux cyniques
- Fuentes Gonzalez, Les diatribes de Télès, 23, Vrin, 1998
- Giannantoni G., Socratis et Socraticorum reliquiae, collegit, disposuit, apparatibus nostique instruxit G. G., coll. "Elenchos", 18, Napoli, 1990, 4 vol. Textes cyniques (en grec et latin) au t. II, p. 135-589 ; commentaire italien au t. IV, notes 21 à 55, p. 195-583)
- Goulet-Cazé M-O., L'ascèse cynique, un commentaire de Diogène Laërce VI 70-71, Vrin, 1986, 2001.
- Goulet-Cazé M-O. et Goulet R. (edit), Le cynisme ancien et ses prolongements, actes du colloque international du C.N.R.S, PUF, 1993.
- Goulet-Cazé M-O., Les kynika du stoicisme, coll. "Hermes Einzelschriften", 89, Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 2003
- Goulet R.(publié sous sa direction), Dictionnaire des philosophes antiques, CNRS édition, 4 vol.pour l'instant, 2005. En annexe du vol. 2, le cynosarge.
- Glugliermina I., Diogène Laërce et le Cynisme, Presse universitaire du Septentrion, 2006
- Paquet L., Les cyniques grecs. fragments et témoignages, nouvelle édition revue, corrigée et augmentée, coll. "philosophica", 35, Ottawa 1988, version abrégée dans le livre de poche, Paris, 1992

Évolutions et influences du cynisme

- Bouveresse J., Rationalité et cynismes, édition de minuit, coll. "critique", 1990
- Clément M., Le cynisme à la renaissance, Droz, 2005
- Comte-Sponville A., Valeur et vérité, études cyniques, PUF, 1995
- Jouary J.P. et Spire A., Servitudes et grandeurs du cynisme. De l'impossibilité des principes et de l'impossibilité de s'en passer, Desclée de Brouwer, 1997
- Sloterdijk P., Critique de la raison cynique, Bourgeois, 1987
- E. Delruelle, Métamorphose du sujet, éd. De Boeck, 2004.
- Esteban Capusa, Dictionnaire du cynisme social, éd. Les Points sur les i, Paris, 2005.
- Michel Onfray, Cynismes : Portrait du philosophe en chien, Grasset, Paris, 1990; Version poche: Grasset - Le Livre de poche, Collection "Biblio essais", 1997.

Voir aussi


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Notes et références

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