Paul von Hindenburg

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Paul Ludwig Hans Anton von Beneckendorff und von Hindenburg, né le 2 octobre 1847 à Posen (aujourd'hui en Pologne) et mort le 2 août 1934 à Gut Neudeck (aujourd'hui en Pologne), est un militaire et un homme politique allemand. Il fut le chef d'État-major allemand lors de la Première Guerre mondiale (1916-1918) puis il devint président du Reich (1925-1934). Contre sa volonté il a été contraint de nommer Adolf Hitler au poste de chancelier d'Allemagne le 30 janvier 193
Paul von Hindenburg

Paul Ludwig Hans Anton von Beneckendorff und von Hindenburg, né le 2 octobre 1847 à Posen (aujourd'hui en Pologne) et mort le 2 août 1934 à Gut Neudeck (aujourd'hui en Pologne), est un militaire et un homme politique allemand. Il fut le chef d'État-major allemand lors de la Première Guerre mondiale (1916-1918) puis il devint président du Reich (1925-1934). Contre sa volonté il a été contraint de nommer Adolf Hitler au poste de chancelier d'Allemagne le 30 janvier 1933.

Les premiers pas au service de l'armée prussienne (1847-1866)

L'héritier d'une famille aristocrate prussienne

Paul von Hindenburg naît à Posen (aujourd'hui Poznan) en Prusse orientale, au 7 rue Bergstrasse à 15h. Son père Robert von Beneckendorff von Hindenburg (1816-1902), est militaire depuis 1832 et à ce moment-là il exerce comme lieutenant du 18 régiment d'infanterie à Posen. Il est le descendant d'une famille aristocratique qui possède des terres en Prusse depuis plusieurs générations. Ses grands parents paternels sont Otto Ludwig von Beneckendorff von Hindenburg (1778-1855) et Eleonore von Brederlow qui font de lui le descendant illégitime du comte Henri VI de Waldeck. Quant à sa mère, Luise Wilhelmine Schwickart (1807-1893) elle est peintre et roturière. Karl Ludwig Schwickart le grand-père maternel de Paul von Hindenburg est médecin-colonel de l'armée prussienne. Robert et Luise se marient en 1845. Quatre enfants naissent de cette union : Paul (1847-1934), Otto (1849-1908), Ida (1851-?) et Bernhard (1859-?). La famille déménage souvent au gré des mutations du père : Posen, Graudenz (aujourd'hui Grudziadz) puis Cologne. Le meilleur souvenir de Paul von Hindenburg est le passage à Pinne près de Posen. En 1850 son père est y promu capitaine, il dirige une compagnie d'hommes pendant quatre années. Hindenburg se souvient même dans ses Mémoires de son institueur, Herr Kobelt. En 1855 la famille déménage en Silésie à Glogau (aujourd'hui Glogow).

La formation à l'école militaire (1859-1866)

Après des études élémentaires, le jeune garçon incorpore le collège et le lycée de Posen. À partir de 1859, il rejoint l'école militaire de Wahlstatt (Wahlstätter Kadettehause, aujourd'hui Legnickie). Hindenburg décrit la scène dans ses Mémoires : "Un soir de printemps 1859 comme un garçon de onze ans, aux grilles du pensionnat des Cadets à Wahlstatt, je disais à mon père "Adieu !" Etre soldat était pour moi une évidence (...). Le service d'arme pour le roi et la patrie était une vieille tradition dans la famille"P. von Hindenburg, Aus meinen Leben, Leipzig, von Hinzel, 1920 Il dresse également le tableau d'une éducation sévère, à l'image de celle que connaissent les soldats en caserne menant une vie de "spartiate". Les permissions sont rares et brèves. "Je restais toute la nuit dans la pièce et j'avais peur (...). Nous n'avions pas de souper. Je ne trouvais comme linge que trois mouchoirs propres et quelques sous-vêtements. Cette nuit-là je n'ai pas pu dormir, car les punaises me mordaient terriblement." P. von Hindenburg, op. cit. Au début de l'année 1861, son frère Otto le rejoint à Wahlstatt et c'est Paul qui est en charge de son éducation. Durant le printemps 1863, une nouvelle mutation du père semble emmener les deux frères du côté de la Lichterfelde à Berlin. Située sur la Friedrichstrasse à proximité de la Alexanderplatz, c'est un nouveau monde pour les Hindenburg. Paul raconte que les parades militaires sur le Opernplatz ainsi que celles d'automne sur le Tempelhofer n'ont rien à voir avec l'école rurale. Il peut aussi apercevoir ici le nouveau roi de Prusse : Guillaume Ier. En 1864, les plus anciens élèves de l'école sont envoyés au front au cours de la Guerre des Duchés contre le Danemark. Hindeburg témoigne : "Moi-même j'étais trop jeune pour faire partie de ces chanceux. Les camarades savaient l'envie qu'ils nous procuraient, ceci ne peut pas se décrire."P. von Hindenburg, op. cit. En 1865, Hindenburg a le privilège d'être nommé officiellement PageEmployé aux appartements royaux de la reine Elisabeth de Bavière, veuve de Frédéric-Guillaume IV le roi de Prusse défunt. Puis, il sort sous-lieutenant de l'école militaire de Berlin âgé de 18 ans le 7 avril 1866.

La participation à la guerre austro-prussienne (été 1866)

Au cours du printemps 1866, le sous-lieutenant Hindenburg incorpore le 3 Régiment des gardes à pied à Dantzig. Depuis la Guerre des Duchés (1864), la Prusse et l'Autriche se disputent la direction de la province du Holstein. Hindenburg, comme beaucoup de militaires, sent la guerre proche : "Politiquement nous comprenions la nécessité d'une décision de pouvoir entre l'Autriche et nous puisque les deux puissances étaient à armes égales et aucune mesure pacifique n'était possible. Aucun des deux ne voulant céder, seules les armes pouvaient parler (...)." P. von Hindenburg, op. cit. C'est ainsi que le 19 juin 1866, la Prusse déclare la guerre à l'Autriche. Le régiment de Hindenburg est incorporé à la Seconde Armée prussienne dirigée par le Kronprinz Frédéric. Le régiment participe entre autres aux combats de Rosberitz et de Königgrätz. Le sous-lieutenant Hindenburg se souvient : "Les ennemis pénétraient de tous les côtés sur nous pour prendre le village (...). Chacun pique et tire autour de lui-même autant qu'il le peut (...). Sa montre d'or m'est remise pour éviter qu'elle ne tombe dans les mains des pilleurs. Bientôt nous courons le danger d'être coupés. Depuis une ruelle latérale derrière nous, on entend les tambours ennemis (...). Un toit de chaume et des barres brûlants provoquaient de la fumée et nous nous échappons grâce à cette protection sur une hauteur au nord-est du village." P. von Hindenburg, op. cit. Durant la bataille de Sadowa le 3 juillet suivant, Hindenburg s'empare de pièces d'artillerie et il se distingue plusieurs fois pour son courage. Durant cette journée, il semble qu'il ait perdu la moitié de ses hommes. "C'était un sentiment fier, quand je me suis retrouvé en train de respirer et blessé légèrement à la tête mais en possession des canons conquis !" P. von Hindenburg, op. cit. Le conflit représente avec la guerre de Crimée une des premières guerres modernes où on distingue la manoeuvre d'armées massives, la généralisation des armes à feu et de la logistique (train et télégraphe). Le 6 juillet son régiment dépasse l'Elbe et l'armistice est signé le 22 suivant. Sur le chemin du retour il rencontre son père à Prague qui est alors officier actif chez les Chevaliers de la Saint-Jean au sein d'un hôpital militaire. Le 20 septembre 1866, le régiment de Hindenburg, salué par la foule, rentre à Berlin. Son commandant de bataillon, von Seel, lui remet sur la Floraplatz, le Roten Adlerorden (l'Aigle rouge) 4 classe. Il écrit : "À tous ceux qui ont rendu la justice de manière impartiale, appartenait avant tout mon lieutenant Hindenburg qui, malgré son jeune âge, avait une grande responsabilité et donnait l'exemple à ses camarades." (Le commandant de bataillon von Seel).

Une longue carrière d'officier supérieur (1866-1911)

Sa participation à la guerre franco-prussienne (1870-1871)

Jusqu'en 1870, Hindenburg est envoyé en garnison à Hanovre où il est chargé de l'enseignement des recrues. Au même moment, on sait qu'il connaît son premier amour. C'est une certaine Irmengarde von Rappard avec qui il se fiance quelques mois plus tardElle décèdera de la tuberculose en avril 1871 lorsque Hindenburg sera en service en France. Au cours du printemps 1870 les relations s'enveniment entre la France et la Prusse. La guerre finit par éclater le 19 juillet. Le lieutenant Hindenburg est appelé aux armes il est âgé de 23 ans. Il incorpore le 1 Bataillon sous le commandement de von Seegensberg. Le 17 août son bataillon s'établit en Lorraine, à Pont-à-Mousson puis il continue sa marche vers l'ouest vers Hattonville (Meuse). "La marche jusque-là relativement courte, était fatigante. Depuis la veille on n'avait pas eu, dans la chaleur brûlante, d'approvisionnements et insuffisamment d'eau. J'avais eu l'occasion de visiter la tombe d'un cousin tombé dans le 2 Régiment des Dragons à Mars-la-Tour (...). J'ai vu ici des rangées de soldats morts au combat, autant Prussiens que Français. Une lutte meurtrière avait eu lieu."P. von Hindenburg, op. cit. Le régiment prend une direction nord-nord-est en direction de Saint-Privat. Hindenburg et ses hommes arrivent à proximité de l'ennemi. Le lieutenant témoigne : "Sur les hauteurs d'Amanvillers jusqu'à Saint-Privat se lèvent de lourds nuages de poudre. Plusieurs lignes ennemies d'artillerie et d'infanterie sont là en hauteur. Leur feu est surtout dirigé sur le IX Corps (...). Pour éviter le choc frontal nous avons contourné vers le nord vers Sainte-Marie-aux-Chênes. Le village est alors attaqué par l'avant de la garde de notre division (...). Après la prise de Sainte-Marie-aux-Chênes, nous nous reposâmes." P. von Hindenburg, op. cit. La situation devient de plus en plus critique et la guerre se montre de plus en plus meurtrière. De nombreux soldats ainsi que des officiers y perdent la vie. Le régiment de Hindenburg arrivent à Saint-Privat. "Le lieutenant von Feldhoff du 1 Régiment de la garde est tué près de moi. Son père, commandant de ce même régiment était tombé en 1866 à Königgrätz également non loin de moi... (...) Mon commandant monte avec moi en avant pour reconnaître le terrain et indiquer au bataillon la direction de marche. Pendant ce temps, des coups de feu tirent en notre direction. Nous devons poursuivre. Nous réussissons à traverser la route."P. von Hindenburg, op. cit. Le 30 août 1870, la bataille de Beaumont éprouve durement son régiment. Le corps de la garde forme la partie la plus septentrionale et la plus exposée à l'armée du maréchal Patrice de Mac-Mahon. Pourtant, l'armée française est rapidement dépassée. Napoléon III est capturé à Sedan. Hindenburg donne son avis sur la défaite française : "Je crois encore aujourd'hui que la France a eu une défaillance dans sa résistance ce qui est en grande partie la cause de cet échec."P. von Hindenburg, op. cit. Le 3 septembre, son régiment quitte le champ de bataille pour Paris. Le lieutenant Hindenburg a l'ordre de rester sur place jusqu'à la mi-janvier 1871. Le soir du 16 janvier il participe à la proclamation de l'Empire allemand dans le château de Versailles. Prussien convaincu il en garde un sentiment amer. Suite à sa participation active au conflit il est décoré de la Croix de Fer 2 Classe (Eiserner Kreuzes).

La formation de l'officier von Hindenburg (1872-1879)

Après le conflit franco-prussien, le lieutenant von Hindenburg est de retour dans sa garnison de Hanovre. C'est un officier polyvalent qui poursuit l'enseignement aux recrues. Le 13 avril 1872 il obtient une première promotion de grade. À l'époque déjà, le but ultime d'un officier allemand est d'incorporer l'Académie de Guerre (Kriegsacademie) qui permet l'accession à l'État-major général. Hindenburg réussit l'examen d'entrée à l'École de Guerre de Berlin en 1875. Durant la première année, l'officier de 27 ans est déçu par un enseignement qui n'étudie que les tactiques traditionnelles et anciennes des armées. En outre, son intérêt se montre grandissant lorsque les années suivantes, les professeurs introduisent les armes et les tactiques modernes. Durant sa formation, Hindenburg fait partie de la promotion du prince Alexandre de Prusse et il a l'opportunité de croiser de nombreux officiers supérieurs. Au printemps 1877, il retourne à Hanovre où il est incorporé au grand État-major. Le 09 juillet 1878, il est muté à l'État-major du II Corps d'armée de Stettin (aujourd'hui Szczecin en Pologne) où il est nommé capitaine. C'est à Königsberg (aujourd'hui Kaliningrad, en Russie) qu'il fait la connaissance de Gertrud Wilhelmine von Sperling (1860-1921), la fille du général von Sperling qui était le chef d'État-major général du VI Corps d'armée en 1866 puis la I Armée en 1870. Ils se marient le 24 septembre 1879, quatre enfants naissent de cette union : Irmengarde (1880)Le prénom Irmengarde a été donné en hommage au premier amour de Paul von Hindenburg avant la guerre 1870, Irmengarde von Rappard., un fils mort en bas âge (entre 1881 et 1882), Oskar Wilhelm (1883-1960) et Annemarie (1891).

L'entrée au grand État-major (1880-1894)

Le 5 mai 1881, il est muté en tant qu'officier d'État-major à la 1 division de Königsberg. Durant trois année, le capitaine von Hindenburg acquiert une connaissance pointue et stratégique de la Prusse orientale et de la région frontalière avec la Russie. De retour dans sa province natale, il souligne que le contact avec la troupe est plus étroit qu'ailleurs. On raconte qu'il est un officier sévère mais juste à la tête de sa compagnie. Du printemps 1884 à l'été 1885, il est appelé comme commandant de compagnie dans le III Régiment d'infanterie de Posen. La consécration pour Hindenburg est arrivée. Il est muté au sein de l'État-major général de l'armée à Berlin le 14 juillet 1885. Il est nommé commandant et se retrouve directement sous les ordres du vieux Maréchal Helmuth von Moltke. Ce dernier, vainqueur de la guerre des Duchés, de Sadowa et de la guerre franco-prussienne, a demandé sa retraite depuis longtemps mais l'empereur Guillaume I lui a toujours refusé. Hindenburg se fait remarquer par von Moltke qui ne manque pas d'en toucher quelques mots à un officier suédois en déplacement à Berlin : "Hindenburg a une confiance en soi si colossale qu'il ne veut absolument pas plier sa propre volonté et ne réaliser que ses projets. Pour ma part je remarque que tout ce que Hindenburg prend en main se passe très bien, donc je le laisse faire. Toutefois, il n'est pas sûr que mon successeur prenne en compte ces mêmes considérations." (H. von Moltke, c. 1887-1888). Le 1 janvier 1887, comme le veut la tradition militaire allemande, c'est son supérieur direct, le chef de département du grand État-major, le colonel Alfred von Schlieffen qui dresse un rapport sur Hindenburg : "Le commandant von Hindenburg est un officier d'État-major splendide qui s'est fait remarquer pour un intérêt animé pour le service, l'activité mobile et ainsi il encourage les jeunes officiers. Il est sérieux et énergique doté d'un point de vue précis et rapide. Ses activités sont tout à fait adéquates." (A. von Schlieffen, 01-01-1887). Le Maréchal Alfred von Waldersee, qui succède à von Moltke à la tête de l'État-major général, ne tarde pas à ajouter son avis : "D'accord. Le commandant von Hindenburg est un officier d'État-major très capable et il convient déjà au chef d'État-major général." (A. von Waldersee, 1888). Au cours de l'automne 1888, le commandant Paul von Hindenburg est muté au III Corps d'armée de l'État-major général. En parallèle, il donne des conférences et des cours de tactique militaire à l'Académie de Guerre. Au mois de novembre suivant il est nommé secrétaire au ministère de la Guerre avant de devenir chef du service Kriegsdepartments deux ans plus tard. Le 14 février 1891 il est promu lieutenant-colonel. Hindenburg est nommé à la tête d'un régiment d'infanterie à Oldenburg pendant l'été 1893. Cette responsabilité le marque profondément : "La position de commandant de régiment est la plus belle dans l'armée. L'éducation des officiers, par le travail et surtout à travers les relations sociales, la surveillance et l'enseignement de la troupe en sont les tâches les plus importantes. Je m'efforçais de soigner le sens chevaleresque dans mes bataillons, la modération de la guerre et la discipline. Malgré cela j'ai toujours eu une grande joie dans le service." P. von Hindenburg, op. cit.

Vers la Première Guerre mondiale (1894-1919)

Le Kommandierende General von Hindenburg (1894-1911)

Il est nommé colonel en mars 1894 et continue de diriger le régiment jusqu'en 1896. A cette date il fait ses adieux à son régiment plus à la manière d'un père que d'un commandant de régiment : "Mousquetaires ! Je suis revenu ici pour vous dire Adieu. Je me souviendrai toujours avec joie et fierté de l'honneur que j'ai eu de me trouver à la tête de ce régiment, car vous avez prouvé que vous étiez de braves soldats. Cet esprit de fidélité et d'obéissance, emportez-le dans votre pays natal et alors tout ira bien. Votre vieux commandant vous le souhaite." (Colonel von Hindenburg, c. été 1896). Le 14 août 1896, le colonel est en effet muté à la direction de l'État-major général comme général de brigade. Il incorpore la direction du VIII Corps d'armée à Coblence. Au printemps 1897 il est promu général de division. Son supérieur direct est le duc Guillaume de Bade (1829-1897) avec qui les relations sont si amicales qu'il finit par être nommé au cours du mois de juillet 1900 commandant de la 28 division de Karlsruhe avec le grade de général de corps d'armée. Robert von Hindenburg, le vieux père de Paul, qui se repose dans la propriété familiale de Gut Neudeck, est fier de l'ascension professionnelle de son fils aîné.Lui-même officier militaire, il avait une retraite de capitaine depuis la fin des années 1860 Il décède en 1902, soit neuf années après sa femme. Le 27 janvier 1903, le jour du 44 anniversaire du Kaiser, Hindenburg reçoit la nomination de commandant général du IV Corps d'armée de Magdeburg (Kommandierende General), un des postes les plus importants de l'armée prussienne. Il est désormais un personnage-clé de l'armée et en particulier pour le choix et l'enseignement des officiers. Quand il a terminé la revue d'un des régiments du IV Corps d'armée, il a l'habitude de dire au commandant : "C'était très bien, seulement les lieutenants auraient pu être plus gais !" Après huit ans de bons et loyaux services à Magdeburg, il prend sa retraite le 18 mars 1911, il est âgé de 63 ans. On ne connaît pas les raisons réelles de la mise en retraite du général von Hindenburg. En 1909, on lui avait proposé la fonction de ministre de la Guerre, ce qu'il a refusé presque "horrifié" : "Je n'ai aucune envie de débattre dans la chambre avec des députés!" Malgré la position prestigieuse qu'il a acquise, Hindenburg reste un homme plutôt simple : lorsqu'il passe la nuit dans un hôtel il a l'habitude de signer uniquement "von Hindenburg, officier". En 1920, Paul Lindenberg, son biographe officiel, écrit : "Le bruit qu'une tension serait née entre le Kaiser et Hindenburg est faux parce que dans les manoeuvres le militaire s'est toujours soumis à son souverain. Hindenburg n'a dirigé qu'une seule manoeuvre." Hindenburg lui-même rajoute : "J'avais atteint une carrière, meilleure que j'avais pu l'espérer. La guerre ne se trouvant pas en vue, je me reconnaissais le devoir de laisser ma tâche à des plus jeunes en demandant mon départ en 1911." P. von Hindenburg, op. cit.

L'entrée victorieuse dans la Première Guerre mondiale (août 1914-février 1915)

Paul von HindenburgHindenburg et Ludendorff sortant du Conseil de Guerre Le couple Hindenburg ainsi que leur fille cadette Annemarie ont choisi de loger dans une villa d'Hanovre de la Windekinstrasse. Une fois par an, entre 1911 et 1914, ils voyagent à travers l'Europe, les Alpes, Rome... Le reste du temps, Hindenburg se consacre à des études historiques et il poursuit la stratégie et la tactique militaire. Depuis le printemps 1914, le général est disponible mais il n'a reçu pour le moment aucun ordre de commandement. Le 3 août il envoie un salut amer à son ancien régiment : "Je ne peux m'empêcher de dire au régiment que je pouvais commander autrefois, mes désirs les plus fidèles..." (Général P. von Hindenburg, 03-08-14). Un après-midi il reçoit un télégramme officiel qui lui demande s'il est disponible pour servir l'Allemagne. Quelques instants plus tard, le chef du personnel (Chef des Stabes), le général Erich Ludendorff, lui annonce qu'on a besoin de lui à la VIII Armée stationnée en Prusse orientale. La tâche est difficile, Hindenburg accepte. Quelle est la situation en Prusse orientale ? L'objectif de l'État-major russe est de prendre la citadelle de Königsberg sur la Baltique. Les I et II Armées russes commandées respectivement par les généraux Paul von Rennenkampf et Alexandre Samsonov défont la VIII Armée allemande, alors dirigée par le général Maximilian von Prittwitz à Gumbinnen le 20 août. Le commandant allemand ordonne le retrait de ses troupes laissant la Prusse orientale aux mains des Russes. Le chef d'État-major général, Helmuth von Moltke limoge von Prittwitz et le remplace par Hindenburg.
- La bataille de Tannenberg (août 1914) Hindenburg sait qu'il est impossible pour lui et ses 200.000 hommes de la VIII Armée d'affronter les deux armées russes. Il met alors en pratique la théorie Schlieffen. Il désengage un maximum de troupes en face de von Rennenkampf et les dirige, aidés en renfort de deux corps d'armée venant de l'ouest, vers les hommes de Samsonov. Les relations entre les deux généraux russes étant très tendues voire inexistantes, les deux armées ne se complètent pas. La VIII armée d'Hindenburg écrase sans difficulté les troupes de Samsonov à la bataille de Tannenberg le 30 août 1914. Cette mission étant remplie avec succèsOn estime les prisonniers russes à plus de 92.000. Le véritable stratège de Tannenberg n'est pas Hindenburg mais Max Hoffmann, le chef du service d'opération de la VIII Armée allemande., il suffit de prendre les hommes de von Rannenkampf en tenaille vers le nord. Le 31 août il écrit au Kaiser : "J'annonce à votre Majesté que depuis hier, ils sont tous soumis et l'étau s'est refermé autour de la plus grande partie de l'armée russe : le XIII, le XV et le XVIII Corps d'armée sont détruits. Les pièces d'artillerie sont rassemblées dans les forêts. Le butin de guerre n'a pas encore été comptabilisé mais il est extraordinairement important. Aux alentours, le I et le VI Corps ont également souffert terriblement. Ils se sont mis précipitamment en retraite vers Mlawa et Myszyniec." (P. von Hindenburg à Guillaume II, 31-08-14).
- Les batailles des lacs de Mazurie (I) et de Lamberg (sept. 1914) Pour sa victoire, le général von Hindenburg est décoré de la Eisernen Kreuzes "Pour le Mérite" le 2 septembre. Le 14 septembre suivant, Hindenburg est une nouvelle fois vainqueur en écrasant la I Armée russe aux lacs mazures. La Prusse orientale est désormais libérée des Russes mais dans le même temps ces derniers ont lourdement défait l'armée autrichienne du général Conrad von Hötzendorff à la bataille de Lamberg, en Galicie, le 11 septembre.On estime les pertes autrichiennes à 250.000 morts et 100.000 prisonniers. Hindenburg est nommé commandant des armées du front oriental (Ober-Ost) le 1 novembre.
- La bataille de Lodz (nov.-déc. 1914) Hindenburg et Ludendorff dévient alors la route de leurs troupes pour prêter main forte aux Autrichiens. L'objectif des généraux allemands est d'écraser les armées russes qui tendent une percée en Silésie en les attaquant sur leur flanc occidental. Hindenburg sait que ses armées sont en infériorité numérique par rapport aux ennemis mais il doit attaquer rapidement. Il appelle aussitôt l'aide de la IX Armée commandée par le général August von Mackensen. Ce dernier est vainqueur sur la I Armée de von Rennenkampf puis sur la II Armée de Scheidemann qui bat retraite vers Lodz. Pourtant les renforts russes (V Armée de von Plehve) le 18 novembre commencent à encercler les hommes de von Mackensen qui s'échappent comme par miracle. Les Russes commandés par le grand-duc Nicolas Nicolaievitch se retranchent à Lodz : le résultat est indécis. Le 27 novembre Hindenburg reçoit la distinction de Generalfeldmarschall.
- Les batailles de Bolimov et des lacs de Mazurie (II) (janv.-févr. 1915) Suite à ce demi-échec Hindenburg veut en finir avec le front russe fixé à Varsovie. Il ordonne une nouvelle fois à la IX Armée de von Mackensen d'entamer une attaque de diversion à Bolimov. Son offensive générale débute véritablement le 7 février 1915 : la VIII et la X Armée sont prêtes à attaquer en Mazurie. Le 22 février, l'offensive est victorieuse, la X Armée russe bat retraite et échappe de peu au désastre total (plus de 56.000 morts russes et 90.000 prisonniers). L'objectif est atteint mais la XII Armée russe vient à la rescousse et permet la fin de l'avancée allemande sur le front de l'Est. Le 23 février le Maréchal von Hindenburg est décoré de la Eisernen Kreuzes I. Klass "Pour le Mérite" mit Eichenlaub (Croix de Fer ornée de feuilles de chêne).

L'entrée en scène des Dioscures (1916-1918)

Paul von HindenburgHindenburg et Ludendorff à la tête de l'Etat-major allemand (1916-1919)
- La bataille de Verdun (févr.-déc. 1916) A la fin de l'année 1915, l'État-major général, commandé par le général Erich von Falkenhayn, veut en finir rapidement avec les Français qu'il souhaite "saigner à blanc". Le 21 février 1916 il lance une grande offensive nommée opération Gericht mieux connue sous le nom de la bataille de Verdun. Dès le début de l'offensive les troupes allemandes font face à une résistance française acharnée rapidement rejointe par la II Armée française sous le commandement du général Philippe Pétain puis de Robert Nivelle. Malgré de nombreuses offensives et des moyens énormes Falkenhayn doit essuyer un échec avec plusieurs milliers de morts côté allemand. Le 29 août 1916 le Kaiser nomme Hindenburg nouveau chef de l'État-major général et Ludendorff comme premier quartier-maître général. Malgré leur duo, les deux hommes, qu'on surnomme les Dioscures, se disputent les rênes du pouvoir.
- Le Chemin des Dames (avril-mai 1917) Lorsque Hindenburg et son adjoint reprennent le commandement suprême de l'armée allemande, ils savent que l'Allemagne ne peut pas gagner le conflit par une guerre d'usure. Ils prévoient alors une nouvelle politique : celle de la "terre brûlée", un réarmement massif (Rüstungprogramm ou programme Hindenburg) et la construction d'un vaste réseau de tranchées fortifié de 160 km de long : la ligne Hindenburg. Le 15 avril 1917, le commandant des armées françaises, le général Nivelle ordonne une offensive de 850.000 hommes qui amène les troupes ennemies à se replier derrière leur fortification. Mais les soldats allemands de la deuxième ligne sont embusqués dans les versants du plateau. Malgré deux assauts importants l'armée française perd plus de 110.000 hommes, c'est une victoire pour Ludendorff.
- Les dernières offensives allemandes (mars-juil. 1918) Depuis mai 1915, Hindenburg achève de neutraliser les Russes et les Roumains sur le front oriental (Galicie). À partir de l'automne 1917, des négociations germano-soviétiques prévoient un traité de paix entre les deux pays. Le 3 mars 1918, le traité de Brest-Litovsk permet à l'État-major allemand de puiser dans ces troupes pour les amener sur le front occidental. Hindenburg ordonne une succession d'opérations offensives victorieuses (Michaël, Georgette, Blücher-Yorck, Gneisenau, Marne-Reims...) commandées par un des vainqueurs des lacs de Mazurie en 1915, le général Georg von der Marwitz. Le Maréchal est décoré de la Grosskreuz des Eisernen Kreuzes (Grand Croix de la Croix de Fer) (25 mars 1918). Cependant, l'offensive allemande est stoppée dans un premier temps en Picardie à partir du 4 avril 1918 par les troupes australiennes puis par les armées franco-britanniques du maréchal Haig et du général Debeney. Dans un second temps une seconde offensive allemande est stoppée au Chemin des Dames (mai 1918) puis enfin une troisième autour de Reims (juillet 1918). L'ensemble des contre-offensives est dirigé par le général Ferdinand Foch. Les forces alliées renforcées par un corps expéditionnaire américain à la fin du mois de septembre, font fortement reculer les troupes allemandes. Le 28 septembre, Ludendorff doit demander au chancelier Hertling de prévoir un armistice. Le 10 octobre, la ligne Hindenburg est saisie par les Alliés.

Hindenburg à la tête d'une "dictature militaire"

Der Eiserne Hindenburg en 1917 à Berlin Si Hindenburg est présent sur le terrain militaire, il est manifeste qu'il joue aussi un grand rôle sur la scène politique allemande pendant la Première Guerre mondiale. Ce rôle trouve ses racines dans le militarisme qui, depuis Frédéric II, s'est peu à peu développé puis imposé pendant les Gründerjahren avec la figure de Bismarck. Le Chef du Grand Etat-Major dispose de grands pouvoirs, von Moltke en avait fait les preuves.Ludwig von Mises, Le Gouvernement omnipotent : de l'Etat totalitaire à la guerre totale, Paris 1947. p.63. La victoire d'Hindenburg à Tannenberg a renforcé la confiance en la victoire au sein du peuple allemand. Peu à peu il acquiert une aura phénoménale, il devient un mythe. En 1917, une statue gigantesque le représentant est inaugurée à Berlin. La statue mesure 12 mètres de haut et pèse 26 tonnes. Hindenburg est fêté à l'égal d'un empereur. Guillaume II perd peu à peu de son influence. Cet état de fait devient clair lorsque Ludendorff estime que la mobilisation de la nation allemande pour l'effort de guerre est insuffisante et qu'il propose l'institution d'un travail forcé : le Vaterländische Hilfsdienst.Raymond Poitevin, L'Allemagne de Guillaume II à Hindenburg 1900-1933, Paris 1972. p.206. Le chancelier, Bethmann-Hollweg, s'oppose à cette mesure. Hindenburg et Ludendorff usent alors de leurs pouvoirs pour faire renvoyer le chancelier lorsque ce dernier s'oppose à la guerre sous-marine à outrance. Le 13 juillet 1917, Bethmann-Hollweg est contraint de démissionner. Hindenburg et Ludendorff iront même jusqu'à proposer un nouveau chancelier : Alfred von Tirpitz. La proposition sera écartée au profit de Georg Michaelis. L'Etat-Major incarné par Hindenburg et Ludendorff s'octroie les prérogatives du chancelier, ils reçoivent même les partis politiques le 14 juillet 1917.Ebd. p.213. On glisse peu à peu d'une monarchie à une dictature militaire. Lorsque le cours de la guerre change en défaveur de l'Allemagne, la perspective d'un armistice devient plus que possible, elle devient nécessaire. Ludendorff écrira dans ses mémoires de guerre : "Nous devrions mettre un terme à la guerre en suivant les voies diplomatiques". "Wir müssten die Beendigung des Krieges auf diplomatischen Wege herbeiführen". Erich Ludendorff, Meine Kriegserinnerungen 1914-1918, Berlin 1919. p.553. Hindenburg incite le gouvernement à négocier l'armistice, Guillaume II abdique et s'exile aux Pays-Bas. Il est signé le 11 novembre 1918. Foch représente la France et Matthias Erzberger l'Allemagne. Le fait que ce soit un civil qui signe le traité d'armistice pour l'Allemagne n'est pas anodin. La propagande allemande a longtemps représenté l'armée comme une force invincible.

Le retour du "vainqueur de Tannenberg" (1919-1934)

L'immédiat après-guerre (1919-1925)

Der DolschstossCouverture du Süddeutsche Monatshefte (avril 1924) reprenant l'iconographie du "coup de poignard dans le dos" telle que colportée par la légende. Rien ne va plus entre les Dioscures, le 26 octobre Guillaume II convoque Ludendorff et le congédie. Hindenburg ne fait rien pour retenir son adjoint à ses côtés : la guerre entre les deux généraux est ouverte. Hindenburg organise comme il le peut la retraite des armées allemandes durant le mois de novembre 1918. "Je suis mort de fatigue" avoue-t-il. La cellule militaire (OHL, Oberste Heeresleitung) qui gouverne l'Allemagne depuis 1916 demande la formation d'un gouvernement civil. Friedrich Ebert est nommé chancelier avant de devenir le premier président de la République de Weimar le 11 février 1919. Le 25 juin, Hindenburg quitte la direction de l'État-major allemand et le 3 juillet suivant il est définitivement démobilisé. Malgré la fin de la guerre, le peuple allemand continue à s'accrocher à l'Armée et à Hindenburg et Ludendorff. Il est impensable que l'Allemagne soit défaite et que le prestige des deux généraux soit entaché. Il faut trouver un bouc émissaire à la situation : la République de Weimar, fraîchement proclamée. Était née la Dolchstoßlegende. Pourtant l'Armée a sa responsabilité dans la défaite : si l'État-Major s'est acharné à vouloir gagner la guerre militairement, il a également aggravé la situation. En faisant renvoyer le chancelier Bethmann-Hollweg, la voie était libre pour la guerre sous-marine, cette même guerre qui a provoqué l'entrée en guerre des États-Unis, signant la future défaite de l'Allemagne. Le 18 novembre 1919 un comité d'enquête de l'Assemblée Nationale du Reich se tient au Reichstag à Berlin pour éclaircir la responsabilité des hauts dignitaires allemands concernant la défaite de la Première Guerre mondiale. Hindenburg et Ludendorff sont conviés pour témoigner. Suivi, par Ludendorff, le vieux Maréchal entre le premier. Le prestige des deux hommes est tel que la salle qui accueille les interrogatoires est pleine. La presse nationale et internationale tout comme la société berlinoise et des environs étaient présentes.Ulrich Heinemann, Die verdrängte Niederlage, Göttingen, 1983. p.163. Même si Hindenburg est démobilisé, on l'entoure d'honneurs et son siège est décoré d'un bouquet de chrysanthèmes blancs dans lequel est noué un ruban noir, blanc et rouge.Ebd. Hindenburg déclare : "L'armée allemande a reçu un coup de poignard dans le dos !""Die deutsche Armee ist von hinten erdolcht worden !". Il reprend la fameuse Dolschstoßlegende lancée à la fin de l'année 1918 pour laver l'Etat-major allemand de toute responsabilité dans la défaite. Au cours de l'interrogatoire, Hindenburg lit une déclaration dans laquelle il minimise même le poids militaire des Alliés après l'entrée en guerre des États-Unis, reportant la cause de la défaite sur une "décomposition organisée" de la flotte impériale et de l'armée par des forces révolutionnaires.Ebd. Cette trahison serait due selon lui aux ouvriers et aux socialistes. Aucun des deux hommes n'évoque qu'eux-mêmes avaient en catastrophe demandé le cessez-le-feu, le 19 septembre 1918 après l'échec de l'offensive d'été. Après les débats, Hindenburg et Ludendorff sont lavés de tout soupçon et on qualifie même leur action militaire à l'ouest de performance dans l'histoire mondiale"welthistorische Leistung", Heinemann, p.184.. Durant le début des années 1920, Hindenburg prend sa retraite définitive avec sa femme dans sa villa de Hanovre. Cette dernière décède le 14 mai 1921 d'une maladie mal soignée. Entre temps, son fils Oskar est nommé général. Entre 1921 et 1925, Hindenburg fréquente la station de cure de Bevensen-Medingen. Il chasse dans les forêts bavaroises et il est devenu un grand-père accompli.

Un président-fantôme dirigé par la Camarilla (1925-1932)

Paul von HindenburgTimbre à l'effigie du vieux Maréchal (vers 1930) Le premier président de la République de Weimar avait été élu par la chambre, mais en 1925 la constitution prévoit le suffrage universel direct. Erich Ludendorff se présente pour le NSDAP. Furieux, Hindenburg réplique : "Retirez votre candidature immédiatement. Au lieu de vous unir, vous vous dispersez avec les cercles nationaux. Dans ce camp votre élection est désespérée. Ils sont ridicules. De votre faute, la patrie est en danger. Acceptez donc la demande que je vous fais (...)." (Lettre de P. von Hindenburg à E. Ludendorff, c. mars-avril 1925). A l'issue du premier tour (29 mars), Karl JarresMinistre de l'Intérieur, vice-chancelier et maire de Duisburg est en tête avec le DVP à 38, 8 % des suffrages. Suivent, Otto BraunPremier ministre de Prusse (SPD) à 29, 1 %, Wilhelm MarxChancelier du Reich 1923-1925, il est catholique ce qui est nuisible pour l'élection (Zentrum) à 14, 5 % puis Ernst Thälmann (KPD) à 7 %. Les candidats suivants ont réalisé des scores insignifiants à l'instar de Ludendorff avec 1, 1 % des suffrages.Hitler ne peut pas encore se présenter à la présidence pour deux raisons : il n'est pas de nationalité allemande mais autrichienne (il l'obtiendra au début de l'année 1932) et de plus il vient d'avoir des démêlés avec la justice (1923-1924).
- Le premier tour de l'élection présidentielle allemande (29 mars 1925) Aucun candidat ne remportant l'élection à la majorité absolue, un second tour se déroule le 26 avril suivant. Marx devient le favori de l'élection. La droite conservatrice met de côté Karl Jarres et fait appel à Hindenburg. Une délégation est allée le consulter à Hanovre afin de remplacer la candidature de Jarres. Dans un premier temps le vieux Maréchal âgé de 77 ans refuse. Après plusieurs tentatives, le grand amiral Alfred von Tirpitz, officier militaire de la Première Guerre mondiale comme lui, lui fait une dernière proposition. Le 7 avril, Hindenburg accepte, il est soutenu par le Reichsblock : c'est l'ensemble de la droite conservatrice (le NSDAP, le DVP, le DNVP et le BVP). En face, la "coalition de Weimar" (SPD, DDP et Zentrum) s'entend sur la candidature de l'ex-chancelier Wilhelm Marx et sur celle du socialiste Otto Braun pour le poste de ministre-président de Prusse. Enfin Ernst Thälmann (KPD) reste une faible menace. Tout le monde à l'étranger s'attendait donc à l'élection du chancelier Marx, mais un phénomène nouveau intervint dans la campagne : la violente réapparition du facteur confessionnelCe phénomène est étudié en détail par Alfred Wahl, professeur d'Histoire contemporaine à l'Université de Metz, dans Confession religieuse et comportement dans les campagnes d'Alsace et de Bade, 1871-1939, Éditions Coprur, 1980.. « Très vite la majorité des protestants rejeta l'idée d'un président du Reich catholiqueAlfred Wahl, op.cit. p. 1173 ». Voyant la menace, Marx crut se défendre en s'engageant à faire preuve de tolérance, mais ce fut pour entendre la réponse : « En sommes-nous arrivés là, nous autres protestants, que nous devions nous contenter d'être tolérés en Allemagne ? »Alfred Wahl, op.cit. p. 1176. Une analyse du vote rural montre que les électeurs protestants d'Otto Braun au premier tour se reportèrent en quasi-totalité sur Hindenburg au second : « C'était l'unanimisme retrouvé. »Alfred Wahl, op.cit. pp.1180-1181. Le résultat fut que le 27 avril au matin, le vieux maréchal qui, sur le papier, n'avait pratiquement pas de réserves de voix se retrouva élu second président de la République de Weimar avec 48, 3 % des voix.Le 27 avril au matin, Hindenburg est élu second président de la République de Weimar avec 48, 3 % des voix. Joseph Goebbels témoigne : "- Le 27 avril 1925 - Hindenburg arrive au but. Dehors dans les rues. Il est 1 heure du matin. Devant la BMZ. Derniers résultats vers 2 heures. Hindenburg est élu avec 900.000 voix d'avance sur Marx. Interminables transports de joie des masses : "Longues vie à Hindenburg !". La ville resplendit de noir-blanc-rouge. C'est une étape vers le but final. Rien de plus et rien de moins. Que vive Hindenburg !" J. Goebbels, Journal : 1923-1933, Paris, Tallandier, 2006, p. 119 (au 27 avril 1925).
- Le second tour de l'élection présidentielle allemande (27 avril 1925) Affiche électorale du BVP en faveur de Paul von Hindenburg (avril 1925) Hindenburg quitte Hanovre pour Berlin le 10 mai. Sur la Wilhelmstrasse des milliers de Berlinois acclament le "vainqueur de Tannenberg". Lors du repas présidentiel il conclut par : "Les intuitions que j'ai reçues à la grande Ecole de l'accomplissement du devoir, à l'armée de terre allemande, doivent être également utiles pour mon devoir de paix (...)" (P. von Hindenburg, 10-05-1925). Quelques instants plus tard il fait une allocution au peuple : "Il ne faut pas imaginer qu'un parti me donnera d'une quelconque manière des instructions, même pas ceux qui m'ont aidé dans la compétition électorale. Cependant, je tends la main à l'ancien adversaire qui veut se mettre avec moi au travail." (P. von Hindenburg, 10-05-1925). Au même moment, l'Allemagne traverse une crise économique sans précédent depuis 1919 ayant eu son paroxysme en 1923. Pas moins de cinq chanceliers alternant entre le Zentrum et le SPD se succèdent durant le septennat de Hindenburg, souvent incapables de redresser la situation du pays.
- Hans Luther (aucun) : janvier 1925-mai 1926
- Wilhelm Marx III (Zentrum) : mai 1926-décembre 1926
- Wilhelm Marx IV (Zentrum) : janvier 1927-juin 1928
- Hermann Müller II (SPD) : juin 1928-mars 1930
- Heinrich Brüning (Zentrum) : mars 1930-mai 1932 Durant les premières années de pouvoir, le Maréchal remplit ses devoirs dans une grande dignité bien qu'il soit souvent surnommé Ersatzkaiser (le vice-empereur). Il est certain qu'il préfèrerait être tranquillement en retraite, mais ses conseillers, qu'on appelle la Camarilla, font pression régulièrement sur luiLa Camarilla est composée en majorité de militaires, des personnalités proches de Hindenburg. Ce sont entre autres, Oskar von Hindenburg (son fils et aide de camp), les généraux Wilhelm Groener et Kurt von Schleicher et enfin Otto Meissner.. Kurt von Schleicher, un ami proche de Oscar von Hindenburg, propose le "régime présidentiel" alors basé sur le 25/48/53 de la Constitution de Weimar :
- Article 25 : le Président peut dissoudre le Reichstag.
- Article 48 : il peut faire voter une loi sans le consentement du Reichstag.
- Article 53 : il élit le chancelier du Reich. Cette vision politique antidémocratique ne plaît pas au vieux président mais la Camarilla le persuade. Entre 1928 et 1930, le parti nazi connaît une ascension fulgurante passant de 2, 6 à 18, 3 %. Désormais deuxième parti d'Allemagne, Hitler n'a plus vraiment besoin du soutien de Hindenburg : "- Le 19 octobre 1929 - Cette vieille ruine se défend contre l'article 4? Quelle erreur d'avoir fait de cet homme le président du Reich ! Il bloque tout le mouvement de libération." J. Goebbels, Journal : 1923-1933, op. cit., p. 386 (au 19 octobre 1929). En janvier 1930, le vieux Maréchal attaque en justice Goebbels pour diffamations en vain. En effet, dans un numéro de Angriff (29 décembre 1929) Goebbels avait écrit un article accusant Hindenburg d'être entouré par des "conseillers juifs et marxistes". Qui plus est, une caricature du président du Reich le représentait avec l'étoile de David et un nez "juif". J. Goebbels, Journal : 1923-1933, op. cit., p. 419 (au 1 janvier 1930) et notes de pages, p. 799. Le 28 février 1930, les députés de droite refusent d'augmenter les cotisations sociales dans un pays très affaibli économiquement. Kurt von Schleicher propose de mettre en place le "régime présidentiel" et le 25/48/53. Le chancelier Hermann Müller est remplacé par Heinrich Brüning en mars, qui est le premier à accepter ces conditions Heinrich Brüning est choisi par Hindenburg pour son passé d'officier durant la Grande Guerre et pour ses compétences dans les difficultés économiques et sociales.. Pourtant, à son tour en difficulté suite à la grande dépression économique de 1929-1930, Brüning est contraint de demander à Hindenburg de dissoudre la chambre des députés pour lutter contre les socialistes et les nazis (juillet 1930).L'article 48 de la constitution de Weimar prévoit les pleins pouvoirs au président sans l'accord du Reichstag en cas d'urgence d'ordre national. En effet depuis avril 1930 le Reichstag rejette les mesures du chancelier. Le Parlement est désormais contourné.

Une fin de vie sous le joug des Nazis (1932-1934)

Bulletin électoral du second tour (avril 1932) En octobre 1931, le président Hindenburg rencontre pour la première fois le leader nazi, Adolf Hitler. L'entrevue tourne au désastre : les deux hommes ne s'entendent absolument pas. Hindenburg le surnomme "caporal bohémien" ou "caporal autrichien" et Hitler dit de lui que c'est un "vieux fou". Malgré les efforts de Brüning, la situation de l'Allemagne au temps de Hindenburg est encore très délicate, le chômage et la pauvreté sont en croissance nette depuis trois ans puis l'insécurité règne partout dans le pays. Au début de 1932, le chancelier allemand n'a désormais plus le soutien des sociaux-démocrates. Les réformes très impopulaires (baisse du pouvoir d'achat, hausse des prix et des impôts) l'isolent sur la scène politique. En mars-avril 1932, après sept ans d'activité présidentielle le Volksblock, qui regroupe entre autres le Zentrum et le Parti social-démocrate (SPD), fait appel aux électeurs pour réélire Paul von Hindenburg, 84 ans, le président sortant. Ce dernier, très affaibli, n'a plus envie de se représenter mais il veut contrer Hitler. C'est le chancelier Brüning qui fait campagne en son honneur. Au premier tour du scrutin il y a cinq candidats. Paul von Hindenburg (Volksblock), Adolf Hitler (NSDAP), Ernst Thälmann (KPD), Theodor Duesterberg et Gustav A. Winter.
- Le premier tour de l'élection présidentielle allemande (13 mars 1932)
- Le second tour de l'élection présidentielle allemande (10 avril 1932) Paul von Hindenburg est réélu mais le parti nazi réalise une énorme percée : de 1, 1 % en 1925 à 30, 1 % en 1932 (aux premiers tours) : il s'agit désormais d'un partenaire incontournable. Hindenburg prévoit la démission de certains de ses ministres (Wirth et Guérard). Le 31 mai 1932, malgré l'aide précieuse de Brüning dans sa réélection à la présidence, Hindenburg le trouve insuffisamment flexible et appelle au pouvoir, sous les conseils de Schleicher, un monarchiste fraîchement exclu du Zentrum : Franz von Papen. Après avoir formé ce qu'on appelle le "Gouvernement des Barons" (Kabinett der Barone), le nouveau chancelier gouverne de manière autoritaire le pays. Flatteur, charmeur, monarchiste et ancien officier de la Première Guerre mondiale, Papen devient rapidement le chancelier préféré de Hindenburg au dépend de Schleicher. L'ambassadeur français à Berlin, André François-Poncet témoigne : "C'est lui le préféré, le favori du Maréchal ; il détourne le vieil homme par sa vivacité, son espièglerie ; il le flatte en lui montrant du respect et de la dévotion. Il le séduit par son audace ; il est à ses yeux l'homme parfait."H. A. Turner, Hitler's thirty days to power : January 1933, Reading, Mass. : Addison-Wesley, 1996, p. 41. Le chancelier Papen lève l'interdiction qui pesait depuis Brüning sur les SA et les SS de HitlerFranz von Papen se rapproche des nazis dans l'espoir d'avoir leur soutien.. Face à l'extrême agitation qui règne dans le pays, Hindenburg et le chancelier décrètent la loi martiale ; le 14 juillet, Hindenburg nomme son chancelier Commissaire général de Prusse (Reichskommissar) pour y remettre l'ordre. Cependant, incapable de réunir une nouvelle coalition, Papen décide une nouvelle dissolution du Reichstag le 31 juillet : les nazis obtiennent 37, 2 % des voix (premier parti d'Allemagne et 230 sièges au Reichstag). Papen et Schleicher espèrent leur soutien au gouvernement. Hitler peut potentiellement être nommé chancelier puisqu'il rassemble une large majorité au Reichstag. Cependant, il refuse d'être dirigé par la Camarilla. Lors d'une nouvelle rencontre avec Hindenburg il rejette cette offre : "Monsieur Hitler a déclaré que, pour des raisons qu'il a expliquées en détail au président du Reich ce matin, il était hors de question qu'il participe au gouvernement actuel. Considérant l'importance du mouvement national-socialiste, il se doit de demander la totalité du pouvoir pour lui et son parti (...)" (Déclaration de Otto Meissner, 13-08-1932)J. Noakes et G. Pridham, Nazism 1919-1945, vol. 1 : The rise to power : 1919-1934, University of Exeter, 1983, p. 104-105.. En septembre, l'élection de Hermann Göring à la présidence du Reichstag amène une discorde entre la chambre des députés et le gouvernement Papen. Une dernière dissolution a lieu le 6 novembre 1932 : les nazis perdent un peu de terrain mais ils restent un partenaire incontournable avec 33, 1 % des voix (196 sièges). Visionnaire, Hindenburg comprend que nommer Hitler à la chancellerie amènerait à un État dictatorial, ce qu'il ne souhaite pas. Papen démissionne en décembre 1932 suite à une discorde avec Schleicher. Ce dernier est nommé chancelier. Quelques jours plus tard, Hindenburg annonce : "Messieurs, j'espère que vous ne me rendez pas responsable de devoir nommer ce caporal autrichien chancelier du Reich !" (P. von Hindenburg, 26-01-1933)E. Jäckel, Hitler in History, Hanovre, Brandeis University Press, 1984, p. 8.. Papen, Meissner et Oskar Hindenburg persuadent le président de limoger Schleicher et de nommer Hitler chancelier, un agitateur qu'il sera sûrement possible de manipuler. Hindenburg joue contre son grè un rôle capital dans la prise de pouvoir (Machtergreifung) des Nazis. Au départ, seuls Hitler, Göring et Wilhelm Frick font partie du gouvernement. Quant à Papen, toujours favori du président, il est nommé vice-chancelier. En février, une loi qui limite la liberté de la presse est votée. Après l'incendie du Reichstag (27 février 1933), Hindenburg est contraint de signer l'Ordonnance consécutive à l'incendie du Reichstag (Reichstagsbrandverordnung, 28 février 1933). Le 21 mars suivant, au cours de la cérémonie d'ouverture du nouveau Reichstag, à l'Opéra Kroll, le Maréchal joue un rôle-clé : les Nazis veulent montrer une continuité entre la tradition germano-prussienne et nazie. Hitler demande à Hindenburg de dissoudre le Reichstag afin de faire passer la loi des pleins pouvoirs (Ermächtigungsgesetz, 23 mars 1933) : il obtient plus de 37 % des voix. En mauvaise santé, les Nazis s'assurent qu'il soit toujours accompagné lors des sorties officielles par Hitler. Ce dernier ne manque pas en public de multiplier le respect envers le Maréchal de la Grande Guerre. En réalité il a hâte qu'il décède pour prendre tous les pouvoirs. Durant l'année 1933, Hitler essaye habilement de ne pas trop offenser le président Hindenburg. Pourtant en avril, un désaccord profond oppose les deux hommes. Les Nazis font voter une loi qui a pour objectif d'expulser tous les fonctionnaires juifs du Reich. Hindenburg a refusé jusqu'à ce qu'on accepte de préserver les vétérans juifs de la Première Guerre mondiale. De plus en plus effacé, relégué au rôle de signatures, Paul von Hindenburg meurt le 2 août 1934 d'un cancer du poumon dans sa maison de Neudeck en Prusse orientale à l'âge de 86 ans. On dit que la veille de sa mort, Hitler est venu rendre visite à un homme très affaibli qui le prit pour Guillaume II en l'appelant "Votre Majesté". Quelques jours plus tard, un plébiscite donne à Hitler tous les pouvoirs (19 août 1934). Le testament politique du Maréchal, sûrement trafiqué, remercie vivement le chancelier Hitler pour le travail accompli. Paul von Hindenburg est inhumé contre sa volonté au mémorial de Tannenberg lors de funérailles grandioses (durant lesquelles la croix gammée était absente) auxquelles son ancien collègue Ludendorff refuse de figurer à celui qu'il surnomme "ce faux demi-dieu"A. Conte, Joffre, Paris, Olivier Orban, p.422.. À la fin de la guerre, en raison de l'avance russe, le cercueil du vieux maréchal et celui de sa femme sont retirés du monument de Tannenberg et placés à Marbourg dans la Elisabethkirche où ils se trouvent encore.

Bibliographie

- Joseph Goebbels, Journal : 1923-1933, Tallandier, Paris, 2006.
- Ulrich Heinemann, Die verdrängte Niederlage, Göttingen, 1983.
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- E. Jäckel, Hitler in History, Brandeis University Press, Hanovre, 1984.
-John Keegan, Der Erste Weltkrieg. Eine europäische Tragödie, Reinbek bei Hamburg, Rowohlt, 2001. ISBN 3-499-61194-5
-Erich Ludendorff, My War Memories 1914-1918, Hutchinson & Co, Londres.
- Ludwig von Mises, Le Gouvernement omnipotent : de l'Etat totalitaire à la guerre totale, Paris, 1947.
- J. Noakes et G. Pridham, Nazism 1919-1945, vol. 1 : The rise to power : 1919-1934, University of Exeter, 1983.
-Markus Pöhlmann, "Tod in Masuren : Tannenberg, 23. bis 31. August 1914", in Stig Förster, Markus Pöhlmann et Dierk Walter (dir), Schlachten der Weltgeschichte. Von Salamis bis Sinai, C.H. Beck, Munich, 2002, p. 279-293. ISBN 978-3406480973
- Raymond Poitevin, L'Allemagne de Guillaume II à Hindenburg 1900-1933, Paris, 1972.
-Alexandre Soljenitsyne, La roue rouge. Août 14, Fayard, Paris, 1973.
-Norman Stone, The Eastern Front 1914–1917, Londres, Penguin Books Ltd., 1998. ISBN 0-14-026725-5
- H. A. Turner, Hitler's thirty days to power : January 1933, Mass., Addison-Wesley, Reading, 1996.
- Alfred Wahl, Confession religieuse et comportement dans les campagnes d'Alsace et de Bade, 1871-1939, Éditions Coprur, 1980.

Notes

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