Sécularisation

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La sécularisation (étymologiquement rendre au siècle, au monde) consiste à faire passer des biens d’Église dans le domaine public, ou encore à soustraire à l’influence des institutions religieuses, des fonctions, des biens. Elle est en quelque sorte l'antithèse de la sanctification.
Sécularisation

La sécularisation (étymologiquement rendre au siècle, au monde) consiste à faire passer des biens d’Église dans le domaine public, ou encore à soustraire à l’influence des institutions religieuses, des fonctions, des biens. Elle est en quelque sorte l'antithèse de la sanctification.

En histoire

Il existe trois périodes principales de sécularisation des biens des Églises européennes :
- à l’époque de la Réforme protestante, au et dans les pays germaniques et anglo-saxons ;
- à l’époque de la Révolution française, d’abord en France avec les Biens nationaux (1789) puis dans toute l’Europe jusqu’en 1815 (la plupart des biens sécularisés restèrent dans le domaine public après le Congrès de Vienne) ;
- à la fin du , en France, avec la loi de 1905 dite de séparation des Églises et de l’État. En France, le pouvoir institutionnel s’affirme progressivement par la sécularisation du politique : Jean Bodin pose les fondements de l’Etat moderne dans ses Six livres de la République (1576) en faisant clairement apparaître le lien direct entre ce concept et la notion de souveraineté, laquelle est unique, indivisible, perpétuelle et absolue. Cette sécularisation du pouvoir politique, qui marque le début d’une conception moderne de l’Etat, transparait également dans la pensée de Nicolas Machiavel. Dans Le Prince (1513), ce dernier confère une dimension strictement humaine à l’action publique, excluant toute référence à une norme transcendante. Des sécularisations eurent aussi lieu en Russie sous Catherine II et en Prusse.

En philosophie : origine de la notion

La notion de sécularisation est récente et apparaît dans la philosophie politique allemande du XXe siècle, notamment chez Carl Schmitt, Karl Löwith et Hans Blumenberg. Cependant, les contenus doctrinaux liées à la problèmatisation des conséquences de la perte d'influence de la religion sur la société dans la Modernité préexistent aux débats récents, notamment dans l'œuvre de Friedrich Nietzsche. Le sens du terme sécularisation apparaît déjà dans les écrits néo-testamentaires, notamment chez Saint Paul, où il désigne déjà sous l'aspect du saeculum, le siècle, (latin de la Vulgate qui traduit le terme grec aiôn, présent dans Romains, 12, 2), c'est-à-dire de la temporalité de ce monde-ci, la dimension mondaine de la vie humaine, associée à la dimension du péché. On comprend ainsi que l'expression retourner dans le siècle signifie retourner dans le monde profane. La sécularisation s'identifie donc à la laïcisation. Plus globalement et plus largement, la sécularisation désigne le processus visible depuis la fin du Moyen Âge qui voit des activités ou des dimensions de la vie humaine reliées à la sphère religieuse comme l'Art, l'Éthique, la Morale ou la Politique se couper de toute référence au sacré ou à la transcendance. La sécularisation, au sens en usage aujourd'hui définit un processus dans lequel le monde et l'histoire humaine se comprend à partir de lui-même de manière proprement immanente.

En sociologie

La sécularisation correspond à un processus de baisse de l'influence des religions dans la société, dit aussi laïcisation. Le phénomène de sécularisation est observé par le sociologue allemand Max Weber au début du . Weber inscrit la sécularisation dans le phénomène plus large de désenchantement du monde et de rationalisation.

Les débats contemporains : Verweltlichung et Säkularisation

C'est dans l'ouvrage daté de 1922 de Carl Schmitt, Théologie Politique (cf. la traduction française, Gallimard, 1988, p. 46), qu'apparaît pour la première fois le terme de Säkularisation, néologisme allemand calqué sur le français sécularisation, terme indiquant la translation dans la politique moderne de notions issus de la théologie et réinvesties dans le vocabulaire de la vie politique. Citons Carl Schmitt : « Tous les concepts prégnants de la théorie moderne de l'État sont des concepts théologiques sécularisés. » Dans son cours sur Nietzsche professé en 1941, Martin Heidegger emploie le terme de Säkularisation. Néanmoins, c'est sur la base d'une étude des processus qui ont vu naître les philosophies de l'histoire, que Karl Löwith va utiliser le terme de Verweltlichung, dans son étude Histoire et Salut.

Discussion

Sous réserve d'un inventaire précis et exhaustif de l'usage de la notion de sécularisation chez Carl Schmitt, son emploi s'opère chez Karl Löwith à la faveur d'un glissement de sens; si pour lui la philosophie de l'histoire moderne s'enracine très profondèment dans un démarcage problématique de contenus eschatologiques anciens, dont le repérage peut faire remonter jusqu'à Joachim de Flore, c'est-à-dire jusqu'au XIIe siècle, le terme qu'il emploie plus volontiers est celui de Verweltlichung (qu'on peut rendre en français par : mondanéisation). Les diverses philosophies de l'histoire seraient ainsi redevables, dans et par le mouvement de reflux hors de la religion qui porte la marque de la Modernité, de contenus de pensée issus de la Théologie chrétienne, comme par exemple la notion d'eschatologie. L'étude de la responsabilité de la réorientation de contenus proprement théologiques, en direction des mouvements de libération sociale et en vue de redéployer l'organisation des structures politiques et sociales, a fait l'objet de certains des travaux de Erich Voegelin. Voegelin lui-même critique une partie de ses propres orientations concernant la thématique de la sécularisation (liée à ce qu'il appelle la Nouvelle Gnose), dans l'ouvrage posthume intitulé Réflexions Autobiographiques. C'est Hans Blumenberg qui a cherché, dans la période récente, à rediscuter et à procéder à la critique du vocabulaire et des idées qui président aux diverse théories de la sécularisation. L'ouvrage extrêmement riche intitulé La Légitimité des Temps Modernes aborde la question avec force et précision.

Bibliographie

-Carl Schmitt, Théologie politique, Gallimard, 1988.
-Karl Löwith, Histoire et salut, Gallimard, 2002
-Martin Heidegger, Nietzsche, Frankfurt, Klostermann, 1961.
-Eric Voegelin, La Nouvelle Science du Politique, Seuil, 2000
-Eric Voegelin, Les Religions Politiques, Cerf, 1994
-Eric Voegelin, Réflexions Autobiographiques, Bayard, 2003
-Hans Blumenberg, La Légitimité des Temps Modernes, Gallimard, 1999
-Jean-Claude Monod, La querelle de la sécularisation, Vrin, 2002
-Rémi Brague, La sagesse du monde, Fayard, 1998
-Dictionnaire critique de Théologie, Presses Universitaires de France, 1998

Liens

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