Buchenwald

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Mémorial de Buchenwald par Fritz Cremer Buchenwald, 24 avril 1945 Buchenwald, 16 avril 1945 - Ph. Jules Rouard Buchenwald, 16 avril 1945 - Ph. Jules Rouard Buchenwald fut un camp de concentration nazi créé sur la colline d'Ettersberg près de Weimar, Thuringe, Allemagne, en juillet 1937.
Buchenwald

Mémorial de Buchenwald par Fritz Cremer Buchenwald, 24 avril 1945 Buchenwald, 16 avril 1945 - Ph. Jules Rouard Buchenwald, 16 avril 1945 - Ph. Jules Rouard Buchenwald fut un camp de concentration nazi créé sur la colline d'Ettersberg près de Weimar, Thuringe, Allemagne, en juillet 1937.

Le camp national-socialiste : 1937-1945

La construction du camp Le 20 mai 1936 ont lieu des pourparlers entre Fritz Sauckel, représentant du Reich en Thuringe et l'Inspecteur des camps de concentration Theodor Eicke, au cours desquels ils décident de déplacer vers la Thuringe, le camp de concentration de Lichtenburg "pour des raisons de sécurité". A l'image du camp de Sachsenhausen prés de Berlin, le camp de Thuringe doit incarner un nouveau type de camp de concentration qui doit combiner d'une "manière optimale" les intérêts organisationnels, politiques et économiques de la SS. Il faut encore 4 mois pour que soit choisi le site du futur camp prévu pour 8000 détenus: il s'agit de la montagne de l'Ettersberg à Weimar, la ville symbole des Classiques de la culture allemande Goethe, Schiller, Nietsche... Cependant le terme Ettersberg étant associé à Goethe le camp sera rebaptisé Buchenwald. Sur le versant nord entièrement boisé de 190 hectares sont construites les premières baraques. Le 15 juillet 1937 arrivent en camionnette 149 prisonniers artisans du camp de Sachsenhausen. Les prisonniers doivent défricher, installer les canalisations d’eau et poser les installations électriques, construire les routes et les chemins, les casernes, les casinos, un manége à cheval, les villas des SS... Les conditions de travail et le manque d'équipements adéquats causent de nombreuses victimes. Le camp des prisonniers est parcourue d’un courant électrique de 380 volts, sur la porte est forgé: „A chacun son dû“ (Jedem das Seine). Les prisonniers allemands Les prisonniers politiques allemands. L'éventail des prisonniers politiques qui portent un insigne rouge sur leur uniforme est très large: socio-démocrates, communistes, syndicalistes, libéraux, démocrates, pacifistes, religieux catholiques et protestants, mais aussi des revendicateurs, des objecteurs de conscience voire des membres du NSDAP. Leur détention varie de quelques mois à plusieures années pour ceux qui voient être prolongée en préventive un emprisonnement pour haute trahison ou pour d'anciens parlementaires. Jusqu'en 1942 la Gestapo interne 18 membres du Parlement. En 1937 les membres du parti communiste forment la majorité des prisonniers politiques. Ils continuent avec des ardeurs staliniennes la lutte contre leurs opposants à l’intérieur même de la gauche et des "déviationnistes" ce qui parfois constitue une menace pour ceux qui pensent autrement. En 1938-39 la majorité des internements est liée aux préparatifs de la guerre. Sont alors internés des objecteurs de conscienc et d'anciens membres du KPD, du SPD, de syndicats et de partis du centre. Le 1er juillet 1937 les politiques représentent 21 % des effectifs (1621 sur 7723 prisonniers). Les Témoins de Jéhovah qui par convictions religieuses refusent d’accomplir le service militaire et de prêter serment de fidélité au régime sont aussi internés. Ils doivent y porter l'insigne violet. Ils sont 477 le 16 décembre 1938 et à partir de 1940 entre 250 et 300. Les prisonniers criminels professionnels (BV). sont des personnes condamnées à plusieurs reprises pour des actes criminels et arrêtées par prévention. A Buchenwald se trouvent parmi les Verts (couleur des criminels), dès le début des criminels violents et dangereux qui marquent l'atmosphère du camp surtout de 1937 à 1938. Hubert Richter par exemple participent à l première exécution. Ile perdent leur influence en 1941. Les prisonniers „réfractaires au travail“ (ASR) sont des hommes aptes au travail qui „ à deux reprises ont refusé une proposition d’emplois sans raisons valables ou qui ont accepté un emploi mais après une courte période ont démissionné sans motifs valables“.: les mendiants, les sans-abri, les alcooliques, les vagabonds. Au camp de Buchenwald, qui par cette action fait main basse sur 4000 nouveaux travailleurs forcés pour la construction du camp, entrent dans la dernière semaine de 1938 les premiers interpellés. Parmi les 2378 hommes qui entrent à Buchenwald entre le 14 et le 19 juin 1938, 1256 sont juifs. Ainsi l’Action-juin devient la première arrestation massive de juifs en Allemagne et en Autriche, en liaison directe avec la politique d’émigration forcée des juifs de 1938. Les Homosexuels Pour les nazis qui affirment que la reproduction est le seul but de la sexualité, l’homosexualité ne constitue pas seulement une atteinte à la normalité, mais surtout une menace biologique pour la Communauté du Peuple. En nombre toujours limité, ils restent dans la communauté des prisonniers toujours isolés et bannis. Ils sont 30 en 1938, 189 en 1944. Les Roms Des centaines d’entre eux sont amenés à Buchenwald à la suite des arrestations massives de juin 1938 et sont classés par les SS. dans la catégorie ASR. Beaucoup meurent des violences quotidiennes et du travail forcé. Dès leur arrivée en juin 1938 ils sont publiquement fouettés ou maltraités. Un tiers d’entre eux meurt pendant l’hiver 1939-40 à Buchenwald. A partir de 1940 les SS les envoyent au camp de Mauthausen pour les faire mourir dans la carrière. Les Autrichiens Les premiers prisonniers étrangers, déportés en tant que Reichsdeutsche, sont des autrichiens emmenés à Dachau en septembre 1938. Début octobre 1938 les prisonniers arrivent de la prison de la police de Vienne, avec parmi eux de hauts fonctionnaires. Les prisonniers des pays occupés Le nombre des prisonniers de Buchenwald est multiplié par 10 d’avril 1942 (environ 8400 prisonniers) à la fin septembre 1944. A partir de 1943 le camp est habité par deux grands groupes de prisonniers: les travailleurs contraints d’Union Soviétique et de Pologne, et les prisonniers politiques de l’Europe occupée. Plus de la moitié des prisonniers de Buchenwald ont en décembre 1944 moins de vingt ans. Les Polonais Plus de la moitié des 4514 Polonais internés à Buchenwald jusqu’à la fin 1941 sont en fait arrêtés dès le début de l’occupation en septembre 1939. Beaucoup d’entre eux meurent lors des premiers mois, d’autres partent début mars 1940 pour Mathausen. Considérés comme race inférieure ils sont tolérés tant qu’ils peuvent travailler. En avril 1944 ils sont 22120. Les Hollandais A la déportation de 232 otages hollandais, dont 14 femmes qui sont conduites au camp de Ravensbrück les 21 et 22 juillet 1940, s'ajoutent jusqu’en octobre 1940 124 Néerlandais. Ils sont dans des conditions de détentions spéciales (Ils sont isolés, peuvent recevoir des colis et ne travaillent pas). Suite à la mort d'un policier allemand, 400 hommes juifs de 25 à 30 ans de Rotterdam et Amsterdam sont déportés. 389 entrent à Buchenwald le 28 février 1941. Les conditions des juifs hollandais sont insupportables. Les Belges et les Luxembourgeois Les premiers Luxembourgeois de Buchenwald sont 26 membres de la police volontaire qui en août se sont refusés à combattre les partisans. L’augmentation des internements de Belges et de Hollandais en 1944 tient avant tout à l’intensification des mesures de représailles de la police pour combattre la résistance. le 15 novembre 1944 se trouvent 2354 Belges, 595 Hollandais et 82 Luxembourgeois dans la camp. Policiers danois Les militaires allemands commencèrent à craindre la police danoise vers la fin de l’été 1944. Le 19 septembre 1944 à 11 heures les Allemands pénétrèrent avec violence dans les préfectures de Police de tout le pays. Ils sont envoyés à Neuengamme en octobre 1943 puis à Buchenwald (block 57 du petit camp). 60 meurent à Buchenwald. Prisonniers du Protectorat Fin septembre 1939 arrivent de Dachau 700 prisonniers provenant de la Tchécoslovaquie occupée et rebaptisée "Protectorat de Bohème et de Moravie".L’internement augmente à la mi 1943. Les mesures répressives instaurées en 1942 après l’attentat réussi contre Reinhard Heydrich font passér de 600 mi 1943 à 5000 en octobre 1944 le nombre de tchéques. 773 des 7800 tchèques internés mourront à Buchenwald. Prisonniers de guerre Une place spéciale parmi les prisonniers étrangers est tenue par les prisonniers de guerre qui sont livrés par la Wehrmacht en vue d'exécution. Le 18 avril 1940 la Gestapo de Kassel livre 56 prêtres officiers polonais. Prisonniers civils d’Union soviétique De la mi 1942 au début 1943 la Gestapo de Thuringe, Hesse, Saxe et Rhénanie interne 400 travailleurs forcés soviétiques. Ils sont particulièrement mal traités par les SS. et subissent des privations de nourriture. ils sont quasiment tous affectés au commando X, le commando chargé de la construction des usines d’armement du camp ou à la carrière. La mortalité est telle que les SS renoncent à enregistrer leur décès officiellement. Ils seront plus de 17 000 au total. Les Français Parmi les prisonniers de près de 30 pays, les français constituent début 1944 le plus grand groupe. Dès le 10 avril 1942, l’état-major militaire en France sous l’ordre d’Hitler ordonne que „ pour chaque attentat, en plus de l’exécution de certaines personnes, 500 communistes et juifs seront à remettre au reichsführer et chef de la police du Reich pour être déportés“. Internés à Compiègne, environ 50 000 personnes partent pour Auschwitz et depuis 1943 pour d’autres camps, dont Buchenwald: Tous ne sont pas communistes. De juin 1943 à août 1944 arrivent 10 convois transportant plus de 13000 prisonniers. Au total le nombre des français déportés à Buchenwald est estimé à 25000. De plus environ 1000 françaises se trouvent dans des commandos extérieures. Ils jouent un rôle significatif dans la résistance des prisonniers étrangers. Les Italiens Les premiers Italiens de Buchenwald arrivent de la prison de Sulmona près de Rome après le cessez-le-feu que les Italiens et les alliés signent en septembre 1943. En 1944 se suivent des transports de prisonniers politiques venant en particulier de la prison redoutée de la police La Risiera à San Sabba près de Trieste. De juin à novembre 1944 les SS internent 1290 Italiens à Buchenwald: D’autres Italiens notamment ceux ayant participé à la guerre d’Espagne dans les brigades internationales arrivent dans les transports de Compiègne. Environ un tiers des 3500 italiens déportés meurent à Buchenwald . Les Yougoslaves et les Croates Dans les statistiques du camp les SS font une différence entre les yougoslaves et les Croates. Les premiers yougoslaves arrivent l’été 1941. Ils restent isolés. Un transport de Flossenburg en octobre 1943 fait passer l’effectif des yougoslaves à 759 fin 1943. Mi juin 1944, 575 yougoslaves et 327 croates se trouvent à Buchenwald. Militaires alliés En août 1944 le commandement de la police de sécurité en France, ordonne de vider les prisons parisiennes et le camp de Compiègne des prisonniers alliés s’y trouvant. La majorité des prisonniers sont déportés le 20 août 1944 à Buchenwald. Parmi eux 167 pilotes abattus en France dont 82 américains, 48 Britanniques, 26 Canadiens, 9 australiens, 2 Néo-zélandais et 1 jamaïcain. Parmi les prisonniers qui arrivent le 17 août 1944 se trouvent aussi 37 membres des services secrets, arrêtés en France. Le Bureau central de la Sécurité du Reich ordonne pour eux „ un traitement spécial“. De début septembre à la mi octobre 34 d’entre eux sont pendus dans la cave du crématorium. Seuls trois pourront être sauvés. Les étudiants norvégiens Le 30 novembre 1943, environ 1250 étudiants de l’université d’Oslo sont arrêtés et internés dans un camp en Norvège. Comme ils ont protesté contre la nazification de l’université, ils doivent servir d’exemple pour le programme de rééducation. 348 sont conduits à Buchenwald. En juillet 1944. le premier étudiant quitte Buchenwald, en octobre le dernier part. Le 17 d’entre eux sont morts. L’administration SS Section I : la Kommandantur du camp. Buchenwald eut deux commandants: Le SS-Standartführer Karl Koch (de juillet 1937 à décembre 1941) et le SS-Oberführer Hermann Pister (de janvier 1942 à avril 1945). Ils sont nommés par l’Inspection des camps de concentration. Ils sont tous deux issus de milieux modestes de la société, suivent des études scolaires moyennes, participent en tant que soldat à la première guerre mondiale et sont membres des SS avant 1933. Leurs commandements sont cependant très différents, non seulement en raison de leur caractère et de leur parcours au sein de la SS dissemblables, mais aussi en raison des conditions générales qui transforment le camp de concentration en camp de travail. Ces conditions rendront le brutal Karl Koch superflu et promouvront le bureaucrate Pister. Koch eu 5 adjudants. Harting Block (1937), Johannes Wellershaus (1937), Hans Hüttig (1938-39), Hermann Hackmann (1939-40) et Heinz Büngeler (1941-42). Après le départ de Büngeler, Pister n’aura qu’un adjudant: Hans Schmidt. Parmi les adjudants de Koch Hermann Hackmann a la réputation d’être un SS particulièrement corrompu et dangereux. Il est condamné avec Koch en 1944 par un tribunal spécial pour vol aggravé de biens du Reich, et est exclu de la SS. Sous le règne de Koch, les blocks et commandosführers sans scrupules et corrompus ont une grande chance de promotion et n’ont rien à craindre si un prisonnier est mal traité ou exécuté „pendant une évasion“. Section II: la section politique. L’annexe de la Gestapo dans le camp s’appelle la section politique. Les fonctionnaires interrogent, torturent les prisonniers. De 1942 à 1945 Walter Serno en est le responsable. Jusqu’en 1942, les SS mènent personnellement les interrogatoires, bien souvent par la violence. En plus de ses fonctions, elle poursuit les activités politiques menées par les prisonniers en se servant d’un réseau d’espions. Section III : La direction du camp d'isolement. La section III dicte l’emploi du temps des prisonniers et obtient leur soumission absolue. Chaque jour commence et finit par le long comptage sur la place d'appel, sur laquelle en règle générale, l'ensemble du camp doit se présenter, jusqu'à ce qu’ai lieu l'enregistrement de l'effectif. Le 1er Lagerführer du camp, le SS le plus puissant après le commandant, règne sur le camp. Il nomme les prisonniers fonctionnaires, ordonne les contrôles des blocks et dicte les mesures de terreur quotidienne. Comme dans d'autres camps les SS. recrutent à Buchenwald parmi les prisonniers du personnel qui doit exécuter à leur place le travail routinier. Ils délèguent à certains une partie du travail administratif et d'approvisionnement. Ainsi apparaît une classe de prisonniers fonctionnaires, qui en fonction de leurs compétences et de leur poste se répartissent en 3 groupes:.1-Les prisonniers fonctionnaires, dirigeants de commandos et ayant un droit de sanction: les doyens de camps, doyens de blocks, les capos et contrôleurs. 2-Les prisonniers fonctionnaires travaillant dans les bureaux, les entrepôts, les cuisines et les infirmeries des prisonniers, 3-les fonctionnaires accomplissant des travaux particuliers, artisans du camp, courrier, coiffeurs et hommes de corvées. Les juifs sont exclus jusqu'en 1939 de toutes les fonctions. La nomination des doyens de block juifs n'est du qu'à des considérations pratiques. Les autres catégories de prisonniers comme les Sintés et Roms, les homosexuels et la majorité des "asociaux" sont exclus systématiquement des fonctions importantes. Les führers du camp d'isolement de Buchenwald sont décrits comme d'un caractère brutal et fantasque, parfois comme des ivrognes notoires. Parmi eux Jakob Weiseborn, Arthur Rödl, Hermann Florstedt et Hans Hüttig sont plus tard nommés commandants d'autres camps de concentration. Section III E : Affectation du travail. Jusqu’au début de la guerre travaillent environ 90% des prisonniers à la construction du camp. Sous le commandement de Koch, le travail des prisonniers est un instrument de terreur très prisé. La productivité et le zèle des prisonniers restent d’abord secondaires. Avec la fin de la première phase de construction, les réflexions sur l’exploitation économique du travail des prisonniers sont mises en avant. Le commando de travail chargé des statistiques est chargé de la comptabilité, de la facturation du travail effectué par les prisonniers, la rédaction de rapports mensuels et de justificatifs. Dans ce commando travaillent en 1938 3, fin 1944: plus de 70. Section IV: l’Administration Le département IV que dirige successivement Mohr (1937), Karl Weichdorfer (1937-42) et Otto Barnewald est responsable de l’approvisionnement des SS et du camp de concentration, en nourriture, eau, électricité, combustible, vêtements, équipement et de l’aménagement des casernes et des baraques. De lui dépendent les cuisines et les entrepôts du camp. Il participe à l’extorsion des biens des prisonniers, au détournement de fonds et au trafic de nourriture. Depuis 1940 la section s’occupe du prélèvement des dents en or. Le camp de Buchenwald envoie en mars 1944 383 grammes d’or, et en avril 1944, 504 grammes. Section V: la Médecine du camp. Du temps de Karl Koch les médecins du camps, qui sont responsables du suivi médical des membres de la SS et des prisonniers ainsi que de l’hygiène changent souvent. L’infirmerie des prisonniers, aussi appelée „revier“, apparaît dans les premiers mois du camp comme lieu de soin pour les maladies simples. La construction d’une infirmerie avec plusieurs baraques et des salles d’opération résulte non pas d’une inquiétude pour la santé des prisonniers mais de la volonté des SS. de ne plus être dépendants de l’hôpital de Weimar et de la clinique universitaire de Jena. La salle d’opération du revier remplit toutes les conditions pour des opérations stériles, des stérilisations, des émasculations. L’agrandissement de l’infirmerie est incitée par des épidémies et des arrivées de prisonniers. Du temps du commandant Koch les prisonniers médecins n’ont pas le droit d’exercer dans l’hôpital. Suite à la surpopulation du camp en 1938, la première épidémie de typhus se déclare et conduit à une quarantaine générale d’une semaine. Un an plus tard lorsque le camp est de nouveau surpeuplé, une épidémie de dysenterie provoque de nombreux morts parmi les prisonniers. Waldemar Hoven est le médecin du camp le plus longtemps en fonction à Buchenwald. Que les prisonniers écrivent la thèse qui le fera docteur en 1943, peu avant son arrestation, caractérise parfaitement bien sa carrière. Il participe aux expériences médicales, aux assassinats de malades, aux sélections pour l’extermination et se laisse corrompre par le commandant Koch et par les prisonniers. Au coté de Hoven, la majorité des médecins SS. participe aux crimes contre les prisonniers. Ainsi le docteur Werner Kirchert (1937-38) mène des „tests d’intelligence“ et fait des demandes de stérilisation devant les tribunaux chargés des maladies héréditaires pour les prisonniers ne réussissant pas avec succès ces tests. Il contraint des homosexuels à se porter volontaires pour être émasculés. Sous le docteur Erwin Ding (1938-39) commence en 1942 des expériences sur le fièvre jaune à Buchenwald. Le Dr Hans Müller initie le découpage, le tannage et la réparation des peaux tatoués et ce dans une telle quantité que le docteur Hoven interdit, après le départ de celui-ci en 1942 que continue la fabrication de cadeau en peau humaine. Le docteur Hanns Eisele, particulièrement sans scrupules envers les juifs, est surnommé par les prisonniers „docteur-seringues“ ou „la mort blanche“. Massacres et mortalité dans le camp Massacre de 8000 prisonniers de guerre soviétiques. Le massacre de prisonniers de guerre soviétiques dans les camps de concentration de l'été 1941 à l'été 1942 fait partie des crimes savamment organisés. Des commandos spéciaux de la police chargée de la sécurité sont envoyés dans ces camps pour "sortir les éléments politiquement indésirables". Ils sont alors amenés dans des camps de concentration pour execution: Une installation spécifique est amenagée à Buchenwald et à Sachsenhausen dans l'écurie ou une pièce est aménagée en cabinet médica: le prisonnier au moment où il est mesuré est abattu d'une balle dans la nuque à travers un orifice troué dans la toise et derrière laquelle se trouve un ou deux SS. Au moins 7000 personnes sont ainsi exécutées, parfois 400 en une nuit. Sélection et exécution des prisonniers "non-viables" L'extermination des prisonniers juifs et les handicapés inaptes au travail fait partie de l'action 14f13 qui débute en 1941. Au moins 571 prisonniers juifs de différentes nationalités sont envoyés pour être exterminés aux stations d'euthanasie de Bernburg et de Sonnnstein. Déportation et extermination des prisonniers juifs. Le 19 janvier 1942 entre en effet un ordre de l'inspecteur des camps de concentration, que tous les prisonniers juifs inaptes au travail se trouvant dans des camps de concentration soient envoyés au camp de Lublin. Le 8 octobre 1942 le commandant annonce 405 prisonniers juifs pour être transporter à Auschwitz. Livraison des prisonniers des prisons pour „l’extermination par le travail“ Fin 1942 commence la livraison de 2300 détenus "criminels" en préventive à Buchenwald pour executer les travaus les plus durs: la moitié meurt. Déportations et internements pour exécution. Pendant la guerre le bureau central de la sécurité du Reich peut sans procès et sans condamnation à mort ordonner l’exécution de personnes détenues par la police ou modifier les condamnations de justice. Souvent il s’agit aussi de Polonais qui ont une relation avec une femme allemande. La majorité des exécutions n’ont pas lieu devant les prisonniers mais dans le stand de tir prés de la DAW, quelques fois aussi dans le chenil de la kommandantur, le plus souvent dans la cour ou la cave du crématorium ou sont accrochés à cette fin comme dans un abattoir 48 crochets. Le SS-kommandoführer Hermann Helbig reconnaîtra avoir pendu plus de 250 personnes. Eugen Kogon parle de 1100 hommes et femmes assassinés dans la cave. L’automne 1944 les SS pendent 34 Français, Belges, Anglais et Canadiens, appartenant aux services secrets alliés. Sont aussi exécutés des officiers polonais en 1943. Enfin le député du Parlement et chef du parti communiste allemand, Ernst Thälmann est abattu dans la nuit du 17 au 18 août 1944 dans la salle des fours crématoires. Convois de la mort. Les SS. ne se privent plus d’éliminer les malades et les faibles en les envoyant dans d’autres camps ou en les assassinant par injection de phénol, d’évipan ou d’air. La destination est d’abord le camp de Majdanek. Les SS. y envoient le 15 janvier 1944 et le 6 février 1944, 1888 malades et faibles de Dora. Des transports semblables partent entre 1943 et avril 1944 des camps de Dachau, Flossenbürg, Mauthausen, Neuengamme, Auschwitz, Ravensbrück et Sachsenhausen. Le mouroir Petit camp. La création de zones spéciales sert depuis 1938 avant tout à décharger le camp d’une surpopulation qui pourrait nuire à son fonctionnement. Au Petit camp les SS installent des écuries de la Wehrmacht de 40 mètres de long sur 10 de large, dans lesquelles se trouvent deux rangées de 3 ou 4 couches superposées. Tous les transports à partir de 1943 y passent. La quarantaine dure en moyenne de 4 à 6 semaines. De mai à septembre 1944 sont aussi dressées 5 tentes militaires à l’intérieur du petit camp. Les 5 tentes restèrent les seuls abris possibles. 200 à 300 enfants, vieillards et malades y dormirent. Les autres devaient par n’importe quel temps vivre autour. Les SS. font construire en décembre 1944, 17 baraques dans le petit camp et font enlever les tentes. 1800 voire 1900 prisonniers vivent dans 500 mètres carré. En janvier 1945, 6000 prisonniers se trouvent dans le petit camp. La faim, la saleté, des combats désespérés pour survivre, des maladies contagieuses règnent sur l’endroit. Une mort en masse est la conséquence. Environ 5200 personnes meurent en cent jours. Les expériences médicales En raison des épidémies de typhus qui se répandent dans les camps de prisonniers de guerre, les SS proposent de tester différents vaccins sur les prisonniers. Les expériences sont menées conjointement par la SS, IG Farben, la Wehrmacht et l'Institut Robert Koch au block 46. La plupart des maladies contagieuses seront expérimentées. En 1943 s'installe au Block 50 le "Département de recherche sur le typhus et les virus" de l'Institut d'hygiène de la Waffen SS. Lors d'une expérience sur le typhus de la firme Hoechst meurent 21 prisonniers sur 39. Certains prisonniers "transmetteurs" sont utilisés pour maintenir les virus vivants et à disposition. Leur sang est utilisé pour la contamination artificielle d'autres prisonniers. 35 séries d'expériences sont menées d'août 1942 à octobre 1943. La majorité concerne le typhus mais aussi les brûlures au gaz, la fièvre jaune, la résistance au vaccin contre le typhus, les paratyphus A et B, la diphtérie, différents poisons, l'efficacité des sérums sanguins conservés et traitements contre les brûlures. Avec le soutien d'Himmler, le Dr Carl Vaernet mène des expériences sur 5 homosexuels. Au moins un millier de prisonniers servirent de cobayes aux SS., un nombre encore inconnu en meurent. La famine, des expérimentations médicales (voir Aribert Heim) et la dureté des conditions de travail firent mourir autour de 60 000 prisonniers. Le « Comité international clandestin » de Buchenwald voit le jour l'été 1943 suite à une réunion secrète. Le colonel Frédéric-Henri Manhès, déporté en 1943, et Marcel Paul, dirigeant communiste français, déporté à Auschwitz, puis à Buchenwald en 1944, y représentaient les intérêts des déportés français. Fin , le commando de Dora fut créé à 80 km au nord, à proximité de la ville de Nordhausen. D'abord rattaché à Buchenwald, il devint un camp de concentration à part entière en octobre 1944 sous le nom de KZ-Mittelbau. Des milliers de Français y furent déportés dont plus de la moitié moururent. Début avril 1945, les nazis tentèrent d'évacuer le camp alors que les troupes américaines approchaient et précipitèrent des milliers de déportés sur les routes, sur les "marches de la mort". Cependant l'organisation clandestine du camp parvint à limiter les départs et à prendre le contrôle du camp sur les SS le 11 avril 1945, quelques heures avant l'arrivée des blindés américains. Les habitants de la ville voisine de Weimar distante d'environ 5 km, furent réquisitionnés pour l'évacuation des corps de déportés, la plupart d'entre eux disant qu'ils ignoraient ce qui se passait alors à Buchenwald. Le Général Eisenhower, libérateur du camp de Buchenwald a souhaité que les civils Allemands se rendent au camp tout proche de Weimar afin que chacun puisse constater l'horreur réelle du système qu'ils avaient porté au pouvoir en 1933. A Buchenwald, hors de l'enceinte du camp des déportés, se trouvaient des villas où une cinquantaine de personnalités dont les Français Léon Blum ou Georges Mandel furent internés dans des conditions non comparables avec celles du camp de concentration. Buchenwald a compté de nombreux kommandos annexes dont Langenstein et Laura.

Quelques tortionnaires

-Commandant nazi du camp :
-Karl Otto Koch de 1937 à 1942 (avec sa femme Ilse Koch)
-Hermann Pister de 1942 à 1945
-Hans Aumeier
-
Medecin nazi du camp
:
-Waldemar Hoven (1903-1945)
-Gerhard Rose
-'Personnel nazi du camp ':
-Hermann Hackmann

Détenus connus

Dans le camp de concentration

- Robert Antelme (qui écrivit
L'Espèce humaine
sur sa déportation au camp)
- Bruno Bettelheim
- Auguste Boncors
- Claude Bourdet
- Georges Brutelle
- Julien Cain
- Marcel Dassault
- Guy Ducoloné
- Raphaël Elizé
- Marie-Gabriel Fugère
- Maurice Halbwachs
- Paul-Emile Janson
- Pierre Kaan
- Imre Kertész
- Julien Lahaut
- Albert Luyat
- Henri Manhès
- André Marie
- Henri Maspero
- Marcel Michelin
- Marcel Paul
- Joseph-Paul Rambaud
- Paul Rassinier
- David Rousset
- Hélie de Saint-Marc
- Paul Schneider
- Jorge Semprún
- François de Tessan
- Ernst Thälmann
- Eugène Thomas
- Claude Vanbremeersch
- Elie Wiesel (Prix Nobel de la paix 1986)
- André Wynen
- Jean Fonteyne

Hors camp de concentration, en simple détention

Les conditions de détention de ces "prisonniers d'honneur" n'avaient rien à voir avec celles d'un camp de concentration.
- Léon Blum
- Léon Jouhaux
- Georges Mandel

Après la libération

Le camp spécial nº2 de Buchenwald

Entre mai 1945 et 1950, le camp servit à l'emprisonnement d'opposants politiques au régime soviétique, tout comme trois autres camps de concentration nazis (dont Torgau). Le camp spécial (Speziallager) numéro 2 de Buchenwald fut créé en 1945 à l'endroit même où se trouvait l'ancien camp de concentration. Il fut utilisé jusqu'en 1950 comme camp d'internement. Comme dans la plupart des camps, les détenus libérés des camps de concentration de l'époque nazie ne purent pas tous regagner tout de suite leur pays. Il s'est écoulé des jours, parfois des mois. Le camp de concentration de Buchenwald avait été libéré par les troupes américaines, mais faisant partie de la zone d'occupation soviétique, il fut remis aux troupes soviétiques. Les Soviétiques utilisèrent l'infrastructure du camp de Buchenwald, comme les Américains à Dachau par exemple, pour interner des nazis, membres du NSDAP, des collaborateurs et des criminels de guerre, dans le cadre du travail de dénazification fixé par les accords interalliés. Contrairement à ce qui a été affirmé peu après la chute du Mur de Berlin, il n'est pas avéré que des opposants politiques à l'occupant soviétique y aient été internés. Au total, 28000 personnes (dont environ 1000 femmes) serait passées dans le camp spécial. 7000 seraient morts pendant leur détention, une surmortalité due particulièrement au manque de nourriture à l'hiver 46/47. En RDA, le souvenir du camp spécial ne donnait pas lieu à commémoration. C'est seulement après la disparition de la RDA, que les autorités de l'Allemagne fédérale ont encouragé l'étude et la commémoration de cet épisode, ce qui conduisit à la conception d'une exposition permanente sur le Speziallager Nr. 2 sur l'Ettersberg à côté de celle consacrée au camp de concentration. Cette exposition a rencontré la vive opposition des associations d'anciens déportés de tous les pays et du Comité international de Buchenwald, qui considèrent que tout amalgame représente un dangereux révisionnisme.

Le chêne de Goethe

Les nazis ont fait abattre par leurs prisonniers des dizaines d'hectares de forêt pour la construction du camp de construction de Buchenwald. Un arbre, un chêne ou un hêtre, placé au milieu du camp, qui selon la légende était celui sous lequel le poète, philosophe et dramaturge Goethe (qui vécut et mourut à Weimar) avait l'habitude de se reposer, méditer et travailler, fut épargné, étonnant symbole d'une Allemagne humaniste au coeur de l'horreur concentrationnaire nazie. L'arbre a été brûlé lors du bombardement allié de juillet 1944. Un proverbe circulait parmi les déportés: l'Allemagne nazie devrait disparaître quand le chêne de Goethe s'abattrait.

Buchenwald (avril 1945) photographies de Jules Rouard

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Bibliographie

- Léon Blum : Le Dernier mois, Arléa 2000,
- Léon Blum : Lettres de Buchenwald, Paris, Gallimard, 2003,
- Thomas Heimann : Bilder von Buchenwald : die Visualisierung des Antifaschismus in der DDR (1945 - 1990), Cologne - Weimar - Vienne, Böhlau-Verlag, 2005,
- Ritscher Knigge, Bodo Volker (Hrsg.) : Totenbuch. Speziallager Buchenwald 1945-1950, Weimar, Stiftung Gedenkstätten Buchenwald und Mittelbau Dora, 2003,
- Eugen Kogon : L'État SS, Seuil, 1993,
- Ritscher Knigge, Bodo Volker (Hrsg.) : Das sowjetische Speziallager Nr. 2 1945-1950. Katalog zur ständigen historischen Ausstellung, Göttingen: Wallstein, 1999,
- Walter Spitzer : Sauvé par le dessin : Buchenwald, Favre, 2004,
- Agnès Triebel : Les Français à Buchenwald-Dora, Association française Buchenwald Dora et Kommandos, Paris 2005
- Olivier Lalieu : La zone grise ? : La résistance française à Buchenwald, Taillandier, Paris, 2005
- Pierre Durand : La chienne de Buchenwald, Messidor, Paris, 1982
- Pierre Durand : La Résistance des Français à Buchenwald-Dora, Messidor, Paris, 1991
- Jorge Semprun : L'écriture ou la vie, Gallimard, 1994,
- Robert Antelme: L'espèce humaine, Gallimard, 1957,
- Daniel Rochette & Jean-Marcel Vanhamme: Les belges à Buchenwald, Pierre de Méyère, 1976
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Sujets connexes
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