Kosovo

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Le Kosovo ou, forme moins usitée, KossovoKossovo et Kosovo étaient deux graphies avec un usage très partagé dans les divers encyclopédies, dictionnaires et autres documents jusqu’à la médiatisation de la région dans les années 1990 qui a distingué la seconde graphie, Kosovo, qui est d’un usage international. (Kosova ou Kosovë en albanais, Косово и Метохија ou Kosovo i Metohija en serbe) est une province
Kosovo

Le Kosovo ou, forme moins usitée, KossovoKossovo et Kosovo étaient deux graphies avec un usage très partagé dans les divers encyclopédies, dictionnaires et autres documents jusqu’à la médiatisation de la région dans les années 1990 qui a distingué la seconde graphie, Kosovo, qui est d’un usage international. (Kosova ou Kosovë en albanais, Косово и Метохија ou Kosovo i Metohija en serbe) est une province de jure serbe mise sous l’administration de l’ONU, en vertu de la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies, en date du 10 juin 1999. Son statut est incertain, mais il devrait être défini en 2007. Depuis les accords de Kumanovo, datés du même jour, une force de l’OTAN, la KFOR, assure la paix dans cette région. Cette province a une superficie de km². C'est une région essentiellement montagneuse, avec toutefois deux plaines, celle du Kosovo proprement dit, et celle du plateau occidental que les Serbes nomment Metohija et que les Kosovars appellent Dukagjin. Ce plateau correspond au bassin supérieur du Drin blanc (Drini i Bardhë) qui rejoint le Drin noir (Drini i Zi) à Kukës en Albanie pour se jeter dans la mer Adriatique. Le Kosovo oriental (Fusha e Kosovës) correspond au bassin supérieur de la Sitnica, affluent de la Morava occidentale, qui se jette dans le Danube. Les deux bassins sont séparés par la chaîne de collines de la Drenica. À l’origine, le terme Kosovo désignerait la vaste plaine constituant la partie orientale de la province de Kosovo telle qu’on la connaît actuellement. Kos signifie en serbe merle et ovo est un suffixe indiquant le lieu. Kosovo signifie donc lieu des merles ou Pays des merles, ou encore Champ aux merles.

Repères historiques : de l'Antiquité à 1918

I) De l'Antiquité au siècle : le Kosovo appartient aux Illyriens (ancêtres du peuple Albanais). II) Du au siècle : le Kosovo fait partie du Royaume serbe. III) Du au siècle : le Kosovo fait partie de l'Empire ottoman.

Le Kosovo sous les Illyriens : de l'Antiquité jusqu'au XI siècle

Les Illyriens apparaissent au , à une époque charnière entre l’Âge du bronze et l’Âge du fer. Ils constituent un royaume englobant une grande partie de la région balkanique. Les Illyriens étaient divisés en plusieurs clans : les Taulantes, Ardianes, Dardanes, Dalmates, Penestes, Kaones, Thesprotes. etc. Les Dardanes (Dardanët en albanais) vivaient dans l'actuel Kosovo (ancêtres des actuels Albanais). Après la conquête romaine, les Dardaniens sont progressivement romanisés et la ville de Naissus (actuelle Niš), située en Dardanie orientale, devient un carrefour stratégique dans la province romaine de Mésie supérieure. Elle est même la ville natale de l'empereur Constantin le Grand. La chute de l'Empire romain marque le début de nombreuses invasions barbares dans la péninsule balkanique, qui touchèrent aussi bien la Dardanie que les autres régions des Balkans. Dès le , des tribus slaves déferlent en masse, parvenant à s'implanter jusqu'en Thessalie, et ce dans l'ensemble des Balkans, certaines tribus étant même allées jusque dans le Péloponnèse. En cette même période, les Avars envahissent la contrée et asservissent certaines tribus slaves, notamment en Pannonie. Les tribus slaves forment alors de puissantes alliances, les sklavinies, qui, alliées aux Avars, vont être le fléau de Byzance pendant près de deux siècles. Les anciennes provinces romaines sont dévastées, et la province de Mésie supérieure, dont faisait partie l'actuel Kosovo, n'y échappe pas. À la fin du , Vukan, le joupan (en serbe, župan) de Rascie, alors l'État serbe le plus puissant des Balkans, agrandit les frontières de son pays vers le sud, en conquérant la majeure partie de l'actuel Kosovo, n'échouant que devant Lipljan, confronté à de forts contingents byzantins. La Rascie, y compris ses terres méridionales, passe de nouveau sous domination byzantine après le décès de Vukan, en 1115.

Le Kosovo dans le Royaume serbe : XI au XIV siècle

À la fin du , la dynastie serbe des Nemanjić, parvient à étendre considérablement la Serbie vers les terres slaves du sud. Ils décident donc de déplacer le centre de gravité du Royaume de Serbie vers le Kosovo, qui se retrouve dans l'État serbe médiéval depuis le . À cette époque, sous l'impulsion de Saint Sava, l'Église orthodoxe serbe devient autocéphale. Durant le règne du roi Milutin, de nombreux édifices destinés à la vie spirituelle du peuple serbe (églises, monastères) sont édifiés en Rascie, en particulier au Kosovo. En 1233, la ville de Peć, en Métochie, est choisie pour devenir le siège du premier archevêché serbe (sous la juridiction de Constantinople) fondé par Saint-Sava qui en devient le premier archevêque. En 1346, l'archevêché se transforme en patriarcat autonome et Peć devient ainsi le siège de l'Église orthodoxe serbe. À leur apogée, au , ces terres sont les plus riches et les plus densément peuplées de toute la région balkanique. Le sous-sol, très riche sur le plan minier, est aussi très vite exploité et contribue au développement de la région. Les plus importantes traces historiques et culturelles de cette période sont les monastères de Gracanica et de Bogorodica Ljeviska, le patriarcat de Peć, Visoki Decani (récemment ajouté au patrimoine mondial de l'UNESCO), ainsi que les ruines des villes médiévales de Novo Brdo, Zvecan et Dusanov Grad (la ville du Tsar Dušan). À la mort de Dušan, en 1355, la Serbie entre dans une période d'instabilité. Le fils de Dušan, Uroš, est jeune et faible ; il est très vite dominé par des seigneurs plus puissants, qui n'hésitent pas à faire sombrer la Serbie dans la guerre civile afin d'assouvir leurs ambitions. La majeure partie du Kosovo se trouve alors sous la domination du prince serbe Vuk Branković. Le 26 septembre 1371, un affrontement décisif oppose les Ottomans à l'armée de Jovan Uglješa, seigneur d'un petit fief au sud de la Serbie, et celle de son frère, le roi Vukašin Mrnjavčević, cosouverain de Serbie avec l'empereur Uroš. Ce jour-là, bien que supérieure en nombre, l'armée serbe est vaincue par les forces ottomanes de Lala Sahin-pacha et d'Evrenos-bey, à la bataille de la rivière Maritza, au cours de laquelle Uglješa et Vukašin sont tués. Les Ottomans n'ont alors aucun mal à décimer l'armée serbe, s'ouvrant par la même occasion la porte des Balkans. Immédiatement affectée par la défaite serbe, Byzance est obligée de reconnaître la souveraineté ottomane. Le dernier prince Nemanjić, Stefan Uroš, meurt de mort naturelle en décembre 1371. Peu de temps après, Djuradj Balšić, descendant d'une lignée serbo-albanaise et prince de Zeta, s'empare de Prizren, tandis que Vuk Branković étend ses possessions territoriales jusqu'à Skoplje. Seul véritable héritier du trône de Serbie, le fils de Vukašin, Marko Mrnjavčević, connu dans la tradition populaire sous le nom de Marko Kraljević, ne possède plus qu'une petite bande de territoire au sud de la Macédoine, ayant Prilep pour centre. À la suite d'une combinaison de manœuvres diplomatiques, d'actions militaires et d'alliances familiales stratégiques, le prince serbe Lazar Hrebeljanović, éduqué à la court de l'empereur Uroš à Prizren, devient le dirigeant serbe le plus puissant, ne reconnaissant qu'une autorité toute relative au ban Tvrtko de Bosnie, qui s'autoproclame roi Stefan des Serbes et de Bosnie, après son couronnement en 1377 selon le rite orthodoxe, au monastère serbe de Miliševa. Avant la bataille du Kosovo Polje, fin du règne du Prince Lazar À cette époque, associé aux territoires du prince Lazar, le pays de Vuk Brankovič, englobant la majeure partie de l'actuel Kosovo, devient prospère. La mine de Trepča se maintient aisément, tandis que Novo Brdo, située dans le fief Hrebeljanović, devient plus importante que la vieille ville impériale de Prizren. D'anciens marchés se transforment également en villes prospères, tels Priština, Vučitrn ou encore Peć. Prizren, incorporée aux terres des Branković à la suite d'un recul des Balšić, en lutte avec les Ottomans, produit même sa propre monnaie.

La bataille de Kosovo Polje

Le sultan Mourad, fort de ses nombreuses conquêtes sur les anciens domaines byzantins, décide de lancer une offensive contre les pays balkaniques au printemps 1389, accompagné de ses fils Jakub et Bayezid. De l'autre côté, le prince Lazar Hrebeljanović parvient à réunir une puissante armée, en ralliant ses alliés Vuk Branković, Djuradj II Balšić, Stefan Musić, les troupes du voïvode Vlatko Vuković de Hum, Bosniaques dépêchées par le roi de Bosnie Tvrtko I, et comprenant divers nobles éminents de Bosnie. À cette alliance, se rajoutent également de nombreux Albanais, Valaques et Bulgares. Les Hongrois, ayant cessé les hostilités avec Lazar Hrebeljanović peu de temps auparavant, ne prennent pas part à la bataille. L'année 1389 marque un grand tournant dans l'histoire du Kosovo et de la Serbie. C'est en effet l'année de la bataille de Kosovo Polje, mieux connue en français par son expression traduite "bataille du champ des merles". L'armée ottomane, en supériorité numérique, utilise des chameaux, liés entre eux par des chaînes, pour briser les formations adverses. Même si l'armée ottomane est surtout réputée pour sa cavalerie, à l'époque considérée comme l'armée la plus rapide à déplacer. Cette bataille s'inscrit dans une politique d'extension territoriale ottomane : dès le , les Ottomans attaquent les positions de l'Empire byzantin se frayant ainsi un chemin au cœur des Balkans dans l'intention de conquérir l'Europe entière. En 1371 les Serbes et leurs alliés grecs et bulgares perdent la grande bataille sur la rivière de la Maritsa, mais c'est la bataille de Kosovo Polje qui resta la plus célèbre. Cette bataille, dont on raconte que tellement de sang avait coulé que la terre ne pouvait pas l'absorber, acquiert une dimension mythique dans la conscience nationale serbe. Au cours de la bataille, le sultan Mourad I est tué, selon les poèmes épiques serbes par le plus puissant guerrier du prince Lazar, Miloš Obilić. Le décès de son chef engendre des remous importants au sein de l'armée ottomane. Bayezid fait alors exécuter son frère Jakub. Finalement vaincue, ce qui reste de l'armée serbe se replie, tandis que Lazar (qui sera reconnu par la suite comme le Saint Tsar Lazar) et de nombreux nobles serbes sont faits prisonniers et mis à mort. De tous les chefs serbes, seuls Vuk Branković et le voïvode Vlatko Vuković survivent à la bataille. La défaite sur le "Kosovo polje" ouvre la porte des Balkans. La Serbie, n'étant plus en mesure de se défendre après sa défaite, est menacée par les Turcs et les Hongrois. Progressivement, les princes serbes acceptent un à un de devenir vassaux du nouveau sultan Bayezid I. Vuk Branković, dont le prestige prend de l'ampleur, est obligé de conclure un accord de vassalité avec le sultan à la suite de la prise de Skoplje par les Turcs en 1392, bien qu'il ne cesse de s'opposer à eux. Il finit par être fait prisonnier et meurt en prison le 6 octobre 1397. La majeure partie de ses terres (une portion significative de l'actuel Kosovo), est alors prise par Stefan Lazarević, allié des Ottomans. La Serbie devient un despotat sous suzeraineté ottomane, dont le chef porte le titre de despote. Le reste de la Serbie tombera aux mains des Ottomans après la chute de Smederevo, en 1459.

Interprétation serbe de la bataille de Kosovo Polje

La bataille de Kosovo Polje a fait également l'objet de nombreux mythes dans la tradition serbe, mythe politico-religieux suivant lequel le prince Lazar, à la veille de la bataille, aurait choisi le Royaume des cieux de préférence au Royaume terrestre, ce qui expliquerait sa mort héroïque et la réputation de sainteté qu'on lui a attribuée ; mythe de la trahison du prince Vuk Branković, qui expliquerait la défaite, mythe que beaucoup d'historiens serbes considèrent aujourd'hui comme issue de la propagande pro-lazarienne de Milica, la femme du prince Lazar, et de son fils Stefan Lazarević, du fait de la rivalité existant entre celui-ci et Vuk Branković ; mythes entourant divers héros, dont certains seraient des personnages fictifs, tels Gojko Mrnjavčević (qui serait le frère de Vukašin et d'Uglješa), Strahinja (qui pourrait être en réalité Djuradj II Balšić, prince serbe de Zeta) ou encore Miloš Obilić (qui, hormis dans les poèmes épiques serbes, n'est mentionné qu'au , par l'historien italien Mauro Orbini). Ces mythes du Kosovo proviennent essentiellement de la période qui suivit la bataille de 1389, ayant probablement pour source l'entourage de Lazar, notamment sa femme Milica et sa cour. Au fil des siècles, ces poèmes ont été préservés par la tradition populaire et par l'Église orthodoxe serbe. Au , la renaissance nationale du peuple serbe passe par une exaltation autour de l'histoire de la Serbie médiévale, allant de la dynastie des Nemanjić à la bataille du Champ des Merles. Le Kosovo, en tant qu'ancien centre politico-religieux de la Serbie médiévale à son apogée, est alors considéré comme le « berceau de la nation serbe ». Divers poèmes épiques sont retranscrits dans l'œuvre magistrale de Vuk Stefanović Karadžić, principal réformateur de la langue serbe moderne. Sous le nom de Vidovdan, le jour de la Saint Guy, les Serbes commémorent le 28 juin cette bataille de Kosovo Polje, en raison des 13 jours d'écart entre le calendrier julien réformé, que suit encore l'Église orthodoxe serbe, et le calendrier grégorien. Le 28 juin constitue une date symbolique puisque c'est aussi le jour de l'attentat de Sarajevo, en 1914, du Traité de Versailles en 1919, de la première constitution yougoslave de 1921, de la rupture de Staline avec Tito en 1948, du voyage de François Mitterrand en 1992 à Sarajevo et du transfert de Slobodan Milošević à La Haye en 2001.

Le Kosovo dans l'Empire ottoman : XIV au XX siècle

La Serbie, n'étant plus en mesure de se défendre après sa défaite, est menacée par les Turcs et les Hongrois. Progressivement, les princes serbes acceptent un à un de devenir vassaux du nouveau sultan Bayezid I. Vuk Branković, dont le prestige prend de l'ampleur, est obligé de conclure un accord de vassalité avec le sultan à la suite de la prise de Skoplje par les Turcs en 1392, bien qu'il ne cesse de s'opposer à eux. Il finit par être fait prisonnier et meurt en prison le 6 octobre 1397. La majeure partie de ses terres (une portion significative de l'actuel Kosovo), est alors prise par Stefan Lazarević, allié des Ottomans. La Serbie devient un despotat sous souveraineté ottomane, dont le chef porte le titre de despote. Au début du , après avoir aidé les Turcs au cours de plusieurs batailles, Stefan Lazarević n'a plus l'obligation de participer aux campagnes du sultan, occupé par des conflits avec ses propres frères en Asie. Stefan Lazarević a alors l'ambition de restaurer le Royaume serbe et parvient à chasser des autorités turques locales de certaines régions. Cependant, son frère et rival Vuk finit par s'allier aux Turcs qui, soutenant également les Branković, provoquent un conflit près de Priština, en 1409, qui aboutit à un partage des terres entre les deux frères Lazarević et les Branković. Vuk Lazarević reçoit des terres méridionales de Serbie, comprenant une partie du Kosovo, et reconnaît la suzeraineté du sultan, de même que les Branković, dirigeant également une partie du Kosovo. Stefan Lazarević récupère toutefois les terres de son frère en 1411, après que Vuk Lazarević et Lazar Branković aient été exécutés par le nouveau sultan Musa, fils de Bayezid, en lutte avec son frère Soliman. Sous le règne du sultan Mourad II, le despotat de Serbie connaît une période d'accalmie. Le renouveau de la société serbe se traduit par un essor économique et artistique notable. Les premières décennies du voient l'apparition du style moravien, dont la beauté architecturale et artistique se trouve retranscrite dans les fresques de certains monastères. Novo Brdo devient extrêmement prospère, décrite par certains comme « une ville argentée » et rapportant au despote Stefan Lazarević un revenu de 120 000 à 200 000 ducats par an. La mine de Trepča est toujours en activité, et le despote fait publier, en 1412, un Code des Mines et une Loi de Novo Brdo. La législation minière y est établie, transposée du droit minier apporté par les Saxons. En septembre 1448, une armée de Croisés et de mercenaires venus de Hongrie, de Pologne, de Valachie, de Bohême et d'Allemagne, commandée par le chevalier hongrois Jean Hunyadi (János Hunyadi en hongrois, Iancu de Hunedoara en roumain), traverse la Serbie et parvient jusqu'au Kosovo. Une grande bataille s'y engage, du 17 au 19 octobre 1448, entre les Croisés et l'armée du sultan Mourad II, au cours de laquelle les Croisés subissent un terrible revers. En 1451, un nouveau sultan prend le pouvoir, Mehmed II, dit le Conquérant. Il anéantit les derniers restes de l'Empire byzantin en 1453 et s'attaque à la Serbie en 1454. La région des Branković sombre la même année, notamment les villes de Prizren et Priština. Les terres de l'actuel Kosovo sont alors entièrement contrôlées par les Ottomans. Par la suite, le Kosovo restera dans l'Empire ottoman jusqu'en 1912. L'État ottoman repose sur les fondements de l'islam, fondements qui couvrent plusieurs formes de la vie sociale. Les chrétiens et les juifs bénéficient du statut des dhimmis qui leur assure la protection du sultan et la libre pratique de leurs rites religieux en contrepartie du versement d'un impôt qui se substitue à l'aumône que versent les musulmans. Au Kosovo, la conversion des Albanais et Serbes à l'islam commence rapidement, bien qu'elle reste faible dans cette partie de l'Empire. Elle est liée aux deux sentiments différents. Concernant les Albanais, ils voient ici l'occasion de récuperer leurs terres d'où ils ont été chassés par les Serbes depuis le XIème siècle. Concernant les Serbes, il y a un sentiment d'abandon de la part de l'Eglise ortohodoxe et la suppression du patriarcat de Peć n'arrangera pas la situation. L'islamisation touche également la petite noblesse, désireuse de conserver ses possessions, de même que les haïdouks. Dans certaines régions pauvres, il arrive que des villages entiers se convertissent, afin de ne plus payer le djizia et autres charges. La propagation de l'islam est aussi le fait de certains groupes de derviches, et de l'implantation sur les territoires de Macédoine, du Kosovo et de Métochie, d'immigrés musulmans venus d'Asie mineure, devenus Turcs par la suite. Le livre d'Ivo Andric, "Le pont sur le Drina" explique que certains jeunes Serbes ont été enlevés et transportés en Asie mineure en vue de leur apprendre l'art de la guerre et les valeurs de la civilisation ottomane. Ils devenaient ainsi des janissaires, guerriers au service du sultan dont le rôle était de combattre au nom de l'Empire ottoman. Ces enfants, ainsi éduqués, intégraient les plus hautes castes de la noblesse de l'Empire ottoman. L'islamisation des orthodoxes touche plus particulièrement les endroits où les albanais musulmans sont les plus nombreux, la où les familles orthodoxes se retrouvent minoritaires. Certaines familles albanaises catholiques se convertiront également bien que ça sera dans des cas isolés. Parmi les Serbes qui n'acceptent pas la conversion à l'islam, certains parviennent à trouver des notables albanais leur accordant le statut de kmet (serf), statut leur garantissant la protection de leurs propriétés et de leurs vies. Les autres se réfugient dans des régions isolées, à l'écart des unités albanaises musulmanes. L'islamisation prend toutefois de l'ampleur dans la seconde moitié du , du fait des persécutions menées par les unités albanaises après l'échec des insurrections. En 1557, le sultan décide d'accorder à l'Église serbe la restauration du patriarcat de Peć. Il est influencé en cela par le grand vizir Mehmed pacha Sokolović, Serbe converti à l'islam et originaire du village de Sokolovići, en Bosnie orientale. C'est d'ailleurs le propre cousin du grand vizir, Makarije Sokolović, qui est nommé patriarche. Cet événement marque le début d'une période d'accalmie pour les Serbes de l'Empire ottoman, en particulier ceux du Kosovo. Cependant, alors que l'Empire des Habsbourg est en guerre avec l'Empire ottoman, les Autrichiens prennent des mesures pour favoriser la création d'une zone militaire tampon entre les deux empires. Vienne est alors confrontée à un important problème démographique : sous la pression turque, une grande partie des terres croates limitrophes de l'Empire ottoman ont été désertées. Celles-ci sont alors placées par les Autrichiens sous une juridiction spéciale, celle des Confins militaires (Vojna Krajina ou Krajina), et de nombreux groupes de réfugiés serbes, ainsi que quelques milliers de Valaques et d'Albanais, traversent la frontière par vagues successives pour s'installer en Krajina, les vagues les plus importantes se situant au cours des années 1530, à la fin du et lors de la « Longue guerre » austro-ottomane de 1593-1606. Ils sont essentiellement originaires du Kosovo, du Monténégro et de Bosnie, et disposent dans l'Empire autrichien de privilèges plus importants que dans l'Empire ottoman. Ils sont toutefois tenus de prendre les armes en cas d'invasion ottomane, mais conservent la liberté de pratiquer leur religion et sont exemptés des impôts dus aux féodaux et cléricaux croates. Après l'échec du second siège de Vienne, en septembre 1683, l'Empire ottoman reflue face aux Autrichiens qui, avec l'aide des Serbes et de tribus albanaises catholiques, traversent le Kosovo en 1689 et parviennent jusqu'à Skoplje, en Macédoine. Mais, mieux organisée, l'armée ottomane commence à infliger de sévères défaites aux Autrichiens dès le début de 1690, notamment à la bataille de Kačanik. C'est alors que l'empereur autrichien Léopold Ier décide d'inviter les chrétiens des Balkans à fuir les persécutions ottomanes pour s'installer dans les Confins militaires, leur octroyant alors certains privilèges, dont le premier, le manifeste invitatoire, fut énoncé le 6 avril 1690. Le patriarche de l'Église orthodoxe serbe, Arsenije III Crnojević, décide ainsi de conduire son peuple dans une Grande Migration, au cours de laquelle environ 60 000 Serbes du Kosovo, de milieux sociaux très disparates, prennent la route du nord, emportant ce qu'ils pouvaient avec eux. La plupart s'arrêtent en route et les plus résistants parviennent en Slavonie et en Hongrie du sud, dans ce qui deviendra la Voïvodine. Les migrations touchent également dans une moindre mesure les Albanais catholiques, dont quelques centaines de membres des clans Hoti, Kelmendi, Kastrati et Shkreli avaient combattu aux côtés des Autrichiens et des Serbes. Certains d'entre eux fuient vers les montagnes du Monténégro et d'Albanie du nord, d'autres accompagnent les Serbes qui s'exilent, d'autres encore vont s'installer jusqu'en Dalmatie vénitienne, dans la région de Zadar. L'islamisation touche alors massivement les Albanais et, dans une moindre mesure, les Serbes restés au Kosovo, soumis à la vengeance terrible des Ottomans. Ces derniers, afin de combler les vides créés par le départ des Serbes et des quelques centaines d'Albanais catholiques, permettent la colonisation progressive des terres, mines et pâturages laissés vacants par des clans albanais musulmans venus des montagnes d'Albanie du nord. Durant la guerre austro-turque de 1737-1739, une nouvelle insurrection de quelques 10 000 Serbes du Kosovo, aidés par certaines tribus albanaises catholiques et des tribus monténégrines voisines, aboutit à nouvelle migration des Serbes, en 1739, sous la conduite du patriarche Arsenije IV Jovanović-Sakabenta. Ce second exode touche également les Albanais catholiques s'étant battus aux côtés des Autrichiens, notamment ceux des tribus Kelmendi, Gruda et Hoti. La majorité d'entre eux s'installe en Voïvodine. Après la création d'une Serbie autonome, au début du , les Serbes émigrent plus régulièrement vers le nord, du fait de l'importante répression mise en œuvre par les beys albanais, avec l'accord de la Sublime Porte. Un processus de mimétisme social existant au Kosovo depuis le , celui de l'albanisation des Serbes islamisés, s'intensifie alors. Les Serbes albanisés, ou Arnautasi, conservent un temps le souvenir de leur origine serbe, avant d'être totalement assimilés, augmentant encore la proportion d'Albanais dans le vilayet de Kosovo, au cours du . À l'hiver de 1878, le Congrès de Berlin ayant étendu les frontières du nouvel Etat serbe aux régions de Niš, Pirot, Toplica et Vranje, plusieurs milliers d'Albanais, les Muhaxheri (réfugiés), habitant la région de Toplica, près de Niš, sont chassés vers le Kosovo, resté sous domination ottomane. L'invasion de l'Empire ottoman a mis fin également au système féodal qui régnait encore dans cette région. Les Ottomans, connaissant à cette époque une expension culturelle sans précédent, transforment le pays par une structure sociale et administrative beaucoup plus développée. Les villes s'urbanisent, des ponts et des routes sont créés. Des écoles sont ouvertes et la gestion du pays s'améliore. C'est sans doute l'événement qui a permis à cette région de basculer dans l'époque moderne, en laissant derrière elle des siècles de féodalisme. Dans ce contexte, l'Église orthodoxe se veut la garante de l'identité serbe et continue de faire vivre dans la conscience populaire collective serbe le souvenir de l'État médiéval et de son système féodal.

Le départ des Ottomans

En 1844, le ministre serbe de l'Intérieur élabore un manifeste qui prévoit la libération et le rassemblement des tous les Slaves du Sud dans un même État placé sous la direction des Serbes. En 1861, la Serbie, qui est toujours théoriquement vassale de l'Empire ottoman, organise sa propre armée et son propre système éducatif. En 1875, des troubles éclatent en Bosnie-Herzégovine, celle-ci voulant son indépendance. La Serbie et le Monténégro déclarent alors la guerre à l'Empire ottoman, mais, rapidement débordés, ils demandent l'aide de la Russie qui lance une vaste offensive sur un autre front, forçant les Turcs à se déclarer vaincus et reconnaître l'indépendance de la Serbie (mais aussi de la Bulgarie, du Monténégro et de la Roumanie) par le traité de San Stefano. En 1878, le Congrès de Berlin accorde officiellement l'indépendance à la Serbie ou, plus exactement, les terres au nord du Kosovo. Quant au Kosovo, il reste dans l'Empire ottoman. En 1912, les États balkaniques, nouvellement affranchis de l'occupation turque, décident d'unir leurs forces afin de libérer les terres sous contrôle ottoman. Soutenus par la Russie, ils repoussent les Ottomans aux portes de Constantinople. Tragiquement, une nouvelle guerre a lieu en 1913, cette fois opposant les anciens alliés. C'est la 2 Guerre balkanique. À l'origine d'un désaccord sur le partage des précédentes conquêtes, cette guerre se soldera par la victoire de la Serbie. Réunie à Londres le 17 décembre 1912, la Conférence des Ambassadeurs refuse à la Serbie, sous pression de l'Autriche-Hongrie, l'accès à la mer qu'elle convoitait par la vallée du Drin (Drim en serbe) mais, sous pression française et russe, lui octroie le Kosovo et la Macédoine. Une partie de la Métochie, dont le patriarcat de Peć, est attribuée au Monténégro.

Répères historiques : depuis la création de la Yougoslavie (en 1918) à aujourd'hui

-De 1918 à 1941 : le Kosovo dans le Royaume de Yougoslavie ;
-De 1941 à 1945 : le Kosovo occupé par l'Italie fasciste et rattaché à l'Albanie ;
-De 1945 à 1989 : le Kosovo dans la Serbie au sein de la Fédération yougoslave ;
-De 1989 à 1999 : suppression de l'autonomie du Kosovo par Slobodan Milosević ;
-De 1999 à 2007 : le Kosovo sous la protection des Nations unies.

Le Kosovo dans le Royaume de Yougoslavie (1918-1941)

Le 1 décembre 1918 naît le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, État qui se veut rassembler tous les Slaves du sud en son sein, comme l'avaient imaginé certains intellectuels serbes et croates du XVIII et . Le nouveau Royaume regroupe les régions balkaniques slaves anciennement contrôlées par l'Empire austro-hongrois (Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine et Voïvodine serbes), ainsi bien sûr que l'Etat serbe déjà indépendant et le Monténégro qui s'était réunifié à la Serbie libre quelque temps auparavant. Le régime est une monarchie. Le roi Serbe, Alexandre Ier, cherche à créer une nouvelle Yougoslavie. Il abolit les régions historiques et redessine les frontières intérieures en banovinas nommées d’après les rivières. Le royaume sera remplacé en 1919, par le Royaume dit "Yougoslave". De nombreux politiciens sont emprisonnés ou assignés à résidence sous surveillance policière, notamment les communistes et autonomistes croates, albanais du Kosovo et bulgares de Macédoine. La dictature du roi serbe ne fait qu’amplifier les tensions nationalistes. Plus préciséement, le Kosovo, après avoir été conquis par l'armée serbe, est incorporé au Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes. Il est formellement rattaché au nouvel État. Le monarque serbe, Alexandre Ier, tout en matant la résistance de Kaçaks, Albanais qui résistent à cette reconquête, tout comme les Komitadjis de Macédoine, entreprend de « dés-albaniser » la région en encourageant les Albanais à partir et en y favorisant la réinstallation de familles serbes et monténégrines. Cette politique marquée par des accords avec la Turquie, a été théorisée, entre autres, par Vaso Cubrilovic dans le mémoire du 7 mars 1939. D'autres furent emprisonnés. Le roi Alexandre Ier est assassiné à Marseille en 1934, par Vlado Chernozemski (né Velichko Dimitrov Kerin) membre de l'Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne. Son fils de 11 ans, Pierre II, lui succède sous la régence du Prince serbe Paul. Le Prince Paul signe une alliance avec les nazis et les fascistes, le 25 mars 1941 à Vienne (Autriche). Mais cette décision affaiblit la popularité du régent dans une opinion publique pro-alliée. Des manifestations commencent à Belgrade. Le général Dušan Simović prend le pouvoir, arrête la délégation de Vienne, exile le prince Paul et met fin à la régence, donnant le pouvoir absolu au roi pro-allié Pierre II. Hitler attaque donc la Yougoslavie le 6 avril 1941 et enchaîne par l’invasion de la Grèce qui tenait les Italiens en échec depuis 6 mois en Albanie.

La Seconde Guerre mondiale : le Kosovo dans l'Albanie italienne

C'est la fin du Royaume de Yougoslavie. La Slovénie est annexée par le Reich, les Oustachis (nationalistes croates) obtiennent d'Hitler la création de l'État indépendant de Croatie englobant les territoires appartenant aujourd'hui à la Croatie, la Bosnie-Herzégovine et une partie de la Serbie. La Voïvodine est rattachée à la Hongrie pro-nazie. Le Kosovo, la Métochie et une partie du Monténégro se voient inclus dans l'État d'Albanie sous contrôle de l'Italie. Ce qui reste de la Yougoslavie, c'est-à-dire la Serbie, est placé sous l'autorité d'un gouvernement de Milan Nedić directement contrôlé par l'Allemagne. Une résistance royaliste, les Tchétniks s'organise autour de Draža Mihajlović, un royaliste serbe, surnommé le général des Balkans. Cette armée est essentiellement composée de Serbes. Les autres peuples ne faisant plus confiance au roi, du fait de l'alliance royale avec les nazis et de la dictature du roi Alexandre Ier de Yougoslavie, répressive envers les Croates, Bosniaques, Albanais et Bulgares. Parallèlement, les partisans communistes se développent sous la direction du croate Josip Broz dit Tito. Cette résistance ne faisant aucune distinction entre les ethnies, les peuples, les croyances et non croyances, elle obtient la confiance de la grande majorité des peuples slaves, mais également la confiance du peuple albanais. Ce sera la vraie résistance yougoslave, avec le slogan . Ceci aura pour conséquence, même si au début les Alliés misent sur Mihajlović, fidèle au gouvernement royaliste exilé à Londres, que c'est Tito qui bénéficiera de la confiance de la communauté internationale, après les conférences de Téhéran et de Yalta. En 1944-45, la résistance de Tito libère les territoires des Slaves, renverse la monarchie et instaure une république socialiste, appelée tout d'abord Fédération démocratique de Yougoslavie.

Le Kosovo dans la Yougoslavie de Tito

Tito, à la conférence de Bujan, reconnut le droit des Albanais à l'autodétermination. Cependant, après que Tito avait rompu ses relations avec Staline le 28 juin 1948, le parti communiste d'Albanie, sous la direction d'Enver Hoxha, prend le parti de Staline. La frontière du Kosovo avec l'Albanie sera alors fermée. En 1968, est créée l'Université de Pristina. La Constitution yougoslave est proposée pour un amendement en vue d'accorder plus de contenu à l'autonomie de Kosovo, une autonomie formellement déclarée en 1945. Cet effort culmine avec la Constitution yougoslave de février 1974, où la République de Serbie perd tout droit de regard sur les affaires internes du Kosovo : celui-ci est directement représenté dans les instances fédérales, « à égalité de droit » des Républiques et des Provinces autonomes, ainsi que des « peuples » et des « nationalités». En pratique, le Kosovo a tous les droits d'une République, mais juridiquement, il demeure nominalement rattaché à la République de Serbie. Par ailleurs, un impôt spécial « Kosovo » sera levé dans tout le reste de la Yougoslavie afin de financer le développement de cette province. Certains Albanais du Kosovo demandent que le Kosovo soit une République à part entière. Alors que certains Serbes se plaignent de cette indépendance, affirmant qu'elle lèse les droits de la Serbie et l'empêche de protéger la minorité serbe qui s'y trouve menacée. Tito meurt en mai 1980, et certains diront que la Yougoslavie s'est éteinte avec lui. Cela va en effet libérer les revendications nationalistes de tous les peuples. En mars 1981, des manifestations d'Albanais réclamant le statut de République tournent à l'émeute ; la répression fait officiellement, pour les Serbes, 11 Albanais tués, mais plus de 1 000 morts selon les observateurs. Le nationalisme serbe, s'illustre surtout en septembre 1986 quand apparaît un Mémorandum attribué à l'Académie serbe des Sciences et des Arts : celui-ci met en cause l'ordre constitutionnel yougoslave qu'il affirme être anti-serbe. C'est la théorie du peuple serbe victime de l'Histoire. Le caractère nationaliste de ce Mémorandum est contesté par certains Serbes. Milošević, devenu deuxième homme du parti communiste yougoslave, met en œuvre deux coups de force dans les Provinces autonomes et Républiques liées à la Serbie : « Révolution des yaourts » en 1988 en Voïvodine et « Révolution antibureaucratique » au Monténégro en janvier 1989. Puis il décide de supprimer l'autonomie constitutionnelle du Kosovo en mars 1989. Puis il dissoudra le Parlement et le gouvernement du Kosovo et interdira l'emploi de la langue albanaise dans l'enseignement et les médias. Le 24 septembre 1987, il déclarera, à la 8 session ou 8 plénum, « Personne ne se mettra sur le chemin de nos réformes ». Juridiquement, la suppression de l'autonomie est illégale, car ce n'était pas seulement la Constitution du Kosovo et celle de la Serbie qui étaient en question, mais surtout la Constitution suprême et fédérale de Yougoslavie de 1974. Cette dernière définissait clairement l'autonomie du Kosovo et les conditions de son appartenance à l'ensemble yougoslave. En outre, en violant une Constitution fédérale, cette annexion d'une des huit entités constitutives, par une autre entité, détruisait juridiquement la fédération : "le droit de chacune étant la condition de l'adhésion de toutes, elle les déliait toutes de leurs obligations envers l'ensemble, légitimant l'exercice de leur souveraineté, que la Constitution même affirmait, dans le sens de l'indépendance". C'est ce que les Slovènes feront immédiatement remarquer, et que les Kosovars revendiqueront.

Le Kosovo après la suppression de son autonomie par Milošević

Création de la République indépendante du Kosovo

Des chefs politiques albanais s'organisent en conséquence contre la suppression d'autonomie du Kosovo. Le 2 juillet 1990, une majorité des députés, chassés du Parlement, publient une Déclaration constitutionnelle faisant du Kosovo une République. Puis par le référendum du mois de septembre et octobre 1991, l'indépendance du Kosovo est proclamée. Ibrahim Rugova met sur pied une société parallèle au Kosovo. Il remporte des élections clandestines et devient président de la République du Kosovo. Le Kosovo par rapport à la Serbie et le Monténégro

La communauté internationale ne reconnaît pas la République indépendante du Kosovo

La Commission Badinter, chargée d'examiner les demandes de reconnaissance pour les entités de l'ex-Yougoslavie, refuse d'examiner la demande du Kosovo. La République du Kosovo n'est pas encore, à ce jour, reconnue comme telle, par la communauté internationale. Par contre, La « République fédérale de Yougoslavie », créée par Milošević en avril 1992, à laquelle Milošević a annexé le Kosovo, est progressivement reconnue à partir de 1996. Sa présence à la signature des accords de Dayton, qui violait la souveraineté bosniaque, valant d'ailleurs déjà reconnaissance implicite. Cette reconnaissance internationale inclut celle des frontières, donc l'appartenance du Kosovo au nouvel État. Même si ça n'a jamais été expressement édicté. Trois ans plus tard, les pays de l'OTAN se jugeront cependant contraints de « violer » cette souveraineté qu'ils venaient implicitement de reconnaître.

Le Kosovo sous la protection des Nations unies

Guerre du Kosovo

Déçus par l'indifférence de la communauté internationale, certains Albanais rejettent l'autorité de Rugova. Un gouvernement en exil, dirigé par Bujar Bukoshi, affirme diriger des Forces armées de la République du Kosovo (Forcat e Armatosura të Republikës së Kosovës ou FARK). En 1997, une Armée de Libération (en Albanais Ushtria Çlirimtare e Kosovës ou UÇK, en serbe Oslobodilačka Vojska Kosova ou OVK) profite du pillage des arsenaux en Albanie pour s'équiper et entreprendre une campagne de guérilla ; elle revendiquera plusieurs attentats contre l'armée et la police serbes. En réponse à ces actions, et surtout pour neutraliser son opposition par une nouvelle guerre, Milošević massacre en février et mars 1998 les familles de guérilleros présumés, provoquant une insurrection massive. Cette insurrection lui permet ensuite, sous couleur de contre-terrorisme, de lancer une campagne de destruction de dizaines de milliers de maisons, chassant plus de un million d'Albanais du Kosovo vers l'Albanie, la Macédoine et le Monténégro. On estime à 10 000 ceux qui ont été assassinés durant ces opérations. Après leur expérience en Croatie puis en Bosnie-Herzégovine et craignant une extension du conflit à la Macédoine, les pays occidentaux décident de réagir. Finalement, entre le 24 mars 1999 et le 10 juin 1999, l'OTAN procède à des frappes aériennes sur la Serbie et contraint Milošević à se retirer du Kosovo. La région passe sous l'administration des Nations unies en vertu de la résolution 1244 du Conseil de sécurité, en date du 10 juin 1999. Près d'un million de Kosovars reviennent sur leurs terres.

Les discussions sur le statut du Kosovo depuis 1999

De 1999 à aujourd'hui, le statut final du Kosovo est indéterminé, ce qui paralyse son développement politique et contribue à une situation sociale tendue. En droit international, la résolution 1244, tout en affirmant le caractère provisoire de ce statut, reconnaîtrait, de jure, son appartenance à la République fédérale de Yougoslavie, c'est-à-dire l'union de la Serbie et du Monténégro, instituée par Slobodan Milošević en avril 1992, et remplacée en février 2003 par la Serbie-et-Monténégro à la suite de accord de Belgrade. Le Monténégro est devenu indépendant le 6 juin 2006.
2005
Le 2 novembre 2005, l'ancien président finlandais Martti Ahtisaari est mandaté par l'ONU afin de superviser les négociations entre le gouvernement serbe et le gouvernement albanais de Priština sur le statut final du Kosovo.
2006
Après le décès d'Ibrahim Rugova, figure emblématique du mouvement indépendantiste albanais et alors président de la province, le 21 janvier 2006, des pourparlers entre le gouvernement du Kosovo, la diplomatie européenne et le gouvernement serbe prennent place à Vienne, de mars 2006 à mars 2007. Le 28 octobre 2006, alors que les négociations n'aboutissent pas, le parlement serbe soumet une nouvelle Constitution aux citoyens de la République de Serbie (incluant les provinces autonomes de Voïvodine et du Kosovo). Le « oui » est donné gagnant avec 53, 44 % des voix.
2007
Le 26 mars 2007, Martti Ahtisaari soumet ses propositions sur le statut final du Kosovo au Conseil de sécurité des Nations unies. Il prévoit d'accorder au Kosovo le statut d'État indépendant, possédant ses propres symboles, sa Constitution et son armée, sous le contrôle de la communauté internationale. Les États-Unis et l'Union européenne apportent leur soutien au plan de l'ancien Président finlandais, tandis que la Serbie y est fermement opposée, l'indépendance du Kosovo constituant la perte d'environ 15 % de son territoire. En outre, le Kosovo est considéré en Serbie comme le berceau de la civilisation serbe, un symbole de son identité et de son histoire. La Russie, estimant nécessaire de trouver un compromis entre les positions serbe et albanaise, menace d'utiliser son droit de veto à l'ONU si une résolution visant l'indépendance était votée. Selon la Russie, une éventuelle indépendance du Kosovo, étant non conforme au principe de l'intégrité territoriale des États souverains consacré par l'Acte d'Helsinki, ouvrirait un précédent dangereux pour d'autres provinces sécessionnistes de l'Europe, tout particulièrement la Transnistrie, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie dont le statut est actuellement « gelé ». Le 10 mai 2007, à l'occasion de la première visite d'un président américain au Kosovo, George W. Bush a refusé un "dialogue sans fin" sur la région et, en pleine crise des relations avec la Russie, a menacé de passer outre à l'opposition de celle-ci pour établir l'indépendance de la province serbe à majorité albanaise. Si Américains et Européens, favorables à l'indépendance du Kosovo, ne parviennent pas rapidement à un accord avec les Russes et les Serbes, qui y sont hostiles, "vous devez dire: ça suffit, le Kosovo est indépendant", a déclaré le Président américain, au cours d'une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre albanais Sali Berisha à Tirana. S'il apparaît qu'un terrain d'entente ne peut être trouvé "dans un délai relativement rapide, nous devons déposer (au Conseil de sécurité de l'ONU) la résolution" conduisant le Kosovo à une quasi-indépendance, "c'est ce que date-butoir veut dire", a affirmé George W. Bush. De son côté, Moscou déclare que le plan de règlement au Kosovo devait être acceptable aussi bien pour Belgrade que pour Priština. Au cours de l'entretien qu'il a eu le 9 mai 2007 avec le premier ministre serbe Vojislav Koštunica, le président russe Vladimir Poutine a déclaré que la mise en place du plan d'Ahtisaari retirant à un membre de l'ONU 15 % de son territoire est contraire à la Charte des Nations unies. La Russie juge prématuré de définir le statut de la province sans tenir compte de la position du gouvernement serbe et de tous les groupes ethniques du Kosovo. Lors d'une réunion dans le cadre du récent sommet du G8, le président russe a souligné que les règles appliquées à de tels conflits devaient être universelles, Article de l'agence de presse RIA Novosti paru le 10 juin 2007., et que la prise de position de la Russie reposait sur le droit international et les résolutions appropriées du Conseil de sécurité de l'ONU, lesquelles précisent bien que le Kosovo est partie intégrante de la Serbie, le 10 juin 1999.. En l'absence d'accord de Moscou, nécessaire pour faire passer aux Nations Unies une résolution visant l'indépendance du Kosovo, les États-Unis ont cherché à convaincre leurs partenaires européens de reconnaître une indépendance proclamée de manière unilatérale par les Albanais du Kosovo. Cependant, les représentants de l'UE se sont montrés réticents jusqu'ici à cette solution. Les Albanais musulmans et catholiques (90 % de la population) refusant autre chose que l'indépendance, alors que les Serbes orthodoxes (5 % de la population aujourd'hui, 8 % avant que plus de 200 000 kosovars serbes aient été contraints de quitter la province) sont prêts à donner tout sauf l'indépendance, il y a un statu quo qui ne satisfait personne, et notamment pas les Européens qui ont des troupes sur place. Les autres minorités (5 % en tout) sont partagées sur la question. Elles sont constituées de : Roms, Ashkali (Tziganes de langue albanaise), Égyptiens (ethnie dont se réclame une petite frange de la population tzigane, qui serait venue d'Égypte au Moyen Âge), Monténégrins, Turcs, Bosniaques, Gorans (musulmans du mont Šar parlant un dialecte serbe proche du macédonien, qui seraient apparentés aux Torbes de Macédoine et aux Pomaks de Bulgarie). Suite à la rencontre Bush - Poutine à Kennebunkport, dans la résidence d'été de la famille Bush située dans le Maine (nord-est des États-Unis), au cours de laquelle le Président américain n'a pas réussi à convaincre son homologue russe de céder sur cette question, les diplomates s'attendent à ce que soit abordé prochainement le partage du Kosovo. Cependant, cela reste une autre boîte de Pandore, car cela pourrait réveiller les volontés de partage de la Bosnie «Serbian Watch, Un autre point de vue sur le monde». Article de Courrier international. Le 17 novembre 2007, le Kosovo vote lors d’élections générales en vue d’un nouveau parlement dont la majorité albanophone attend qu’il proclame l’indépendance que la Serbie refuse. Le 18 novembre 2007, Hashim Thaci, leader du Partie Démocratiqe du Kosovo, emporte les élections législatives. Il a alors annoncé la prise d'indépendance au alentours du 10 décembre. Le 3 décembre 2007, la "troïka" de médiateurs internationaux aux négociations sur le Kosovo constate dans son rapport que Belgrade et Priština n'ont pas pu parvenir à un consensus sur le statut de la province, a déclaré dans une conférence de presse à Belgrade Wolfgang Ischinger, diplomate allemand représentant l'UE à la "troïka". Cependant, les leaders serbes et les leaders kosovars ont promis de ne pas user de la violence dans la solution du problème de la province. Kosovo: pas d'entente entre Belgrade et Pristina (rapport de la "troïka"). Par RIA Novosti. Le 3/12/2007
Projets de drapeau pour le Kosovo indépendant
Image:Flag of Kosovo (DioGuardi proposal).png|par Joseph DioGuardi Image:Kosova dardania.gif|par Ibrahim Rugova

Voir aussi

Notes et références

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