Paul Véronèse

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Paolo Caliari, dit Véronèse, né en 1528 à Vérone et mort le 19 avril 1588, est un peintre maniériste italien. Bien qu'il ait joui d'une réelle popularité de son vivant, notamment à Venise, il fut ignoré des critiques de son temps qui parlent de l'art vénitien, seul Francesco Sansovino parlant de lui dans son Guide de 1556. Pourtant, Véronèse constituait avec Titien et Tintoretto le triumvirate des peintres vénitiens de la Renaissance tardi
Paul Véronèse

Paolo Caliari, dit Véronèse, né en 1528 à Vérone et mort le 19 avril 1588, est un peintre maniériste italien. Bien qu'il ait joui d'une réelle popularité de son vivant, notamment à Venise, il fut ignoré des critiques de son temps qui parlent de l'art vénitien, seul Francesco Sansovino parlant de lui dans son Guide de 1556. Pourtant, Véronèse constituait avec Titien et Tintoretto le triumvirate des peintres vénitiens de la Renaissance tardive. Véronèse est connu comme un grand coloriste ainsi que pour ses décorations illusionnistes (trompe l'oeil) en fresque et huile. Ses travaux plus célèbres sont des cycles narratifs raffinés, exécutés selon le style dramatique et coloré des maniéristes, avec des arrangements majestueux et scintillants. Son véritable patronyme reste inconnu : le peintre ayant signé successivement Paolo Spezapedra (surnom paternel), Paolo di Gabriele, Paolo da Verona ou Paolo Caliaro (probable nom d’emprunt). La tradition de l’histoire de l'art parle de Paolo Caliari. Finalement, il sera connu sous le nom de "Véronèse" en raison de son lieu de naissance à Vérone.

Biographie

Enfance et formation

La bataille de Lépante (1572)Huile sur toile, 169 x 137 cmGallerie dell'Accademia de Venise Véronèse est né vraisemblablement en 1528. Son père, Piero di Gabriele, est architecte et tailleur de pierre comme l'avaient été ses parents. Avec son épouse, Catarina, ils eurent dix enfants dont Véronèse, qui fut le septième et Benedetto de dix ans son aîné. Très jeune, il commence par travailler dans l'atelier de son père. Il y acquiert une habileté de modeleur pour les figures et les ornements en relief. Toutefois, il manifeste très vite un penchant pour la peinture ce qui amène son père à le placer comme apprenti chez l'un de ses oncles Antonio Badille, issu d'une vieille famille de peintres locaux et qui possédait un atelier. Il étudie alors, outre les oeuvres de Badille, qui deviendra plus tard son beau-père, celles des autres artiste de Vérone et des alentours comme les fresques et tableaux de Giovanni Maria Falconetto, Domenico et Francesco Morone, Girolamo dai Libri, Giovanni Francesco Caroto, Francesco Torbido, etc. De cet apprentissage auprès de l'école véronaise et des peintres locaux, il acquiert beaucoup de connaissances en matières d'architecture et de perspective, mais aussi la vivacité et l'élégance dans les figures, la dignité et le naturel dans les expressions, l'éclat et l'harmonie dans le jeu des colorations. Alors qu'il n'avait pas encore vingt ans, Paul Véronèse avait déjà signé plusieurs retables pour des églises de Vérone et décoré des façades de maisons, ce qui lui avaient donné une certaine réputation. Parmi les retables, il faut citer la pala qui est l'un des premiers chef d'œuvres de Véronèse réalisée avant 1548 pour la chapelle de la famille Bevilacqua-Lazise.

Des débuts prometteurs

Mars et Venus, , 206 × 161 cm, Metropolitan Museum of Art, New York En 1548, il quitte sa ville natale et, grâce à sa renommée grandissant, il obtient et exécute plusieurs commandes. Il se rend quelque temps à Trévise où, en 1551, l'architecte Michele Sanmicheli le charge, avec le peintre Giovanni Battista Zelotti de décorer la villa Soranza, près de Castelfranco Veneto, qu'il venait de construire. Son travail y est remarqué par le cardinal Ercole Gonzague qui, l'année suivante, lui commande un tableau pour la cathédrale de Mantoue, la Tentation de saint Antoine (musée de Caen). Par la suite, il décore la villa Emo à Fanzuolo, un hameau de la commune de Vedelago dans la province de Trévise, construite par l'architecte Andrea Palladio, qu'il avait rencontré à Vicence. On lui confie également la décoration du palais du Collatéral, à Thiene où, toujours en compagnie de Giovanni Battista Zelotti, il réalise, dans un style déjà très libre et personnelle, plusieurs peintures de l'histoire ancienne (Xerxès recevant les présents de Cyrus, le Mariage de Massinissa et de Sophonishe, Mucius Scévola se brûlant le poing, le Festin d'Antoine et de Cléopâtre). En 1560, il fait un voyage d’étude à Rome où il découvre Raphaël et Michel-Ange. Il y séjourne pendant deux ans.

L'installation à Venise

En 1552, il obtient une première commande pour l'église San Francesco della Vigna à Venise pour laquelle il réalise la Conversation sacrée. L'année suivante, sa réputation toujours grandissante amène le père Bernado Torlioni, prêtre de l'église San Sebastiano à Venise que Véronèse avait rencontré à Vérone, à le faire venir auprès de lui pour lui confier les peintures de l'église. Il s'installe donc à Venise en 1553. Les commandes officielles sont nombreuses car il est devenu le "peintre de la République". Il réalise notamment, en compagnie des peintres Giambattista Ponchino et Giovanni Battista Zelotti, les fresques des salles du conseil des Dix au palais des Doges. Véronèse exécuta notamment un médaillon qui décorait, en son centre, le plafond de la Salle des audiences : Jupiter foudroyant les Vices. Il décore également la salle de la Boussolla d'un Saint Marc couronnant les Vertus qui est à présent au musée du Louvre. En 1555, il entreprend la réalisation du plafond de la sacristie de l'église San Sebastiano avec le Couronnement de la Vierge. Par la suite, il peint les trois plafonds de la nef avec Esther présentée au roi Assuérus, le Couronnement d'Esther, le Triomphe de Mardochée peintures que Véronèse a achevé le 31 octobre 1556, onze mois après leur commande. Cette série de chefs-d'oeuvre a fait de cette petite église un lieu de pèlerinage pour tous les peintres postérieurs. Avec le soutien de Titien et Jacopo Sansovino, il est désigné, avec six autres peintres célèbres dont Battista Franco, Giuseppe Porta, Bartolomeo Ammannati et Le Tintoret, pour participer à la décoration du plafond de la salle de la Libreria de la Biblioteca Marciana (ou bibliothèque Saint-Marc). Il réalise notamment trois allégories (la Musique, la Géométrie et l'Arithmétique, l'Honneur) pour lesquels il obtint une prime, un collier d'or, qui lui est décerné publiquement par Titien. Veronèse retourne quelques mois à Vérone, sa ville natale. De ce séjour, il laissera une série de peinture dans plusieurs édifices dont l'église Santa Maria della Vittoria (Déposition de Croix) et le musée municipal (Portrait de Pace Guarienti).

La maturité

Véronèse revient à Venise où il est devenu le peintre à la mode, le décorateur favori des nobles et des ecclésiastiques. Sa popularité dépasse le seul cadre de la ville et s'étend aux provinces avoisinantes. Il reçoit des commandes de toute nature, des fresques ou des tableaux, des sujets profanes ou sacrés, des allégories ou des portraits... Il est nomment invité de nouveau à travailler à l'église San Sebastiano. Il y peint en 1561, La Vierge en gloire avec saint Sébastien et d'autres saints puis, un peu plus tard vers 1565, Saint Marc et saint Marcellin conduits au martyre et Le Martyre de saint Sébastien. En 1562, Véronèse entreprend la décoration de la villa Barbaro à Maser en Vénétie appartenant à Daniel Barbaro et son frère, Marcantonio. Ceux-ci avaient engagé le célèbre architecte Andrea Palladio en 1556 pour la construction de leur villa et il confièrent ensuite la décoration picturale à Véronèse que Daniel Barbaro avait rencontré vers 1553, lorsqu'il exécutait ses compositions pour la Salle des audiences au palais des Doges. Véronèse réalise dans cette villa des fresques qui marquent l'apogée de son art parmi lesquelles il faut citer L'Harmonie universelle, ou L'Amour divin entouré des dieux olympiques, Vénus et Vulcain avec Proserpine ou bien encore Bacchus et les nymphes. De très nombreuses pièces sont décorée des fresques de Véronèse et, partout, l'espace architectural est mis au défi grâce à l'usage de trompe l'œil d'illusions picturales. C'est à cette même période, entre 1562 et 1563, que Véronèse peint la plus célèbre de ses œuvres, Les Noces de CanaIl faut noter que Véronèse avait réalisé deuxx ans plus tôt, vers 1560, un autre tableau nommé Les Noces de Cana (Véronèse, 1560). qui lui avait été commandée pour le réfectoire du monastère bénédictin de Penquesten situé sur l'Île de San Giorgio Maggiore, à Venise. Comme dans d'autre tableaux de Véronèse représentant un banquetVoir notamment Le repas chez Levi, Le repas chez Simon le pharisien, la scène reflète les festivités qui étaient courant à l'époque dans la la vie vénitienne. La peinture est immense avec presque dix mètres de large et elle contient plus d'une centaine de personnages, dont les portraits reconnaissables de Titien, de Tintoretto, et de Véronèse lui-même. Il retourne dans sa ville natale de Vérone où, en 1566, il épouse Elena Badile avec qui il a quatre enfants dont Carlo et Gabriele qui travaillèrent avec lui plus tard. En 1573, il défie le tribunal de l’Inquisition qui lui reproche des licences prises par rapport aux textes saints dans une Cène et qu’il sera condamné à rebaptiser Le repas chez Lévi. On lui reproche d’avoir ajouté à l’épisode religieux quantité de personnages secondaires et anecdotiques, dont un perroquet ou encore deux hallebardiers, l’un ivre et l’autre saignant du nez. La réponse nous est restée : « Nous, les peintres, prenons des libertés tout comme les poètes et les fous ». Le Calvaire, 102 × 102 cmMusée du Louvre, Paris

La dernière période

Entre 1575 et 1577, Véronèse réalise, au Palais des Doges, le Triomphe de Venise pour la salle du Grand Conseil et les Allégories de la Vertu pour la salle du Collège qui comptent parmi ses grands chefs-d'œuvre. À partir de 1575, Véronèse s'intéresse davantage aux paysages, il abandonne progressivement les grandes compositions et porte plus d'intérêt aux petits formats où il s'exprimera d'une manière très lyrique. C’est de cette époque que datent les scènes mythologiques comme L'enlèvement d'Europe et La mort de Procris. Il meurt d’une pneumonie en 1588 à l'âge de 60 ans et est enterré dans l'église de San Sebastiano dont il a peint un grand nombre de fresques. Après son décès, son frère Benedetto Caliari et deux de ses fils, Carlo et Gabriele qui hérite de l'atelier de Véronèse, achèvent certaines peintures que le maître n'avait pas finies.

Son œuvre

Véronèse suivit le courant baroque, dans une aspiration au maniérisme. Son œuvre comporte de nombreuses fresques d'inspiration religieuse mais également des tableaux profanes, essentiellement mythologiques ou allégoriques. Il met souvent en scène des tableaux monumentaux. Il utilise des couleurs accentuées, il représente des scènes très détaillées, des personnages nettement dégagés des fonds, avec de forts contrastes, des architectures théâtrales et rythmées. Sa palette claire, ses ombres colorées, son univers poétique, la grâce sensuelle de ses personnages et son sens du décor en font un maître incontournable de la peinture du . Ses plus fameuses peintures murales demeurent celles décorant la villa Barbaro, à Maser (Vénétie), ensemble illusionniste prenant place dans une architecture conçue par Andrea Palladio. Il est également célèbre pour sa série de portraits aux visages éblouissants de naturel. Le maître s'intéresse surtout aux visages. À sa mort, en 1588, Véronèse ne laisse pas d’école, mais son œuvre va influencer toute la peinture postérieure et de nombreux artistes comme Vélasquez ou Rubens puis, au XIXe siècle, les coloristes européens dont Delacroix et Cézanne.

Quelques œuvres

Voir aussi

Notes et références

Bibliographie

- Antoine-Orliac : Paul Véronèse et la splendeur vénitienne, Mercure de France, 39 année, tome CCVI, no 726, 15 septembre 1928, p. 513-538
- David Rosand : Peindre à Venise au XVIe siècle. Titien, Véronèse, Tintoret, Flammarion, Paris, 1997
- Jean-Marc Irollo : Véronèse ou le miracle des Noces, Réunion des musées nationaux, 1992
- Andreas Priever : Véronèse, Könemann, 2001
- John Steer : La peinture vénitienne, Thames & Hudson, 1990
- Pierre Dantraique : La peinture vénitienne, Ides et Calendes, 1989
- Terisio Pignatti : Véronèse : catalogue complet des peintures , Bordas, 1992 ===
Sujets connexes
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