Débat sur la norme du français québécois

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Le débat sur la norme du français québécois oppose deux camps : celui des endogènistes (terme forgé par Lionel Meney) ou aménagistes et l'autre, qu'on pourrait appeler celui des exogènistes. Les premiers considèrent que le français québécois doit avoir sa propre norme, distincte du français standard, les autres considèrent qu'en faisant cela, le français québécois se « ghettoïserait ». Ce débat rappelle la querelle des régionalistes
Débat sur la norme du français québécois

Le débat sur la norme du français québécois oppose deux camps : celui des endogènistes (terme forgé par Lionel Meney) ou aménagistes et l'autre, qu'on pourrait appeler celui des exogènistes. Les premiers considèrent que le français québécois doit avoir sa propre norme, distincte du français standard, les autres considèrent qu'en faisant cela, le français québécois se « ghettoïserait ». Ce débat rappelle la querelle des régionalistes et des exotistes, dans la littérature québécoise. Il existe deux principaux « champs de bataille » pour ce débat : les dictionnaires québécois et les médias.

Note terminologique

Quelques expressions synonymiques peuvent servir pour désigner cette notion :
- débat sur le joual
- débat du joual
- querelle du joual
- querelle sur le joual
- controverse du joual
- débat sur le français québécois
- débat du français québécois
- querelle du français québécois
- querelle sur le français québécois
- controverse du français québécois

Origine

Selon l'aménagiste Jean-Claude Corbeil, le débat remonterait jusqu'à 1760, mais se serait intensifié depuis 1955, soit peu avant le début de la révolution tranquille, Le Devoir, 14 janvier 2005.

Débat sur l'existence du débat

L'existence du débat sur la norme du français québécois fait elle-même l'objet d'un débat. Dans un article paru dans Le Devoir, Jean-Claude Corbeil écrit que « trois consensus se sont dégagés », Le Devoir, 14 janvier 2005 sur le français québécois. Dans un autre article, Lionel Meney répond qu'« ou bien il y a consensus, et alors il n'y a plus de débat, ou bien il y a débat, et alors il n'y a pas de consensus ».

Arguments employés par les deux camps

Position d'institutions et de personnes notables

Position de l'Office québécois de la langue française

L'Office québécois de la langue française paraît pencher du côté de l'aménagisme. Lionel Meney écrit que :Les aménagistes ont investi les lieux de pouvoir : secrétariat à la politique linguistique, Conseil et Office de la langue française, ministère de l'éducation ... On peut mesurer leur progrès en comparant deux définitions officielles à vingt-cinq ans de distance : « La norme qui, au Québec, doit régir le français dans l'administration, l'enseignement, les tribunaux, le culte et la presse, déclarait l'Office de la langue française en 1965, doit, pour l'essentiel, coïncider à peu près entièrement avec celle qui prévaut à Paris, Genève, Bruxelles, Dakar... » En 1990, le Conseil de la langue française affirmait qu'il y a maintenant « consensus au Québec quant à l'existence d'un français standard d'ici dont la description constitue la prochaine étape obligée du projet collectif québécois d'aménagement de la langue ». En réalité, il n'y a pas de consensus. Le Conseil n'a écouté que ceux d'accord avec la création d'une « norme québécoise ». Comme autre indication de la faveur qu'a l'endogènisme à l'Office, on peut citer le fait qu'Hélène Cajolet-Laganière, l'une des rédactrices du Français au bureau, 4 août 2007 de l'Office est également l'un des auteurs de Oui... au français québécois standard, Hélène Cajolet-Laganière et Pierre Martel, 28 décembre 2006.

Position des Éditions Le Robert

La maison d'édition Le Robert prend position dans la préface du Petit Robert 1993 : :Ces données ne prétendent pas remplacer les descriptions spécifiques et plus exhaustives des belgicismes , et encore moins se substituer à des dictionnaires du français décrivant l'usage et la norme de cette langue dans une communauté sociale donnée (le Robert vient d'en faire la tentative très sérieuse au Québec, par le Dictionnaire québécois d'aujourd'hui.)» Le Nouveau Petit Robert, bien qu'il décrive fondamentalement une norme du français de France, inclut certains régionalismes de France et d'ailleurs pour souligner qu'il existe plusieurs « bons usages », définis non par un décret venu de Paris, mais par autant de réglages spontanés ou de décisions collectives qu'il existe de communautés vivant leur identité en Français. Le Dictionnaire québécois d'aujourd'hui a pour rédacteur principal l'« endogèniste » Jean-Claude Boulanger.

Position de l'Académie française

L'Académie française semble tendre du côté de l'exogènisme. Son secrétaire perpétuel, Maurice Druon, fait des déclarations le 15 janvier 2006 sur les ondes de Radio France Internationale qui font ensuite couler beaucoup d'encre au Québec, site de Radio-Canada, 16 janvier 2006 « », site de Le Devoir, 16 janvier 2006. Ces déclarations ont pour effet de rallier pour l'occasion les médias québécois sous la bannière de l'aménagisme.

Dictionnaires « endogènistes » et « exogènistes »

- voir également lexicographie québécoise Certains dictionnaires s'inscrivent clairement dans l'un des deux camps, mais d'autres sont plus difficiles à cerner. La distinction est habituellement la suivante : les dictionnaires endogènistes possèdent une marque d'usage pour les francismes (parfois aussi pour les « québécismes », comme c'est le cas du Grand Dictionnaire terminologique) ; les dictionnaires exogènistes ne fournissent une marque d'usage que pour les québécismes. Le fait d'omettre la marque « québécisme » est presque toujours volontaire ; le fait d'omettre la marque « francisme » est souvent involontaire. D'ailleurs, la notion de « francisme » n'est pas connue en Europe, où on rédige des dictionnaires exogènistes sans le savoir, puisque que la tradition pour le français standard est que la norme est dictée par Paris. Selon ce point de vue, Paris peut avoir ses particularismes comme l'argot, mais pas de « régionalismes » (francismes). On ne connaît probablement pas très bien d'ailleurs la conception « endogèniste » ou « exogèniste » du français en Europe.

Dictionnaire québécois-français

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Article principal Le Dictionnaire québécois-français (1999) de Lionel Meney fait clairement partie des dictionnaires exogènistes. À la manière des dictionnaires parus depuis le XIXe siècle au Québec, il compare le français québécois et le français standard, mais contrairement à eux, il se contente de décrire les québécismes sans jamais les condamner. Il est de nature descriptive, et non normative. L'une de ses innovations est de proposer des équivalences de registre correspondant, et non seulement de registre neutre ou soutenu. C'est un dictionnaire spécialisé, il ne traite donc pas de la langue générale à la manière d'un Robert ou d'un Larousse.

Dictionnaire du français plus et Dictionnaire québécois d'aujourd'hui

Le Dictionnaire du français plus (1988) de Claude Poirier et le Dictionnaire québécois d'aujourd'hui (1992) de Jean-Claude Boulanger sont des dictionnaires généralistes faisant clairement partie du camp « endogéniste ». Ils tranchent avec la tradition établie au XIXe siècle en lexicographie selon laquelle on marque les canadianismes ou québécismes, et non les « francismes » (marque d'usage contestée par les « exogénistes »). Ils ne fournissent pas de marque d'usage désignant les régionalismes québécois, contrairement aux dictionnaires généralistes habituels (
Robert'', Larousse). Voici ce qu'en dit Mireille Elchacar de l'Université de Sherbrooke : :Le Dictionnaire du français Plus à l'usage des francophones d'Amérique (DFP) est paru en 1988. Il s'agit d'une adaptation par Claude Poirier et l'équipe du Trésor de la langue française au Québec d'un dictionnaire de la maison Hachette. Ce dictionnaire a d'abord été bien accueilli, en tant que premier dictionnaire général d'orientation descriptive (il y avait déjà eu des dictionnaires généraux plus normatifs), puisqu'il répondait à un besoin du public québécois d'avoir un ouvrage de référence pour la langue standard parlée au Québec. Mais le public a changé d'avis lorsqu'il s'est rendu compte que les emplois québécois n'étaient pas identifiés comme tels. En effet, dans sa politique éditoriale, le DFP choisit de ne pas marquer les québécismes mais plutôt les francismes. Le Dictionnaire québécois d'aujourd'hui (DQA), adaptation d'un dictionnaire de la maison Robert par Jean-Claude Boulanger, paru en 1992 allait encore plus loin dans la description de la langue française parlée au Québec. On a jugé que trop d'emplois et de mots familiers, très familiers, voire vulgaires parsemaient la nomenclature, alors qu'aucun ouvrage décrivant la langue standard ne faisait encore office d'ouvrage de référence en matière de langue au Québec. Ceci, couplé au fait que les québécismes n'étaient pas clairement identifiés, comme dans le DFP, a été la cause du peu de succès commercial de ce dictionnaire., Mireille Elchacar, site consulté le 4 août 2007

Grand Dictionnaire terminologique

Le Grand Dictionnaire terminologique est une banque de données terminologiques endogèniste. Il ne donne pas toujours de marque d'usage pour les québécismes, et en donne souvent une pour les « francismes ».

Franqus

Le projet Franqus est dirigé par les endogènistes Hélène Cajolet-Laganière et Pierre Martel, professeurs à l'Université de Sherbrooke. Leur dictionnaire, en version papier et en version électronique devrait être commercialisé au courant de 2008. On y trouvera les marques FQ (français québécois) et FE (français européen).

Quelques « endogènistes » et « exogènistes »

Le débat et la question de la qualité de la langue dans les écrits et dans les médias

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