Opération Torch

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L'Opération Torch a désigné le débarquement allié du 8 novembre 1942 en Afrique du Nord (Maroc français et Algérie). Ce débarquement va marquer le tournant de la guerre sur le front occidental, conjointement avec les victoires britannique d'El Alamein et soviétique de Stalingrad. Le succès ne va en être acquis que grâce à l'efficacité de la résistance française qui va réussir, en neutralisant Alger par surprise, à y permettre le succès de l'opération, alors
Opération Torch

L'Opération Torch a désigné le débarquement allié du 8 novembre 1942 en Afrique du Nord (Maroc français et Algérie). Ce débarquement va marquer le tournant de la guerre sur le front occidental, conjointement avec les victoires britannique d'El Alamein et soviétique de Stalingrad. Le succès ne va en être acquis que grâce à l'efficacité de la résistance française qui va réussir, en neutralisant Alger par surprise, à y permettre le succès de l'opération, alors qu'à Oran et au Maroc, les généraux de Vichy vont accueillir les Alliés à coups de canon, tout en livrant la Tunisie sans aucune résistance, aux Allemands.

Conception de l'opération

L'Opération Torch prend naissance au cours du printemps 1942, au plus fort de la domination allemande. Les îles britanniques ont certes évité l’invasion allemande grâce à l'énergie de Churchill et à la vaillance des pilotes britanniques et de tous les aviateurs venus d’Europe occupée qui ont repoussé héroïquement, au cours de ce qui sera appelé la Bataille d'Angleterre, les assauts répétés et incessants des forces aériennes allemandes d'Hermann Goering. Mais Hitler, avec ses forces de l’est, n'en est pas moins aux portes de Stalingrad : aussi l'Union Soviétique se trouve-t-elle dans une position plus que délicate et au bord de la rupture. Donc, si les Alliés veulent conserver une chance de gagner cette guerre, il leur est impératif et urgentissime d’ouvrir un second front afin de soulager la Russie. Le choix de l’Afrique du Nord n’allait pas de soi : le président Roosevelt et le général George Marshall avaient d'abord donné leur préférence à un débarquement sur les côtes de la Manche (Eisenhower avait d’ailleurs déjà obtenu la responsabilité du commandement pour une attaque côté ouest). Mais de son côté, Churchill n’avait pas oublié les intérêts britanniques en Afrique, où le canal de Suez restait à la portée de l'ennemi. Et surtout, il estimait que débarquer sur le continent européen aurait représenté de gros risques, à la fois compte tenu de la qualité des défenses allemandes, et parce qu'il jugeait les effectifs alliés disponibles au Royaume-Uni encore insuffisants pour réussir une opération de grande ampleur : il lui paraissait donc préférable de s’orienter vers une offensive moins directe, en Afrique. Si les Alliés réussissaient à y repousser les troupes de l'Afrikakorps de Rommel, l’Afrique du Nord permettrait ensuite de disposer d’une plate-forme pour un projet plus ambitieux qui concernerait l’Europe méridionale. Les pourparlers durèrent quatre jours et aboutirent à un accord désignant l’Afrique du Nord comme objectif immédiat des Alliés. Le général Marshall confia à Eisenhower ce nouveau commandement et le projet fut baptisé « Opération Torch » (Flambeau).

Planification de l'intervention

La préparation politique

Le 5 Septembre 1941, les négociateurs alliés s'accordent pour désigner Casablanca, Oran et Alger, comme cibles principales du débarquement allié en Afrique du Nord.

Négociations avec les autorités vichystes

Mais l'opération avait aussi été préparée de longue date sur place. Une question très importante était, en effet, celle de l'attitude des autorités militaires de Vichy en Afrique du Nord vis-à-vis d'une éventuelle intervention américaine.
Négociations avec le gouvernement de Vichy
Le Président Roosevelt, influencé par certains Français des États-Unis, tels que l'ancien diplomate Alexis Léger et l'avocat René de Chambrun, gendre de Pierre Laval, avait pris de Gaulle pour un dangereux dictateur, tandis que sur les informations de son ambassadeur, l'amiral Leahy, ami du Maréchal, il imaginait les dirigeants de Vichy comme susceptibles de reprendre la guerre contre l'Allemagne à la première occasion. Ainsi prévenu en faveur du Maréchal, le président américain ne voulait pas même tenir compte des réalités:
- C'était bien Pétain, et non Laval, qui avait lui-même, dès le 30 octobre 1940, proclamé ouvertement à la radio la « Collaboration » et laissé s'accomplir l'annexion de fait de l'Alsace-Lorraine sans protester publiquement?
- C'était aussi Pétain qui avait, ensuite, appliqué cette collaboration en chaque occasion, avec l'aide de Pierre Laval ou de son « dauphin » l'amiral Darlan, par exemple par:
- La remise à la Luftwaffe des 400 pilotes allemands, abattus et capturés en France avant l'armistice, (après que les Britanniques en avaient demandé sans succès le transfert), ...à point pour qu'ils repartent bombarder le Royaume-Uni;
- La communication à la Kriegsmarine des informations sur les forces alliées obtenues par le Service de renseignements de la Marine;
- Le ravitaillement de l'Afrikakorps etc.,
- Les Protocoles de Paris, signé par Darlan et Abetz en 1941, avec l'accord du Maréchal, pour livrer une base navale à Bizerte et une autre à Dakar...
- La livraison aux Allemands en mai 1941 d'une base à Alep, en Syrie, ainsi qu'aux Irakiens combattant les Britanniques, des stocks d'armes français de l'armée du Levant, etc.
- L'accueil en zone sud de 280 policiers allemands, pourvus de papiers français par le général Bridoux, ministre de Pétain, pour y traquer les émetteurs clandestins,
- Et c'était enfin Pétain qui avait institué un régime de pouvoir personnel et raciste imité de l'Allemagne nazie, et adopté en un temps record des lois d'exception, sans attendre que les Allemands les lui imposent?
Négociations avec les autorités d'Afrique du Nord
Le consul Murphy, représentant personnel du Président Roosevelt en Afrique du Nord, partageait l'aveuglement de Leahy, bien que ses démarches n'aient rencontré qu'insuccès auprés des dirigeants de Vichy sur place, et principalement des généraux Maxime Weygand, puis Alphonse Juin. Heureusement l'avait-on renforcé de 12 vice-consuls des États-Unis, envoyés en Afrique du Nord pour contrôler l'emploi de l'aide économique américaine, et qui, issus de milieux non diplomatiques, ne partageaient pas tous les illusions de leur supérieur. Aussi plusieurs d'entre eux avaient-ils établi de nombreux contacts, non seulement avec les autorités locales de Vichy, mais aussi avec la résistance.

Négociations avec les résistants d'Afrique du nord

La coordination de la résistance d'Afrique du Nord
Les diplomates américains et l'O.S.S.(Service secret américain, précurseur de la C.I.A.) avaient obtenu du côté de la résistance, mieux qu'une adhésion, une stimulation. En effet, à Oran et à Alger, s'étaient constitués, dès octobre 1940, deux groupements de patriotes français favorables à la cause alliée. Ils s'étaient rassemblés et avaient été organisés sur la base d'un secret et d'un cloisonnement rigoureux par deux cousins, Roger Carcassonne à Oran et José Aboulker, à Alger. Un an plus tard, d'autres résistants venus de métropole s'étaient joints à eux, parmi lesquels un lieutenant du Deuxième Bureau, Henri d'Astier de la Vigerie. Celui-ci, après avoir établi des liens avec Carcassonne à Oran, était venu s'installer à Alger comme cadre des Chantiers de jeunesse, et y avait rencontré Aboulker. Les deux jeunes dirigeants initiaux subjugués par l'ascendant d'Henri d'Astier, s'étaient implicitement placés sous sa direction. Celui-ci avait ensuite étendu la conjuration au Maroc, auprès de certains dirigeants civils ou militaires, comme le Général Béthouard. À Alger aussi, il avait obtenu le concours de quelques officiers supérieurs, comme le lieutenant-colonel Germain Jousse, major de garnison, et le colonel Baril (alors en disgrâce pour avoir adressé à ses supérieurs un rapport prévoyant la victoire alliée). Il avait aussi obtenu l'adhésion d'un industriel vichyste, arrivé à Alger en novembre 1941, Jacques Lemaigre-Dubreuil, directeur des Huiles Lesieur (donc en relations étroites avec le trust Unilever), qui désirait jouer la carte américaine.
Les négociations entre résistants et représentants alliés
À la suite de longs mois de négociations entre les chefs de la résistance et les représentants américains, il fut décidé que, lors du débarquement allié, les principales personnalités et points stratégiques d'Afrique du Nord devraient être neutralisés pendant plusieurs heures, afin de permettre aux Alliés d'effectuer leur intervention sans heurts. On espérait qu'une fois le débarquement opéré, l'armée d'Afrique se joindrait aux Alliés et rentrerait, à leurs côtés, dans la guerre. Il fut aussi décidé que le débarquement s'effectuerait sans intervention des Français libres, car la participation du général de Gaulle à l'opération n'aurait pu que braquer davantage encore les généraux vichystes dans leur hostilité. Mais sous cet argument justifié, se dissimulait, du côté américain, une autre motivation, restée inavouée : elle résidait dans l'hostilité systématique du Président Roosevelt à de Gaulle, due non seulement aux intrigues des quelques notables Français réfugiés aux États-Unis cités plus haut, mais aussi à la libération, sans la permission des États-Unis, de Saint-Pierre et Miquelon par les Forces navales françaises libres (FNFL)de l'Amiral Muselier. Quant à Murphy, il persistait à juger possible le ralliement des Vichystes à la cause alliée, malgré leurs déclarations et leurs actes concrets de collaboration en Afrique du Nord même. Il n'en fallait pas moins un général acceptable pour prendre la direction de la rentrée en guerre du côté français. C'est alors que Lemaigre-Dubreuil avança le nom du général Giraud, évadé d'Allemagne et patriote confirmé, dont il avait été l'aide de camp en 1940. Mais il n'informa pas les autres résistants que Giraud était aussi un admirateur de Pétain et de la « Révolution nationale ». Ainsi obtint-il leur accord sans difficultés. Quant à Giraud, contacté par un envoyé américain et par Lemaigre-Dubreuil, il accepta de participer à l'opération, mais il exigea dans un premier temps qu'elle ait lieu simultanément en France, et qu'il en exerce personnellement le commandement en chef. En attendant, il désigna, pour le représenter auprés des conjurés, le général Charles Mast, chef d'état-major du corps d'armée d'Alger.
Les accords de Cherchell
Les accords entre les États-Unis et la résistance furent « officiellement » sanctionnés au cours d'une réunion clandestine tenue à Cherchell, le 23 octobre 1942, sur la côte, non loin d'Alger, dans la villa Teyssier, par le général Clark, adjoint d'Eisenhower venu secrètement en sous-marin rencontrer divers représentants militaires et civils de la résistance, dont le colonel Jousse, le général Charles Mast, et Bernard Karsenty, adjoint de José Aboulker. Outre la partie militaire de ces accords, les accords de Cherchell incluaient des dispositions très favorables à la France, qui devait être traitée en alliée après le débarquement. Des circonstances rocambolesques entourèrent cette réunion très sérieuse, au cours desquelles, la réunion ayant été dénoncée par un indigène, la venue du commissaire de police fut retardée par deux officiers patriotes, l'aspirant Le Nen et le lieutenant Michel de la garde côtière des Douairs, un temps suffisant pour que les conjurés ne soient pas surpris.

Ordre de bataille allié et objectifs

L’ensemble des troupes terrestres alliées étaient placées sous la responsabilité du général Eisenhower qui effectuait, pour l'occasion, son véritable baptême du feu dans une opération majeure. Quant aux forces navales, leur commandement en incombait à l’amiral Sir Andrew Cunningham auquel fut adjoint l’amiral Sir Bertram Ramsay qui avait établi du côté allié l'essentiel du plan d'attaque de l'opération Torch, à partir des notes militaires établies par le colonel français Jousse, membre de l'organisation de résistance d'Alger. L'opération qui comprenait 107 000 hommes s'effectua sur 200 bâtiments de guerre et 110 navires de transport. Elle se divisait en trois groupes ayant pour mission d'établir neuf têtes de pont sur près de 1 500 km de côte.
-Forces ouest (Maroc)
- Forces terrestres :
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- Commandement : Général de division (Major General) George Patton
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- Effectifs : 35 000 américains
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- 3e Division d'Infanterie US.
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- 9e Division d'Infanterie US (privée du 39 régiment, voir Forces Est).
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- 2e Division Blindée US.
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- 70 et 756 Bataillons de chars.
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- 603, 609 et 702 Bataillons de chasseurs de chars.
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- 36 Régiment du Génie.
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- Objectif : Casablanca, Port-Lyautey, Safi (Maroc Français)
- Forces navales :
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- Commandement : Vice-Amiral (Rear Admiral) Henri Hewitt.
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- Flotte de haute mer :
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- USS1 Ranger (Porte avions)
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- USS Santee (Porte avions)
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- USS Sangamon (Porte avions)
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- USS Chenango (Porte avions)
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- USS Suwanee (Porte avions)
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- USS Texas (Battleship WWI)
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- USS New York (Battleship WWI)
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- USS Massachusetts (Cuirassé)
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- USS Augusta (Croiseur lourd)
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- USS Wichita (Croiseur lourd)
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- USS Tuscaloosa (Croiseur lourd)
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- USS Cleveland (Croiseur léger)
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- USS Philadelphia (Croiseur léger)
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- USS Savannah (Croiseur léger)
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- USS Brooklyn (Croiseur léger)
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- Flotte de protection et d'opération :
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- 41 destroyers, 4 sous-marins, 8 chasseurs de mines, 23 navires de débarquement pour l'infanterie.
- Forces aériennes : (sous contrôle direct de Patton).
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- Commandement : Général de division (Major General) James Doolittle (US).
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- Appareils :
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- Chasseurs F4F Wildcat, bombardiers SBD-3 Dauntless et torpilleurs TBF-1 Avenger
- Forces du Centre(Oran)
- Forces terrestres :
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- Commandement : Général de division (Major General) Lloyd Fredendall
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- Effectif : 39 000 américains.
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- 1ere Division Blindée US sous le commandement du Général de division (Major General) Orlando Ward.
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- 1 Division d'Infanterie US sous le commandement du Général de division (Major General) Terry Allen.
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- 701 Bataillon de chasseurs de chars
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- 105 & 106 Bataillon d'artillerie côtière.
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- 1 Bataillon de Ranger
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- Objectif : Oran (Algérie). La ville est divisée en 3 zones :
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- Zones X à l'Ouest d'Oran.
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- Zone Y face à la ville.
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- Zone Z à l'Est.
- Forces navales :
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- Commandement : Contre-amiral (Rear Admiral) Sir Thomas Troubridge.
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- Flotte de haute mer :
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- HMS2 Largs (transport & QG)
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- HMS Aurora (Croiseur)
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- HMS Jamaica (Croiseur)
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- HMS Rodney (Cuirassé)
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- HMS Furious (Porte avions)
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- HMS Biter (Porte avions)
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- HMS Dasher (Porte avions)
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- Flotte de protection et d'opération :
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- Environ 13 destroyers, 6 corvettes, 2 voiliers, 8 chasseurs de mines, 15 navires de débarquement pour l'infanterie, 3 tankers, navires anti-aériens.
- Forces aériennes :
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- Commandement : Général de division (Major General) James Doolittle (US).
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- Appareils :
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- Torpilleurs Albacore et Chasseurs Hawker Hurricane
-Forces Est (Alger)
- Forces terrestres :
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- Commandement : Général de corps d'armée (Lieutenant General) Kenneth Anderson.
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- Effectifs : 33 376 hommes, dont 23 000 étaient britanniques et destinés pour la plupart (20 000 hommes), sous l'autorité du général Anderson, à ne débarquer qu'une fois Alger pris, afin de marcher sur la Tunisie. Comme, lors du débarquement, 7 000 des Américains allaient rester en réserve à bord, seuls quelques 7 000 Américano-Britanniques allaient donc participer de façon effective au débarquement.
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- Sous le commandement du Général de division (Major-General) Charles Ryder :
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- 34e Division d'Infanterie US (168 régiment)
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- 78e Division d'Infanterie GB (11 brigade).
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- 9e Division d'Infanterie US (39 régiment).
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- 1 et 6 Bataillons Commando américano-britanniques3.
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- Objectif : Alger (Algérie). La ville est divisée en 3 zones :
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- Zones A&B : Ouest de la ville
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- Zones C : Est de la ville
- Forces navales :
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- Commandement : Vice-amiral d'escadre (Vice-Admiral) Sir Harold Burrough.
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- Flotte de haute mer :
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- HMS Bulolo (Croiseur & QG)
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- HMS Avenger (Porte avions)
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- HMS Argus (Porte avions)
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- HMS Sheffield (Croiseur)
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- HMS Scylla (Croiseur)
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- HMS Charybdis (Croiseur)
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- Flotte de protection et d'opération :
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- Environ 13 Destroyers, 3 Sous-marins, 4 Corvettes, 3 Sloops, 4 Chasseurs de mines, 3 navires anti-aériens, 11 navires de débarquement pour l'infanterie, 18 Transports de troupe
-Forces aériennes :
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- Commandement : Général de corps d'armée (Air Marshall) Sir William Welsh (UK).
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- Appareils :
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- Chasseurs Seafires et Chasseurs Hurricanes 1 : HMS = His/Her Majesty's Ship (Marine de sa Majesté). ² : USS = United States Ship (Marine des États-Unis). ³ : Les deux bataillons de commandos constituent un exemple intéressant d'association étroite de combattants américano-britanniques : les Britanniques commandent, mais combattent sous uniformes américains.

Dernières dispositions

Incertitudes alliées sur l'accueil du débarquement allié par les autorités de Vichy

Si la présence de forces italiennes et allemandes était bien réelle, celles-ci n'opéraient qu'à l'est de la Tunisie. Aussi, la réussite de l’opération dépendait-elle en grande partie du comportement des troupes françaises (110 000 hommes) stationnées sur les différents sites de débarquement. Car, alors que les objectifs alliés se situaient tous en des territoires sous contrôle français, le doute n'était toujours pas levé chez les dirigeants américains, quant à l'attitude de l'armée d'armistice. Quelle serait, lorsque les forces américano-britanniques déclencheraient leur invasion, les réactions de la marine et de l’armée de Vichy, dont les membres gardaient encore les très mauvais souvenirs de la destruction de la flotte de Mers el Kébir par les Britanniques, le 3 juillet 1940, ainsi que de leur défaite récente, en Syrie par les mêmes Britanniques ? Quelles allaient être les positions du général Juin, commandant des forces françaises d'Afrique du Nord, et du Général Noguès, Résident général au Maroc, face aux ordres de Pétain ?. Les accords avec la résistance étaient justement destinés à parer toute réaction négative des troupes françaises. Mais Roosevelt et Eisenhower, trompés par les rapports optimistes de Murphy, ne perdaient pas l'espoir d'obtenir au dernier moment le ralliement des dirigeants vichystes. Pour cela, les dirigeants alliés comptaient beaucoup sur le général Giraud, auquel ils réservaient le commandement des forces françaises stationnées en Afrique du Nord.

Atermoiements de Giraud

Or, si Giraud, au moment de sa décision ultime, avait finalement accepté un débarquement limité à la seule Afrique du Nord, il continuait à compter sur le commandement en chef des troupes d’invasion, bien qu'il n'ait reçu aucune réponse à ce sujet. En réalité cette condition irréaliste ne pouvait en aucun cas être satisfaite par les Alliés. Il leur était en effet impossible de confier, 24 heures à l'avance, le commandement d'une opération militaire particulièrement complexe à un général de langue étrangère, totalement ignorant des préparatifs et des moyens d'intervention en jeu. Giraud n'en fut pas moins révolté lorsqu'il apprit, dans le sous-marin qui le conduisait à Gibraltar, que la fonction réclamée par lui avait été attribuée à un autre. C'est ainsi que, le 7 novembre 1942, Eisenhower dut perdre de précieuses heures à discuter avec Giraud d'une décision qui ne pouvait être révoquée. Quant à ce dernier, il s'attarda pendant 2 jours à Gibraltar pour marquer son mécontentement, sans tenir compte des résistants qui allaient l'attendre vainement le lendemain, à Alger, pour lui remettre la ville neutralisée pendant la nuit. Le même soir l'opération commençait, tant du côté de la résistance que de celui des forces de débarquement alliées. Ainsi, cette opération, au cours de laquelle la résistance allait arrêter les principaux généraux vichystes et neutraliser leur Corps d'Armée d'Alger, pour permettre le succès du débarquement allié, allait-elle s'effectuer sans Giraud. Le 8 novembre 1942, à l'aube, les premiers vaisseaux de l'Opération Torch abordèrent les plages d'Afrique du nord. La flotte alliée avait atteint sans encombre ses différents objectifs, à la surprise de ses équipages, sans avoir été inquiétée par les sous-marins de l'Axe, qui l'attendaient plus loin, du côté de Malte. Un seul vaisseau avait été perdu, le Thomas Stone touché par un avion de la Luftwaffe. Mais la grande préoccupation des amiraux et généraux alliés était désormais l'accueil qui serait réservé à leurs unités par les forces du gouvernement de Vichy.

Le succés à Alger de la résistance française et du débarquement allié

Les enjeux du putsch du 8 novembre 1942 à Alger

Ce putsch, par lequel la résistance algéroise neutralisa pendant plusieurs heures les autorités civiles et militaires vichystes en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, allait d'abord avoir, sur le plan militaire, les deux conséquences essentielles recherchées :
- Le succès du débarquement allié.
- et le retournement de l'armée d'Afrique, qui après 3 jours de combat sanglant contre les alliés, terminera finalement la guerre dans le bon camp. De plus, ce succès militaire de la résistance et du débarquement se révèlera à la longue capital aussi, sur le plan politique, et ce bien que la neutralisation momentanée des autorités vichystes par les résistants, suivie de leur capitulation ait d'abord entrainé la création d'un nouveau pouvoir vichyste à Alger (voir Régime de Vichy en Afrique libérée(1942-43)). En effet cette nouvelle autorité, malgré le soutien de Roosevelt, sera ensuite contrainte pour conduire l'effort de guerre contre l'Allemagne à se démocratiser. Au point qu'après avoir fusionné, non sans peine, avec le Comité français de Londres, elle passera en quelques mois sous l'autorité du général De Gaulle et deviendra, sous le nom de Comité français de la Libération nationale (CFLN), le gouvernement de toute la France. La prise d'Alger par les résistants a donc été un véritable coup d'État, malgré ses résulats politiques différés, et l'un des rares cas de coup d'État de civils contre des militaires réussi. D'où son surnom local dans les mois suivants de « Coup du 8 novembre ». Ce n'est que par la suite, que la dénomination de « putsch » lui a été donnée lorsque l'on s'est avisé que ce coup d'État antihitlérien avait eu lieu, par une ironie du sort, un 8 novembre, c’est-à-dire à la date même du déclenchemnt du « putsch » manqué d'Hitler à Munich.

L'organisation du putsch du 8 novembre 1942 à Alger

À Alger, le 6 novembre 1942, les principaux chefs de groupe de la résistance, se rencontrèrent pour la première fois au Q.G. de la conjuration, qui allait devenir celui du putsch, chez le Professeur Henri Aboulker, au 26 de la rue Michelet. Il s'agîssait de Jean Athias, André Morali-Daninos, Maurice Ayoun, Paul Ruff, Raphaël Aboulker et du capitaine Pillafort. Plusieurs se connaissaient de longue date. Mais ils ignoraient leurs appartenances respectives au même complot, tant le secret avait été rigoureusement respecté. José Aboulker les présenta alors à Henri d'Astier de la Vigerie et au colonel Germain Jousse qui leur exposèrent les buts de la conjuration et les invitèrent à commencer la mobilisation de leurs hommes.

Les forces à neutraliser

La résistance s'était engagée, à la conférence de Cherchell, à neutraliser, pendant au moins 2 heures, le XIXe corps d'Armée, soit quelques 12 000 hommes, dont 5 000 à Alger (et une partie dans les garnisons de Blida et Koléa), sans parler de plusieurs centaines de fascistes du S.O.L. (Service d'ordre légionnaire de Darnand) et du P.P.F. (Parti populaire français de Doriot), directement armés par les Commissions d'Armistice de l'Axe. Simultanément devraient être réduites au silence les batteries du fort de Sidi-Ferruch, principal site du débarquement.

Les moyens des résistants

Pour atteindre ces objectifs, les résistants allaient pouvoir, grâce au colonel Jousse, major de garnison, retourner contre les autorités de Vichy leur propre plan « M.O. » (plan de maintien de l'ordre), destiné par ces dernières à repousser toute intervention alliée : Ce plan visait en effet à faire occuper, en cas de débarquement, les différents points stratégiques par les membres du S.O.L. de Darnand], porteurs de brassards spéciaux revêtus des lettres « V.P. » (= « Volontaires de Place »), de façon à permettre aux forces de Vichy, sachant leurs arrières assurés, de porter tout leur effort contre les forces alliées et de les rejeter à la mer. Mais, en fait, ce fut le contraire qui advint, car ce furent les résistants qui appliquèrent le plan « M.O. », à leur façon. Malheureusement les armes promises à Cherchell (750 mitraillettes Sten) avaient vainement été attendues sur les plages, par suite d'une mauvaise indication des points de livraison au commandant de la corvette anglaise chargée de les débarquer. Les résistants ne disposèrent donc pour remplir leur mission que de vieux fusils Lebel cachés aux Commissions d'Armistice, grâce au colonel Jousse.

Les effectifs disponibles

Les chefs de groupe repassèrent au Q.G. du « 26 » le lendemain, 7 novembre, pour rendre compte des premiers résultats de leur mobilisation: Ces résultats s'annonçaient en baisse par rapport aux prévisions, en raison de l'absence des armes étatsuniennes promises. On ne misait plus sur 800 volontaires, mais sur 600 seulement. Ces chefs de groupe reçurent leurs ordres de mission et leurs dernières instructions en vue de rassembler leurs groupes dans la soirée, et d'aller ensuite occuper les points relevant de leurs différents secteurs et sous-secteurs. Les brassards officiels « V.P. » (« Volontaires de Place ») leur furent remis. Ils allaient les distribuer aux volontaires, avec leurs fusils, dans les véhicules qui allaient les transporter vers leurs objectifs.

La prise d'Alger par les résistants français

L'occupation des points stratégiques

Finalement, seuls quelque 400 volontaires, dont les 2/3 étaient juifs, se présentèrent aux points de rendez-vous. Leur effectif réduit ne les empêcha pas d'occuper presque tous les points stratégiques sans coup férir : Peu après 1 h 30 du matin, ces résistants, auxquels on avait distribué en cours de route les brassards officiels « V.P. » destinés aux militants collaborationnistes, avaient atteint, puis occupé leurs objectifs : Munis d'ordres de mission signés du général Mast ou du colonel Jousse, leurs chefs de groupe ou de secteurs, dans leurs uniformes d'officiers ou de sous-officiers de réserve, avaient relevé sans difficulté les différents postes de garde vichystes, et s'étaient installés dans les casernes, à l'arsenal, dans les centraux téléphoniques, dans les commissariats de police, au Gouvernement général, à la préfecture et à Radio Alger. Le jeune José Aboulker (22 ans), accompagné d'une vingtaine de camarades, avait occupé le Commissariat Central, vers 1 h 30 du matin, après l'installation préalable d'un nouveau commissaire central, nommé par le général Mast, en vertu de l'état de siège. Aboulker, accueilli par ce nouveau maître des lieux, le commissaire Esquerré, s' installa immédiatement au standard téléphonique, et y fit brancher la ligne officielle. De là un contact suivi fut établi vers 1h50 avec les différents chefs de groupes, qui rendirent compte de l'exécution de leur mission. Seuls l'Amirauté et l'état-major Marine, à l'Hotel Saint-Georges, n'avaient pu être pris en raison du manque d'effectifs signalé plus haut. Néanmoins, les jeunes gens du lieutenant Cohen, chargés d'occuper l'Etat-major de place, allaient réussir à fermer l'entrée de l'amirauté pendant toute la nuit, tandis que le volontaire Rager, accompagné de 15 amis allait bloquer les issues de l'état-major Marine, où se trouvait l'amiral Moreau.

L'arrestation de personnalités collaborationnistes

Pendant que tous les autres points stratégiques étaient occupés, un groupe de policiers résistants dirigé par le Commissaire Achiary s'était chargé de neutraliser les personnalités civiles collaborationnistes. Dans le même temps, d'autres groupes de volontaires se chargeaient d'arrêter ou d'encercler les généraux au-dessus de 3 étoiles dans leurs résidences (général Juin, général Mendigal, général Koeltz, et amiral Fenard). Ainsi espèrait-on faire passer automatiquement le pouvoir militaire au général Mast, en attendant l'arrivée de Giraud. Mais malheureusement, lorsque le sous-lieutenant Imbert et son groupe avaient occupé l'état-major de division, ils n'y avaient pas trouvé le général Mast.

La neutralisation de l'aéroport de Blida et des batteries de Sidi-Ferruch

De son côté, vers 2 h du matin, le général de Montsabert chef de la garnison de Blida, rallié par Mast à la conspiration, se chargea d'intervenir, avec un détachement de ses tirailleurs algériens, à l'aérodrome de Blida. Il importait de neutraliser cet aérodrome du point de vue stratégique, et, de plus, c'était là que Giraud devait atterrir. Malheureusement le nom de Giraud ne produisit aucun effet sur le colonel d'aviation de Montrelay, qui refusa de laisser Montsabert s'y installer. C'est ainsi qu'un face à face menaçant s'établit pendant plusieurs heures à Blida, entre les soldats de l'armée de l'Air et les tirailleurs algériens de Montsabert. À Sidi-Ferruch, un autre des rares officiers d'active résistants, le colonel Baril, avait réussi à en faire occuper le fort par l'une de ses compagnies, et à en neutraliser les batteries controlant les plages. Si bien que les forces de débarquement alliées allaient pouvoir y prendre pied sans aucune perte. Les autres points de débarquement se situaient à la Pointe Pescade, à l'entrée ouest d'Alger et sur les plages du Cap Matifou, de l'autre côté de la ville.

Les difficultés des forces de débarquement

Malheureusement, c'est avant d'atteindre le rivage que de nombreux soldats du général américain Ryder allaient perdre la vie cette nuit là. En effet, la mer fut agitée et la nuit très noire. Or, les pilotes des barges de débarquement (qui allaient ultérieurement faire leurs preuves en Normandie) n'avaient pratiquement subi aucun entrainement, faute de temps. Si bien que de nombreuses barges chargées de soldats lourdement équipés cognèrent les coques des navires, s'entrechoquèrent, ou furent mal amarrées sur les plages de débarquement et rejetées par la mer sur celles qui les suivaient. Aussi nombre de ces embarcations se retournèrent et coulèrent avec leurs occupants. De ce fait, les soldats survivants débarquèrent en nombre plus réduit que prévu, tandis que les barges de matériel furent jetées sur d'autres plages que celles où prenaient pied les soldats chargés de les utiliser. Dans ces conditions le général Ryder, qui pendant des heures ne disposa d'aucun véhicule, n'osa pas, malgré les objurgations des envoyés de la résistance, marcher immédiatement sur Alger. Et par la suite, lorsqu'il se mit en route, il se borna, conjointement avec ses forces débarquées à l'est de la ville, à encercler celle-ci par les hauteurs sans y pénétrer. En vérité, désemparé par ses pertes en mer, il ne parvint pas à admettre que quelques centaines de volontaires civils avaient réellement pu s'emparer d'une ville défendue par un corps d'armée. Il est donc clair que si, pendant toutes ces heures, les résistants n'avaient pas d'abord neutralisé la garnison d'Alger, puis paralysé sa mobilisation en attirant sur eux seuls la répression, Juin aurait pu balayer sans difficulté, avec ses blindés, les forces alliées débarquées. Du moins, le colonel Baril, qui avait aussi réquisitionné plusieurs camions les jours précédents, les mit-il à la disposition d'un commmando anglais, qui put partir dans l'après-midi pour l'aérodrome de Blida. Il y parvint à point pour soutenir les hommes de Montsabert. Le colonel de Montrelay accepta alors de neutraliser sa base. Mais Giraud n'arriva pas. Si bien que les résistants qui occupaient les points stratégiques allaient attendre vainement leur relève par les alliés.

La capture de Juin et Darlan par les résistants

Vers 1 heure du matin le consul Murphy s'était rendu à la villa des Oliviers pour remettre un message du président Roosevelt au général Juin, commandant en Chef. Sa résidence avait été préalablement encerclée par un groupe de lycéens de terminale du lycée de Ben Aknoun, commandés par le jeune aspirant de réserve Pauphilet. Le message de Roosevelt demandait à l'armée d'Afrique d'accueillir les forces des États-Unis en amies et de se joindre à elles pour libérer la métropole. Juin, commandant en chef en Afrique du nord, avait le pouvoir de prendre cette décision. Mais, furieux, il rejeta la demande de Murphy. Puis il ajouta que Darlan, son supérieur, étant à Alger c'était de toutes façons à lui qu'il convenait de transmettre le message de Roosevelt. Darlan, en effet, avait été appelé à Vichy, la veille, pour venir d'urgence à Alger, au chevet de son fils Alain. Celui-ci, qui semblait à l'article de la mort, avait été installé dans le poumon d'acier de l'hôpital Maillot, à la suite d'une attaque de « paralysie infantile » (poliomyèlite). Darlan rejoignit alors Juin à la villa des Oliviers, où les jeunes conjurés le laissèrent pénétrer. Entrant dans une violente colère, il rejeta, lui aussi, la demande de Roosevelt. Henri d'Astier survint peu après et informa sèchement les deux officiers généraux qu'il étaient prisonniers. Puis il se retira.

L'impéritie de Murphy et l'ordre de Darlan de tirer sur les alliés

Peu après son départ, Darlan se radoucit et laissant entendre que Pétain pourrait peut-être prendre une décision favorable, il demanda à Murphy l'autorisation d'envoyer une lettre à l'amirauté, en donnant sa parole d'officier qu'elle n'aurait aucun caractère militaire. En réalité, tout en invitant l'amiral Leclerc, destinataire du message, à le faire parvenir telegraphiquement à Pétain, il lui donnait bel et bien, dans le dernier paragraphe de cette lettre, l'ordre de résister aux alliés. En outre, en demandant expressément l'envoi de son télégramme en « clair », c’est-à-dire sans le coder, il avertissait du même coup les services d'écoute allemands de l'intervention alliée. Murphy, décidément crédule, donna son accord, mais le porteur de ce message s'arrêta heureusement en chemin au Q.G. de la résistance, au 26 de la rue Michelet. Là se trouvait le lieutenant abbé Cordier, compagnon d'Henri d'Astier, auquel il venait rendre compte de la neutralisation du Central militaire protégé. Or Cordier, comme les autres résistants, n'avait aucune confiance en Darlan. Aussi intercepta-t-il ce message (qui, retrouvé le lendemain, au « 26 », a été conservé jusqu'à ce jour par le professeur José Aboulker). Malheureusement, une demi-heure plus tard, Darlan envoyait une seconde lettre à l'amirauté, avec l'assentiment renouvelé de Murphy, et celle-ci y fut directement portée. À la réception de cette lettre, apportée pr unvice-consul américain, les forces navales de l'Amirauté ouvrirent immédiatement le feu… sur le commando du colonel américain Swenson qui venait de débarquer dans le port.

L'ouverture du feu par les batteries de l'amirauté contre les alliés

C'est pourquoi, vers 3 heures du matin, des détonations retentirent dans le port, où deux destroyers alliés avaient réussi à s'introduire, et à débarquer sur l'une des jetées un détachement de 300 marines dirigés par le colonel Swenson. Le but de ce débarquement était de s'emparer du port, pour le maintenir intact, afin qu'il puisse immédiatement être utilisé pour débarquer les renforts alliés. L'artillerie de l'amirauté, en canonnant les vaisseaux alliés, réveilla alors tout Alger. Quant à la gendarmerie maritime de Darlan, après avoir tué une douzaine de soldats alliés, elle ne parvint pas à l'emporter face aux commandos bien armés. C'est seulement beaucoup plus tard, que, avec l'aide des blindés du 5 Chasseurs, les forces vichystes allait pouvoir neutraliser le commando Swenson.

Les autoarrestations de personnalités vichystes

Le bruit des détonations avait réveillé la population. Alors beaucoup d'Algérois tentèrent de téléphoner pour s'informer. Mais les communications civiles avaient été coupées par les volontaires qui avaient occupé le Central téléphonique. Aussi les personnalités locales, désireuses de s'informer, se retournèrent-elles vers les commissariats de police, où fonctionnait toujours la ligne officielle qui les reliait au Commissariat Central. Là, José Aboulker, Bernard Karsenty ou Guy Calvet qui recevaient leurs appels, leur répondaient que l'on avait besoin d'eux, et les invitaient à venir rapidement au Commissariat Central pour y organiser la riposte. Ces personnalités s'empressaient d'accourir et, à leur arrivée, les volontaires de garde les saluaient respectueusement. après quoi, aussitôt entrés, ils étaient poussés dans les cachots, sous les quolibets des jeunes résistants. C'est ainsi que le Secrétaire général du Gouvernement général Ettori, qui, en l'absence du gouverneur Châtel, dirigeait l'administration, vint spontanément se faire capturer par les résistants. Un autre officiel, le général Roubertie, passant par là, vint féliciter, au vu de leurs brassards « V.P. », un groupe de volontaires pour leur bonne tenue. Ceux-ci le remercièrent de sa bienveillance… et l'arrêtèrent. À la préfecture, le chef de la Légion Breuleux, réputé collaborationniste, vint lui aussi se mettre à la disposition de l'administration et subit le même sort. C'est ainsi qu'à Alger, ce 8 novembre 1942, pour la première et seule fois de l'histoire, les partisans d'un régime renversé vinrent spontanément se faire arrêter par leurs adversaires.

Le retard des Américains

Cependant, au fur et à mesure que le temps passait, les chefs des groupes de volontaires, inquiets de ne pas être relevés par les alliés, téléphonaient eux-aussi au Commissariat Central pour demander des nouvelles. José Aboulker, répondait à leur appels impatients en leur énonçant les étapes d'une lente, mais malheureusement fictive, progression américaine vers Alger.

La répression manquée du putsch

Le réveil des forces vichystes et le déclenchement de la répression

Les colonels, réveillés par les détonations du port, se rendirent compte de la coupure des lignes téléphoniques normales et de la présence de volontaires civils bloquant l'entrée de leurs casernes. Ils auraient alors dû logiquement prendre en mains leurs régiments et réagir spontanément. Or curieusement, il s'enfermèrent dans ces casernes, « en attendant les ordres », et pas un n'essaya de réagir avant 6 heures du matin. Seul, le chef de cabinet de Juin, le commandant Dorange, partisan déclaré du régime de Pétain, fit preuve d'initiative lorsque, au retour d'une soirée, il eut la surprise de voir des civils armés monter la garde devant l'état-major de place. Ces civils portaient des brassards « V.P. » destinés à la mise en œuvre du plan « M.O. ». Or, si un tel plan avait été déclenché, même à titre d'exercice, Dorange aurait dû le savoir. Aussi s'adressa t'il au lieutenant-médecin, qui commandait ces volontaires, et, après s'être fait reconnaître, lui demanda t'il d'expliquer sa présence. Ce dernier, le lieutenant André Cohen, le fit dans les formes réglementaires, et lui présenta alors son ordre de mission signé du général Mast. Le nom de Cohen porté par cet officier, alors que tous les officiers juifs avaient été chassés de l'armée par le régime de Vichy, ne pouvait que paraître suspect au commandant Dorange. C'est pourquoi, lorsqu'il entendit les premiers coups de canons, ses soupçons devinrent certitude. C'est alors qu'il déclencha la répression.

La libération de Juin et Darlan par la garde mobile et leurs premières réactions

Dorange dut pour cela rejoindre la caserne de la 7 légion de la Garde mobile, sur les hauteurs d'Alger, et demanda son intervention rapide. Le colonel Zwinglin qui la commandait se rendit alors vers 5h30 du matin, avec un escadron motorisé, à la villa des Oliviers, où résidait Juin. Là il surprit les jeunes résistants. Ceux-ci, qui avaient reçu comme les autres volontaires l'ordre de ne pas verser le sang français, ne résistèrent pas. Ils furent presque tous capturés et menacés d'être fusillés, ainsi que les représentants des États-Unis encore sur place. Darlan et Juin avaient reçu un choc en constatant l'apparition subite de la marine américaine devant leurs ports d'Afrique du nord, alors qu'ils la croyaient hors d'état de lancer une attaque transatlantique avant plus d'un an. Mais ils furent plus encore démoralisés, lorsqu'ils se rendirent compte de leurs séquestration par de jeunes civils en armes. Aussi, passant d'un extrême à l'autre, surestimèrent-ils, pendant toute la nuit et la journée suivante, la force des résistants (pour avoir osé arrêter des généraux, il fallait qu'ils fussent très forts), ainsi que celle des forces alliées. C'est pourquoi, une fois Darlan et lui-même libérés, Juin donna l'ordre à la Garde mobile, aux chars du 5 Chasseurs et au 13 Sénégalais de reconquérir, avant tout, les positions tenues par les volontaires. Pour ces généraux, en effet, « l'Inconcevable » était cette action des civils. Aussi lancèrent-ils prioritairement contre eux leur contre-offensive, au lieu d'attaquer immédiatement les Américains encore sur les plages. De plus, le sentiment d'insécurité de Juin fut tel qu'il alla s'installer à l'abri du Fort-L'Empereur pour y diriger dans les plus mauvaises conditions, la reconquête d'Alger, au lieu de se rendre au Palais d'hiver où se trouvait son Q.G. opérationnel normal. De plus il perdit son temps à recevoir ses colonels qui, au lieu de se mettre à la tête de leurs troupes, vinrent justifier leur inaction.

La demande de secours de Darlan à l'aviation nazie

Quant à Darlan, en réponse à un télégramme lui offrant une aide de l'aviation allemande, il adressa à Vichy un télégramme demandant à la Luftwaffe de bombarder les transports alliés au large d'Alger.

Le dégagement de l'amirauté par les forces vichystes

Parallèlement, entre 3 h et 6 h du matin, le commando du colonel Swenson, débarqué dans le port avait remporté plusieurs succès. Aussi l'amiral Leclerc demanda-t-il, pour le réduire, des renforts qu'il ne reçut que progressivement. L'arrivée des premiers renforts permit d'abord le succès de la contre-offensive menée par les gendarmes maritimes de Darlan contre les résistants qui occupaient l'état-major de place, d'où ils bloquaient l'entrée de l'Amirauté depuis plusieurs heures : À 7 h 30, renforcés par des Sénégalais qui avaient bouché toutes les issues, les gendarmes de Darlan attaquèrent les résistants français. Ceux-ci qui s'étaient d'abord refusé à riposter, furent tirés au fusil mitrailleur et obligés de faire feu à leur tour avec leurs faibles moyens, pour ralentir leurs adversaires. Les marins mitraillèrent même ceux qui tentaient de s'échapper en se jetant à la mer. Finalement les volontaires furent capturés et enchaînés, sans soins pour les blessés, dans les cachots barbaresques de l'Amirauté; Des officiers de marine y vinrent, de temps en temps, les insulter et leur annoncer qu'ils allaient être fusillés. Par contre, face aux commandos américains bien armés, les marins de Darlan reculèrent d'abord jusqu'à ce que, vers 11 heures, ils aient reçu le renfort du 5 Chasseurs et de ses automitrailleuses, auxquelles s'étaient joints 2 tanks.

Les premières tentatives vichystes de reprise des points stratégiques

Auparavant, deux groupes d'automitrailleuses du 5 Chasseurs étaient d'abord venus vers 7 heures encercler la Grande poste, commandée par le lieutenant Jean Dreyfus et le volontaire Boillat, inspecteur des postes, tandis que Les gardes mobiles de Zwinglin, accompagnés de Dorange, toujours en civil mais mitraillette au poing, s'étaient présentés devant le XIX Corps. Ce poste était tenu par le Capitaine Pillafort, patriote exemplaire et vieux baroudeur, idole de ceux des volontaires qui l'avaient rencontré depuis des mois dans la salle de culture physique Géo Gras, où ils s'entrainaient. Les chefs de groupe, informés de la contre-offensive vichyste, téléphonèrent alors au Commissariat central pour demander ce qu'ils devaient faire. Une terrible responsabilité pesa alors sur José Aboulker, leur chef de 22 ans. Il y fit face en répondant aux chefs de groupes que leur opération était réussie, puisque les alliés avaient, grâce à leur action, débarqué sans opposition et progressaient tout autour d'Alger. Dans ces conditions, il n'y avait pas lieu de résister, mais simplement de n'abandonner leurs positions que le plus tard possible, en essayant de parlementer pour gagner du temps. Ainsi serait retardée d'autant la mobilisation des forces vichystes et leur réaction contre les forces alliées.

L'assassinat du lieutenant Jean Dreyfus attiré en parlementaire

À la Grande-poste, un premier tir de mitrailleuses des hommes de Juin, auquel les volontaires ne répondirent pas, prit fin à 8 heures. Un parlementaire du 5 Chasseurs s'approcha alors de la poste. Jean Dreyfus vint alors à sa rencontre, et fut sommé de se rendre. Il rejeta l'ultimatum ainsi formulé, et exhorta son interlocuteur à reprendre le combat contre l'Allemagne, seul véritable ennemi. Après quoi Dreyfus se retourna pour rejoindre ses camarades. C'est alors que l'adjudant-chef Constant du 5 Chasseurs lui tira une balle dans le dos. Les camarades de Dreyfus, le voyant s'écrouler, quittèrent alors leur position, pour venir à son secours, et les vichystes en profitèrent pour réoccuper la Grande Poste.

La neutralisation de l'aéroport d'Alger-Maison Blanche par les alliés

Le sacrifice de Jean Dreyfus n'avait pourtant pas été vain. En effet, à l'heure où le 5 Chasseurs assiégeait les volontaires mal armés retranchés dans la Grande Poste, alors que ce régiment aurait du garder, selon le plan "M.O", l'aéroport de Maison-Blanche, cet aérodrome, le plus important d'Algérie, fût occupé sans résistance, à 7 h 30, par le 39 d'Infanterie des États Unis. Ce succès joint à la neutralisation de l'aérodrome de Blida par Montsabert, privait les forces vichyste de toute possibilité d'intervention aérienne (39 bombardiers et 50 chasseurs) contre les Alliés.

La difficile récupération du Q.G. du XIXème corps par les forces vichystes

Au XIX Corps, le Colonel Zwinglin invita lui-aussi les volontaires à se rendre. Mais Pillafort, tenu en joue par les fusils mitrailleurs de 2 gardes mobiles, rejetta lui aussi l'ultimatum et informa Zwinglin de la venue du général Giraud. Dorange voulut alors attaquer, mais Zwinglin adjura Pillafort de se rendre, pour lui éviter la mort dans un combat perdu d'avance. Pillafort répondit alors qu'il préfèrait mourir que se rendre et tous ses compagnons firent de même. Alors commença un marchandage de longue haleine. Pour le faire durer, des volontaires sortaient du bâtiment par l'arrière et se présentaient ensuite à l'entrée principale, en affectant de venir de l'extérieur, et en annonçant une arrivée des alliés de plus en plus proche. Après quoi les résistants obtinrent un délai d'une heure pour libérer leurs prisonniers, qu'ils s'employèrent à relacher le plus lentement possible. Le général Koeltz qui sortit le premier, hurla qu'il fallait fusiller les volontaires. Il invoquait de plus, à leur encontre, un grief bien plus grave que l'occupation du XIX corps: Ces jeunes gens « s'étaient permis de fumer en sa présence »! (affront qui, en ces heures où le sort de la France se jouait, aurait pu lui paraître secondaire). Entre temps, les derniers prisonniers étaient sortis, et c'est alors qu'il fut annoncé que Giraud parlait à Radio-Alger.

Le faux discours de Giraud et la fin des menaces sur les résistants du XIXème Corps

En réalité, c'était un volontaire du groupe du Docteur Raphaël Aboulker, cousin de José, qui avait remplacé à la Radio Giraud défaillant, toujours à Gibraltar, et présenté un discours censé prononcé par ce dernier. Ce discours, qui se terminait par le slogan « Un seul but la victoire », dont par la suite Giraud se prévaudrait indûment, allait passer sur un disque de Radio-Alger pendant plusieurs heures. Après avoir entendu ce discours dans le recueillement, les volontaires et les gendarmes entonnèrent ensemble la Marseillaise, et le colonel Zwinglin annonça, passant outre aux protestations de Dorange, que les gardes mobiles arrêtaient les hostilités contre les volontaires. Mais, lorsqu'il se retira, arrivèrent derrière lui les auto mitailleuses du 5 Chasseurs, venues de la Grande Poste (où l'un de leurs sous-officiers venait d'assassiner le lieutenant Dreyfus venu en parlementaire. après une discussion entre le commandant du 5 Chasseurs et Pillafort qu'il connaissait, un arrangement fut conclu. Aux termes de celui-ci chacun devrait se retirer de ses positions, et le XIX Corps rester vide. Les volontaires de la Grande poste et du XIX Corps, ainsi libérés, allèrent alors établir des barrages dans Alger, pour empêcher l'armée de se mobiliser, ou renforcer le Commissariat central.

La laborieuse recupération de la préfecture par les forces vichystes

Vers 10 h 30, Zwinglin, qui apparemment avait changé d'avis (après tout il n'avait plus de nouvelles de Giraud, alors que Darlan, lui, était bien là), se présenta devant la préfecture, avec son escadron, et tenta d'en obtenir la reddition. Les chefs de groupe, Jacques Zermati et Sadia Oualid, en avertirent José Aboulker au Commissariat central. Celui-ci vint alors en renfort, lui-même, avec un groupe de résistants répartis dans 5 voitures, et reprit la négociation avec le colonel. Le but était toujours de retenir les gardes mobiles un maximum de temps, au profit des alliés. Or Aboulker portait en évidence, accrochée à l'épaule, une mitraillette Sten que Murphy lui avait remise, comme échantillon des 750 autres qui auraient du être livrées, mais que les conjurés avaient vainement attendu sur les plages. Zwinglin qui n'avait jamais vu d'arme de ce modèle interrogea à ce sujet Aboulker qui lui répondit qu'une grande partie des volontaires en disposait. Le colonel, qui n'avait pas envie de faire massacrer ses hommes par les civils retranchés derrière les murs très solides de la préfecture et disposant de tels engins, devint plus enclin à la négociation. Au terme de celle-ci, il fut convenu que les volontaires se retireraient « avec les honneurs de la guerre »(sic). En conséquence de quoi les deux groupes volontaires se replièrent en bon ordre avec leurs armes et deux fusils mitrailleurs « récupérés »… pour aller renforcer leurs autres compagnons, au Commissariat central.

Le barrage des résistants à la sortie d'Alger (Colonne Voirol)

Lorsqu'Aboulker y rejoignit son P.C., vers 12 h, il apprit que Pillafort était en difficulté à la Colonne Voirol, à la sortie sud d'Alger. Il partit immédiatement le rejoindre avec Bernard Karsenty et un groupe mobile. Pillafort y avait d'abord été arrêté par des gendarmes qui ne réalisaient pas leur imprudence. Il avait alors rapidement renversé la situation et installé un barrage où, à son tour, il arrêtait les personnalités vichystes tentant de fuir vers l'intérieur. C'est ainsi que furent capturés, entre autres fuyards, l'amiral Moreau, préfet maritime, et l'ultra vichyste secrétaire général de la préfecture Ordioni. Après quelques heures, le groupe redescendit avec ses prisonniers, au Commissariat central qui tenait toujours, dans le centre d'Alger.

L'évacuation par les résistants du Central téléphonique, de Radio-Alger et du Palais du Gouverneur

D'autre part, à 12 h 15, ordre avait été donné aux volontaires du Central téléphonique, menacés par 6 auto mitrailleuses, ainsi qu'à ceux de Radio-Alger d'évacuer ces édifices. Puis vers 12h30 le même ordre fût donné au groupe du Palais d'été du Gouverneur. Les autres points occupés par les volontaires furent évacués à leur tour en début d'après-midi. Mais leur base principale, le Commissariat central, allait rester entre leurs mains jusqu'à la reddition de Juin et Darlan aux alliés, au début de la soirée.

Le Commissariat central, position invaincue des résistants au centre d'Alger

Mais le Commissariat central restait entre mains des résistants, et allait tenir jusqu'au soir, sans que les forces vichystes n'osent tenter de le reprendre, alors que cette position, la plus stratégique de toutes, controlait le principal axe de communication d'Alger. Devant cet édifice, Pillafort et Aboulker avaient installé un nouveau barrage sur le boulevard Baudin, et enrayaient, sur cet axe essentiel à la traversée d'Alger, toute mobilisation des troupes de Vichy. D'autres arrestations continuèrent à être effectuées sur ce barrage, où Bernard Karsenty, armé d'une carabine automatique que lui avait offert le général Clark à Cherchell, avait capturé une douzaine de S.O.L. de Darnand qui tentaient de se mobiliser: Ces militants de la collaboration, qui avaient excellé pendant 2 ans à défiler et menacer les gens sans défense, ne manifestaient plus aucune témérité face aux résistants armés. Pillafort, de son côté, braquant nonchalamment son revolver, arrêtait, les uns après les autres, plusieurs véhicules militaires, y compris même deux autos-canons, dont les occupants se rendirent sans difficulté. Les volontaires avaient immédiatement mis ces pièce en batterie, bien en évidence, face à l'entrée du Commissariat central.

La mise hors de combat de Pillafort

Mais, peu avant 16 heures, un nouveau véhicule approcha: Pillafort lui fit signe de stopper. C'est alors qu'entrouvrant une portière, l'officier qui s'y trouvait, le colonel Jacquin tira sans sommation une rafale de mitraillette dans le ventre de Pillafort. Celui-ci réussit à riposter avant de s'écrouler, et tous les volontaires présents vidèrent leurs armes sur Jacquin. Fort heureusement, leurs balles épargnèrent de justesse le malheureux chauffeur du colonel, qui n'était pour rien dans cet incident. Celui-ci, décomposé, sortit alors de son véhicule et put s'en aller. José Aboulker, qui était étudiant en médecine, prit alors Pillafort dans sa voiture et l'emmena d'urgence à la clinique Solal. Faute de médecins ce dimanche, il y réalisa lui-même l'anesthèsie et assista le chirurgien qui fit l'opèration. Mais le cas était désespèré et Pilafort allait mourir deux jours plus tard.

L'évacuation volontaire du Commissariat central par les résistants après la capitulation d'Alger

C'est seulement vers 18 h, donc après la capitulation d'Alger, que le Commissariat Central, dernier point stratégique tenu par les volontaires, fut librement évacué par ceux-ci. Auparavant, ils libérèrent volontairement tous leurs prisonniers. Leur dernier poste avait été tenu 16 heures au lieu des 2 prévues, avec l'aide des agents de police, dont la plupart s'étaient joints aux résistants. Juin, qui surestimait le nombre et la force des putschistes, n'avait osé aucune tentative pour s'emparer de cette position clé. Il ne pouvait toujours pas concevoir, en effet, que si peu de conspirateurs munis de si peu d'armes aient suffi à immobiliser ses milliers de soldats, et à le capturer. Ainsi, peu avant 17 h, les vichystes n'avaient-ils toujours pas repris le contrôle complet d'Alger, au centre de laquelle susistait la base la plus forte des volontaires. De leur côté, les hommes du général Ryder, profitant de la concentration exclusive des forces de Vichy contre la résistance et le commando de l'amirauté, avaient achevé l'encerclement d'Alger sans opposition, et commençaient à y pénétrer. Vers 16h30, deux de leurs tirs de mortier atteignirent le Fort-L'Empereur. Juin et Darlan s'étaient alors résignés à capituler, et l'avait fait vers 17h30. Ainsi le débarquement, très compromis à Oran et au Maroc, comme on le verra, par la violente contre-attaque des forces vichystes, venait-il de réussir à Alger, centre stratégique de l'Afrique du Nord, grâce à la résistance française. Du même coup, les alliés disposaient, le soir même du 8 novembre, d'un grand port intact, où troupes et matériels allaient pouvoir immédiatement débarquer sur une grande échelle.

Le refus de Darlan et Juin d'ordonner le cessez le feu à Oran et au Maroc

Mais ce premier cessez-le-feu concernait seulement Alger: Darlan et Juin, désormais entre les mains des alliés, allaient refuser pendant 3 jours de donner l'ordre de cessez-le-feu à leurs subordonnés d'Oran et du Maroc, où le combat fratricide et sanglant entre Français et alliés allait se poursuivre inutilement. Ce fut seulement à suite des pressions particulièrement vigoureuses du général Clark qu'ils finirent, 3 jours plus tard sous la menace, par ordonner le cessez-le-feu à leurs subordonnés d'Oran et du Maroc.

L'échec à Oran et au Maroc de la résistance française et la violente oppostion vichyste au débarquement allié

La défection du colonel Tostain à Oran et ses conséquences

La divulgation inconsidérée du projet de putsch par Tostain

A Oran, le chef des résistants, Roger Carcassonne, avait accepté, à la demande d'Henri d'Astier, de se faire « coiffer » par le colonel d'active Tostain, pour réaliser la neutralisation des points stratégiques. Mal lui en prit, car, à la veille du débarquement, ce colonel avertit de son propre chef, le général Boisseau commandant de la place, en lui demandant de prendre la direction de la résistance. Ce dernier mit immédiatement Tostain aux arrêts et déclencha un dispositif d'alerte dans son secteur. Mais ne prenant apparemment pas le colonel au sérieux, et s'imaginant sans doute qu'on avait simplement voulu « l'intoxiquer », Boisseau n'avertit pas Alger. Le colonel Tostain fit alors prévenir les résistants de sa démarche inconsidérée et de son échec.

La renonciation au putsch d'Oran, et le maintien par Carcassonne d'opérations limitées

Si bien que, par la faute de Tostain, Roger Carcassonne, pour ne pas risquer d'envoyer ses hommes au carnage, dut décommander l'opération. Il se borna seulement à maintenir certaines interventions de sabotage et de guidage des parachutistes alliés, ainsi que la protection par son adjoint, l'ingénieur Moyne, des installations portuaires, qu'il fallait conserver intactes pour les alliés. Ainsi ces équipements allaient-ils pouvoir rester utilisables après la prise d'Oran par ces derniers.

L'échec du putsch militaire au Maroc et ses conséquences

Les objectifs des résistants militaires

Au Maroc, seuls quelques officiers et controleurs civils avaient été associés à la conspiration, car Rigault, collaborateur de Lemaigre-Dubreuil, avait volontairement laissé de côté la seule organisation gaulliste pourvue d'armes, celle de Valabrègue. Le chef des conjurés, le général Béthouard, ne disposa que de quelques jours pour préparer son action, lorsque la date du débarquement lui fut communiquée par Rigault qui lui transmit un horaire inexact. Il se réserva l'arrestation à Rabat du général Noguès, Résident général, avec l'aide du régiment du colonel Magnan. ll devait y prendre le pouvoir et constituer un cabinet, avec les controleurs civils Gromand et Boniface pour le seconder. Il avait chargé son adjoint, le général Desrée, d'accueillir pacifiquement à Casablanca les deux colonnes alliées qui devraient y faire leur jonction. Il annoncerait alors la rentrée en guerre derrière le général Giraud et inviterait l'amiral Michelier à accueillir pacifiquement à Casablanca la flotte alliée. Ainsi, Michelier, complètement isolé, ne pourrait-il que s'incliner.

La réalisation manquée de la tentative de putsch

Le succés initial des arrestations
Dans la nuit du 7 au 8 novembre, après avoir fait arrêter par les frères Guillaume, résistants civils, les généraux Lascroux et Lahoulle, Béthouard fit encercler, à 1 heure du matin, la Résidence générale par les hommes du colonel Magnan. C'est alors qu'au lieu de s'emparer de Noguès et de discuter ensuite, comme le préconisait Magnan, Béthouard commit l'erreur de lui envoyer l'un de ses officiers pour lui demander de se rallier à la résistance et d'en prendre la tête.
La fausse manœuvre de Béthouard
Il attendit en vain une réponse pendant plusieurs heures, au lieu d'arrêter immédiatement Noguès, comme le lui proposait le colonel Magnan, mais son envoyé ne revint pas. Pendant ce temps Noguès ne perdit pas de temps : Il appella, car Béthouard avait omis de lui couper le téléphone, l'amiral Michelier à Casablanca. Celui-ci démentit alors les dires de Béthouard. Selon cet amiral, les États-Unis auraient été incapables après leurs désastres maritimes initiaux dans le Pacifique, de disposer des navires nécessaires à une telle entreprise. En outre le Service de Renseignements de la marine, « capable de déceler la moindre sortie d'une barque de pêche du port de New York », fut formel: aucun navire des États-Unis ne s'annoncait au large, et donc aucune trace du débarquement massif allégué par Bethouard. Michelier réfutat donc formellement les dires de Bethouard, « abusé par l'Intelligence Service ». C'est donc, désinformé par Michelier, que Noguès, convaincu que Béthouard avait voulu l'"intoxiquer", déclencha la répression. Noguès appela alors le colonel Leyer et ses chasseurs, ainsi que le colonel de Vernejoul et ses spahis. Sur son ordre, ils vinrent encercler le régiment insurgé de Magnan, qui fut sommé de se rendre. En outre, lorsque Béthouard l'appella à son tour, Noguès lui répondit qu'il mentait ou avait été abusé par la propagande américaine.
La capitulation de Béthouard
En réalité Béthouard était un homme courageux, mais, abusé par un horaire inexact donné par Rigault, il avait déclenché son action 3 heures trop tôt. Aussi croyait-il, à tort, que les alliés auraient dû débarquer depuis plusieurs heures aux endroits prévus. Quant à l'effet de surprise, il était manqué de toutes façons. Donc, s'il refusait de se rendre, il risquait de faire couler inutilement le sang français. Béthouard ne songea pas qu'en s'emparant de Noguès, il disposerait d'un otage de poids, et que, tout en faisant proclamer par son adjoint de Casablanca la reprise du combat sous les ordres de Giraud, il pourrait tenter d'inverser la situation. Bethouard décida donc de se rendre, et fut immédiatement arrêté et emprisonné avec ses compagnons.

La mise en état d'alerte et l'ouverture du combat contre les alliés

Si bien que, lorsque, vers 7 heures du matin, Casablanca fut enfin survolé par des avions alliés qui couvrirent la ville de tracts, et lorsque que la flotte alliée parut à l'horizon, la flotte et l'armée d'Afrique étaient en état d'alerte. Michelier décida de riposter. Mais, comme il avait tardé à en donner l'ordre, sa flotte, qu'il envoya en avant, en s'abstenant d'y embarquer, ne put se déployer et dut affronter les vaisseaux alliés en formation concentrée, alors que ceux-ci, étaient totalement dispersés. C'est dire que la flotte française fut battue.

Les opérations militaires à Oran et au Maroc

L'opposition vichyste au débarquement à Oran

Le plan d’attaque allié sur Oran se résumait en un mouvement en pince entre les alliés débarquant à l’est et l’ouest de la ville. Comme on l’a vu plus haut, l’est d’Oran est l’objectif de la Force Z : ce sont les 16 et 18 régiments de la 1 Division d’Infanterie US, le 1 bataillon de Rangers, la 2 brigade (combat command B) de la 1 division blindée US qui effectuent l’assaut sur le port d’Arzew. À l’ouest de la ville, la Force Y prend pied sur la plage des Andalouses avec le 26 régiment de la 1 Division d’Infanterie US sous le commandement du général de brigade (Brigadier General) Theodore Roosevelt (que l’on reverra plus tard sur la plage d'Utah Beach, puis à Sainte-Mère-Église lors du débarquement en Normandie). Enfin, le centre du dispositif, sous la direction du général de division (Major General) Lloyd Fredendall qui avait combattu sous le ordre du général John Pershing, devait prendre Oran par le sud avec la 1 Division blindée US et s’assurer le contrôle de La Senia et de Tafaroui. L’assaut sur Arzew s’effectua à 0 h 55 : les barges de débarquement déversèrent leurs troupes qui se rendirent rapidement maîtresses de lieux, en surprenant les troupes françaises en plein sommeil. Arzew sous contrôle, les rangers du Lieutenant-colonel Darby s’attaquèrent alors au Fort du Nord situé sur les hauteurs d’Oran qui menaçait, de par sa position, la flotte alliée : les Français de Boisseau accueillirent les « visiteurs » sous le feu de leurs armes automatiques. La réponse alliée se fît à coup de tirs de mortiers qui écrasèrent la défense : le fort sera pris à 3 h 55. De son côté, la Force Y débarqua sans aucune opposition : le général Roosevelt prit pied sur la plage… à la nage, après que sa jeep ait coulé à la suite d'une mauvaise appréciation de la profondeur de l’eau par les barges de débarquement. Au centre, la situation fut beaucoup moins enviable : l’HMS Walney et HMS Hartland, engagés dans l’Operation Reservist, qui se dirigaient sur les ports d’Oran, se retrouvèrent sous les canons des sous-marins français Ceres et Pallas, ainsi que des destroyers Tramontane et Typhon. Le Walney et le Hartland furent détruits et l'on dénombrera environ 120 morts et une centaine de blessés dans les rangs alliés. Parallèlement, le commandant du port, un forcené, fit saborder une trentaine de vaisseaux français et tenta de bloquer l'entrée du port, heureusement sans succès, grâce aux résistants de l'ingénieur Moyne.

L'opposition vichyste au débarquement au Maroc

Au Maroc, où l'opération manquée de Béthouard avait donné l'éveil, les forces alliées étaient attendues de pied ferme, et, même après le survol de Casablanca par les avions lanceurs de tracts, selon lesquels les alliés venaient en libérateurs, l'armée d'Afrique se préparait à les combattre. En ce qui concerne la flotte, l'amiral Michelier l'envoya délibérément au désastre, lui-même restant à terre, lorsqu'apparurent au large les navires alliés déployés. En effet, prisonnier des fausses informations du Deuxième Bureau de la Marine, il s'était décidé trop tard à faire sortir ses vaisseaux du port, d'où ceux-ci durent appareiller en formation concentrée. C'est ainsi que les officiers de marine de Vichy mènèrent courageusement au désastre, les navires que la France leur avait confiés, et se firent écraser par la flotte alliée. Les forces terrestres de Noguès reçurent les alliés à coup de canon et bloquèrent leurs débarquements à Casa et Safi. Les hommes d'Eisenhower étaient des soldats non entrainés. Aussi les professionnels de l'armée d'Afrique leur causèrent-ils de grosses pertes pendant 3 jours, et tout cela au profit des Allemands. Noguès avait fait fuir au Maroc espagnol les membres des commissions d'armistice de l'Axe. Il avait engagé par ailleurs une forte répression contre les milieux réputés gaullistes, tandis qu'il faisait comparaître les auteurs du putsch manqué de Rabat devant un tribunal où ils allaient jouer leurs têtes. N'étant pas sur de vaincre sur le littoral, Noguès proposa au Sultan de se replier avec lui dans l'Intérieur, pour y engager des opérations de guérilla contre les alliés. Pour une fois, alors, le Sultan Mohammed V qui avait toujours suivi ses « conseils », refusa de lui obéir. Pendant 3 jours, des combats acharnés se déroulèrent à Casablanca, Fedala et Safi, avec de fortes pertes dans les deux camps: A Oran et au Maroc, les Français perdirent en 3 jours 1346 tués et 1997 blessés, contre 479 morts et 720 blessés du côté des alliés.

L'ordre tardif de cesser le feu arraché à Juin et Darlan

Heureusement, les 10 et 11 novembre, Juin et Darlan, prisonniers du général Clark, furent placés sous la garde d'une cinquantaine de rescapés du seul vaisseau allié coulé le 7 novembre. Ceux-ci pointèrent sur eux leurs mitrailleuses (sans cacher leur hostilité à ces généraux qui faisaient tirer sur leurs camarades). Alors, le général Juin ordonna enfin le cessez le feu au Maroc, tandis que Darlan se déclarait à Alger « Haut Commissaire en Afrique Française », « au nom du Marechal empêché », en invoquant l'invasion allemande de la zone sud.

Les résultats de l'opération "Torch"

Les résultats militaires

La résistance réussit son opération a Alger, où ses volontaires sont des civils commandés par des officiers de réserve: Ces civils n'hésitent pas à arrêter les généraux, interdisent toute riposte aux forces de Vichy et entravent leur mobilisation un temps suffisant pour que les alliés, débarqués sans opposition, encerclent la ville. Les rares éléments de l'armée à réagir le font avec retard, et concentrent toute leur action sur les 400 résistants civils mal armés et sur le commando du port, au lieu de se porter contre le gros des forces alliées. Les vichystes n'achèvent de reprendre le controle de la ville que vers 17h, à l'exception du Commissariat central, dont les insurgés ne seront jamais délogés. Puis, lorsque les alliés pénêtrent dans la ville et envoient quelques coups de mortier sur le Fort-L'Empereur, Juin et Darlan décident de capituler. Mais ils ne le font que pour Alger, et refusent d'ordonner le cessez le feu à Oran et au Maroc, malgré les vigoureuses pressions du général Clark, adjoint d'Eisenhower. À Oran et au Maroc, il en va autrement: Les conjurés, presque tous officiers d'active eux-mêmes, éprouvent une réticence extrême à arrêter leurs supérieurs pétainistes, Boisseau et Noguès. Alors, dans les deux cas, au lieu de les arrêter, ils leur demandent sérieusement de prendre la tête de la résistance! Dans ces deux cas, évidemment, ils sont arrêtés et la conjuration échoue, si bien que les vichystes livrent combat pendant 3 jours aux Alliés. Ils ne vont arrêter le combat que lorsque Juin et Darlan, prisonniers à Alger, leur donneront enfin l'ordre de cessez-le-feu: A l'issue de ces 3 jours de combats à 0ran et au Maroc, la riposte vichyste à l’opération Torch aura causé 1346 morts français et 479 alliés, ainsi que 1997 blessés français et 720 alliés, sans parler des lourdes pertes matérielles en vaisseaux coulés, avions abattus, etc. On ne peut pas même dire que les généraux de Vichy ont appliqué strictement les conventions d'armistice. En effet, là où les Allemands se sont présentés, ce qui est le cas en Tunisie, ils leur livrent sans un coup de feu le territoire qu'ils auraient dû défendre, se bornant à replier leur armée de terre sur la frontière algérienne. De leur côté, les amiraux de Tunisie livrent la flotte de Bizerte à l'ennemi sans même la saborder. C'est seulement à partir du 19 novembre, que le général Barré, après avoir hésité sur le camp dans lequel se battre, surmonte ses hésitations et se décide à appliquer les nouveaux ordres d'Alger. L'armée de Tunisie, qui ne demandait que cela, va alors se battre courageusement et barrer la route de l'Algérie aux forces allemandes, avec l'aide des troupes britanniques. Ainsi va t'elle donner le temps aux forces des États-Unis, très éprouvées par les combats d'Oran et du Maroc, de reformer leurs unités, puis de venir à la rescousse... En résumé c'est grâce à 400 resistants français courageux qu'Alger a été pris le 8 novembre 1942. C'est aussi grâce à cette prise d'Alger, où se trouvait le centre nerveux de l'armée d'Afrique, que son commandant en chef Juin et l'Amiral Darlan, tombés aux mains des alliés, ont ensuite pu étre contraints, sous la menace, à ordonner le cesser le feu à Oran et au Maroc. Il est donc permis de penser que, sans l'action des patriotes d'Alger, le débarquement aurait échoué, non seulement à Alger mais aussi au Maroc. En effet, si les combats s'étaient prolongés, les Allemands, au lieu d'occuper la seule Tunisie, auraient directement pu intervenir au Maroc pour soutenir les troupes de Noguès… Et la France se serait retrouvée en guerre dans le camp de l'Axe. Quoiqu'il en soit, du 8 au 11 novembre 1942, les alliés ont donc pris pied sur le sol africain et atteint les objectifs militaires fixés: la campagne de Tunisie va pouvoir être lancée contre l’Afrika Korps et l'armée italienne, chassées de Libye par la 8 armée britannique.

Les résultats politiques

Les résutats politiques immédiats

Sur le plan politique, le résultat de l'opération Torch semble peu brillant du point de vue de la résistance: Un gouvernement vichyste de l'Afrique française est constitué par l'amiral collaborateur Darlan, le 14 novembre 1942, sous le nom de « Haut-Commissariat de France en Afrique ». Il prend le pouvoir "au nom du Maréchal", et mobilise les Français d'Afrique du Nord pour "libérer le Maréchal". (Voir Régime de Vichy en Afrique libérée(1942-43)). Giraud, qui n'arrive à Alger que le 9 novembre, se rallie à Darlan en échange de sa nomination comme commandant de l'armée d'Afrique. De plus, le Haut-Commissariat maintient toutes les lois et mesures d'exception de Vichy en vigueur, y compris même l'internement des patriotes déportés par Vichy, dans les camps de concentration du sud. Certes les correspondants de guerre alliés, alertent à leur tour les opinions publiques d'Angleterre et des États-Unis. Churchill se fait alors interpeller aux Communes, tandis que Roosevelt, pris à partie par la libre presse américaine, explique que les accords Clark-Darlan ne sont que des "expédients militaires", tout en les maintenant. Si bien que, finalement, les tensions générées par la prise de pouvoir de Darlan, conduiront, le 24 décembre 1942, le jeune patriote Bonnier de La Chapelle à l'abattre. Pour autant, son successeur, Henri Giraud, loin d'adoucir le système Darlan, va en renforcer l'application, et même faire arrêter et déporter dans le sud les chefs de la résistance. Ainsi l'empire en guerre restait-il partagé entre deux pouvoirs: Celui d'Alger, soutenu par Roosevelt, malgré son maintien du régime de Vichy, et le Comité français de Londres, décidé à restaurer l'ordre républicain.

Les résultats politiques différés

Pourtant la rentrée en guerre de l'Afrique française, grâce au putsch du 8 novembre, contenait en germe la nécessité d'y rétablir les institutions démocratiques et l'indépendance de la France, compte tenu de la nature des régimes dictatoriaux combattus. Et comme le seul champion résolu de ce retour à la démocratie et à la souveraineté française était le général De Gaulle, c'est lui qui allait gagner la partie, et, venir à Alger constituer, avec le général Giraud le Comité français de la Libération nationale(CFLN), et y rétablir en quelques mois la démocratie et l'indépendance, en attendant d'être accueilli par la France en libérateur.

Pertes humaines

Le bilan final des combat fut de 479 tués et de plus de 720 blessés du côté des Alliés et de 1 346 morts et de 1 997 blessés du côté des forces françaises d'Afrique du Nord.

Sources et bibliographie de base

Rapports officiels d’époque des acteurs du putsch du 8 novembre 1942, à Alger

- Les Cahiers Français, La part de la Résistance Française dans les évènements d’Afrique du Nord (Rapports des chefs des groupes de volontaires qui se sont emparés d’Alger le 8 novembre 1942), Commissariat à l’Information du Comité National Français, Londres, août 1943.

Ouvrages scientifiques

Auteurs français

- Professeur Yves Maxime Danan, La vie politique à Alger de 1940 à 1944, Paris, L.G.D.J., 1963.
- Henri Michel, Darlan, Paris, Hachette, 1993.
- Christine Levisse-Touzé, L'Afrique du Nord dans la guerre, 1939-1945, Paris, Albin Michel, 1998, ISBN 2226100695
- Jacques Cantier, L'Algérie sous le régime de Vichy, Odile Jacob, Paris 2002, ISBN 2738110576
- Professeur José Aboulker et Christine Levisse-Touzé, 8 novembre 1942 : les armées américaine et anglaise prennent Alger en quinze heures, Paris, « Espoir », n° 133, 2002.

Auteurs alliés

- George F. Howe, North West Africa: Seizing the initiative in the West, Center of Military History, U.S Army, Library of Congress, 1991, ISBN 0758173954
- Arthur L. Funck, The politics of Torch, University Press of Kansas, 1974.

Mémoires des principaux protagonistes

- José Aboulker, Nous qui avons arrêté le général Juin, Paris, « La Nef », n° 25, avril 1959.
- Général Giraud, Un seul but : la victoire, Alger 1942-1944, Paris, Julliard, 1949.
- Général Alphonse Juin, Les mémoires du maréchal Juin, Paris, « Le Figaro », mars 1949.

Interviews

- Daniel Rondeau et Roger Stéphane, Des hommes libres : La France libre par ceux qui l'ont faite, chapitres 18 à 20, Paris, Grasset, 1997. Catégorie:Afrique du Nord Catégorie:Histoire de l'Algérie Torch bg:Операция Факел da:Operation Torch de:Operation Torch en:Operation Torch es:Operación Torch fi:Operaatio Soihtu gl:Operación Torch he:מבצע לפיד hr:Operacija Baklja it:Operazione Torch ja:トーチ作戦 nl:Operatie Toorts no:Operasjon Torch pl:Operacja Torch pt:Operação Tocha ro:Operaţiunea Torţa ru:Марокко-Алжирская операция sk:Operácia Torch sl:Operacija Bakla sr:Операција Бакља sv:Operation Torch wa:Operåcion Torch
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