Histoire des deux Indes

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L’Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, plus communément connue sous le nom d’Histoire des deux Indes, est un ouvrage publié sans nom d’auteur à Amsterdam en 1770 et attribué à l’abbé Raynal. L’Histoire des deux Indes répondait aux besoins de connaissances du public des Lumières soulevait les questions qui préoccupaient le , à la veille de la Révolutio
Histoire des deux Indes

L’Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, plus communément connue sous le nom d’Histoire des deux Indes, est un ouvrage publié sans nom d’auteur à Amsterdam en 1770 et attribué à l’abbé Raynal. L’Histoire des deux Indes répondait aux besoins de connaissances du public des Lumières soulevait les questions qui préoccupaient le , à la veille de la Révolution et les agitait avec une violence quelquefois éloquente. L’idée de l’abbé Raynal était de faire l’histoire des entreprises européennes dans l’Inde orientale et dans le Nouveau Monde, en montrant l’influence des grandes découvertes géographiques sur la civilisation. Après avoir parlé des Portugais et de leurs colonies en Orient, l’auteur faisait l’histoire des établissements fondés par les Anglais et les Français, puis par les Espagnols et les Hollandais, dans la même contrée. Il passait ensuite aux conquêtes des Européens dans l’Amérique en faisant ressortir les atrocités de la traite des esclaves sur les côtes de Guinée et en présentant le tableau des colonies anglaises et françaises d’Amérique du nord. À ce tableau, Raynal faisait succéder une série d’essais sur la religion, la politique, la guerre, le commerce, la philosophie morale, les belles-lettres, etc. L’Histoire des deux Indes a été rédigée sans méthode et sans règle, l’abbé Raynal ayant joint à son propre récit des articles fournis par ses amis et même des morceaux empruntés à des écrits déjà imprimés, sans se mettre en peine de fondre ensemble ni même de souder ces matériaux divers. Selon Grimm, les meilleurs passages sont textuellement de Diderot, qui aurait écrit un tiers de l’ouvrage. C’est à lui que sont dues les pages admirables que compte l’Histoire des deux Indes. Le dix-neuvième livre, qui résume les doctrines et en tire les conclusions, est de Deleyre. Pour ce qui regarde le commerce, Raynal inséra des mémoires du fermier général Paulze, des comtes d’Aranda et de Souza ; pour les idées philosophiques, il eut recours à d’Holbach, à Naigeon, à Pechméja et surtout Diderot dont près d’un tiers de l’ouvrage lui appartient. Il y eut encore l’abbé Martin, le médecin Dubreuil, Valadier, Saint-Lambert, Lagrange, Naigeon. Raynal a également puisé dans divers ouvrages tels, entre autres, que les Recherches Philosophiques sur les Américains de de Pauw, l’Homme moral, ou, L’homme considéré tant dans l’état de pure nature, que dans la société de Levesque, le Sens commun de Paine ou l’Histoire générale des Voyages de Faria. Fier de son ouvrage, Raynal avait tendance à oublier qu’il n’en était que fort partiellement l’auteur. Il se fit ainsi mettre à la porte par le D Sanchez, Portugais vivant à Paris, qui était l’auteur du passage sur le Portugal et sur les possessions de ce pays dans les Indes orientales et occidentales, pour lui avoir répondu : « Vous m’avez fourni des matériaux » lorsque Sanchez lui rappela sa paternité. » Un jour, Bailly, rendant visite à Diderot, lui demanda : « Que faites-vous là ? —Je fais du Raynal » lui répondit Raynal. Pechméja trouva Chamfort qui lisait l’Histoire des deux Indes. « Comment trouvez-vous cela ? » lui demande Pechméja. « Je viens de lire un morceau excellent, mais qui se termine par une phrase pitoyable » — « Faites-moi donc voir ; vous avez raison. Je pensais bien que Raynal ferait des sottises ; il a ajouté cette phrase, le reste est de moi. » Lorsque l’abbé Raynal quitta Paris, Chamfort dit : « Il est fatigué de vivre avec son auteur. » L’Histoire des deux Indes eut un immense succès. En France, elle compta trente éditions différentes entre 1770 et 1787 et plus de cinquante contrefaçons à l’étranger. On en donna des abrégés : on publia un Esprit de Raynal et un Raynal de la jeunesse. Napoléon Bonaparte va se proclamer le « zélé disciple de Raynal » et emporter l’Histoire des deux Indes avec lui dans sa mission en Égypte. Horace Walpole a écrit à Marie Du Deffand : « il attaque tous les gouvernements et toutes les religions ! » Turgot a sévèrement jugé l’ouvrage dans une lettre adressée à Morellet : « Il est tantôt rigoriste comme Richardson, tantôt immoral comme Helvétius, tantôt enthousiaste des vertus douces et tendres, tantôt de la débauche, tantôt du courage féroce; traitant l’esclavage d’abominable et voulant des esclaves ; déraisonnant en physique, déraisonnant en métaphysique et souvent en politique. Il ne résulte rien de son livre, sinon que l’auteur est un homme de beaucoup d’esprit, très instruit, mais qui n’a aucune idée arrêtée, et qui se laisse emporter par l’enthousiasme d’un jeune rhéteur. Il semble avoir pris à tâche de soutenir tous les paradoxes qui se sont présentés à lui dans ses lectures et dans ses rêves. » L’Histoire des deux Indes est cependant considérée à l’heure actuelle comme l’encyclopédie du monde colonial et la bible de l’anticolonialisme à l’âge des Lumières. On la cite parmi les ouvrages qu’a pu lire Toussaint Louverture. En 1780, Raynal donna une troisième édition de son Histoire philosophique des deux Indes se distinguait par des traits plus hardis et des tirades plus violentes que les deux précédentes éditions et où il y mit son nom avec son portrait au bas cette inscription : « Au défenseur de l’humanité, de la vérité, de la liberté ! Louis XVI déféra l’ouvrage au Parlement qui le censura, ainsi que l’Église. Par suite de l’arrêt prononcé, il fut brûlé en place publique par la main du bourreau le 29 mai 1781. Décrété de prise de corps, l’auteur se vit forcé de quitter la France pour la Prusse où il passa plus grande partie de son exil. Il obtint la permission de rentrer en France, en 1787, à la condition qu’il ne viendrait pas à Paris. L’Histoire des deux Indes a également suscité la Lettre apologétique de l’abbé Raynal à Monsieur Grimm (1781) de Diderot. Dans cette lettre qu’il n’a jamais envoyée, ce dernier accuse violemment Grimm, qui avait critiqué Raynal pour avoir dévoilé son identité dans sa troisième édition de l’Histoire des deux Indes et lui avait fait ce dilemme chez Madame de Vermenoux : « Ou vous croyez que ceux que vous attaquez ne pourront se venger de vous, et c’est une lâcheté de les attaquer ; ou vous croyez qu’ils pourront et voudront se venger ; et c’est une folie que de s’exposer à leur s’exposer. » Et Diderot, dont la part de paternité dans l’ouvrage n’était sans doute pas étrangère à son indignation, de défendre certains passages de l’Histoire des deux Indes probablement dus à sa plume tels que l’oraison funèbre d’Eliza Draper. Portrait de Guillaume-Thomas Raynal ornant la troisième édition de l’Histoire des deux Indes

Bibliographie

Édition moderne

- Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, 5 vol., Paris, Bibliothèque des introuvables, 2006 ISBN 9782845751941

Éditions anciennes en ligne

- , 1770, 6 vol., in-8°]
-

Références

- Hans Wolpe, Raynal et sa machine de guerre ; l'Histoire des deux Indes et ses perfectionnements, Stanford, Stanford University Press, 1957
- Michèle Duchet, Diderot et l'Histoire des deux Indes : ou, L'écriture fragmentaire, Paris, A.-G. Nizet, 1978
- Hans-Jürgen Lüsebrink, Anthony Strugnell, L'Histoire des deux Indes : réécriture et polygraphie, Oxford, Voltaire Foundation, 1995
- Gabriel Esquer, L'anticolonialisme au : Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, Paris, Presses universitaires de France, 1951

Sources

- Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des littératures, Paris, Hachette, 1876, p. 496
- Revue historique, mai-août, t. 77, Paris, Alcan, 1898, p. 329 Catégorie:Encyclopédie Catégorie:Lumières Catégorie:XVIIIe siècle Catégorie:Œuvre de Diderot
Sujets connexes
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