Exégèse biblique

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L’exégèse (exégesis en grec : « mener hors de ») est une étude approfondie et critique de n’importe quel texte, particulièrement d’une écriture sainte. Un exégète est une personne qualifiée pour ce type de travail. L’exégèse biblique applique cette démarche au texte de la Bible.
Exégèse biblique

L’exégèse (exégesis en grec : « mener hors de ») est une étude approfondie et critique de n’importe quel texte, particulièrement d’une écriture sainte. Un exégète est une personne qualifiée pour ce type de travail. L’exégèse biblique applique cette démarche au texte de la Bible.

Judaïsme

exégèse traditionnelle ou canonique

Des formes juives traditionnelles d’exégèse se trouvent dans la littérature du Midrash.

Judaïsme karaïte

Le karaïsme est une forme de judaïsme (aujourd’hui assez marginaleL’une des deux grandes communautés restantes, le karaïsme est-européen, semble en voie d’assimilation rapide. L’autre grande communauté, celle d’Égypte, a émigrée vers Israël lors de la nationalisation du canal de Suez par Nasser. Une partie s’est cependant installée dans la région de Los Angeles, et tend à s’y intégrer au judaïsme libéral américain. Le poids global du karaïsme semble donc destiné à encore décroître.) refusant l’exégèse talmudique du judaïsme rabbinique, et ayant développé sa propre démarche. Le karaïsme s’appuie sur trois piliers exégétiques afin de déterminer la halakha (lois et prescriptions religieuses) : La Miqra elle-même, c’est-à-dire l’ensemble des mitzvot, positives et négatives, que Moïse reçut sur le Sinaï, et consigna dans la Torah écrite, est la source de prédilection. Elle a valeur d’étalon absolu et aucune loi ne peut être édictée qui contredirait son sens apparent, l’interprétation duquel est laissé à la libre appréciation de chacun. Le Heqesh (Déduction), c’est-à-dire l’herméneutique karaïte, analogue au midrash halakha rabbanite, est utilisé par les Posqim (décisionnaires) karaïtes pour fixer la Halakha (loi religieuse) dans les cas non décrits clairement dans la Torah. Ces déductions peuvent être linguistiques ou logiques. Anan ben David utilisait les Treize principes de Rabbi Ishmaël, auxquelles il reconnaissait une valeur logique mais non révélée. Le Sevel HaYerousha (Fardeau de l’Héritage) est un ensemble de règles et de coutumes pour lesquelles il n’existe pas de description précise dans la Bible hébraïque, comme la brit mila ou la shehita. Transmises oralement de génération en génération, parfois même supposée dater d’avant le don de la Torah à Moïse (la circoncision remonte selon la Bible à Abraham, et donc préexiste à Moïse), ces règles sont observées, à condition de ne pas contredire la Torah écrite et d’être le prolongement de celle-ci (par exemple, la shehita s’appuie sur l’interdiction de consommer du sang). Souvent assez semblables aux rites décrits dans le Talmud, les karaïtes ne confèrent cependant pas à ces traditions le statut de mitzvot d’origine divine, contrairement aux rabbanites.

judaïsme rabbanite

Des commentateurs rabbiniques, sont connus comme meforshim (« commentateurs » en hébreu). Il existe plusieurs domaines d’exégèse juive orthodoxe :
- Le Targoum est une traduction de la paracha en araméen, justifiée par divers commentaires. Il était d’usage courant dans les synagogues de Galilée au premier siècle. Rien de semblable dans le judaïsme alexandrin, car le commentaire était intégré dans le texteLe Monde de la Bible, Folio Histoire, Gallimard, collectif sous la direction de André Lemaire.
- Le Midrash est un terme générique désignant tous les débats, commentaires, explications, et occasionnellement recherches sur les textes de la Bible hébraïque. Dans le sens générique, c’est un genre littéraire, celui du récit homélitique. Il explique et commente plus qu’il ne recherche des sources. Les paragraphes liés à la loi, font objet d’exposé comme de cas d’application.
- La Halakha est un exposé de la loi écrite.
- La Haggadah commente les récits non liés à la loi, et produit elle-même de nouveaux apologues.
- Le Mikra est l’étude rationnelle des prophètes et de l’hagiographie.
- La Massora se rapproche de la critique textuelle en s’intéressant exclusivement à la syntaxe, à la qualité de la copie et aux sources.
- La Guemara, la seconde des deux grande parties du Talmud, contient le commentaire de la première grande partie, la Michna, ou recueil de l’ensemble des lois divines telle que recensée par le judaïsme rabbinique. Le Talmud, qui regroupe la Michna (les lois) et la Guemara (commentaires exégétiques) fait lui-même l’objet d’études et d’analyses, c’est-à-dire d’exégèse. L’exégèse juive ne s’arrête donc pas avec la rédaction du Talmud, mais continue pendant le Moyen Âge et la Renaissance. Au coté des domaines de l’exégèse biblique existent des méthodes d’herméneutique biblique. On distingue traditionnellement 4 méthodes d’interprétation : Peshat (sens obvie, c’est-à-dire le plus évident), Remez (allusion), Drash (sens indirect) et Sod (sens ésotérique).

Exégèse scientifique

La pratique continue de l’exégèse traditionnelle ou exégèse canonique comme exposé ci-dessus ne doit pas donner à penser que le judaïsme méconnaît l’exégèse scientifique. Dès le début du , les savants et chercheurs juifs investissent les Sociétés bibliques. Ainsi en témoigne un discours d’ouverture d’une assemblée générale de la "Society for Biblical Litterature" Les chercheurs juifs ont rendu leur présence réelle dans les avis et les affaires de la société de littérature biblique. Rabbi Marcus Jastrow de Philadelphie devint membre en 1886 en même temps que Rabbi Gustav Gottheil et son fils Richard J. H. Gottheil. Le jeune G Gottheil fut élu président en en 1902. Morris Jastrow, Jr. nous rejoignit en 1891. Il serait impossible de concevoir la Société sans les figures éminentes de Max L. Margolis, Julian Morgenstern, Nelson Glueck, Ralph Marcus, Louis Finkelstein, Solomon Zeitlin, Harry M. Orlinsky, Jacob Neusner, ou de H. Louis Ginsberg.

Christianisme

Exégèse traditionnelle

Elle se retrouve dans la patristique et fonctionne selon la méthode scolastique. Le théologien jésuite Henri de Lubac a repris les fondements de l’exégèse traditionnelle en reprenant les quatre sens de l'écriture définis par Origène au Exégèse médiévale. Les quatre sens de l’écriture, Aubier-Montaigne, 1959, 1961, 1964, Cerf, 1993. Voir Revue Thomiste.

Exégèse historico-critique

Elle est d’origine allemande et s’enracine dans le milieu du . Depuis plus de 100 ans, l’exégèse se développe dans les universités protestantes allemandes telles que Tübingen et aux États-Unis, dans les Divinity School (Chicago, Harvard et Yale sont devenues célèbres). De même les universités de Genève et Lausanne ont acquis une notoriété certaine. Elle s’attache à l’étude critique des textes bibliques, en revenant à la source (texte en hébreu ou en grec ancien). Voir la méthode détaillée dans Les méthodes de traduction, la syntaxe et la grammaire jouent donc un rôle important. L’étude du contexte historique de la rédaction des textes est également capitale. On peut noter à ce sujet que certaines traductions de la Bible en français dans l’Histoire ont pu entraîner des altérations de langage (voir logique de Port-Royal).

exégèse catholique

L’exégèse catholique a grandement souffert de la crise moderniste. Parmi les centres catholiques de l’exégèse biblique, le plus remarquable est probablement l’École biblique et archéologique française de Jérusalem fondée autour de 1873 avec Marie-Joseph Lagrange o.p. avec pour principale motivation « qu’on ne pouvait laisser l’exégèse aux protestants »Correspondance de MJ Lagrange avec le pape citée dans Marie-Joseph Lagrange, une biographie critique de Bernard Montagnes o.p. . L’école Biblique jouit maintenant d’un statut de centre de recherche et est en partie financée par l’ÉtatÉmile Poulat, Histoire, dogme et critique dans la crise moderniste, 1962, Albin Michel;. Tant qu’elle fut une organisation religieuse, elle avait beaucoup de difficultés du fait de la crise moderniste. Après une période strictement répressive matérialisée par l’excommunication d’Alfred Loisy, le refus de funérailles fait à Georges Tyrell, le pape Léon XIII tenta une ouverture avec l’encyclique sur l’étude des textes bibliques, Providentissimus Deus (1893). Dans le contexte de crise moderniste, l’école biblique et archéologique française de Jérusalem dut arrêter ses activités autour du Nouveau Testament et se cantonner à l’Ancien. Cette activité reprendra après Vatican II -avec le Collegium Biblicum de Rome qui fonctionne d’une manière plus canonique. Émile Poulat op.citmontre combien cet organisme vite confié aux Jésuites, servait à contingenter la recherche de l’École biblique dans le cadre de la rivalité traditionnelle entre les dominicains et les JésuitesLes dominicains furent fondés pour mener la lutte contre l’hérésie cathare et promouvoir la formation des prêtres ; les Jésuites furent fondés quelques siècles plus tard pour lutter contre les hérésies et promouvoir la formation des prêtres ; il en résulte une rivalité intellectuelle qui ne s’est démentie que dans les années 1954 quand la province de France de l’une et l’autre compagnie furent communément victimes d’une répression pour "progressisme". et à leur mettre des bâtons dans les roues comme le montre la longue lutte de Lagrange pour publier sa critique de l’hypothèse de Graf-Welhausen dite aussi hypothèse documentaire. L’ouvrage de François Laplanche, La Crise de l’origine, La Science catholique des Évangiles et l’histoire au , Paris, Albin Michel, coll. « L’évolution de l’humanité », 2006, 707 p. montre la difficulté qu’eurent les catholiques à quitter l’apologétique pour oser aborder les sciences religieuses. Il fallut attendre la création de l’AFCEB, en 1967, pour que le travail reprenne dans une certaine sérénité pour les chercheurs catholiques. Ils reprirent le travail là où les protestants l’avaient laissé, n’ayant pu maintenir d’expertise, dans la période qui va de l’instauration du serment anti-moderniste et jusqu’au milieu du concile Vatican II que dans un domaine où ils excellent : celui des langues anciennes dont les Bollandistes sont devenus et demeurent des experts. Pendant le concile Vatican II, la Commission Biblique Pontificale a fait paraître une instruction sur la vérité historique des évangiles (21 avril 1964) qui a été saluée comme un guide de travail pour les exégètes catholiques. Dans son ouvrage Jésus de Nazareth (Flammarion 2007), Joseph Ratzinger Benoît XVI déclare préférer à l’exégèse historico-critique l’exégèse canonique, ou dogmatique.

la laïcisation du savoir

Depuis la condamnation de Loisyet grâce à celle-ci. Cf : directeur de l’Institut européen en sciences des religions, Aux origines des sciences religieuses en France : la laïcisation du savoir (1810-1886), en France, l’exégèse biblique est passé au main des universités laïques telles que l’EPHE (École pratique des hautes études, France) sont impliquées dans l’exégèse biblique, l’histoire de la constitution de la Septante ou de la Bible hébraïque. Les lignes de rupture ne sont plus confessionnelles.

Les diverses phases de l’exégèse

Critique textuelle

La critique textuelle est une branche de la philologie qui examine les copies existantes des manuscrits d'une œuvre littéraire antique ou médiévale pour produire un texte qui est aussi étroitement que possible proche de l'original. L'original s’appelle l’autographe. Elle nécessite des compétences affirmées en langues anciennes, en paléographie et en épigraphie. Avant l'invention de l'imprimerie, les œuvres littéraires étaient copiées à la main. À chaque copie d'un manuscrit, des erreurs pouvaient être introduites par le copiste humain. La difficulté dans la critique textuelle vient de la difficulté à distinguer pour chaque leçon (lecture différente) la variante de l'originale voire de la fautive. La tâche du critique textuel consiste donc à répertorier les variantes et à établir un texte critique tel qu'il représente l'original en expliquant au mieux l'état de tous les témoins existants.
Critique textuelle du Nouveau Testament
Pour des raisons de cohérence inter-wiki, la méthodologie de critique textuelle est décrite dans un article à part. Le Nouveau Testament s'est transmis en de nombreux manuscrits (environ 5 000 grecs et 10 000 latins), plus que n'importe quel autre œuvre antique. Le nombre énorme de témoins présente des difficultés uniques, principalement en rendant la stemmatique impraticable quoique l'informatique commence d'offrir des solutions. En conséquence, les critiques textuels du Nouveau Testament ont adopté l'éclectisme après avoir recollé des témoins dans trois groupes principaux, les texte-types.
- Le texte-type alexandrin constitue un groupe primitif dont les textes sont bien considérés ; parmi ces textes, le Codex Vaticanus et le Codex Sinaïticus.
- Le texte-type occidental est également très ancien, mais ses témoins sont plus enclins à la paraphrase et à d'autres corruptions.
- Le texte-type byzantin forme la grande majorité des manuscrits, particulièrement après le . Après Westcott et Hort, les critiques textuels du Nouveau Testament ont conclu que le texte-type Byzantin est tardif, basé sur l'Alexandrin et les textes-types occidentaux. Parmi les autres types, l'Alexandrin est considéré plus pur que l'Occidental. Ainsi la pratique de la critique textuelle du Nouveau Testament doit suivre la lecture des textes alexandrins à moins que ceux de l'Occidental soient nettement supérieures. Le plus ancien papyrus, fragment de codex retrouvé à Oxyrhynque en Égypte, qui comporte une partie du texte de l'Évangile selon Jean, est le papyrus Ryland 457, daté de l'an 125. Voir aussi : Johann Jakob Griesbach

Critique de sources

En fonction des motifs du récit, la critique de sources détermine les emprunts divers à des littératures voisines. Elle détermine le milieu de production du texte qui est souvent celui du ou des auteurs.

Critique de forme (Formgeschichte)

La critique de forme est un Untermethode des critiques méthode de l’exégèse de Bible. La critique de forme examine le texte biblique en regard de sa catégorie de texte. Par exemple, pour un texte à contenu historique mettant en jeu deux peuples, elle regarde ce que disent les chroniques des autres peuples concernant le même évènement. Par exemple, le massacre des Innocents est rapporté par l’un des synoptiques mais pas documenté dans les chroniques romaines qui n’auraient pas supporté de tels agissements de la part d’un de leurs sujets fut-il roi, sans rapporter le massacre et destituer le roi pour prendre le pays en administration directe. On doit donc porter un autre regard sur ce récit et le rapprocher d’un autre massacre d’enfants rapporté dans l’Ancien Testament, celui des nouveaux-nés mâles des fils d’Israël par Pharaon (Exode 1, 16). On comprend alors le regard porté par le rédacteur sur le souverain régnant en Syrie-Palestine au tournant du premier siècle. On comprend aussi que le nouveau-né qu’on voulait atteindre par ce supposé massacre doit être considéré comme un nouveau Moïse.

Exégèse narrative ou rhétorique

Elle considère le texte dans sa structure rhétorique tel qu’il nous est parvenu et en dégage les lignes de force. Dans le meilleur des cas, on aboutit à des lectures décapantes où l’on prend conscience que le moment important du texte n’est pas celui qu’on l’imagine. Ce travail nécessite une bonne connaissance des littératures anciennes. Dans les autres cas, elle prend le texte tel qu’il est canonisé et tâche d’en dégager l’herméneutique par la méthode "la Bible s’explique par la Bible" Chère à Jean Calvin, cette méthode fut abandonnée par les protestants au . La plupart du temps, elle mène par là à l’exégèse canonique. Raymond E. Brown pss (décédé en 1997) dans un ouvrage posthume Croire en la Bible à l’heure de l’exégèse développe un point de vue plus original. Il ferraille contre l’objection traditionnelle que la théologie, l’exégèse, ça sert rien qu’à perdre la foi. Les biblistes mettraient-ils la foi en péril ? Sont-ils quelque part des ennemis de l’Église catholique romaine ou de toute Église établie ? L’auteur entend répondre à un certain nombre de soupçons émis par les fondamentalistes chrétiens de tous bords. En lien avec la constitution , R. E. Brown développe sa réflexion en insistant sur le travail des auteurs humains des Écritures, et sur le sens que pouvaient prendre pour eux ces textes, sens parfois différent de celui que lui attribue un lecteur contemporain. Selon lui, « il n’est pas mauvais que s’établisse une relation de tension entre ce que voulait dire l’Écriture pour ses auteurs et ce qu’elle en est venue à vouloir dire aujourd’hui dans l’Église » (entendre catholique romaine). De façon plus indépendante, l’évêque épiscopalien John Shelby Spong tente de poursuivre une forme d’exégèse issue de l’histoire des formes en mettant l’accent sur le rôle du Midrash dans l’écriture de la Bible. ==
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