Nicolaïsme

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Le nicolaïsme désigne, dans le christianisme, et particulièrement dans l'Église latine du Moyen Âge, l'incontinence (mariage, concubinage, etc.) des clercs astreints au célibat.
Nicolaïsme

Le nicolaïsme désigne, dans le christianisme, et particulièrement dans l'Église latine du Moyen Âge, l'incontinence (mariage, concubinage, etc.) des clercs astreints au célibat.

Origine du terme

Dans la Bible

Le terme « nicolaïtes » est cité à deux reprises dans l'Apocalypse. La première mention apparaît aux versets 2:6 dans les paroles adressées à l'Église d'Éphèse : « tu as pourtant ceci, c'est que tu hais les œuvres des Nicolaïtes, œuvres que je hais aussiExtrait de la traduction de Louis Segond (1910) , comme les autres passages issus de la Bible.. » Une seconde apparaît dans la lettre à l'Église de Pergame (2, 14–15) : « Mais j'ai quelque chose contre toi, c'est que tu as là des gens attachés à la doctrine de Balaam, qui enseignait à Balak à mettre une pierre d'achoppement devant les fils d'Israël, pour qu'ils mangeassent des viandes sacrifiées aux idoles et qu'ils se livrassent à l'impudicité. » Visiblement, le mode de vie nicolaïte enfreint directement le Décret apostolique, qui enjoint de s'« abstenir des viandes sacrifiées aux idoles, du sang, des animaux étouffés, et de l'impudicité »Actes 15:29. Cité par Von Harnack, p.&nbp;414.. Le nicolaïsme est également évoqué, bien que son nom ne soit pas cité, dans la lettre à Thyatire, qui précise qu'il s'agit d'une « doctrine » qui enseigne « les profondeurs de Satan » : il s'agit donc probablement d'une forme de dualisme radical, ou encore d'une secte vénérant Satan, ce qui expliquerait l'acrimonie de l'auteur de l'ApocalypseVon Harnack, p. 414..

Chez les Pères de l'Église

Les Pères de l'Église offrent des interprétations plus précises, dérivées de la tradition. Selon Irénée de Lyon« Nicolaitæ autem magistrum quidem habent Nicolaum, unum ex VII qui primi ad diaconium ab apostolis ordinati sunt: qui indiscrete vivunt. » Contre les hérétiques, I, 23. , il s'agit d'une référence à Nicolas, cité par les Actes des ApôtresActes 6:5 : « Ils élurent Étienne, homme plein de foi et d'Esprit Saint, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas, et Nicolas, prosélyte d'Antioche. » : prosélyte d'Antioche, il est l'un des sept premiers diacres de l'Église de Jérusalem. Pour Irénée, les nicolaïtes sont des gnostiques qu'il considère comme les prédécesseurs de Cérinthe et qui, apparemment, existent toujours de son tempsContre les hérétiques, I, 26, 3.. À peu près à la même époque, Tertullien accuse les nicolaïtes de prêcher la luxureContre Marcion, I, 29. mais ne semble pas avoir de connaissance directe de leur doctrine : il se contente de les rapprocher des caïnitesTraité de la prescription contre les hérétiques, XXXIII, 10 ., qui prêchent un Dieu rédempteur opposé au Dieu créateur et réhabilitent le personnage de Caïn, persécuté par ce dernier. Le Syntagma perdu d'HippolyteLe contenu de l'ouvrage est connu par les auteurs ultérieurs qui l'ont recopié, notamment Philastre de Brescia et Épiphane de Salamine. décrit le nicolaïsme comme un dualisme d'origine Perse, fondé sur l'opposition entre la lumière et les ténèbres, qui rappelle le manichéisme ultérieurRepris dans le pseudo-Tertullien, Contre tous les hérétiques, I .. Clément d'Alexandrie décrit les nicolaïtes comme des « boucs lascifs »Stromates, II, 18. adeptes de la mise en commun des femmes, qui n'existent plus de son temps. Il raconte que Nicolas était marié à une très belle femme, dont il était extrêmement jaloux. Comme les apôtres le lui reprochaient, Nicolas amena sa femme devant la communauté et l'offrit à qui la voudrait. Clément précise que Nicolas mène par la suite une vie d'ascète, de même que ses enfants. Les nicolaïtes sont donc dans l'erreur quand ils interprètent sa maxime « il faut mésuser la chair. Cité par Prigent, p. 14. » comme une incitation à la débauche, et non à l'ascèseStromates, III, 25. Cité dans Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 3, 29.. Cette distinction entre Nicolas lui-même et les nicolaïtes ne sera pas reprise par la suite. Au , Épiphane de Salamine reprend en effet l'histoire de la femme de Nicolas, mais l'interprète de manière radicalement différente : ayant échoué à rester chaste aux côtés de sa femme, Nicolas bâtit une doctrine où les relations sexuelles deviennent la clef du Royaume des cieuxPanarion, cap. 25.. Enfin, Victorin de Pettau attribue aux nicolaïtes la doctrine selon laquelle les viandes offertes aux idoles (idolothytes) pouvaient être exorcisées puis mangées, et selon laquelle les fornicateurs pouvaient obtenir le pardon le huitième jour. Il s'agit de toute évidence d'un anachronisme, les problèmes évoqués ne se posant pas avant le siècleVon Harnack, p. 416.. Par la suite, les Pères de l'Église se contentent de réitérer les condamnations antérieures des nicolaïtes, en se focalisant sur le caractère obscène de leur mode de vie. Jérôme de Stridon fait ainsi de Nicolas « l'inventeur de toutes les obscénités », arguant qu'il « conduisait des troupes de femmesÉpîtres, 14, 9 ; 133, 44 ; 147, 4.. » Augustin d'Hippone résume dans son Contre les hérésies (ch. V) toutes les accusations qui sont portées contre eux.

Lutte contre le nicolaïsme

Sous l'influence patristique, les acteurs de la Réforme grégorienne popularisent le terme aux et pour désigner l'« incontinence » des clercs. En effet, à cette époque, le mariage des prêtres est tout à fait licite, dans l'Église grecque comme l'Église latine, sous quelques conditions : un clerc peut se marier tant qu'il n'a que les ordres mineurs ; à partir du grade de sous-diacre, il doit garder sa femme s'il est marié et rester célibataire s'il ne l'est pas. Les hommes appelés à devenir prêtres doivent donc choisir leur mode de vie : à l'âge de l'adolescence selon le canon 6 du concile de Carthage, plus tard dans la coutume byzantineGilbert Dagron, « Économie et société chrétiennes (VIII-X siècles) » dans J.-M. Mayeur, Ch. et L. Pietri, A. Vauchz et M. Vénard, Histoire du christianisme, vol. IV Évêques, moines et empereurs (610-1054), p. 246.. En sens inverse, le concile in Trullo, qui ne réunit que des évêques orientaux, excommunie les clercs qui quitteraient leur femme « sous prétexte de piété ». En Occident, Burchard de Worms condamne dans son pénitentiel (vers 1010) les laïcs qui refusent de suivre l'office d'un prêtre marié ou concubin. Cependant, les mentalités évoluent : dès le , l'idéal du célibat se répand dans l'Église d'Occident, sous l'influence de l'idéal monastique. Le mot « nicolaïsme » apparaît rarement sous la plume des papes : il est alors étroitement associé à la simonie, c'est-à-dire le trafic de biens spirituels, voire englobé par ce dernier terme : les prêtres marié ou concubins ayant des enfants, ces derniers héritent souvent des paroisses ou des bénéfices de leur père. Le terme n'est cité qu'une fois dans les actes de Grégoire VII. C'est le cardinal Humbert da Silva Candida qui fait la fortune du terme. Dans une lettre adressée à un moine oriental, Nicétas, il reproche à ce dernier de promouvoir le mariage des prêtres. Reprenant les propos anti-Grecs d'Épiphane, il affirme que « le diacre maudit Nicolas, prince de cette hérésie, venait tout droit de l'enfer. » En 1059, Nicolas II inscrit à la liste des hérésies grecques « l'hérésie des nicolaïtes concevant le mariage des prêtres, diacres et tout membre du clergé. » Il renouvelle le décret contre la simonie de Léon IX, lequel comprenait déjà une condamnation du mariage des prêtres, et interdit aux fidèles d'assister aux messes célébrées par des prêtres vivant en concubinage. L'origine exacte du terme tend à se perdre, Pierre Damien écrivant ainsi que « les prêtres mariés sont appelés nicolaïtes à cause d'un Nicolas, qui est à l'origine de cette hérésie. » L'apogée de la dénonciation du nicolaïsme se produit au . L'abbé Rupert de Deutz explique ainsi que le diacre Nicolas a institué la coutume de l'échange des femmes. Parallèlement à l'usage du mot à proprement parler, le mariage des prêtres est fermement condamné depuis le , que ce soit par Odon de Cluny, Abbon de Fleury ou encore Fulbert de Chartres. Grégoire VII légifère abondamment à ce sujet et promeut au contraire l'image du prêtre chaste et modeste, dont les chanoines de Saint-Augustin constituent un exemple. D'une part, on accuse les prêtres mariés d'introduire la débauche dans l'Église, d'autre part, on commence à douter de la validité de sacrements conférés par des prêtres mariés. Les fidèles, inquiets, réagissent de manière diverse. Certains, comme le mouvement des Patarins milanais, rejettent avec violence les prêtres mariés ou soupçonnés de mener une activité sexuelle. D'autres défendent leurs clercs. La Normandie et l'Angleterre refusent ainsi toute obligation du célibat pour les prêtres. En Allemagne on va jusqu'à s'écrier : « Si le pape a besoin d'anges pour son service, il n'a qu'à les faire descendre du Ciel ! » Enfin, les réactions varient suivant la hiérarchie : le célibat s'impose d'abord aux évêques et prêtres, puis aux diacres, puis enfin à tous les clercs. L'affirmation du célibat des clercs catholiques aurait permis une plus forte séparation de la caste sacertodale, vouée à la reproduction sprirituelle de la société grâce aux sacrements, des laïcs, voués au mariage et à la reproduction de la part corporelle de la société. (A. Vauchez) Les conciles de Latran III (1179) et Latran IV (1215) réitèrent encore l'interdiction du mariage. Celle-ci joue un rôle non négligeable dans le creusement du fossé entre Églises catholiques d'Orient et d'Occident.

Notes

Voir aussi

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Sujets connexes
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