Ernest Renan

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Ernest Renan Joseph Ernest Renan (né le 28 février 1823 à Tréguier (Côtes-d'Armor, Bretagne), décédé le 2 octobre 1892 à Paris), est un écrivain, philologue, philosophe et historien français. De son vivant, Renan fut surtout connu comme l’auteur de la populaire Vie de Jésus. Ce livre contient une thèse controversée selon laquelle la biographie de Jésus devait être écrite comme celle de n’importe quel autre homme et la Bible devait être soumise à un
Ernest Renan

Ernest Renan Joseph Ernest Renan (né le 28 février 1823 à Tréguier (Côtes-d'Armor, Bretagne), décédé le 2 octobre 1892 à Paris), est un écrivain, philologue, philosophe et historien français. De son vivant, Renan fut surtout connu comme l’auteur de la populaire Vie de Jésus. Ce livre contient une thèse controversée selon laquelle la biographie de Jésus devait être écrite comme celle de n’importe quel autre homme et la Bible devait être soumise à un examen critique comme n’importe quel autre document historique. Ceci déclencha des débats passionnés et la colère de l’Église catholique. Renan est resté célèbre par la définition de la nation qu’il donna dans son discours de 1882 « Qu'est-ce qu'une nation ? ». Alors que des philosophes allemands tels que Fichte avaient défini la nation selon des critères objectifs comme la « race » ou le groupe ethnique (le Peuple), partageant des caractères communs (la langue par exemple), Renan la définit simplement par la volonté de vivre ensemble. Dans le contexte de la querelle sur l’appartenance de la région d’Alsace-Lorraine, il déclara que l’existence d’une nation reposait sur « un plébiscite de tous les jours ».

Biographie

Quelques dates de sa vie

Reçu premier à l’agrégation de philosophie en septembre 1848, il devient docteur ès lettres à la suite d’une thèse sur le philosophe musulman Averroès terminée en 1852. De 1849 et 1850, il fut chargé de mission en Italie. En 1856, il devient membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, et le 11 septembre 1856, il épouse Cornélie Henriette Scheffer, la nièce du peintre Ary Scheffer. En 1860, il effectue à l'occasion de l'expédition française une mission archéologique au Liban et en Syrie. Professeur d'hébreu au Collège de France en 1862, il est rapidement suspendu pour des propos jugés sacrilège sur Jésus Christ. Dans son cours d'ouverture du cours de langue hébraïque, chaldaïque et syriaque au Collège de France, Ernest Renan fait une description apocalyptique de la lourdeur de l'esprit sémite qui s'oppose au génie aryen et à son héritière la culture européenne enrichie aux sources grecques. En 1863, la publication de sa Vie de Jésus, livre écrit lors de son séjour au Liban, connait un grand succès et fait scandale. Le pape Pie IX, très affecté, le traita de blasphémateur européen, et en 1864, le ministre de l'Instruction publique Victor Duruy supprime son cours. En 1865, il effectue un voyage en Égypte, en Asie mineure et en Grèce. En 1869, il se présentait sous l'étiquette d'indépendant à un siège de député en Seine-et-Marne, ce qui lui vaut un échec électoral. Le 13 juin 1878, il est élu à l'Académie française, au fauteuil 29, en remplacement de Claude Bernard. En 1883, il devient Administrateur du Collège de France. Il fut élevé au grade de Grand-officier de la Légion d'honneur.

Biographie complète

Ernest Renan naquit dans une famille de pêcheurs ; son grand-père, ayant acquis une certaine aisance, avait acheté une maison où il s’était établi ; son père, capitaine d'un petit navire et républicain convaincu, avait épousé la fille de commerçants royalistes de la ville voisine de Lannion. Toute sa vie, Renan s'est senti déchiré entre les croyances politiques de son père et celles de sa mère. Il avait cinq ans quand son père mourut, sa sœur Henriette, de douze ans son aînée, devint le chef moral de la famille. Ayant en vain essayé d’ouvrir une école pour filles à Tréguier, elle partit pour Paris comme professeur dans une école de jeunes filles. Ernest, en attendant, fut instruit au séminaire de sa ville natale, aujourd'hui collège Ernest-Renan. Les appréciations de ses maîtres le décrivent comme « docile, patient, appliqué, soigneux ». Les prêtres lui donnaient une solide éducation en mathématiques et en latin, sa mère la complétait. Elle n’était qu’à moitié bretonne, ses ancêtres paternels étaient venus de Bordeaux et Renan confessait qu'en sa propre nature le Gascon et le Breton ne cessaient de se heurter. En 1838, Renan avait remporté tous les prix au séminaire de Tréguier. Sa sœur parla de lui pendant l'été au directeur de l'école parisienne où elle enseignait et il en parla lui-même à l’abbé Félix Dupanloup, qui avait créé le séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet, une école où les jeunes aristocrates catholiques et les élèves les plus doués des séminaires devaient être instruits ensemble, afin de renforcer le lien entre l'aristocratie et le clergé. Dupanloup fit donc venir Renan, qui n’avait que quinze ans et n'avait jamais quitté la Bretagne. « J’appris avec étonnement qu’il y avait des laïcs sérieux et savants les mots talents, éclat, réputation eurent pour moi un sens. » Cependant la religion lui paraissait complètement différente à Tréguier et à Paris. Le catholicisme superficiel, brillant, pseudo-scientifique de la capitale, n’arrivait pas à satisfaire ce garçon qui avait reçu une foi austère de ses maîtres bretons. En 1840, Renan quitta Saint-Nicolas du Chardonnet pour poursuivre ses études de philosophie au séminaire d'Issy-les-Moulineaux. Il entra rempli de passion pour la scolastique catholique car il était las de la rhétorique de Saint-Nicolas et il espérait satisfaire son intelligence sérieuse avec le vaste matériel que lui offrait la théologie catholique. Parmi les philosophes Reid et Malebranche l’attirèrent tout de suite et, après eux, il se tourna vers Hegel, Kant et Herder. C’est alors qu’il commença à voir une contradiction essentielle entre la métaphysique qu'il étudiait et la foi qu'il professait, mais un goût pour les vérités vérifiables retenait son scepticisme. Il écrivait à Henriette que la philosophie ne satisfait qu’à moitié la faim de vérité ; il se sentait attiré par les mathématiques. Sa sœur avait accepté dans la famille du comte Zamoyski un poste plus lucratif que son ancien emploi. C’est elle qui exerçait l'influence la plus forte sur son frère, et les lettres d’elles qu’on a publiées indiquent un esprit presque égal à celui de son frère, en même temps qu’elle lui est moralement supérieure. Ce n’est pas la philosophie mais la philologie qui devait éveiller le doute chez Renan. Ses études terminées à Issy, il entra au séminaire Saint-Sulpice pour étudier les textes bibliques avant de prendre les ordres et commença à apprendre l’hébreu. Il constata alors que la deuxième partie d’Isaïe diffère de la première non seulement quant au style, mais quant à la date, que la grammaire et l'histoire du Pentateuque sont postérieures à l’époque de Moïse et que le livre de Daniel est manifestement apocryphe. Intellectuellement Renan se sentait détaché de la croyance catholique, même si sa sensibilité l’y maintenait toujours. La lutte entre vocation et conviction fut gagnée par la conviction. Le 6 octobre 1845, Renan quitta Saint-Sulpice pour devenir surveillant au collège Stanislas, dirigé par les Oratoriens. Mais cette solution impliquant « une profession extérieure avouée de cléricature », il préféra briser le dernier lien qui le retenait à la vie religieuse et il entra à la pension privée de M. Crouzet « comme répétiteur au pair, c'est-à-dire, selon le langage du quartier latin d'alors, sans appointements. une petite chambre, la table avec les élèves, à peine deux heures par jour occupées, beaucoup de temps par conséquent pour travailler. Cela satisfaisait pleinement. » Renan, malgré son éducation par des prêtres, devait accepter pleinement l'idéal scientifique. La splendeur du cosmos était pour lui un ravissement. À la fin de sa vie, il a écrit au sujet d'Amiel, «l'homme qui a le temps de tenir un journal intime n'a jamais compris l'immensité de l'univers.» Les certitudes de la physique et des sciences naturelles ont été révélées à Renan en 1846 par le futur chimiste Marcellin Berthelot, alors âgé de dix-huit ans, son élève à la pension de M. Crouzet. Jusqu’à la mort de Renan, leur amitié devait se continuer. Dans cette atmosphère favorable Renan continue ses recherches en philologie sémitique et, en 1847, il obtint le prix de Volney, une des principales récompenses décernées par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, pour le manuscrit de son «Histoire Générale des langues sémitiques». En 1847, il fut reçu premier à l’agrégation de Philosophie et nommé professeur au lycée de Vendôme. De 1860 à 1861, il effectue à l'occasion de l'expédition française une mission archéologique au Liban et en Syrie. Il séjourna avec sa femme Cornélie et sa sœur Henriette dans la demeure de Zakhia Chalhoub El-Kallab, riche commerçant maronite d'Amchit (région de Byblos) issu d'une famille anoblie par les ottomans et fondateur du premier hôpital au Liban (Hôpital Saint Michel d'Amchit). Sur une plaque accrochée au mur de la demeure, on lit que c’est également à Amchit que Renan trouva la sérénité et l’inspiration nécessaires pour écrire l’une de ses œuvres majeures : La vie de Jésus. C’est ici aussi, qu’Henriette, décédée en 1861, repose dans le caveau de la famille Zakhia, "tout près de l’église de ce village qu’elle a tant aimée". Renan était non seulement un érudit. En étudiant saint Paul ou les apôtres, il montre combien il est soucieux d’une vie sociale plus développée, quel est son sens de la fraternité, et combien revit en lui le sentiment démocratique qui avait inspiré L'Avenir de la science. En 1869, il se présenta à Meaux en tant que candidat de l'opposition libérale aux élections législatives. Tandis que son tempérament était devenu moins aristocratique, son libéralisme avait évolué vers la tolérance. À la veille de sa dissolution, Renan était presque prêt à accepter l'empire, et, s’il avait été élu au Corps législatif, il aurait rejoint le groupe libéral des bonapartistes. Un an après éclatait la guerre franco-allemande, l'empire tombait et Napoléon III partait pour l'exil. La guerre franco-allemande était un moment charnière dans l'histoire intellectuelle de Renan. Pour lui, l'Allemagne avait toujours été l'asile de la pensée et de la science désintéressée. Maintenant, il voyait le pays qui représentait son idéal détruire et ruiner la terre où il était né ; il ne voyait plus l'Allemand comme un prêtre, mais comme un envahisseur. Dans La Réforme intellectuelle et morale (1871), Renan cherchait à sauvegarder l'avenir de la France. Pourtant il restait sous l'influence de l'Allemagne. L'idéal et la discipline qu'il proposait à son pays vaincu étaient ceux du vainqueur : une société féodale, un gouvernement monarchique, une élite et le reste de la nation n’existant que pour la faire vivre et la nourrir ; un idéal d'honneur et devoir imposé par un petit nombre à une multitude récalcitrante ou soumise. Les erreurs de la Commune confirmèrent Renan dans cette réaction. En même temps, l'ironie reste toujours perceptible dans son travail mais devient plus amère. Ses Dialogues philosophiques, écrit en 1871, son Ecclésiaste (1882) et son Antéchrist (1876) (le quatrième volume des Origines du Christianisme, traitant du règne de Néron) relèvent d’un génie littéraire incomparable, mais révèlent un caractère désabusé et sceptique. Après avoir en vain essayé de faire suivre à son pays ses préceptes, il se résignait à observer sa dérive vers la perdition. La suite des événements lui montra au contraire une France qui, chaque jour, redevenait un peu plus forte et il se réveilla de son incrédulité, de son attitude désillusionnée pour observer avec intérêt la lutte pour la justice et pour la liberté d'une société démocratique. Son esprit était le plus large de son temps. Les cinquième et sixième volumes des Origines du Christianisme (L'Église Chrétienne et Marc-Aurèle) le montrent réconcilié avec la démocratie, confiant dans l’ascension graduelle de l'Homme, conscient que les catastrophes les plus grandes n'interrompent pas vraiment le progrès du monde imperceptible mais sûr. Il s’était réconcilié en somme sinon avec les dogmes, du moins avec les beautés morales du catholicisme et les souvenirs de son enfance pieuse. Dans sa vieillesse, le philosophe jeta un regard sur ses jeunes années. Il avait presque soixante ans quand, en 1883, il publia ses Souvenirs d’enfance et de jeunesse, l’ouvrage par lequel il est le plus connu. On y trouve cette note lyrique, ces confidences personnelles auxquelles le public attache une grande valeur chez un homme déjà célèbre. Le lecteur blasé de son temps découvrait qu’il existe un monde non moins poétique, non moins primitif que celui des Origines du Christianisme et qu’il existait encore dans la mémoire des hommes sur la côte occidentale de la France. Ces souvenirs sont pénétrés de la magie celtique des vieux romans antiques tout en possédant la simplicité, le naturel et la véracité que le XIX siècle appréciait si fortement. Mais son Ecclésiaste, publié quelques mois plus tôt, ses Drames philosophiques, rassemblés en 1888, donnent une image plus juste de son esprit toujours, même s’il se révèle minutieux, critique et désabusé. Ils montrent l’attitude qu’avait envers un socialisme instinctif un philosophe libéral par conviction, en même temps qu’il était aristocrate par tempérament. Nous y apprenons que Caliban (la démocratie), est une brute stupide, mais une fois qu’on lui apprend à se prendre en main, il fait après tout un dirigeant convenable ; que Prospero (le principe aristocratique, ou, si l’on veut, l’esprit) accepte de se voir déposé pour y gagner une liberté plus grande dans le monde intellectuel, puisque Caliban se révèle un policier efficace qui laisse à ses supérieurs toute liberté dans leurs recherches ; qu’Ariel (le principe religieux) acquiert un sentiment plus exact de la vie et ne renonce pas à la spiritualité sous le mauvais prétexte du changement. En effet, Ariel fleurit au service de Prospero sous le gouvernement apparent des rustres innombrables. La religion et la connaissance sont aussi impérissables que le monde qu’elles honorent. C’est ainsi que, venant du plus profond de lui-même, c’est l’idéalisme essentiel qui a vaincu chez Renan. Renan était un grand travailleur. À l’âge de soixante ans, ayant terminé Les Origines de Christianisme, il commença son Histoire d’Israël, fondée sur une étude qui devait occuper toute sa vie, celle de l’Ancien Testament et du Corpus Inscriptionum Semiticarum, publié sous sa direction par l’Académie des inscriptions et belles-lettres de 1881 jusqu’à sa mort. Le premier volume de l’Histoire d’Israël parut en 1887, le troisième en 1891, les deux derniers à titre posthume. Comme histoire des faits et des théories, l’ouvrage n’est pas sans erreurs ; comme essai sur l’évolution de l’idée religieuse, il reste (malgré quelques passages moins sérieux, ironiques ou incohérents) d’une importance extraordinaire ; pour nous faire connaître la pensée d’Ernest Renan, c’est là où il est le plus vivant. Dans un volume qui rassemble des essais, Feuilles détachées, publié lui aussi en 1891, nous retrouvons la même attitude mentale, une affirmation que la piété est nécessaire, tout en étant indépendante des dogmes. Il mourut après une maladie de quelques jours. Dans ses dernières années, il reçut de nombreux honneurs et fut fait administrateur du Collège de France et Grand-Officier de la Légion d'honneur. Dans les huit dernières années du XIX siècle ont paru deux volumes de l’Histoire d’Israël, sa correspondance avec sa sœur Henriette, ses Lettres à M. Berthelot et l’Histoire de la Politique Religieuse de Philippe le Bel, qu’il avait écrite dans les années précédant immédiatement son mariage. Ernest Renan mourut en 1892 et fut enterré au Cimetière de Montmartre. Une loge maçonnique est nommée en son honneur.

Comment Renan faisait ses cours

Citation : « Je suivis au Collège de France, assez régulièrement pendant trois ans, le cours de Renan. Tout le monde sait comment Renan faisait son cours d'hébreu. Il ne le préparait que peu ou point. En ce temps-là, il expliquait le texte des Psaumes. Il prenait un verset, le lisait, le traduisait, lisait la version grecque des Septante pour la comparaison, citait les conjectures de l'oratorien Houbigant ou de quelque critique moderne pour la correction du texte, pesant chaque mot pour ainsi dire, et ne s'interdisant ni les digressions ni les répétitions. Son avis était qu'un professeur du Collège de France doit travailler devant ses auditeurs, et il travaillait, en effet, devant nous, un peu plus lentement, je suppose, que dans son cabinet. Somme toute, son cours était une très bonne initiation à la critique textuelle de l'Ancien Testament. Il y parlait souvent d'autre chose ; mais c'est cela surtout qu'on y pouvait apprendre ». Alfred Loisy, Choses passées

Idées

- Il se montre fasciné par la science et le désintéressement, seuls systèmes permettant à la connaissance humaine de se consolider de génération en génération, alors que les erreurs et les égoïsmes individuels ont une résultante qui nécessairement s'annule sous l'effet de forces antagonistes, et sont voués à ne laisser aucune trace (voir aussi l'article noosphère).
- Ses rapports avec la religion sont complexes. Il la critique comme système de pensée tout en affirmant son importance comme facteur d'unification des sociétés humaines ainsi que le danger de s'en détourner trop hâtivement. Dans L'avenir de la science, il résume la situation en disant : Quand je suis à la ville, je me moque de celui qui va à la messe; mais quand je suis à la campagne, je me moque au contraire de celui qui n'y va pas.
- Renan se rallie immédiatement à l'idée de sélection naturelle défendue par Charles Darwin. Il partage avec Arthur de Gobineau des idées racistes. Voir le paragraphe Races supérieures et inférieures.
- Il se montre en général inquiet pour l'avenir de l'humanité, craignant sa mort par épuisement de la générosité des cœurs, comme celle de l'industrie peut-être un jour par épuisement du charbon de terre. Peut-être nos descendants ne vivront-ils que comme des lézards ne pensant qu'à profiter paresseusement du soleil (voir paradoxe de Fermi).

Des interrogations sur l'univers

- « La nature n'est pas obligée de se plier à nos petites convenances. À cette déclaration de l'homme : « Je ne peux être vertueux sans telle ou telle chimère », l'Éternel est en droit de nous répondre : « Tant pis pour vous. Vos chimères ne sauraient me forcer à changer l'ordre de la fatalité » ».
- « De cette résultante suprême de l'univers total, nous ne pouvons dire qu'une chose, c'est qu'elle est bonne. Car si elle n'était pas bonne, l'univers total, qui existe depuis l'éternité, se serait détruit. Supposons une maison de banque existant depuis l'éternité. Si cette maison avait le moindre défaut dans ses bases, elle eût mille fois fait faillite. Si le bilan du monde ne se soldait pas par un boni au profit des actionnaires, il y a longtemps que le monde n'existerait plus. (...) Pourquoi être s'il n'y avait aucun profit à être ? Il est si facile de n'être pas ! »
- « Ici, le mystère est absolu; nous sentons bien en nous la voix d'un autre monde; mais nous ignorons quel est ce monde. Que nous dit cette voix ? Des choses assez claires. D'où vient cette voix ? Rien de plus obscur. (...) Elle éclate surtout dans ces ces sublimes absurdités où l'on s'engage, tout en sachant bien que l'on fait un mauvais calcul, dans ces quatre grandes folies de l'homme, l'amour, la religion, la poésie la vertu, inutilités providentielles que l'homme égoïste nie et qui, en dépit de lui, mènent le monde. »

Renan et la Bretagne

Renan était reconnu de son vivant, à la fois par les habitants de sa région trégorroise comme par toute la Bretagne, y compris par ses ennemis, comme un grand intellectuel breton. Quelques citations extraites de l’ouvrage de l'universitaire Jean Balcou, Renan et la Bretagne (Champion 1992):
-Il est certes évident qu’un Renan breton n’est pas tout Renan. p. 9.
-Qu’Ernest Renan soit un des auteurs les plus importants de la culture française, nul ne le contestera. Qu’il ait, avec deux autres Bretons, Chateaubriand et Lamennais, orienté le romantisme, un historien de la littérature comme Thibaudet l’avait déjà établi en démontrant que le tout entier reposait sur cette assise granitique. (p.10).
-…il y a dans l’œuvre de Renan la permanence d’une musique bretonne et celtique.
-… à travers le destin d’un homme exceptionnel confronté à la modernité, et qui fait cette modernité, nous touchons, par-delà l’Histoire, à ce qu’il faut bien appeler une nouvelle « matière de Bretagne ".
-…j’étais, je suis patriote et je ne me désintéresserai jamais de la Grande patrie française ni de la Petite patrie bretonne. H. Mauger, Le Lanionnais, 11 aout 1888, « Une conférence à Lannion, Discours de M. Renan ». p. 27.
-…nous autres Bretons, nous sommes tenaces… En cela, j’ai été vraiment breton. Journal des Débats, 4 août 1884, discours et conférences 1887. Cité dans l’ouvrage de Balcou. Par ailleurs, selon plusieurs témoignages, Renan s'adressait à sa mère en breton. Dénier à Renan le qualificatif d'écrivain breton revient donc à s'opposer aux déclarations de l'écrivain lui-même.

Citations

-"Aimez la science"
-"La vie en commun rend commun"
-"Organiser scientifiquement l'humanité, tel est donc le dernier mot de la science moderne, telle est son audacieuse mais légitime prétention"
-"L'essentiel dans l'éducation ce n'est pas la doctrine enseignée, c'est l'éveil."

Le judaïsme

Il importe avant d'en donner des extraits de rappeler que Renan ne cachait pas son admiration pour le peuple juif, le seul à avoir su se passer longtemps de cette chimère de la survie individuelle et à qui il ne reprochait - au terme d'une analyse fondée sur des datations de textes (Proverbes, l'Ecclésiaste, Livre de Job, etc.) - de s'être laissé en fin de compte contaminer par cette notion, jugée par lui absurde. Le judaïsme devenait dès lors une religion comme les autres, renonçant à ce qui avait longtemps fait son honneur face à elles (Renan était philologue de profession). Et pourtant, on trouve aussi sous sa plume : L'homme peut faire de très grandes choses sans croire à l'immortalité ; mais il faut qu'on y croie pour lui et autour de lui. "Renan s'acharne à réparer d'une main ce qu'il détruit de l'autre", avait dit à son sujet George Sand.

Dieu et la science

- « , Dieu alors sera complet, si l'on fait du mot Dieu le synonyme de la totale existence. En ce sens, Dieu sera plutôt qu'il n'est: il est in fieri, il est en voie de se faire. Mais s'arrêter là serait une théologie fort incomplète. Dieu est plus que la totale existence, il est en même temps l'absolu. Il est de l'ordre où les mathématiques, la métaphysique, la logique sont vraies, il est le lieu de l'idéal, le principe vivant du bien, du beau et du vrai. Envisagé de la sorte, Dieu est pleinement et sans réserve; il est éternel et immuable, sans progrès ni devenir » . (Dialogue et fragments philosophiques)

L'art

- « Notre race ne débuta point par le goût du confortable et des affaires. Ce fut une race morale, brave, guerrière, jalouse de liberté et d'honneur, aimant la nature, capable de dévouement, préférant beaucoup de choses à la vie. Le négoce, l'industrie ont été exercés pour la première fois sur une grande échelle par des peuples sémitiques, ou du moins parlant une langue sémitique, les Phéniciens. Au Moyen Âge, les Arabes et les Juifs furent aussi nos maîtres en fait de commerce. Tout le luxe européen, depuis l'Antiquité jusqu'au XVIIe siècle, est venu de l'Orient. Je dis le luxe et non point l'art : il y a l'infini de l'un à l'autre... » (Qu'est ce qu'une nation ?). Renan ne pouvait cependant ignorer le commandement "Tu ne feras pas d'image taillée" (et donc la possibilité de le prendre au pied de la lettre) ainsi que l'exhortation à ne pas chercher à concurrencer le Créateur en représentant le visage humain qui apparaît dans le Coran (uniquement il est vrai selon les sunnites).

L'islam

Comme la plupart des orientalistes de l'époque, Renan présente une vision négative d'un Islam qui ne se serait construit qu'en opposition à l'Occident:
- « Cette civilisation musulmane, maintenant si abaissée, a été autrefois très brillante. Elle a eu des savants, des philosophes. Elle a été, pendant des siècles, la maîtresse de l’Occident chrétien. Pourquoi ce qui a été ne serait-il pas encore ? Voilà le point précis sur lequel je voudrais faire porter le débat. Y a-t-il eu réellement une science musulmane, ou du moins une science admise par l’islam, tolérée par l’islam ? Il y a dans les faits qu’on allègue une très réelle part de vérité. Oui ; de l’an 775 à peu près, jusque vers le milieu du XIIIe siècle, c’est-à-dire pendant cinq cents ans environ, il y a eu dans les pays musulmans des savants, des penseurs très distingués. On peut même dire que, pendant ce temps, le monde musulman a été supérieur, pour la culture intellectuelle, au monde chrétien(...)l'islamisme ne peut exister que comme religion officielle; quand on le réduira à l'état de religion libre et individuelle, il périra. L'islamisme n'est pas seulement une religion d'État, comme l'a été le catholicisme en France, sous Louis XIV, comme il l'est encore en Espagne, c'est la religion excluant l'État... Là est la guerre éternelle, la guerre qui ne cessera que quand le dernier fils d'Ismaël sera mort de misère ou aura été relégué par la terreur au fond du désert. L'Islam est la plus complète négation de l'Europe; l'Islam est le fanatisme, comme l'Espagne du temps de Philippe II et l'Italie du temps de Pie V l'ont à peine connu; L'Islam est le dédain de la science, la suppression de la société civile; c'est l'épouvantable simplicité de l'esprit sémitique, rétrécissant le cerveau humain, le fermant à toute idée délicate, à tout sentiment fin, à tout recherche rationnelle, pour le mettre en face d'une éternelle tautologie : Dieu est Dieu... » (Discours au Collège de France De la part des peuples sémitiques dans l'Histoire de la civilisation, 1862 - L'Islam et la Science, 1883).

Races supérieures et inférieures

- « Vous avez fait là un livre des plus remarquables, plein de vigueur et d'originalité d'esprit, seulement bien peu fait pour être compris en France ou plutôt fait pour y être mal compris. L'esprit français se prête peu aux considérations ethnographiques: la France croit très peu à la race, Le fait de la race est immense à l'origine; mais il va toujours perdant de son importance, et quelquefois comme en France, il arrive à s'effacer complètement. Est-ce là absolument parler de décadence ? Oui, certes au point de vue de la stabilité des institutions, de l'originalité des caractères, d'une certaine noblesse dont je tiens pour ma part le plus grand compte dans l'ensemble des choses humaines. Mais aussi que de compensations ! Sans doute si les éléments nobles mêlés au sang d'un peuple arrivaient à s'effacer complètement, alors ce serait une avilissante égalité, analogue à celle de certains États de l'Orient et, à quelques égards de la Chine. Mais c'est qu'en réalité une très petite quantité de sang noble mise dans la circulation d'un peuple suffit pour l'ennoblir, au moins quant aux effets historiques ; c'est ainsi que la France, nation si complètement tombée en roture, joue en réalité dans le monde le rôle d'un gentilhomme. En mettant à part les races tout à fait inférieures dont l'immixtion aux grandes races ne ferait qu'empoisonner l'espèce humaine, je conçois pour l'avenir une humanité homogène ». : Dans une lettre envoyée à Arthur de Gobineau en 1856 après avoir lu son essai sur l'inégalité des races humaines.
- « ... La nature a fait une race d'ouvriers. C'est la race chinoise d'une dextérité de main merveilleuse, sans presque aucun sentiment d'honneur ; gouvernez-la avec justice en prélevant d'elle pour le bienfait d'un tel gouvernement un ample douaire au profit de la race conquérante, elle sera satisfaite ; une race de travailleurs de la terre, c'est le nègre : soyez pour lui bon et humain, et tout sera dans l'ordre ; une race de maîtres et de soldats, c'est la race européenne. Que chacun fasse ce pour quoi il est fait et tout ira bien ». :La Réforme intellectuelle et morale, 1871
- « La colonisation en grand est une nécessité politique tout à fait de premier ordre… La conquête d’un pays de race inférieure par une race supérieure n’a rien de choquant… ». :La Réforme intellectuelle et morale, 1871 Mais sa recherche d'honnêteté lui aura aussi fait écarter tout simplisme :
- « La vérité est qu'il n'y a pas de race pure et que faire reposer la politique sur l'analyse ethnographique, c'est la faire porter sur une chimère. Les plus nobles pays, l'Angleterre, la France, l'Italie, sont ceux où le sang est le plus mêlé. L'Allemagne fait-elle à cet égard une exception ? Est-elle un pays germanique pur ? Quelle illusion ! Tout le Sud a été gaulois. Tout l'Est, à partir d'Elbe, est slave. Et les parties que l'on prétend réellement pures le sont-elles en effet ? Nous touchons ici à un des problèmes sur lesquels il importe le plus de se faire des idées claires et de prévenir les malentendus ». :Qu'est-ce qu'une nation ?, 1882 De toute façon, il s'agit ici de "races européennes". Pour les autres, ses certitudes restent inébranlables, jusqu'à la fin de sa vie:
- « L’inégalité des races est constatée ». :L’avenir de la science, préface de 1890 Il avait toute sa vie dénoncé, il est vrai, « l'horrible manie de la certitude. »

Prémonition des guerres à venir

Contrairement à Victor Hugo pour qui le verrait l'avènement de la paix mondiale, Renan, devant le monolithisme culturel de la Prusse, prévoit que cette attitude ne pourra « mener qu'à des guerres d'extermination, analogues à celles que les diverses espèces de rongeurs ou de carnassiers se livrent pour la vie. Ce serait la fin de ce mélange fécond, composé d'élements nombreux et tous nécessaires, qui s'appelle l'humanité »Lettre du 15 septembre 1871 à Strauss, citée par Romain Rolland dans Au-dessus de la mêlée, page 36. Les deux guerres mondiales viendront confirmer ce douloureux pressentiment.

Œuvres

- De l'origine du langage (1848)
- L'âme bretonne (1854)
- Histoire générale et systèmes comparés des langues sémitiques (1855)
- Études d'histoire religieuse (1857)
- Essais de morale et de critique (1859)
- (1865)
- Histoires des origines du Christianisme - 7 volumes - (1863-1881)
- (1863)
- Les apôtres (1866)
- Saint Paul (1869)
- L’antéchrist (1873)
- Les évangiles et la seconde génération chrétienne (1877)
- L’église chrétienne (1879)
- Marc-Aurèle et la fin du monde antique (1882)
- Index (1883)
- La réforme intellectuelle et morale de la France (1871)
- Drames philosophiques
- Caliban (1878)
- L’eau de Jouvence (1881)
- Le prêtre de Némi (1885)
- L’abbesse de Jouarre (1886)
- Souvenirs d’enfance et de jeunesse (1883)
- Histoire du peuple d’Israël (1887-1893), 5 volumes
- L’avenir de la science, pensées de 1848 (1890) ;Politique
- Questions contemporaines (1868) ;Littérature
- Essais de morale et de critique (1859)
- Henriette Renan, souvenir pour ceux qui l’ont connue (1862)
- Mélanges d’histoire et de voyages (1878)
- Discours et conférences (1887)
- Feuilles détachées (1892)
- Patrice (1908)
- Fragments intimes et romanesques (1914)
- Voyages : Italie, Norvège (1928)
- Sur Corneille, Racine et Bossuet (1928) ;Philosophie
- Averroës et l’averroïsme (1852)
- De philosophia peripatetica, apud Syros (1852)
- Dialogues et fragments philosophiques (1876)
- Examen de conscience philosophique (1889) ;Histoire et religion
- Étude d’histoire religieuse (1857)
- Le livre de Job (1858)
- Le cantique des cantiques (1860)
- Histoire littéraire de la France au XIVe siècle (1865), avec la collaboration de Victor Le Clerc
- La réforme intellectuelle et morale de la France (1871)
- Conférences d’Angleterre (1880)
- L’ecclésiaste (1881)
- Nouvelles études d’histoire religieuse (1884)
- (1884), Editions Lume
- Études sur la politique religieuse du règne de Philippe le Bel (1899)
- Mélanges religieux et historiques (1904)
- Essai psychologique sur Jésus-Christ (1921) ;Linguistique et archéologie
- De l’origine du langage (1848-1858)
- Histoire générale des langues sémitiques (1855)
- Mission de Phénicie (1864-1874) ;Correspondance
- Lettres intimes (1896)
- Nouvelles lettres intimes (1923)
- Correspondace avec Berthelot (1898)
- Lettres du séminaire (1902)
- Emanuelle (1913)
- Lettres à son frère Alain (1926)
- Correspondance (1927)
- Cahiers de jeunesse (1906)
- Nouveaux cahiers de jeunesse (1907)
- Travaux de jeunesse (1931)
- Mission de Phénicie (1865-1874)
- La poésie des races celtiques.
- Qu’est-ce qu’une nation ? (Conférence prononcée le 11 mars 1882 à la Sorbonne)
- (1890)

Bibliographie

;Sur Renan et la Bretagne
- René d’Ys, Renan en Bretagne, 1904
- Léon Dubreuil, Rosmaphamon ou la vieillesse de Renan, 1946
- R.-M. Galland, L’Ame celtique de Renan, 1959
- Jean Balcou, Ernest Renan l’hérésiarque, dans « Histoire littéraire et culturelle de la Bretagne », Champion-Slatkine, Paris-Genève 1987
- Jean Balcou, Renan et la Bretagne, Champion 1992. ;Sur Renan philosophe
- Léon Brunschvicg, Sur la philosophie d'Ernest Renan dans Revue de Métaphysique et de morale, 1ère année, 1893, p. 87-97 ;Sur les idées politiques de Renan
- Edouard Richard, Ernest Renan penseur traditionaliste ? Presses Universitaires d'Aix-Marseille, 1996, 402 p.

Sources et références

-
- ;Références

Voir aussi

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Sujets connexes
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