Clovis Ier

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'Clovis (en allemand Chlodwig ou Chlodowech, en latin Chlodovechus) a été roi des Francs de 481 à 511. Issu de la dynastie des Mérovingiens, du nom hypothétique de son grand-père, Mérovée (cf. liste des monarques de France), il est considéré anachroniquement comme le premier roi catholique officiel de France. Le nom de Clovis vient du francique Hlodowig, composé des racines hlod (« renommée », « illustre ») et wig (« combat
Clovis Ier

'Clovis (en allemand Chlodwig ou Chlodowech, en latin Chlodovechus) a été roi des Francs de 481 à 511. Issu de la dynastie des Mérovingiens, du nom hypothétique de son grand-père, Mérovée (cf. liste des monarques de France), il est considéré anachroniquement comme le premier roi catholique officiel de France. Le nom de Clovis vient du francique Hlodowig, composé des racines hlod (« renommée », « illustre ») et wig (« combat »), c'est-à-dire « Illustre dans la Bataille », « Illustre au Combat » : il donne en français moderne Louis, prénom de la majorité des rois de France, et en allemand Ludwig, aussi latinisé en Ludovic. Fréquemment utilisée par les Mérovingiens, la racine hlod est aussi à l'origine de noms tels que Clotaire (et '), Clodomir, ou encore, . Nous connaissons Clovis à travers la longue description de son règne par l'évêque gallo-romain Grégoire de Tours, un proche du pouvoir, et dont Histoire, rebaptisée tardivement Histoire des Francs est riche d'enseignements, bien que ce texte à visée d'abord édifiante relève plus de l'hagiographie que d'une conception rigoureuse de l'histoire.

Chronologie

La chronologie du règne de Clovis est très mal connue. Tout ce que nous en savons découle de Grégoire de Tours (
Histoire, Livre ), qui mentionne les évènements suivant un découpage en tranches de cinq années (réminiscence des quinquennalia ou des lustra romaines ?) : guerre contre Syagrius après cinq années de règne, quinze pour la guerre contre les Alamans, guerre contre les Wisigoths cinq années avant sa mort ; le tout formant un règne de trente ans après un avènement à l'âge de quinze ans. On pourrait rejeter ces informations comme simplificatrices ; or il s'avère qu'aucune étude n'a jamais remis fondamentalement en cause ces indications, qui sont selon toute vraisemblance légèrement simplifiées mais valables à peu de choses près. La seule date fixée par d'autres sources est celle de sa mort, en 511, ce qui daterait son avènement de 481 environ, peut-être 482. On obtient donc la chronologie suivante :
- 466 : naissance de Clovis, fils de Childéric , roi des Francs saliens de Tournai, et de la reine Basine de Thuringe.
- 481-482 : avènement de Clovis. Le royaume dont il hérite correspond à la Belgique Seconde, petite province située entre la mer du Nord, l'Escaut et le Cambrésis, soit un territoire allant de Reims jusqu'à Amiens et Boulogne, à l'exception de la région de Soissons, qui était quant à elle contrôlée par Syagrius.
- 484 : Alliance avec les Francs rhénans et avec les Francs de Cambrai. (Ragnacaire, roi des Francs de Cambrai, était probablement un des parents de Clovis).
- 485 : Il se marie avec une princesse rhénane, fille de Chloderic prince de Cologne avec laquelle il a un fils, Thierry. Cette union a souvent été interprétée comme l'épisode d'une alliance tactique avec ses voisins orientaux, lui permettant de tourner ses ambitions vers le sud.
- 486 : Bataille de Soissons contre Syagrius. Syagrius, fils de Ægidius, s'intitulait « Roi des Romains » et contrôlait une enclave gallo-romaine entre Meuse et Loire, dernier fragment de l'Empire d'Occident. La victoire de Soissons permet au royaume de Clovis d'embrasser tout le nord de la Gaule. Syagrius se réfugie chez les Wisigoths qui le livrent à Clovis. Le chef gallo-romain finira discrètement égorgé.
- C'est également lors de cette bataille, qu'eut lieu – selon Grégoire de Tours – l'épisode anecdotique du vase de Soissons, où, contre la loi militaire du partage, le roi demanda de soustraire du butin un vase précieux pour le rendre à l'église de Reims, à la demande de l'évêque de cette dernière cité. L'épilogue de l'histoire eut lieu, quant à lui, le 487.
- 490 : Raids victorieux contre les Wisigoths : Saintonge en 494, Bordeaux en 498. Clovis a alors probablement le désir d'étendre son royaume vers la Méditerranée. Il entame des offensives contre la Germanie rhénane et transrhénane.
- 493 : Pacte de non-agression avec les rois burgondes, concrétisé par une alliance matrimoniale : Clovis épouse en secondes noces la princesse burgonde Clotilde (fille du roi burgonde Chilpéric et nièce du roi Gondebaud). Clotilde œuvrera avec l'évêque Remi de Reims à la conversion de Clovis au catholicisme.
- 496 : Bataille de Tolbiac (
Zülpich) près de Cologne contre les Alamans lors de laquelle Clovis aurait fait le vœu de se convertir au christianisme si « Jésus que sa femme Clotilde proclame fils de Dieu vivant » lui accordait la victoireIl aurait dit « Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire, je me ferai chrétien » selon le témoignage de Grégoire de Tours. Cette victoire permet au royaume de Clovis de s'étendre jusqu'à la Haute-Rhénanie.
- 496 le jour de Noël le 24 décembre, Clovis est baptisé à Reims avec « plus de 3000 hommes de son armée » (selon Grégoire) par l'évêque Remi de Reims (futur saint Remi). Le baptême de Clovis améliore sans doute sa légitimité dans la population gallo-romaine, mais représente un pari dangereux : les Francs, comme les Germains, considèrent qu'un chef vaut par la protection que lui inspirent les dieux ; la conversion va à l'encontre de cela ; les Germains christianisés (Goths...) sont souvent ariens, car le roi y reste chef de l'Église.
- 499 : Clovis s'allie au roi burgonde de Genève, Godégisèle, qui veut s'emparer des territoires de son frère Gondebaud Fibules mérovingiennes
- 500 : Clovis signe un pacte d'alliance avec les Armoricains (peuplades gauloises de la péninsule bretonne et du rivage de la Manche). Après la bataille de Dijon et sa victoire contre les Burgondes de Gondebaud, Clovis contraint ce dernier à abandonner son royaume et à se réfugier à Avignon. Cependant, le roi wisigoth Alaric se porte au secours de Gondebaud et persuade ainsi Clovis d'abandonner Godégisèle.
- Clovis et Gondebaud se réconcilient et signent un pacte d'alliance pour lutter contre les Wisigoths.
- 502 : son fils Thierry épouse 1°) Eustère, fille Alaric II Roi des wisigoths dont il a Thibert 1 Roi de Reims (+548) puis 2°) Swavegothe, fille de Sigismond roi des Burgondes dont il a une fille Theodechilde.
- 507 : bataille de Vouillé, près de Poitiers, contre les Wisigoths : Cette victoire permet au royaume de Clovis de s'étendre en Aquitaine. Le roi des Wisigoths Alaric est tué et les Wisigoths n'ont d'autre alternative que de se replier en Espagne, au-delà des Pyrénées. Les Ostrogoths de Théodoric ne peuvent intervenir en faveur des Wisigoths en raison d'un conflit avec l’Empire d'Orient.
- 508 : Clovis reçoit de l'empereur d'Orient Anastase le titre de « consul » et est salué comme « auguste » au cours d'une cérémonie à Tours. Paris devient sa résidence principale. La mythologie nationaliste française y voit, de façon anachronique, la première accession au statut de capitale de l'ancienne Lutèce, qui a pris le nom de ses habitants gaulois, les Parisii.
- 510 : Clovis s'empare des royaumes francs de Sigebert, de Chararic et de Ragnacaire après les avoir fait assassiner, et étend ainsi son autorité au-delà du Rhin. Clovis est désormais le maître d'un unique royaume, correspondant à une portion occidentale de l'ancien Empire romain, de la moyenne vallée du Rhin, (l'embouchure du Rhin est toujours aux mains des tribus frisonnes), jusqu'aux Pyrénées, tenus par les terribles Basques. Le royaume de Clovis ne comprend toutefois pas l'île de Bretagne (actuelle Grande-Bretagne), ni les régions méditerranéennes.
- Juillet 511 : premier concile des Gaules à Orléans auquel prennent part trente-deux évêques, dont la moitié proviennent du « royaume des Francs » : Clovis est désigné « Rex Gloriosissimus fils de la Sainte Église », par tous les évêques présents.
- 27 novembre 511 : Clovis meurt et est enterré dans la basilique des Saints-Apôtres à Paris, sur la montagne Sainte-Geneviève. À sa suite, les descendants de Clovis étendent encore le royaume (Burgondie, Provence...), et règnent pendant près de trois siècles avant de laisser leur place à une famille de la noblesse franque austrasienne : les Pippinides (Charles Martel, Pépin le Bref...).

La Gaule à la fin du

Le royaume franc au milieu , après le partage entre les fils de Clovis. À la fin du , la Gaule est morcelée sous la domination de plusieurs royaumes barbares, constamment en guerre les uns contre les autres, cherchant à étendre leurs influences et leurs possessions :
- Les Francs, établis au nord-est, avaient longtemps servi l'Empire romain comme troupes auxiliaires sur la frontière rhénane ; ils sont encore païens à l'avènement de Clovis.
- Les Burgondes, établis par Rome en Savoie (en Sapaudie) et dans le Lyonnais, chrétiens ariens et relativement tolérants ;
- Les Wisigoths, peuple puissant établi au sud de la Loire, en Languedoc, surtout dans la vallée de la Garonne, également ariens, bien moins tolérants envers les catholiques gallo-romains qu'ils dominent ;
- Les Ostrogoths ne sont pas présents en Gaule, mais leur roi Théodoric le Grand, depuis l'Italie, cherche à maintenir l'équilibre entre les différents royaumes.
- Au loin, l'Empire romain d'Orient exerce encore une autorité purement théorique. Une multitude de « pouvoirs » locaux ou régionaux d'origine militaire (des « royaumes » ou regna) avaient ainsi occupé le vide laissé par la déposition du dernier empereur romain d'Occident en 476. Parmi ceux-ci se trouve encore le royaume d'un certain Syagrius, établi dans la région de Soissons. Le « pouvoir » dont il est question n'a rien à voir avec les notions modernes de pouvoir législatif, exécutif ou judiciaire, mais couvre une relation dominant-dominé plus proche de celle d'un chef de gang avec le territoire qu'il rackette. En 481, Clovis, fils du roi Childéric et de la princesse thuringienne Basine, prend quant à lui la tête d'un royaume franc salien, situé dans la région de Tournai en actuelle Belgique. Le titre de « roi » (en latin rex) n'est pas nouveau : il était notamment dévolu aux chefs de guerre des nations barbares au service de Rome. Ainsi, les Francs, anciens fidèles serviteurs de Rome, n'en demeurent pas moins des Germains, des barbares païens et bien éloignés par leur mode de vie des Gaulois romanisés par près de cinq siècles de domination et d'influence romaine. Clovis n'est alors âgé que de quinze ans et rien ne prédispose ce petit chef barbare parmi tant d'autres à supplanter ses rivaux, plus puissants. À la lumière des événements postérieurs, sa réussite, si elle est incontestable sur le plan militaire, doit au moins autant à l'expérience romaine de la guerre que les siens ont depuis longtemps acquise – la discipline exigée de ses soldats lors de l'épisode de Soissons en témoigne, tout comme la tombe de son père, Childéric – qu'à sa conversion au catholicisme (et non à l'arianisme), et à travers celle-ci, avec les élites gallo-romaines. enfin, une alliance avec l'Empire d'Orient permet à point nommé de « fixer » les Ostrogoths. Aussi, le règne de Clovis s'inscrit plutôt dans la continuité de l'Antiquité tardive que dans le haut Moyen Âge pour de nombreux historiens. Il contribue cependant à forger le caractère original de cette dernière période en donnant naissance à une première dynastie de rois chrétiens et, en raison de son acceptation par les élites gallo-romaines, en créant un pouvoir original en Gaule.

Enfants

- Ingomir/Ingomer (+494 dans sa robe de baptême) fils Clotilde
- Clodomir Roi Orléans (495+524) fils Clotilde, il épouse Gondiuque de Burgondie
- Childebert 1 Roi Paris (495+558) fils Clotilde, épouse Ultrogothe d'Ostrogothie
- Clotaire 1 Roi soissons, de Reims et de Tous les Francs
- Clotilde (+531) fille Clotilde, épouse 517 Amalaric roi Wisigoths
- Thierry 1 Roi Austrasie et co-roi Orléans, fils 1 épouse.

L'extension du royaume de Clovis vers l'est

Toute sa vie, Clovis tente de conserver son royaume pour ses fils, selon la tradition germanique, et d'agrandir le territoire de celui-ci. Pour cela, il n'hésite pas à éliminer tous les obstacles : il fait assassiner tous les chefs saliens et rhénans voisins, certains de ses anciens compagnons, et même certains membres de sa famille, même éloignés, afin de s'assurer que seuls ses fils hériteront de son royaume. Il se lance d'autre part dans une grande série d'alliances et de conquêtes militaires, au début seulement à la tête de quelques milliers d'hommes. Plus que les armes, comme on l'a longtemps cru ; celles des Francs étaient efficaces, certes; — c'est un savoir-faire au combat acquis au service de l'Empire et contre les autres barbares qui a sans doute rendu possible les succès militaires des guerriers de Clovis. Autre idée qu'il faut rejeter : à travers lui ce n'est pas un peuple germanique qui s'impose aux gallo-romains, mais la fusion des éléments germains et latins qui se poursuit. Au temps de Clovis, alors que Syagrius, pourtant qualifié de « Romain » par les sources, porte un nom barbare et ne bénéficie visiblement pas de l'appui de son peuple, le roi « barbare » ostrogoth Théodoric le Grand, dans sa prestigieuse cour de Ravenne, perpétue tous les caractères de la civilisation romaine tardive, tout en restant un Ostrogoth arien, un barbare hérétique aux yeux de l'Église. Si Clovis sait s'imposer assez rapidement, malgré de durs combats, c'est certainement parce qu'en définitive ils paraît être un moins mauvais maître que la plupart des prétendants : au moins, auraient dit les Gallo-romains, était-il catholique et déjà passablement romanisé. À l'inverse, les Wisigoths, chrétiens mais ariens, tenaient l'Aquitaine d'une main de fer et ne faisaient aucun effort pour tenter un rapprochement avec les Gallo-Romains catholiques qu'ils dominaient. Peu à peu, Clovis conquiert la moitié nord de la France actuelle : il s'allie d'abord aux Francs rhénans, en 484. Puis il mène des offensives vers le sud, à partir de 486. Il commence par renverser Syagrius, le dernier représentant de l'Empire déchu. Le royaume de Syagrius couvrait approximativement l'espace entre Seine et Loire. Contre ce dernier, il emporte les villes de Senlis, Beauvais, Soissons et Paris dont il pille les alentours. C'est lors de ces campagnes qu'a lieu le célèbre épisode du vase.

La conversion et le baptême

Clovis baptisé par l'évêque Remy de Reims à Noël 496.Le baptême de Clovis, d'après saint Gilles.Clovis contre les Wisigoths.L'Évêque de Reims, le futur Saint-Rémi, cherche alors probablement la protection d'une autorité forte pour son peuple, et écrit à Clovis dès son avènement. Les contacts sont nombreux entre le roi et l'évêque, ce dernier incitant d'abord Clovis à protéger les Chrétiens présents sur son territoire. Grâce à son charisme et peut-être en raison de l'autorité dont lui-même jouit, Remi sait se faire respecter de Clovis et lui sert même de conseiller. Il l'incite notamment à demander en mariage Clotilde, une princesse catholique de haut lignage, fille d'un roi des Burgondes (ce peuple voisin des Francs était établi dans les actuels Dauphiné et Savoie). Le mariage a lieu en 492, probablement à Soissons. Dès lors, selon Grégoire de Tours, Clotilde fait tout pour convaincre son époux de se convertir au christianisme. Mais Clovis est d'abord réticent : il doute de l'existence d'un Dieu unique ; la mort en bas âge de son premier fils baptisé, Ingomer, ne fait d'ailleurs qu'accentuer cette méfiance. D'autre part, en acceptant de se convertir, il craint de perdre le soutien de son peuple, encore païen : comme la plupart des Germains, ceux-ci considère que le roi, chef de guerre, ne vaut que par la faveur que les dieux lui accordent au combat. S'ils se convertissent, les Germains deviennent plutôt ariens, le rejet du dogme de la Trinité favorisant en quelque sorte le maintien du roi élu de Dieu et chef de l'Église. Néanmoins, Clovis a plus que tout besoin du soutien du clergé gallo-romain, car ce dernier représente la population gauloise. Les évêques, à qui échoit le premier rôle dans les cités depuis que se sont effacées les autorités civiles, demeurent les réels maîtres des cadres du pouvoir antique en Gaule. C'est-à-dire également des zones où se concentrait encore la richesse. Cependant, même l'Église a du mal à maintenir sa cohérence : évêques exilés ou non remplacés en territoires wisigoths, successions papales difficiles à Rome, mésentente entre catholiques pro-wisigoths (par réalisme) et pro-francs (Remi de Reims, Geneviève de Paris...), etc. C'est finalement au cours de la bataille de Tolbiac contre les Alamans, vers 496, que le destin efface les doutes de Clovis : son armée est sur le point d'être vaincue. Toujours d'après Grégoire de Tours, ne sachant plus à quel dieu païen se vouer, Clovis prie alors le Christ et lui promet de se convertir s'il obtient la victoire, comme le fit un siècle plus tôt l'empereur romain Constantin. Au cœur de la bataille, alors que lui-même est encerclé et va être pris, le chef alaman est tué d'une flèche, ce qui met son armée en déroute. La victoire est à Clovis et au dieu des chrétiens. Selon d'autres sources, Tolbiac n'aurait été qu'une étape et l'illumination finale de Clovis aurait en fait eu lieu lors de la visite au tombeau de saint-Martin de Tours. Toujours est-il que Clovis reçoit alors le baptême avec 3 000 guerriers – les baptêmes collectifs étant alors une pratique courante – des mains de saint Rémi, à Reims, le 25 décembre d'une année comprise entre 496 et 499. Ce baptême est demeuré un évènement significatif pour l'histoire de France : presque tous les rois français furent, par la suite, sacrés dans la cathédrale de Reims jusqu'au roi Charles , en 1825. Ainsi, le baptême de Clovis marque le début du lien entre le clergé et la monarchie franque puis française, lien qui va durer jusqu'au début du . Dorénavant, le souverain doit régner au nom de Dieu. Ce baptême permet également à Clovis d'asseoir durablement son autorité sur les populations, essentiellement gallo-romaines et catholiques, qu'il domine : avec ce baptême, il pouvait compter sur l'appui du clergé, et vice-versa.

L'extension du royaume vers le sud

Avec l'appui de l'empereur romain d'Orient Anastase, très inquiet des visées expansionnistes des Goths, Clovis s'attaque ensuite aux Wisigoths qui dominent alors la majeure partie de la péninsule ibérique et le sud-ouest de la Gaule (la Septimanie ou « Marquisat de Gothie »), jusqu'à la Loire au nord et jusqu'aux Cévennes à l'est. Au printemps 507, les Francs lancent leur offensive vers le sud, franchissant la Loire vers Tours, pendant que les alliés burgondes attaquent à l'est. Les Francs affrontent l'armée du roi Alaric dans une plaine proche de Poitiers. La bataille dite, de « Vouillé », est terrible selon l'historiographie, et les Wisigoths se replient après la mort de leur roi, tué par Clovis lui-même, en combat singulier. Cette victoire permet aux Francs d'annexer tous les territoires auparavant Wisigoths entre Loire, océan et Pyrénées. Depuis l'Italie, les Ostrogoths de Théodoric reprennent bien la Provence et quelques parties aux Burgondes, mais l'Empire menace leurs côtes, et Clovis garde l'essentiel des anciens territoires wisigoths.

Paris, la nouvelle capitale

Après Tournai et Soissons, Clovis choisit finalement comme capitale Paris, en 508. Il est notable que le pacte de la loi salique est lui aussi daté d'après 507 : peut-être sa promulgation coïncide-t-elle avec l'installation du roi à Paris. Paris est aussi la ville de sainte Geneviève, actrice majeure. Ses raisons sont sans doute principalement stratégiques, la cité ayant été une ville de garnison et une résidence impériale vers la fin de l'Empire. En outre, un vaste et riche fisc l'entoure. Elle n'a qu'une importance symbolique : le royaume franc n'avait pas d'administration (ni d'ailleurs aucun des caractères qui fondent un état moderne), et les rois francs qui succèdent à Clovis n'attachent pas d'importance à la possession de la ville. Cependant, la ville de Lyon, ancienne « capitale des Gaules », perd définitivement sa suprématie politique dans l’isthme Ouest-européen. Sous le règne de Clovis, en tous cas, et même durant l'ensemble de la période mérovingienne, la ville ne connaît pas de changements majeurs car son développement sera d’abord freiné par la multiplication des capitales issues des partages successifs du territoire de la Gaule : le patrimoine immobilier antique est conservé, parfois réaffecté. Seuls de nouveaux édifices religieux donnés par la famille royale et par l'aristocratie transforment quelque peu le paysage urbain. Mais c'est surtout après la mort de Clovis que les premiers de ces édifices virent le jour (
cf. l'article sur Clotilde).

Le concile d'Orléans

En 511, Clovis réunit un concile à Orléans, capital dans l'établissement des relations entre roi et Église catholique. Clovis ne se pose pas comme chef de l’Église comme le ferait un roi arien, il coopère avec celle-ci et n’intervient pas dans les décisions des évêques (même s'il les a convoqués, leur pose des questions, et promulgue les canons du concile). Ce concile vise à remettre de l’ordre dans l’épiscopat du royaume franc, à faciliter la conversion et l’assimilation des Francs convertis et des ariens, à limiter les incestes (brisant ainsi la tradition germanique matriarcale des clans familiaux endogames), à partager les tâches entre administration et Église, à restaurer les liens avec la papauté. L’alliance de l’Église chrétienne et du pouvoir, qui a débuté avec le baptême du roi (496) et qui perdurera près de quatorze siècles, est un acte politique majeur qui se poursuit car les populations rurales, jusque là païennes, de plus en plus christianisées, lui font davantage confiance. C’est par cette alliance que Clovis apparaît comme le véritable fondateur de la monarchie française.

Les légendes autour de Clovis

Des légendes feront descendre Clovis du roi troyen Énée par l’intermédiaire de Pharamond († 428), chef plus ou moins mythique. Une autre légende affirme que lors de la bataille de Tolbiac, un songe lui aurait fait voir une croix tandis qu’une voix lui disait : « In hoc signo vinces » , légende rapportée aussi à l’empereur Constantin lors de sa lutte contre Maxence. Une autre légende, colportée par l'archevêque de Reims Hincmar (845 - 882) assure qu’il aurait reçu l’onction miraculeuse d’une huile descendue du Ciel en une sainte ampoule, le saint chrême, apporté par le Saint-Esprit descendu sous la forme d'une colombe.

La sépulture royale

Clovis meurt à Paris le 27 novembre 511, âgé de 45 ans. Selon la tradition, il aurait été inhumé dans la basilique des Saints-Apôtres, future église Sainte-Geneviève, qu'il avait fait construire sur le tombeau même de la sainte tutélaire de la cité, à l'emplacement de l'actuelle rue Clovis (rue qui sépare l'église Saint-Étienne-du-Mont du lycée Henri-). En réalité, le monument qui accueillait les reliques de la sainte n'était pas achevé. Clovis fut plutôt inhumé, comme l'écrit Grégoire de Tours, dans le sacrarium de la basilique des Saints-Apôtres, c'est-à-dire dans un mausolée construit exprès à la manière de la sépulture qui avait accueilli l'empereur romain chrétien Constantin le Grand aux Saints-Apôtres à Constantinople (
P. Périn'').

Le partage du royaume en 511

Monnaie à l'effigie imaginaire de Clovis . Pièce de 1 Franc À la mort de Clovis, ses fils Clotaire, Clodomir, Thierry et Childebert, se partagent le royaume qu'il avait mis une vie à réunir, conformément à la tradition franque. L'essentiel de la Gaule est soumise, sauf la Provence, la Septimanie et le royaume des Burgondes. Son royaume peut donc être découpé en quatre parts importantes, dont trois à peu près équivalentes. La quatrième, entre Rhin et Loire est attribuée à Thierry, l'aîné des fils de Clovis, né d'une union de type païenne avant 493. Elle est plus grande, puisqu'elle couvrait environ un tiers de la Gaule franque. Le partage a lieu en présence des grands du royaume, de Thierry qui était déjà majeur et de la reine Clotilde, selon Grégoire de Tours. Il est établi selon le droit privé que Clovis avait fait inscrire dans la loi salique : en 511, c'est donc avant tout le partage d'un patrimoine, celui des héritiers d'un roi propriétaire de son royaume qu'on observe. On peut, à la lumière de cette remarque, comprendre que la royauté des Francs ignorait la notion de « biens publics » (la res publica des Romains) et donc d'État. La disparition de l'État, en effet, semble consommée à travers le partage du royaume de Clovis. Cette pratique est très différente des partages également pratiqué par les derniers empereurs romains : légalement, l'Empire restait un, le partage avait lieu pour des raisons pratiques, les successeurs étaient choisis parfois en fonction de leurs mérites. Même quand il s'agissait des fils de l'empereur, l'empire n'était pas découpé en autant de parts qu'il y avait de fils, et jamais l'empire n'a été séparé de la notion d'État par les Romains. Cependant, fait notable, les quatre capitales des nouveaux royaumes sont toutes situées au centre de l'ensemble, relativement proches les unes des autres et dans l'ancien royaume de Syagrius : à partir de ce moment : « on voit apparaître un contraste frappant entre de fortes tendances à la dispersion et la force immanente d'une unité d'ordre supérieur : l'idée d'un royaume des Francs unifié restait ancrée dans les esprits » :(Patrick Périn, Clovis et les Mérovingiens)

Grégoire de Tours, le baptême de Clovis

Il s'agit d'un extrait du Livre , chapitre de l'Histoire des Francs: La reine fait alors venir en secret Remi, évêque de la ville de Reims, en le priant d’insinuer chez le roi la parole du salut. L’évêque l’ayant fait venir en secret commença à lui insinuer qu’il devait croire au vrai Dieu, créateur du ciel et de la terre, et abandonner les idoles qui ne peuvent lui être utiles, ni à lui, ni aux autres. Mais ce dernier lui répliquait : “Je t’ai écouté très volontiers, très saint Père, toutefois il reste une chose ; c’est que le peuple qui est sous mes ordres, ne veut pas délaisser ses dieux ; mais je vais l’entretenir conformément à ta parole”. Il se rendit donc au milieu des siens et avant même qu’il eût pris la parole, la puissance de Dieu l’ayant devancé, tout le peuple s’écria en même temps : “Les dieux mortels, nous les rejetons, pieux roi, et c’est le Dieu immortel que prêche Rémi que nous sommes prêts à suivre”. Cette nouvelle est portée au prélat qui, rempli d’une grande joie, fit préparer la piscine. Ce fut le roi qui le premier demanda à être baptisé par le pontife. Il s’avance, nouveau Constantin, vers la piscine pour se guérir de la maladie d’une vieille lèpre et pour effacer avec une eau fraîche de sales taches faites anciennement. Lorsqu’il fut entré pour le baptême, le saint de Dieu l’interpella d’une voix éloquente en ces termes : « Courbe doucement la tête, ô Sicambre ; adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré ». Rémi était un évêque d’une science remarquable et qui s’était tout d’abord imprégné de l’étude de la rhétorique, mais il était aussi tellement distingué par sa sainteté qu’il égalait Silvestre par ses miracles. Il existe de nos jours un livre de sa vie qui raconte qu’il a ressuscité un mort. Ainsi donc le roi, ayant confessé le Dieu tout puissant dans sa Trinité, fut baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit et oint du saint chrême avec le signe de la croix du Christ. Plus de trois mille hommes de son armée furent également baptisés.

De « Clovis » à « Louis »

« Clovis » correspond à la francisation tardive de « Clodweg », venant probablement d'une déformation germanique du « Claudius » romain. L'appellation « Clovis », postérieure au roi franc, dérive successivement vers « Hlodovic », puis « Clodovic », et « Clouis », dont est né le prénom « Louis » porté par dix-huit rois de France. On notera au passage que le « Claudius » romain conduit aussi bien au « Louis » français qu'au « Ludwig » germanique (Clodweg, Cludwig). Jean-Joseph Julaud L'Histoire de France pour les Nuls p. 59

Voir aussi

Notes

Bibliographie

- Clovis de Michel Rouche
- Clovis et les Mérovingiens de Georges Bordonove ===
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