Aurignacien

Infos
L'Aurignacien est un faciès industriel du début du Paléolithique supérieur. En Europe centrale et occidentale, il semble correspondre à l'arrivée des hommes anatomiquement modernes (voir Problèmes actuels). L'Aurignacien est caractérisé par son industrie osseuse (sagaies à bases fendues) et lithique (pièces carénées, lamelles, lames retouchées, etc.).
Aurignacien

L'Aurignacien est un faciès industriel du début du Paléolithique supérieur. En Europe centrale et occidentale, il semble correspondre à l'arrivée des hommes anatomiquement modernes (voir Problèmes actuels). L'Aurignacien est caractérisé par son industrie osseuse (sagaies à bases fendues) et lithique (pièces carénées, lamelles, lames retouchées, etc.).

Historique

L'Aurignacien a été défini à partir de l'industrie lithique de la grotte d'Aurignac (Haute-Garonne), fouillé par Édouard Lartet en 1860. Sa position stratigraphique au sein des industries du Paléolithique supérieur fit l'objet d'une polémique. Il revient à Henri Breuil d'avoir démontré en 1906 que l'Aurignacien était immédiatement postérieur au Moustérien et antérieur au Solutréen. Ce chercheur définit trois étapes successives : Aurignacien ancien, moyen et supérieur. En 1933, Denis Peyrony restreignit l'emploi du terme Aurignacien à la phase moyenne, l'Aurignacien ancien devenant le Périgordien ancien (aujourd'hui nommé Châtelperronien) et l'Aurignacien supérieur devenant le Périgordien récent (aujourd'hui nommé Gravettien).

Datation

L'apparition de l'Aurignacien en Europe occidentale se situe autour de 35 000 ans BP mais certaines datations font parfois remonter cette période aux alentours de 40 000 BP pour le proto-Aurignacien. L'Aurignacien cesse d'être caractéristique entre 30 000 et 28 000 ans BP en Europe occidentale.

Climat et environnement

On connaît avec de plus en plus de précision les changements climatiques de la préhistoire récente grâce à des disciplines paléoenvironnementales telles que la paléoclimatologie, la sédimentologie, la palynologie, l'anthracologie, la carpologie ou l'archéozoologie. On situera l'Aurignacien entre 35 000 et 30 000 BP pour une approche plus simple de l'environnement dans lequel vivait les premiers hommes du Paléolithique supérieur. Le début de l'Aurignacien se situe durant la fin de l'amélioration climatique de l'interstade tempéré du Würm II/III dit interstade Hengelo/Les Cottés. Cet interstade est peu stable et le climat se déteriore progressivement pour devenir froid et sec à partir de 30 000 BP. Ainsi, on peut voir à Arcy-sur-Cure le passage d'une forêt claire de feuillus et de conifères vers 35 000 BP devenir progressivement un paysage de bosquet de pins et de bouleaux dans la vallée alors que le plateau devient steppique. La faune est composé d'herbivores : mammouths, rhinocéros laineux, rennes, chevaux, bœufs, marmottes... et de carnivores : ours, grands félins, loups, hyènes, ...

Extension géographique

Industrie

L'industrie lithique aurignacienne comporte :
- de grandes lames retouchées épaisses, les lames aurignaciennes. Ces lames sont retouchées bilatéralement et sont parfois munies d'encoches de chaque côté qui donneront le nom de « lame étranglée » à ces outils.
- de nombreux grattoirs carénés qui sont taillés de manière régulière avec des enlèvements lamellaires convergeant vers le sommet distal de la lame. Ainsi, ils sont considérés comme des outils mais peuvent aussi avoir servi de nucléus pour la confection de lamelles, très nombreuses durant tout le Paléolithique supérieur. Une lamelle retouchée est spécifique à l'Aurignacien : la « lamelle Dufour ». Ces lamelles sont retouchées finement et marginalement sur une ou deux faces. L'industrie en matière dure animale est caractérisée par l'apparition de pointes de sagaies à base fendue en ivoire ou en bois de renne mais ces matériaux peuvent aussi servir à la confection des premiers bâtons percés et d'un outillage plus classique : poinçons, baguettes, lissoirs. On sait aujourd'hui par la tracéologie que les bâtons percés, autrefois appellé bâtons de commandement, servaient en fait à redresser les pointes de sagaies. Image:Lames aurignaciennes.jpg|Lames aurignaciennes Image:Grattoirs carénés.jpg|Grattoirs carénés Image:Lamelle Dufour aurignacien.png|Lamelle Dufour Image:Sagaie base fendue.jpg|Pointe de sagaie à base fendue

Art

Les chevaux de la Grotte Chauvet, Ardèche, France La culture aurignacienne occupe une place remarquable dans l'Histoire de l'art car elle est la première culture humaine à avoir laissé les traces d'une représentation figurative. Dire cependant que les aurignaciens furent les inventeurs de l'art reste encore très hypothètique, car les peuples précédents ont pu produire des créations artistiques, et celles-ci ne purent se conserver parce que réalisées dans des matériaux périssables. Les Aurignaciens vont diversifier la parure, connue dès le Châtelperronien : dents animales perforées, coquillages fossiles ou contemporains, ivoire, bois de cervidé. Les coquillages peuvent provenir de gisements très éloignés du site dans lesquels ils furent découverts. Ainsi, on trouve en Périgord des coquillages méditerranéens témoignant d'échanges distants. Pour ce qui est des créations artistiques, l'Aurignacien va marquer une rupture avec les cultures précédentes. Les plus anciens vestiges de cet art se retrouvent dans les statuettes de Vogelherd, de Geissenklösterle et de Hohlenstein-Stadel. Ce sont des figures en ronde bosse représentant des mammouths, des félins, des ours, des chevaux et des hommes. Elles ont été sculptées dans l'ivoire de mammouth. Moins spectaculaires, des plaques de roches dures gravées ont été également retrouvées. Les peintures sont rares mais parfois spectaculaires: il faut citer en premier lieu la Grotte Chauvet, mais aussi les œuvres des abris Blanchard et de La Ferrassie en Dordogne, ainsi que de la grotte de Fumane en Italie du Nord.

Problèmes actuels

L'apparition de l'Aurignacien en Europe est actuellement considéré comme une conséquence de l'arrivée de l'homme moderne. En réalité, cela reste au stade de l'hypothèse car les seuls restes humains que nous possédions pour cette période sont ceux de Cro-Magnon. Or de nouvelles études ont montré que la stratigraphie pouvait être sujette à caution et que les restes était plus probablement dans des couches plus récentes. Nous n'avons donc pas réellement de fossiles attestant que, pour cette culture, il s'agit bien de l'homme moderne, même si tout le monde est à peu près d'accord sur ce fait. En effet, l'Homme de Néandertal est contemporain des Aurignaciens de par la stratigraphie, mais il est caractérisé par la culture châtelperronienne dont l'industrie lithique et osseuse est différente. On peut citer la sépulture néandertalienne de Saint-Césaire découverte dans des niveaux châtelperroniens, fouillée au début des années 1980 et la dent d'Arcy-sur-Cure attribuée à un Homo neanderthalensis.Crâne de Cro-Magnon Les études de J. Pelegrin consacrées notamment aux sytèmes techniques du gisement de Roc de Combe montrent que les méthodes conduisant à la fabrication de l'outillage des Châtelperroniens et des Aurignaciens sont très différentes. On ne peut donc pas parler, selon lui, d'acculturation voire d'évolution du Châtelperronien. Il y a une réelle différence entre les deux cultures et un savoir-faire de chaque côté. Il voit en revanche le Châtelperronien plutôt comme une évolution du Moustérien de Tradition Acheuléenne (MTA), qui est sans nul doute une industrie néandertalienne. Il faut néanmoins noter que durant près de 80 000 ans au Proche-Orient, les Néandertaliens et les Sapiens ont cohabité en réalisant des outillages identiques. Toute la question est donc de savoir quand finit le Paléolithique moyen et quand commence le Paléolithique supérieur. On peut aussi poser la question différemment : quand l'homme moderne est-il arrivé en Europe de l'ouest et qu'en est-il des Néandertaliens?

Bibliographie

-Les derniers Néandertaliens, le Châtelperronien, Baffier D., Maison de roches, Paris, 1999
- Les manifestations graphiques aurignaciennes sur support rocheux des environs des Eyzies (Dordogne), Delluc B. et G., 1978, Gallia-Préhistoire, 21, p. 213-438, 96 fig.
-L'Art pariétal archaïque en Aquitaine, XXVIIIe suppl. à Gallia-Préhistoire, Delluc B. et G., 1991, C.N.R.S., 393 p., 235 fig., V tabl. et 1 dépl.
-La préhistoire, Capitan L., Payot, Paris, 1925
-Dictionnaire de la préhistoire, Leroi-Gourhan A.(Dir.), PUF, Paris, 1988, réed. 1997
-Les sociétés de la préhistoire, Mohen J. P. et Taborin Y., Hachette, Paris, 1998
-Technologie lithique: Le Châtelperronien de Roc-de-Combe (Lot) et de La Côte (Dordogne), Pelegrin J., Cahier du Quaternaire, CNRS, Paris, 1995 ==
Sujets connexes
Années 1980   Anthracologie   Archéozoologie   Arcy-sur-Cure   Ardèche   Art   Aurignacien   Carpologie   Cheval   Châtelperronien   Denis Peyrony   Glaciation de Würm   Grattoir   Gravettien   Grotte Chauvet   Grotte d'Aurignac   Haute-Garonne   Henri Breuil   Histoire de l'art   Homme de Cro-Magnon   Homme de Néandertal   Homo sapiens   Industrie lithique   Ivoire   Mammouth   Moustérien   Ours   Palynologie   Paléoclimatologie   Paléolithique supérieur   Proche-Orient   Préhistoire   Périgord   Roc de Combe   Saint-Césaire (Charente-Maritime)   Solutréen   Stratigraphie   Sédimentologie   Tableau synoptique des principales cultures préhistoriques du Vieux Monde   Tracéologie  
#
Accident de Beaune   Amélie Mauresmo   Anisocytose   C3H6O   CA Paris   Carole Richert   Catherinettes   Chaleur massique   Championnat de Tunisie de football D2   Classement mondial des entreprises leader par secteur   Col du Bonhomme (Vosges)   De viris illustribus (Lhomond)   Dolcett   EGP  
^