Ligure

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Le ligure, ou ligurien, est un ensemble de parlers gallo-italiques (appartenant aux langues romanes), parlé en Ligurie, dans les zones limitrophes du Piémont, de la Toscane et du Comté de Nice (Roya), ainsi que dans les enclaves de Monaco, de Bonifacio (Corse) et des îlots de San Pietro et Sant'Antioco (Sardaigne). Le ligure est aussi appelé :
- ligurien, dénomination préférable parce qu'elle permet de le distinguer de l'ancienne langues des Lig
Ligure

Le ligure, ou ligurien, est un ensemble de parlers gallo-italiques (appartenant aux langues romanes), parlé en Ligurie, dans les zones limitrophes du Piémont, de la Toscane et du Comté de Nice (Roya), ainsi que dans les enclaves de Monaco, de Bonifacio (Corse) et des îlots de San Pietro et Sant'Antioco (Sardaigne). Le ligure est aussi appelé :
- ligurien, dénomination préférable parce qu'elle permet de le distinguer de l'ancienne langues des Ligures), avec laquelle il n'a pas de parenté directe (voir ci-dessous). Mais cette distinction de termes n'existe que chez les linguistes francophones : en ligure et en italien standard, on dit ligure dans les deux sens.
- génois, du nom du dialecte principal de la ville de Gênes (en ligure zeneise, en italien standard genovese).
- tabarquin (tabarchino), mot qui ne désigne que l'isolat ligure de Sardaigne.

Le ligure et les anciens Ligures

On notera que le terme ligure désigne une ancienne langue parlée par les anciens Ligures, qui sont un peuple mal connu de l'Antiquité pré-romaine. Si le consensus veut qu'ils aient occupé les bords de la Méditerranée depuis les confins orientaux de l'actuelle Ligurie jusqu'à — probablement — la côte catalane, ainsi qu'une partie des Alpes, leur extension vers le nord pourrait avoir atteint les rivages de la Belgique ou des Pays-Bas, avant qu'ils ne soient repoussés vers le sud par les expansions celtiques. Le caractère indo-européen de cette langue (ou du moins, de ce que l'on peut en reconstituer, c'est-à-dire majoritairement des étymons toponymiques type cala-, abri (< calanque, chalet, fpr cheûtâ…), clapa-, éboulis (< pr., fpr. clapyâ), le suffixe -asque/-osque dans des toponymes ou gentilés (Manosque, Gréasque, comasque, bergamasque, monégasque …, des hydronymes ar-, dr-, eau, eau courante, rivière, torrent (< Aar, Arve, Arrondine, Arar — ancien nom de la Saône, Doire, Doron, Durance…) ainsi que quelques attestations sur des stèles funéraires lépontiques, principalement exhumées dans le canton suisse du Tessin, par exemple le terme pala, pierre, stèle < (fpr. Palette, Palettâ)) n'a jamais été fermement établi faute d'un corpus verbal et syntaxique suffisant. A contrario, la tendance générale est à baptiser ligure le fond primitif non-indoeuropéen qui, à l'instar du mot pala, aurait été emprunté par les superstrats indo-européens successifs, comme le lépontique, par exemple. S'il y a un rapport entre le ligure actuel et la langue des anciens Ligures, ce ne peut être que par la voie d'un simple substrat linguistique.

Bibliographie

Pour la partie « taphologique », archéologique et paléographique : Maria-Grazia Tibiletti Bruno, Ligure, Leponzio e gallico, in Popoli e civiltà dell'Italia antica, volume 6, Lingue e dialetti, Biblioteca di storia patria, Rome 1978/1982. Pour la partie toponymique, voir la bibliographie reproduite dans cet article

Parlers ligures

Le dialecte ligure comprend divers parlers utilisés depuis la fin de l'antiquité romaine en Ligurie et dans quelques régions proches. L'aire de diffusion dialectale dépasse cependant les frontières administratives de la région italienne parce qu'elle inclut également des communes françaises (parler royasque, notamment autour de Tende), l'enclave linguistique Monaco (monégasque), une partie du Piémont, la vallée du Tanaro, la Scrivia et quelques communes de la Toscane jusqu'à Massa). Certains isolats comme le ligure tabarquin remontent à des anciennes occupations génoises en Tunisie ou en Crimée. Il en subsiste l'original parler tabarquin de Sardaigne. Les dialectes ligures, comme ceux parlés en Émilie, Piémont ou Lombardie, appartiennent au groupe gallo-italique, bien que la Ligurie ne semble pas avoir subi de domination celte directe, au sens de la Gaule cisalpine dont elle ne relevait pas (mais filtrée par la vallée du Pô). Même la domination romaine, jusqu'à Auguste, est restée assez superficielle sur ce territoire où l'on parlait une langue indo-européenne mal documentée appelée leponzia, rattachée au parlers celtiques. Les locuteurs des parlers ligures seraient donc les descendants, romanisés de ces peuples lépontiques — et non des Ligures qui les ont précédés et qui ne semblent pas appartenir aux langues indo-européennes. L'influence gallo-italique a toutefois laissé des traces, comme la prononciation française du u pour certains mots ; la diphtongue de l'italien est devenue 'eu' , comme pour övu (en italien, uovo, en français œuf) ; la diphtongue en lieu et place du é fermé comme peive au lieu de pepe (poivre). La chute des voyelles finales (apocope) ressemble parfois à l'évolution du français (pour les mots en -no, en -ne, en -ni : comme san au lieu de sano (sain) ; can au lieu de cane (chien) ; sen pour sani). Pour les mots qui finissent par -mo et -mi, il y a un changement de la voyelle finale : ramu au lieu de ramo (rameau) ; lüme au lieu de lume (lampe). La plupart des voyelles finales même quand elles subsistent sont atones. À ces caractéristiques phonétiques typiques du gallo-roman, s'ajoutent des caractères typiquement provencaux et siciliens. Le l ajouté à des groupes consonantiques s'adoucit : gianda (gland). Les groupes avec une consonnante labiale sont proches du sicilien comme cian (plan, en italien piano) ou giancu (blanc, en italien bianco). Les influences du provençal se voient dans des mots comme noite ou nöte (alors qu'en lombard on trouve noc) ou comme dans père et mère qui se disaient paire e maire et désormais puaire e muaire. Les dialectes ligures ont subi de profonds changements au Moyen Âge, avec un éloignement progressif des autres langues gallo-romanes. Les variantes dialectales sont nombreuses entre le Ponent (comme l'intémélien) et le Levant, avec au milieu Gênes dont son parler genovese (génois) constitue la norme généralement adoptée. En général, les parlers de l'arrière-pays sont plus archaïques.

Exemples de vocabulaire

u péi, « la poire » ; u méi, « la pomme » ; u setrun, « l'orange » (ce mot est sans doute à l'origine du mot citron en français, a remplacé limon) ; u fîgu, « la figue » ; u pèrsegu, « la pêche
; u rîbes, »le cassis« ; u mandarin, »la mandarine« ; u franbuâse, »la framboise« (mot clairement d'origine française) ; a sêsgia, »la cerise« ; u mêlu, »la fraise ; a nûsge, « la noisette ; l'arbicòca, »l'abricot« ; a brünja, »la prune« ; a nisöa, »la noix ; a muìa, « la myrtille » ; l'üüga, « le raisin » ; l asginélu, « le raisin » (le fruit seul dans une grappe) ; a nèspua, « la nèfle ; u pinjöö, »le pignon de pomme de pin ; smangiâ, « to itch » ; u pursému, « le persil » ; u sélou, « le céléri » ; case, « tomber »; scarligà, « glisser » ; spatisâ, « to squash »; arvî, « ouvrir » ; serâ, « fermer » ; u cèeu, « la lumière ; a cà, »la maison, « le foyer » ; l öövu, « l'œuf »; l ögiu, « l'œil » ; a buca, « la bouche ; a tésta, »la tête ; a schèn-a, « le dos ; u cüü, »le cul ; u brasu, « le bras » ; a ganba, « la jambe » ; u cöö, « le cœur ». Pour des exemples de « littérature » et de prononciation du génois, le chanteur italien Fabrizio de Andre a enregistré un de ses albums, Creuzâ de mâ, en génois. Les textes du livret sont donnés en génois et en italien standard.

Le ligure et la Côte d'Azur

La plupart des dialectes parlés sur la Côte d'Azur sont classés habituellement parmi les parlers occitans (y compris le mentonasque parlé à Menton et à Roquebrune-Cap-Martin, autrefois parties de la principauté de Monaco), et ces dialectes sont donc assez différents du ligure (même si l'intercompréhension est très bonne jusqu'à Sanremo — intémélien — mais l'intercompréhension fonctionne aussi avec le gascon qui est à l'autre bout du domaine occitan). En revanche, le monégasque parlé à Monaco est nettement un dialecte ligure. La frontière linguistique ne coïncide pas exactement avec la frontière politique entre la France et l'Italie, notamment dans la vallée de la Roya et de la Bévéra — même si les parlers de Vintimille et de Bordighera ont un caractère nettement plus ligure que le mentonasque proprement dit.

L'italien en Côte d'Azur : ce qu'en dit Pierre Bec

Dans son ouvrage La langue occitane (voir Bibliographie critique) Pierre Bec indique (page 9) : « Du col de Tende à la Méditerranée, la limite suit approximativement la frontière politique, mais les parlers piémontais mordent en territoire français (Tende, Saorge, Breil et Sospel ont des parlers hybrides). Réciproquement, Limone, de l'autre côté du col de Tende, est encore en partie provençal. Il s'agit là sans doute d'une zone interférentielle naturelle renforcée par une forte influence piémontaise. Au bord de la Méditerranée, la limite est mieux tranchée : Vintimille et Bordighera parlent nettement l'italien de Ligurie. » P. Bec ne cite pas Menton et Roquebrune-Cap-Martin et les classe donc implicitement dans l'aire occitane. Tende et sa ville-sœur (c'est sans doute à ce titre qu'elle n'est pas citée par P. Bec) La Brigue ont été cédées par l'Italie à la France par le traité de 1947. Toujours dans le même ouvrage P. Pec évoque (page 11) «... quelques cas d'enclaves italiennes en territoire occitan. À Monaco, une vingtaine d'âmes parlent encore un langage très proche de celui de Vintimille, survivance probable d'une colonie ligurienne établie au ; Biot et Vallauris, aux environs d'Antibes, Mons et Escragnoles à l'ouest de Grasse sont des colonies liguriennes appelées en terre provençale pour repeupler, aux XVe et XVIe siècles, des villages victimes de la peste ou de la guerre civile. Les trois parlers italiques de ces localités, en voie de disparition totale, sont confondus par les Provençaux sous l'appellation commune de figoun. » Les localités citées à propos du figoun sont situées dans les Alpes-Maritimes, et plus précisément dans l'arrondissement de Grasse à l'exception de Mons qui est dans le Var. Pour la « vingtaine d'âmes » encore capable de parler le monégasque, on rappelle que le livre cité date de 1963. P. Bec englobe aussi dans le domaine occitan (toujours page 11) « la principauté de Monaco sauf les quartiers liguriens de sa capitale ». Bibliographie critique pour P. Bec :
La langue occitane (collection Que sais-je ? n°1059), 1963, 6e édition corrigée, 1995, 128 pages, PUF, Paris. Cet ouvrage compact, appartenant à une célèbre collection, indique avec netteté les limites géographiques de la langue d'oc.

Bibliographie

-Fiorenzo Toso, Dizionario etimologico storico tabarchino, Le Mani, Udine, 2004 — Vocabolario delle parlate liguri (1985-1992) — Storia linguistica della Liguria (1995) — Frammenti d'Europa: guida alle minoranze etnico-linguistiche e ai fermenti autonomisti (1996) — Thèse de doctorat à l'université de Pérouse sur le ligure tabarquin (
Il tabarchino) ;
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Circolazioni linguistiche e culturali nello spazio mediterraneo. Miscellanea di studi'' (sous la direction de Vincenzo Orioles et Fiorenzo Toso). (sous presse, Centro Internazionale per il plurilinguismo, Udine, 2004). Index du volume :
-I. Circolazioni linguistiche e culturali nello spazio mediterraneo
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-Francesco Aspesi, Termini sacrali greci e semitici attribuibili a un sostrato linguistico « labirintico » egeo-cananaico
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-Remo Bracchi, La copéta (cupèta), un dolce arabo nel cuore delle Alpi. Un esempio di circolazione culturale per via mare
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-Paola Dardano, Contatti tra lingue nel mondo mediterraneo antico: i verbi in -ISSARE / -IZARE del latino
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-Werner Forner, Tra Costa Azzurra e Riviera: tre lingue a contatto (Entre la Côte d'Azur et la Riviera : trois langues en contact)
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-Umberto Rapallo, Dal glottalismo alle convergenze linguistiche macroareali: molto rumore per nulla?
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-Romano Sagarbi, Su alcuni 'inputs' cruciali per la dinamica eurocentripeta di formazione del lessico armeno di cultura
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-Harro Stammerjohann, Linguistica di un altro mare. Medio basso tedesco vs. lingua franca
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-Fiorenzo Toso, Il dialetto figun della Provenza (le dialecte figoun de la Provence)
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-Flavia Ursini, Varietà romanze sulle coste orientali dell'Adriatico: il veneto dalmata
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-Maria Teresa Vigolo, Plurilinguismo e multiculturalità nel lessico dell'alimentazione. Il caso di Venezia e del Veneto
-II. Una lingua del mare. Il genovese tra Liguria e Mediterraneo (une langue de la mer. Le génois entre la Ligurie et la Méditerranée)
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-Sergio Aprosio, Genova centro di formazione e di irradiazione del vocabolario marittimo nel Mediterraneo occidentale (Gênes, centre de formation et de diffusion du vocabulaire maritime dans la Méditerranée occidentale)
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-Eduardo Blasco Ferrer, Aspetti sociolinguistici e variazionali del tabarchino in diacronia
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-Jean-Marie Comiti, Un isolotto linguistico ligure in Corsica: Bonifacio (un îlot linguistique ligure en Corse : Bonifacio)
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-Manlio Cortelazzo, Presenza del genovese nel Levante
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-Werner Forner, Il genovese antico trapiantato
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-Thomas Hohnerlein-Buchinger, L'eredità linguistica genovese in Corsica (l'héritage linguistique génois en Corse)
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-Laura Minervini, Il genovese e le lingue veicolari del Mediterraneo (le génois et les langues véhiculaires de la Méditerranée)
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-Zarko Muljacic, Due idiomi illustri (il genovese e il veneziano): parallelismi e differenze concernenti il loro status
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-Jean Nicolas, Il tema del mare nella poesia di Luchetto (secc. XIII-XIV)
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-Giulia Petracco Sicardi, Considerazioni sul lessico marinaresco ligure (considérations sur le lexique maritime ligure)
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-Max Pfister, I riflessi del ligure e della sua espansione nel LEI
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-Joan Veny, Le relazioni catalano-genovesi e il loro riflesso linguistico
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-Max Pfister, Conclusioni
-Pierre Bec, La langue occitane (collection Que sais-je ? n°1059), 1963, 6e édition corrigée 1995, 128 pages, PUF, Paris.

Le ligure et l'italien en Côte d'Azur : perspective dynamique

Si des Ligures se sont installés sur la Côte d'Azur — comme dans d'autres régions dominées par Gênes en Méditerranée — dès le , en général en se plaçant sur la protection de Gênes ou du comté de Vintimille, souvent dans des zones dépeuplées par les razzias sarrasines ou dans des zones stratégiques (le port de Monaco), leur présence laisse relativement peu de traces linguistiques sur les territoires français actuels, en dehors toutefois de la côte jusqu'au Var et du vocabulaire des marins, et du cas particulier du mentonasque et du royasque. Le fait que la république de Gênes, autant dire la Ligurie actuelle, ne fut du reste que tardivement (1815) annexée par la maison de Savoie alors que pour le comté de Nice cela remonte à 1388, n'a aucune conséquence sur les langues parlées dans ces territoires. Dès le en effet, la maison de Savoie impose l'italien (toscan) comme langue écrite et notariale unique dans le comté de Nice. L'abbé Grégoire dans son enquête de terrain sur les patois parlés en France pendant la Révolution française considère à tort que les Niçois parlent italien alors qu'ils parlent en fait niçois (un dialecte occitan) (la noblesse et la bourgeoise parlaient toutefois toscan et souvent le français - ou plutôt le lisaient et le comprenaient - on estime alors le nombre de locuteurs actifs d'italien (en incluant ceux qui se limitaient à une connaissance relativement passive) à moins de 15 000 Niçois dans tout le comté). À partir de 1860 (le rattachement de Nice à la France) et jusqu'à nos jours, de nombreux Italiens sont venus s'installer sur la Côte d'Azur et pouvaient tout naturellement venir de la Ligurie voisine — et donc parler de ce fait un dialecte ligure.

Voir aussi

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