Pierre Janet

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Pierre Janet (30 mai 1859 à Paris - 27 février 1947) est un médecin et psychologue français. C'est une figure majeure de la psychologie clinique française du .
Pierre Janet

Pierre Janet (30 mai 1859 à Paris - 27 février 1947) est un médecin et psychologue français. C'est une figure majeure de la psychologie clinique française du .

Biographie

Passionné de psychologie dès son enfance, Pierre Janet (Paris : 1859 – 1947) suit les conseils de son maître Théodule Ribot de se former simultanément en philosophie (seul cursus de psychologie à l’époque) et en médecine (la neurologie abordant aussi des questions psychologiques). Normalien, il est agrégé de philosophie en 1882, docteur en philosophie en 1889 (L’automatisme psychologique) et docteur en médecine en 1893 (Contribution à l’étude des accidents mentaux chez les hystériques). En 1889, le neurologue J.M. Charcot lui confie la direction du laboratoire de psychologie de la Salpêtrière, qu’il gardera jusqu’à sa dissolution par Jules Dejerine en 1910. Il fonde le Journal de Psychologie Normale et Pathologique (1904) et la Société de Psychologie (1901), qui deviendra en 1941 et jusqu’à nos jours la Société Française de Psychologie. Après quelques années d’enseignement de la philosophie en Lycée et à la Sorbonne, il remplace Ribot puis lui succède au Collège de France, où il occupe la chaire de Psychologie Expérimentale et Comparée de 1902 à 1934. Il se marie en 1894 avec Marguerite Duchesne, dont il aura trois enfants, Hélène, Fanny et Michel. Pierre Janet est reçu à l’Institut de France en 1923 (Académie des Sciences Morales et Politiques) au fauteuil du philosophe Alfred Fouillée. En 1929 il préside la Société Médico-Psychologique – toujours active de nos jours –, où il avait été admis dès 1894. Sa méthode d’investigation psychologique s’appuie sur l’expérimentation avec des sujets qui le consultent dans le cadre psychiatrique. C’est pourquoi en sus de ses recherches psychologiques, il publiera aussi d’abondants travaux de psychopathologie : paradoxalement, c’est cette partie psychiatrique de son œuvre qui est actuellement la plus utilisée, tandis que sa psychologie reste encore sous exploitée. Ami et interlocuteur des principaux aliénistes, psychologues et philosophes de son temps (par exemple William James et Henri Bergson), la plupart des grands psychologues et psychiatres de la génération suivante se référeront à ses résultats, comme Henri Baruk, Léon Chertok, Jean Delay, Henri Ey, Ignace Meyerson, Eugène Minkowski, Jean Piaget, Henri Piéron, et Henri Wallon. Pierre Janet a publié près de 120 articles de recherche dans des revues à comité de lecture françaises et internationales, et en marge de ses travaux de recherche environ 30 livres presque tous réédités récemment. Il est enterré près de la maison de ses parents à Bourg-la-Reine (Hauts de Seine), où depuis 2004 sa tombe est fleurie et entretenue par les bons soins de la municipalité en partenariat avec l’Institut Pierre Janet.

Psychologie

La « psychologie des conduites » de Pierre Janet est une synthèse expérimentale des champs correspondant de nos jours à la psychologie cognitive (perception, motricité, raisonnement, attention), la psychologie sociale (représentations) et la psychologie dynamique dont il est le fondateur, cette dernière spécialisation ayant disparu de la recherche universitaire comme domaine autonome (effet des variations de force et de fatigue sur la personnalité). Il est possible de distinguer trois de ses apports à la psychologie expérimentale.

Une caractérisation de l'émotion

Janet s'emploie tout au long de sa carrière à définir les types et les propriétés des émotions, dans le cadre d'une modélisation des rapports entre l’émotion et l’action (notons que l'émotion est ce qu’il appelle « sentiments », tandis que ses « émotions » sont ce qu’on appelle aujourd’hui les chocs émotionnels). Actions secondaires de régulation de l’acte principal (diminutions ou amplifications), les émotions donnent les degrés du « sentiment du réel » et ajustent l’acte à la pertinence du contexte. La quantité et le contenu des émotions dépendent principalement de la force ou fatigue du sujet, donc de sa capacité à entreprendre, perfectionner et achever ses actions : des actions efficaces produisent des émotions correspondant bien à la situation, par exemple être triste à un enterrement, gai à une fête, générant dans les deux cas l’impression de vivre pleinement l’instant présent (« présentification »). Des actions entravées produisent des émotions décalées, par exemple être sombre tout le temps, être gai dans des situations graves (cas rares mais spectaculaires), ou ne plus ressentir d’émotions du tout : « Ils ont bien du bonheur, d’être malheureux, mes voisins ! » déplore une patiente si affaiblie qu’après avoir déjà perdu tous les sentiments de joie, elle ne parvient même plus à ressentir ceux de tristesse.

Une modélisation du rapport entre la pensée et l’action

La psychologie dynamique rend compte des effets cognitifs, car c’est la force disponible pour les actions qui détermine la quantité et la qualité des pensées et des paroles, et non pas les pensées qui orientent les actes :
-Quantitativement, la pensée se développe dans la proportion que l’« action des membres » est entravée. L’action efficace s’entoure de peu de pensées, l’action retardée ou gênée charrie d’autant plus de résidus cognitifs (idées envahissantes, raisonnements interminables, justifications a posteriori).
-Qualitativement, les contenus de pensée dépendent étroitement de la force du sujet à mener à bien ses actions. Des actions entravées développent la noirceur des idées, la surévaluation du rôle de la volonté (« en fait, je n’en veux pas vraiment, de cette nouvelle voiture »), et déconnectent le discours des actions, qui devient plus ou moins un « langage inconsistant » : les paroles de projets ou d’engagements ne sont pas réalisées, le langage, en général, porte sur des actions impossibles (« si j’étais riche… ») ou sur tout thème vide de possibilité d’agir (actualité, météo, passé et futur lointain). Le langage inconsistant de Pierre Janet est proche de la « dissonance cognitive » (Festinger, 1957) de la psychologie cognitive actuelle, en y ajoutant l’interaction entre le cognitif et le dynamique.

L'intégration des niveaux cognitif et dynamique

Pierre Janet s'attache à montrer expérimentalement l’effet de la force et de la fatigue (niveau dynamique) sur la « synthèse » (niveau cognitif). La synthèse est le processus cognitif de maintenir simultanément à l’esprit plusieurs perceptions et idées. Elle détermine l’étendue du « champ de conscience », ensemble des phénomènes psychologiques temporairement groupés. La synthèse est augmentée par la force (qui s’observe au nombre et à la qualité des actions, ainsi qu’aux rapports actions/idées/émotions), et est réduite par une faiblesse temporaire (oscillation circadienne, traumatisme, maladie) ou stable (enfants, adultes en mal-être chronique). Un champ de conscience étroit sera saturé par une seule perception ou idée (ou un très petit nombre), toute la conduite l’exprimant alors sans retenue. Les formes courantes de cet effet sont :
-l’idéo-motricité : toute idée/action simple à peine évoquée se traduit en mouvements et se réalise. Les jeunes enfants miment irrésistiblement les gestes évoqués dans une chanson, un adulte fatigué allume une cigarette ou ferme sa porte à clef machinalement (« automatisme » de Janet).
-la distraction : les phénomènes non intégrés par synthèse sont négligés (ils peuvent toutefois subsister en mémoire). Un enfant jouant au soleil « oublie » qu’il a soif, mais vide la bouteille en apnée quand son parent la propose. Un adulte fatigué croise un ami sans le reconnaître, traverse la rue sans regarder. Le défaut de synthèse altère les capacités d’attention/concentration, de persévérance, et de jugement (formation de rapports entre plusieurs idées).
-l’émotivité : toute idée de peine provoque immédiatement une violente crise de pleurs, l’idée de joie rend complètement hilare, une peur est tout de suite une panique. Ces émotions sont coupées du contexte (lequel n’est pas présent à l’esprit) et l’intensité de leur expression traduit paradoxalement leur caractère superficiel : qu’une autre idée soit présentée à l’esprit, elle chasse la précédente (les deux ne pouvant subsister ensemble) et toute la conduite est modifiée dans l’instant. Un champ de conscience large maintiendra assemblées à l’esprit plusieurs perceptions et idées différentes : la conduite reflétera alors une délibération entre ces possibilités variées. L’idée/action retenue sera modérée dans son expression par la pondération des autres idées non exprimées mais présentes à l’esprit. La conduite est plus stable et s’ajuste aux éléments complexes de chaque situation. Les formes courantes de cet effet sont :
-la volonté et la croyance : elle sont toutes deux le résultat de la délibération intérieure entre plusieurs idées/actions maintenues à l’esprit simultanément. La délibération qui aboutit à un acte parmi plusieurs possibles est la volonté, celle qui aboutit à une idée parmi plusieurs possibles est la croyance.
-le jugement : il est le résultat du regroupement à l’esprit de plusieurs idées indépendantes pour en produire une nouvelle par synthèse. Ses formes simples débutent dès les actes perceptifs : pour saluer un ami, il faut non seulement avoir l’idée de son existence, mais aussi mobiliser nos connaissances à son sujet, celles de toute notre relation passée, et attendre qu’il soit en face de nous.
-l’observation des règles : les règles morales et logiques constituent de considérables complications des conduites simples. Ne peuvent y accéder que les sujets ayant plus de force qu’il n’en faut pour réaliser les actions courantes. C’est ce surplus de force qui permet de compliquer l’acte en y intégrant par exemple la règle du tiers exclu, la bonne chronologie, la pudeur ou la politesse.

Ouvrages réédités

-Contribution à l'étude de l’état mental des hystériques. L’Harmattan, 2004.
-Les Obsessions et la Psychasténie. 3 Vol., L’Harmattan, 2005.
-L'automatisme psychologique. L’Harmattan, 2005.
-L'amour et la haine. L’Harmattan, 2005.
-La médecine psychologique. L’Harmattan, 2005. ISBN 2747581810. Texte en ligne : . Cet ouvrage éclaire notamment les résultats expérimentaux de Janet sur l'hypnose et la suggestion.
-L’évolution psychologique de la personnalité. L’Harmattan, 2005. ISBN 2747577848
-L’évolution de la mémoire et de la notion du temps. L’Harmattan, 2006.
-Névroses et idées fixes. 2 Vol., L’Harmattan, 2007.
-Les médications psychologiques. 3 Vol., L’Harmattan, 2007.
-La pensée intérieure et ses troubles. L’Harmattan, 2007.

Oeuvres choisies

-Conférences à la Salpêtrière. L’Harmattan, 2003.
-La psychanalyse de Freud. L’Harmattan, 2004. ISBN 2747575322
-Leçons au Collège de France. L’Harmattan, 2004.
-Premiers écrits psychologiques. L’Harmattan, 2005.
-L’amnésie psychologique. Le cas Emma Dutemple. L’Harmattan, 2006.
-Philosophie et psychologie. L’Harmattan, 2006.

Sur Janet (sélection)

- Autobiography of Pierre Janet, In Murchison C. (éd.) "A history of Psychology in autobiography", 1930, vol.1, pp. 123-133
- Autobiographie psychologique. Les études philosophiques. Nouvelle série, no 2, avril-juin 1946, pp. 81-87.
-Henri Baruk (1989). Signification de l’œuvre de Pierre Janet. Annales Médico-Psychologiques 147(9):940-941.
- François-Louis Bertrand (1947). Un grand psychologue, Pierre Janet. L'Éducation Nationale 19, p. 1-2, 12 juin 1947.
-Léon Chertok (1960). À propos de la découverte de la méthode cathartique, Bull. de Psych. (Hommage à P. Janet) 184(XIV):33-37.
-Louis Crocq, Jean De Verbizier (1989). Le traumatisme psychologique dans l'œuvre de Janet. Ann. Médico-Psychol. 147(9):983-987.
-Jean Delay (1960). Pierre Janet et la tension psychologique. Psychologie Française 5:93-100.
-Henri F. Ellenberger (1970) P. Janet et l’analyse psychologique. In Histoire de la découverte de l'inconscient, ré-éd. Fayard 1994.
-Henri Ey (1968) Pierre Janet: the man and the work. In Wolman, Hist. Roots of Contemp. Psychology. Harper and Row Ed.
-Laurent Fedi (2007). Automatisme et volonté dans la thèse de Pierre Janet. Psychiatrie, Sc. Hum., Neurosc., Vol.5(1):36-47.
-Gerhard Heim (2006). Janet’s concepts in current Cognitive Behavioral Therapy. Janetian Studies No Spécial 01:9-14. Texte en ligne : .
-Stéphane Laurens, Topshiaki Kozakaï (2003) P. Janet et la mémoire sociale. Connexions 80:59-75.
-Hironobu Matsuura (2006). Pierre Janet et Bergson. Janetian Studies No Spécial 01:15-18.
-Elton Mayo (1948). Some Notes on the Psychology of Pierre Janet. Cambridge, Harvard University Press, (132 P.) - Publié en Angleterre sous le titre: The Psychology of Pierre Janet. London, Routledge & Kegan Paul, 1952 (132 p.)
-Ignace Meyerson (1947). P. Janet et la théorie des tendances. Journ. de Psych. Norm. et Path. 40:5-19.
-Jean Milhaud (1947). Pierre Janet penseur et chef d'école. Hommes et techniques, mars.
-Eugène Minkowski (1960). À propos des dernières publications de Pierre Janet, Bull. de Psych. (Hommage à P. Janet) 184(XIV):121-127.
-Andrew Moskowitz (2006). Janet's influence on Bleuler's concept of Schizophrenia. Janetian Studies No Spécial 01:24-39.
-Dominique Parodi (1948). Janet (Pierre). Association amicale des Anciens Élèves de l'École Normale Supérieure, p. 27-30.
-Jean Piaget (1960). L'aspect génétique de l'œuvre de P. Janet. Psych. Française 5(1):111-117.
-Georges Pichat (1947). Allocution prononcée à l'occasion du décès de M. Pierre Janet. Académie des sciences morales et politiques.
-Henri Piéron (1960). Conscience et conduite chez P. Janet, Bull. de Psych. (Hommage à P. Janet) 184(XIV):149-153.
- Claude-M Prévost (1973). La psycho-philosophie de Pierre Janet. Économies mentales et progrès humain, Payot, ISBN 2228113700
- Claude-M Prévost (1973). Janet, Freud et la psychologie clinique, Payot.
-Isabelle Saillot (2006). Dissonance cognitive et langage inconsistant de P. Janet : rapprochement. Janetian Studies, vol. 3. Texte en ligne : .
-Isabelle Saillot (2007). La hiérarchie de Pierre Janet de la synthèse aux tendances, critiques et actualité en psychologie cognitive et sociale. Janetian Studies, No Spécial 02:102-121.
- Taylor, W. S. (1947). Pierre Janet: 1859-1947. American Journal of Psychology Vol. 60, No. 4, pp. 637-645
-Onno van der Hart, O. (2006). The influence of Pierre Janet’s Views in the Field of Psychotraumatology. Janetian Studies, No Spécial 01:54-63. Texte en ligne : .
-Rene Van der Veer (2006). Janet's constructive theory of the social mind. Janetian Studies, vol. 3 (en ligne).
-Henri Wallon (1960). Pierre Janet, psychologue réaliste, Bull. de Psych. (Hommage à P. Janet) 184(XIV):154-156. ==
Sujets connexes
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