Ruée vers l'or du Klondike

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Opération aurifère typique, ruisseau Bonanza. La ruée vers l'or du Klondike fut une ruée vers l'or frénétique qui s'accompagna d'une importante immigration le long de la rivière du Klondike, près de Dawson City, au Yukon (Canada ); de l'or avait été découvert dans la région à la fin du .
Ruée vers l'or du Klondike

Opération aurifère typique, ruisseau Bonanza. La ruée vers l'or du Klondike fut une ruée vers l'or frénétique qui s'accompagna d'une importante immigration le long de la rivière du Klondike, près de Dawson City, au Yukon (Canada ); de l'or avait été découvert dans la région à la fin du .

La découverte

En août 1896, sous la conduite de Skookum Jim Mason, un amérindien de la nation Tagish portant aussi le nom de Keish, trois personnes se dirigeaient vers le nord, en descendant le fleuve Yukon depuis la région de Carcross. Elles étaient à la recherche de Kate, soeur de Keish, et du mari de cette dernière, George Carmack. L'expédition était composée de Skookum Jim, de son cousin Dawson Charlie (ou Tagish Charlie) et du neveu de Jim, Patsy Henderson. Après avoir retrouvé George et Kate, qui pêchaient le saumon à l'embouchure du Klondike, ils rencontrèrent Robert Henderson, originaire de la Nouvelle-Écosse. Celui-ci cherchait de l'or dans l'Indian River, au sud du Klondike. Le Néo-écossais indiqua à George Carmack où il prospectait en précisant qu’il ne voulait y voir aucun « Siwashes », entendant par là aucun indien. Le 16 août 1896, l'expédition découvrit d'importants traces d'orpaillage contenant des dépôts aurifères dans le ruisseau Bonanza (anciennement Rabbit Creek). On ne sait pas exactement qui fut le véritable auteur de la découverte : certains avancent qu'il s'agirait de Kate Carmack, alors que d'autres prétendent que c'est Skookum Jim. On attribue officiellement la « découverte » à George Carmack, puisque la déclaration est à son nom. D'ailleurs, au sein du groupe, un consensus s'était dégagé pour que George Carmack soit responsable de la déclaration, les mineurs reconnaissant difficilement les découvertes faites par les Indiens, en raison du racisme de l'époque.

Le début de la ruée

Des mineurs attendent pour faire enregistrer leurs découvertes. La nouvelle se répandit rapidement dans les camps de mineurs le long de la vallée du fleuve Yukon. Rabbit Creek (la rivière du lapin) fut le premier endroit où l'on découvrit de l'or ; cette rivière fut après coup renommée Bonanza Creek à cause du nombre de personnes qui sont venus chercher de l'or dans cette rivière. Les ruisseaux de Bonanza, Eldorado, et Hunker furent pris d'assaut par des mineurs qui, jusque-là, prospectaient dans les ruisseaux et sur les bancs de sable de la rivière Fortymile et de la rivière Stewart. Robert Henderson, qui prospectait à quelques kilomètres de là dans les montagnes, n'apprit la nouvelle qu'après que furent revendiqués tous les ruisseaux riches en or. L'annonce de la découverte atteignit les États-Unis en juillet 1897, à San Francisco le 15 juillet, et à Seattle le 17 juillet, avec le retour des premiers prospecteurs ayant eu la main heureuse, déclenchant la ruée vers le Klondike. Le Post-Intelligencer de Seattle alla jusqu'à évoquer dans ses colonnes la présence d'« une tonne d'or ». En 1898, la population du Klondike ayant atteint jusqu'à 40 000 hommes, et on vint à craindre une famine. Routes d'accès au Klondike. La plupart des prospecteurs débarquaient d'abord à Skagway, en Alaska, ou dans la ville voisine de Dyea, à l'embouchure du canal Lynn. De là, ils empruntaient la piste Chilkoot, puis traversaient le col Chilkoot, ou bien gravissaient le Col White pour accéder au Territoire du Yukon et se diriger ensuite vers le lac Lindeman ou le lac Bennett, à la source du fleuve Yukon. À 40 - 60 km de l'endroit où ils avaient débarqué, les prospecteurs construisaient des bateaux ou des radeaux qui devaient les emmener à plus de 800 km, à Dawson City, près des gisements d'or. Pour obtenir le droit d’entrer au Canada, les stampeders (prospecteurs) devaient franchir les cols en transportant avec eux de quoi vivre pendant un an, ce qui représentait environ une tonne. La nourriture constituait à elle seule la moitié de leur charge. Au sommet de chaque col, un poste de la Police montée s'assurait du respect de la loi. On voulait ainsi éviter que se reproduisent les pénuries qui avaient frappé Dawson City les deux hivers précédents. Pour la majorité des prospecteurs, une fois arrivés à Dawson, toutes les concessions importantes de la région avaient déjà été réservées. Au cours de cette période délicate, tous les incidents majeurs furent maîtrisés par la Police Montée, alors sous l'autorité de Sam Steele.

Une vie difficile

col Chilkoot par les mineurs. Les pentes du col Chilkoot étaient escarpées et l'ascension dangereuse. L'altitude augmentait de 300 mètres sur une distance de 800 mètres. La pente était trop importante pour que des animaux puissent franchir le col; les mineurs devaient donc porter eux-mêmes leurs vivres et leur équipement jusqu'au sommet. Près de 1 500 marches furent creusées dans la glace pour faciliter l'ascension. Le col White, pourtant moins élevé que celui du Chilkoot, présentait des conditions encore pires. Surnommé la piste du cheval mort (en anglais : Dead Horse Trail), il avait d’ailleurs eu raison de quelque 3 000 chevaux, morts le long de la route. . Certains empruntaient la piste de la rivière Copper ou celle de Teslin, le long de la rivière Stikine et du lac Teslin. D’autres passaient par les pistes entièrement canadiennes d’Edmonton et d’Ashcroft (appelée aussi Cariboo Wagon Road). Quelques-uns suivaient plutôt le chemin longeant le fleuve Mackenzie, au nord d’Edmonton, pour ensuite traverser les monts Mackenzie, à partir des Territoires du Nord-Ouest. Enfin, l’autre route principale était maritime et s’effectuait par bateau à vapeur. Ce dernier remontait les côtes de la Colombie-Britannique jusqu’au fleuve Yukon – un trajet d’environ 2 600 km. En 1897, de nombreux prospecteurs qui avaient emprunté cette route trop tard dans la saison furent pris au piège par les glaces près de Fort Yukon, en Alaska, et durent être secourus. Cette route permit cependant la découverte de nouveaux gisements à Nome et à St. Michael, près de l'estuaire du fleuve Yukon, et à Fairbanks. Environ 100 000 personnes participèrent à la ruée vers l'or, dont 30 000 dans la seule ville de Dawson City en 1898. En 1901, cependant, le premier recensement révéla que la population avait chuté à 9 000 habitants. Agents de la Police montée royale du Nord-Ouest, Yukon, 1900. Durant cette période, la Police montée du Nord-Ouest, sous les ordres de Charles Constantine et de son célèbre successeur, Sam Steele, dirigea d’une main ferme les activités des prospecteurs. Pour assurer la sécurité de la population et le respect des lois et de la souveraineté canadienne, elle restreignit l’entrée des armes sur le territoire et exigea de ceux qui passaient les cols de White et Chilkoot qu’ils eussent tout ce qu’il fallait pour survivre. Par conséquent, cette ruée vers l’or a été décrite comme la plus pacifique et la mieux organisée de toutes les ruées similaires ayant eu lieu. L'efficacité des Mounties (agents de la gendarmerie), à cette époque, rendit cette force de police célèbre de par le monde et en assura la survie alors même que le Parlement canadien débattait de la possibilité d'en suspendre les opérations. La première femme de la Police montée du Nord-Ouest (embauchée spécialement pour prendre en charge les prisonnières) fut Katherine Ryan, connue sous le surnom de Klondike Kate. En plus d'avoir revendiqué trois claims dans la région du Klondike, elle était aussi inspectrice des mines, entrepreneure et militante politique : des activités plutôt inhabituelles pour une femme à l'époque. Sa devise était : « I wasn't built for going backwards. When I once step forward, I must go ahead » (Je n'ai pas été créée pour reculer. Quand je fais un pas en avant, je dois aller de l'avant). Kathleen Eloise Rockwell, une danseuse reconvertie dans le divertissement des mineurs à Dawson City, fut une autre légende féminine du Yukon à revendiquer le titre de « Klondike Kate ». On ignore laquelle des deux était réellement la Kate. Un camp de mineurs à l'embouchure de la rivière Yukon En 1898, un appel fut lancé aux femmes pour qu'elles rejoignent le contingent des Infirmières de l'Ordre de Victoria du Klondike. Les candidates devaient être célibataires, avoir au moins vingt-huit ans, et être issues d'une école d'infirmières reconnue. Elles furent prévenues qu'elles devraient s'habiller sobrement et éviter de friser ou boucler leurs cheveux. Quatre d'entre elles furent sélectionnées, trois Canadiennes et une immigrante récente venue d'Angleterre. Elles arrivèrent à Dawson un mois après les Sœurs de Sainte-Anne et trouvèrent immédiatement de quoi s'occuper. En effet, une épidémie de fièvre typhoïde faisait rage à l'époque au Klondike. Pendant quelques années, Skagway en Alaska (le principal « port du Yukon ») et Dawson City étaient sur le parcours du « Grand Tour », un voyage autour du monde qu’entreprenaient les riches accompagnés de ceux qui les divertissaient. Des musiciens et autres artistes comme la réputée Anna Pavlova firent le long voyage pour visiter ces villes aux rues virtuellement « pavées d’or ». En effet, on trouva dans les carrières qui servirent à asphalter le centre-ville de Dawson City un pourcentage en or supérieur à celui des concessions exploitées. En peu de temps, la ville subit d’importantes transformations. Partie de rien avant la ruée, elle devint une ville moderne avec l’électricité, le téléphone et le cinéma. Les tavernes, les salles de danse et les maisons de jeux y étaient aussi largement ouvertes, sauf le dimanche. On y tolérait même la prostitution. Avec ses 30 000 âmes, elle fut pour un moment la plus grande communauté au nord de Seattle et à l’ouest de Winnipeg. Les gisements du Klondike continuent d'être exploités aujourd'hui, bien que la plupart des dépôts d'origine fussent extraits au début du lorsque les méthodes d'extraction industrielles, notamment des dragues à vapeur, remplacèrent les prospecteurs individuels.

Héritage culturel

Parmi les nombreuses personnes ayant pris part à la ruée vers l'or, on trouve l'écrivain Jack London, dont les romans Croc-Blanc, L'Appel de la forêt et Construire un feu (qui fait partie d'une collection de nouvelles intitulée La face perdue) furent fortement influencées par ses expériences dans le Grand Nord et par l'aventurier « Swiftwater » Bill Gates. La première partie du roman de Jack London Radieuse Aurore (1910) se déroule pendant la ruée vers l'or du Klondike. Robert W. Service – dont la maison existe toujours à Dawson City – est une autre sommité littéraire associée à la ruée. Le poète rimeur a décrit dans des poèmes comme « The Shooting of Dan McGrew », entre autres, la noblesse féroce du Nord, l’éthique de survie et la fièvre de l’or qui caractérisaient les hommes et les femmes de ce nord glacial et plein d'or. La phrase la plus célèbre de Service est celle qui ouvre « The Cremation of Sam McGee » : « There are strange things done in the midnight sun by the men who moil for gold... » (D'étranges choses sont accomplies, sous le soleil de minuit, par des hommes qui creusent pour de l'or...) . Un des plus minutieux récits historiques populaires sur la ruée vers l’or du Klondike s'intitule simplement Klondike et est l'œuvre de l'auteur canadien Pierre Berton, qui grandit au Yukon. Berton décrit avec précision toutes les mésaventures endurées par les prospecteurs lors du voyage terrible et harassant qui les amenait à Dawson City, ainsi que la vie à l'intérieur de la ville jusqu'en 1904. Un des derniers romans de Jules Verne, Le Volcan d'or, traite des terribles épreuves et des privations que devaient endurer les chercheurs d'or du Klondike. Le roman fut écrit en 1899, mais il fallut attendre près de 90 ans pour qu'il soit finalement publié en 1989. Le film muet de Charlie Chaplin, La Ruée vers l'or (1925), a lieu au Klondike, tout comme l'épopée silencieuse La Piste 98 (1928) et le film de Mae West Annie du Klondike (1936). La vie de Dawson City fut également le sujet du documentaire de l'Office national du film du Canada, City of Gold, qui reçut la palme d'or du festival de Cannes. Dans son roman Alaska (chapitre VIII), James A. Michener dépeint la dure réalité de la ruée vers l’or par l’entremise de personnages fictifs. Dans l'univers des canards de Disney, le héros de bande dessinée Balthazar Picsou commence à faire fortune à partir de cette ruée vers l'or. Le dessinateur-scénariste Carl Barks raconte l'épisode dans Retour au Klondike en 1953. Dans les années 1990 et 2000, le parcours des mineurs vers Dawson City et leur vie pendant la ruée sont adaptés par Don Rosa dans l'Empereur du Klondike, la Prisonnière de la vallée de l'Agonie Blanche et les Deux Cœurs du Yukon (avec apparition de Sam Steele). Le devenir touristique de la région est dessiné par le même auteur dans Dernier raid pour Dawson où Goldie O'Gilt, l'ancienne tenancière d'un saloon, ouvre un hôtel et achète un ballon captif dans une période correspondant aux années 1950-1960.

La ruée aujourd'hui

La ruée vers l'or reste aujourd'hui un évènement important dans l'histoire de la ville d'Edmonton en Alberta, qui, jusqu'en 2005, célébrait Klondike Days, une foire estivale ayant lieu chaque année sur le thème de la ruée vers l'or du Klondike. Pendant la ruée, Edmonton servait de point de départ vers le Klondike en raison des campagnes de publicité réalisées par les marchands de la ville qui voulaient profiter de l'ignorance des prospecteurs. Seuls quelques-uns parvinrent à rejoindre le Klondike à partir d'Edmonton en raison de l'immense distance qui les séparait et des conditions de voyage dans cette zone subarctique. Cette tentative plutôt frauduleuse de faire croire à la proximité d'Edmonton avec le Klondike fut la source de nombreuses moqueries dans les années qui suivirent. La stratégie avait eu pour but, dans les années 1960, d'imiter le succès naissant du Calgary Stampede en récupérant un événement historique lié à la ville. La foire fut finalement renommée Capital EX en 2006.

Bibliographie

- Pierre Berton - Klondike: The Last Great Gold Rush, 1896-1899 ISBN 0-385-65844-3 et éditions suivantes
- James A. Michener - Journey ISBN 0-394-57826-0

Références

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