Jacques Lacan

Infos
Jacques-Marie Émile Lacan, plus connu sous le nom de Jacques Lacan, né le 13 avril 1901 et mort le 9 septembre 1981, est un psychanalyste français. La thèse de doctorat en psychiatrie qu'il soutient en 1932 reflète en partie l'influence des surréalistes qu'il fréquente. En analyse avec Rudolph Loewenstein, il intègre la Société psychanalytique de Paris (SPP) en 1934 et en est élu membre titulaire en 1938. Ses premières communications concernent son i
Jacques Lacan

Jacques-Marie Émile Lacan, plus connu sous le nom de Jacques Lacan, né le 13 avril 1901 et mort le 9 septembre 1981, est un psychanalyste français. La thèse de doctorat en psychiatrie qu'il soutient en 1932 reflète en partie l'influence des surréalistes qu'il fréquente. En analyse avec Rudolph Loewenstein, il intègre la Société psychanalytique de Paris (SPP) en 1934 et en est élu membre titulaire en 1938. Ses premières communications concernent son interprétation de l'épreuve du miroir, qui donnent lieu à l'invention du stade du miroir en psychanalyse. C'est après la seconde guerre mondiale que son enseignement de la psychanalyse prend une importance considérable. L'aspect polémique de certains de ses thèmes (le retour à Freud), ses idées structuralistes, les innovations dans la technique de la cure (ou, selon le point de vue, les entorses à celle-ci, comme les séances courtes) vont amener plusieurs scissions avec la SPP et les instances internationales. Poursuivant ses recherches, Lacan enseigne quasiment jusqu'à sa mort : successivement à l'hôpital Sainte Anne, à l'École normale supérieure, puis à la Sorbonne. Personnage contesté, Lacan a profondément marqué le paysage intellectuel français - mais aussi international, tant par les disciples qu'il a suscités que par les rejets qu'il a provoqués.

Biographie

Enfance et études

Paris en 1900. Jacques Lacan naît en 1901 à Paris. Il est le premier enfant d'une famille appartenant à la moyenne bourgeoisie. Il grandit dans un milieu catholique et conservateur, sa mère étant très pieuse et son père accomplissant ses obligations religieuses sans se faire remarquer pour sa ferveur. Décrit comme un enfant tyrannique et brillantElisabeth Roudinesco, Histoire de la psychanalyse en France, T. 2, Fayard, 1994, pp. 118 et suivantes, , il intègre le collège Stanislas en 1907 où il reçoit une éducation primaire et secondaire solide. Aux alentours de 15 ans, il découvre Spinoza, qui restera un de ses auteurs favoris. Il est très impressionné par l'enseignement de Jean Baruzi qui a fait sa thèse sur Jean de La Croix, et qui s'intéresse aussi à Leibniz, Saint Paul et Angelus SilesiusSaint Paul sera une référence importante dans la réflexion de Lacan sur le désir et la loi, et Angelus Silesius sera cité lui aussi à plusieurs reprises. C'est contre l'avis de son père qu'il débute des études de médecine. Lors de ses premières années étudiantes, il fréquente des cercles aussi opposés que les surréalistes et l'action françaiseLacan verra toujours en Charles Maurras un maître de la langue française, même lorsqu'il se sera bien éloigné des thèses de son mouvement. Voir sur ce point Roudinesco (1986, 1994)., tous se caractérisant par une position anticonformiste prononcée et une attention particulière au problème du langage. Parce qu'il a perdu la foi pendant son adolescence et qu'il aurait souhaité avoir une certaine influence sur son cadet, il vit comme un échec personnel l'ordination sacerdotale de son frère à l'abbaye d'Hautecombe en 1926. Il choisit de se spécialiser en psychiatrie. Il suit ainsi l'enseignement de Gaëtan Gatian de Clérambault, dont il affirmera bien plus tard, en 1966, qu'il aura été son seul maître en psychiatrie, et ce malgré les nombreux professeurs brillants dont il aura reçu l'enseignementJacques Lacan, Nos antécédents in Écrits, éditions du Seuil, Paris, 1966, p. 69, .. C'est en internat de psychiatrie qu'il rencontre Henri Ey et Pierre Mâle. Il soutient sa thèse de doctoratJacques Lacan, De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité, éditions Points Seuil, coll. Points essais, Paris, 1975. fin 1932, et obtient son diplôme de docteur en médecine, spécialité psychiatrie.

De la SPP à la SFP

Comme Jean-Martin Charcot dans cette peinture, Lacan pratique la présentation de malade tant qu'il exerçe à Sainte-Anne. Quelques mois auparavant, il a entamé une psychanalyse auprès de Rudolph Loewenstein. Il est nommé membre adhérent de la Société psychanalytique de Paris. Il en devient membre titulaire en 1938 avec le soutien de Loewenstein qui pose une condition : Lacan doit continuer son analyse avec lui. À peine devenu titulaire, Lacan interrompt son analyse. C'est aussi durant les années 1930 qu'il participe au séminaire d'Alexandre Kojève sur Hegel. Non seulement ce séminaire est un lieu de rencontre entre des personnalités très différentes (Raymond Aron, Raymond Queneau, Jean Hyppolite, Maurice Merleau-Ponty, Georges Bataille etc.) mais c'est aussi un lieu de formation intellectuelle très important pour Lacan« Et les personnes de Kojève, pas Lévi-Strauss, Kojève, Jakobson et Koyré, ont été, en ce sens, pour lui, des enseignants. Ils l'ont fait. » Wladimir Granoff, in Collectif, Quartier Lacan, Témoignages sur Jacques Lacan, L'Espace Analytique, Denoël, 2001, 67 p., ., qui reprend à Kojève nombre de ses conceptions, concernant le désir humain comme désir de désir, ou la dimension, primordiale pour Lacan comme pour Kojève, de la reconnaissance, voire même ses affirmations sur la nature imaginaire du moiPour se rendre compte de ces influences, outre qu'elles ont été soulignées à plusieurs reprises (par Granoff, mais aussi Roudinesco et Borch-Jacobsen), on peut consulter directement les notes du séminaire prises par Raymond Queneau et publiées sous le titre Introduction à la lecture de Hegel, Gallimard, 1947 puis 1988, collection Tel, 597 p., .. Du point de vue sentimental, c'est en 1933 qu'il rencontre Marie-Louise Blondin, qui devient sa première épouse le 29 janvier 1934. Ils ont trois enfants : Caroline (née en 1937), Thibaut (né en 1939) et Sybille (née en 1940). Il tombe ensuite amoureux de Sylvia Maklès, encore mariée à Georges Bataille et donc portant son nom, bien que séparée de lui depuis 1933. Ils ont leur premier enfant, Judith, en 1942, alors qu'ils sont tous deux encore mariés, ce qui pousse l'épouse de Lacan à demander le divorce, prononcé vers la fin de la guerre. Lacan suspend toute activité d'enseignement pendant l'occupation, il continue uniquement son activité de psychanalyste privé. Ce n'est qu'après la guerre que le mouvement psychanalytique français, très mal vu des nazis comme tout ce qui touchait à la psychanalyse, peut recommencer à vivre. Le conflit mondial a néanmoins entraîné de grands changements. Des mouvements comme celui du linguiste Édouard Pichon, théorisant un inconscient national dépendant de la langue, passent à l'arrière-plan du fait des expériences récentes. L'exil de Loewenstein, amant de Marie Bonaparte, fervent défenseur du biologisme et ayant l'autorité morale des pionniers de la psychanalyse, amène lui aussi un changement des rapports de forces. Dans cette après-guerre à peine commencée, la figure de Lacan prend soudainement une importance qu'elle n'avait pas auparavant, ne serait-ce que par effet d'aspiration : il fait partie des quelques titulaires d'avant-guerre n'ayant pas eu à choisir l'exil. Manifestants, mai 1968, Paris. C'est en 1953 que la psychanalyse française connaît sa révolte étudiante. C'est à la fin des années 1940 et au début des années 1950 que le sujet des « séances courtes » commence à être traité par Lacan. Il s'agît en fait à l'époque plus de séances de longueur variable que de séances véritablement courtes - comme vers la fin de sa vie où il donne des séances de quelques minutes à peine. Ce sujet devient le vase de Soissons de la psychanalyse française. Lacan reçoit un premier avertissement concernant ces séances en 1951. À la suite de la rébellion des élèves psychanalystes en 1953, due à l'obscurité du fonctionnement et à un certain autocratisme de l'institut qui est chargé de leur enseignement, une crise institutionnelle secoue la SPP. Cette crise mélange à la fois les problèmes de répartition des pouvoirs entre la société de psychanalyse et l'institut, le poids respectif des différents courants, et les pratiques - désapprouvées par presque tous à l'époque - de Lacan. Celui-ci est démis de son titre de président de la SPP. Daniel Lagache quitte la SPP et décide de fonder un institut d'inspiration universitaire, la société française de psychanalyse, suivi par Françoise Dolto et Juliette Favez-Boutonnier. Lacan les suit, tout au moins pour un temps. Il est donc une des causes, mais pas le fomenteur, de cette première scission. L' décide que la nouvelle société ne pourra être affiliée qu'après enquête sur ses méthodes d'enseignement et d'analyse - ce qui vise implicitement Lacan.

L'inconscient est structuré comme un langage

L'enseignement de Lacan prend un visage nouveau et connaît une expansion notable de son succès, malgré les mésaventures institutionnelles qui sont les siennes. C'est aux environs de 1953-54 qu'il opère un virage qui le fait quitter l'hégélianisme (à la mode de Kojève) pour le structuralismeSe reporter à l'article de Pierre Macherey, Le Leurre hégélien., in Le Bloc Note de la Psychanalyse, volume 5, (1985), pp. 27-50. . Il introduit en 1953 des concepts qui deviendront fondamentaux dans son œuvre en l'espèce du triptyque : Réel, Symbolique, Imaginaire. Il commence à travailler à une théorie du signe en redécouvrant Saussure et en s'appuyant sur JakobsonComme beaucoup d'emprunts de Lacan, ceux qu'il a fait à Jakobson ne recevront jamais l'aval du grand linguiste qui restera néanmoins toujours un ami personnel du psychanalyste.. C'est aussi là qu'il commence à citer régulièrement la thèse de Claude Lévi-Strauss, Les structures élémentaires de la parentéClaude Lévi-Strauss, lui aussi ami de Lacan, affirmera toute sa vie ne rien comprendre à ce que disait Lacan en général, et de son œuvre en particulier.. En 1960, Henri Ey organise un colloque à l'abbaye de Bonneval sur le thème de l'inconscient : il y réunit les psychanalystes les plus brillants de la jeune génération, des philosophes comme Merleau-Ponty et Jean Hyppolite. Presque tous les débats se rapporteront de près ou de loin à la théorie lacanienne de l'inconscient, désormais formée dans ses grandes lignes et résumée par le mot d'ordre lacanien par excellence : « l'inconscient est structuré comme un langage ». Dés cette époque, en France, la psychanalyse se résume à ce positionnement : être avec ou contre Lacan. Il a acquis une position centrale et cristallise les débats. Les douze ans qui s'écouleront entre la fondation de la SFP et sa dissolution en 1965 sont une période de grands changements dans le paysage psychanalytique français. D'un point de vue institutionnel, il s'agira de dix ans de négociations pour que les psychanalystes ayant fait scission en 1953 soient reconnus par l'IPA. L'enquête de l'IPA se concentrera progressivement sur Lacan et ses séances dites courtes - en fait à l'époque de longueur variable, cette longueur étant toujours inférieure à la norme de l'IPA. L'enquête conclura en 1963 que la SFP pourra recevoir l'agrément si elle retire à Lacan (et à Françoise Dolto) son titre de didacticien, c'est-à-dire qu'elle lui enlève le droit de former des psychanalystes et de continuer son enseignement. Cela provoqua l'éclatement de la société fondée par Daniel Lagache, tous ceux ne pratiquant pas et ne soutenant pas la technique de Lacan se voyant condamnés à l'exclusion des instances internationales s'ils continuent à protéger Lacan. Ainsi naîtra en 1964 l'Association psychanalytique de France, sous les auspices de Daniel Lagache, Jean-Bertrand Pontalis, Didier Anzieu et Jean Laplanche. Pour les lacaniens fidèles, il s'agira de l'École française de psychanalyse, bientôt renommée école freudienne de Paris.

Lacan, maître vieillissant ou maître absolu ?

Portrait de Gottlob Frege. Lacan se réfèrera de plus en plus à la logique formelle et à la topologie dans la dernière partie de sa vie et de son enseignement. C'est donc à soixante trois ans que Lacan, poussé par les circonstances, doit fonder sa propre « école ». Son succès s'avèrera fulgurant. Les statuts de la nouvelle école, autocratiques en ce que Lacan y préside à tout, sont aussi beaucoup plus avantageux pour les plus jeunes car ils sont moins hiérarchisés. Il n'y a en effet qu'un rang hiérarchique à proprement parler : celui qui sépare Lacan des autres. Les organes décisionnels sont toujours composés par lui et n'outrepassent jamais ses avis. La publication des Écrits en 1966 lui apporte une célébrité longtemps attendue : il fait dorénavant partie des ténors du structuralisme et son nom est cité à côté de ceux de Claude Lévi-Strauss, Roland Barthes et Michel Foucault. Cette célébrité nouvelle amène un afflux important de jeunes à l'EFP, jeunes qui se mettent à imiter son style, s'habiller et parler comme lui. Il introduit en 1969 une pratique expérimentale pour habiliter un psychanalyste comme étant analyste de l'école, la passe, qui se révèlera à la fois être un facteur de dissension et un échec selon l'aveu même de Lacan. Facteur de dissension parce que l'adoption de cette procédure provoque immédiatement une scission : plusieurs membres historiques dont François Perrier, Piera Aulagnier et Jean-Paul Valabréga démissionnent de l'EPF et fondent le quatrième groupe. Un échec, parce que cette procédure, faite pour éviter les pièges de l'idéalisation et de la bureaucratisation va avoir l'effet inverse de celui souhaité. En onze ans, seulement dix-sept personnes « passeront » avec succès. Peu après la fondation de son école, Lacan opère un nouveau tournant dans son enseignement, qu'on appellera la « relève logiciste ». Suite aux interventions du tout jeune Jacques-Alain Miller, Lacan se tourne vers Frege, Gödel et la topologie. Son but est d'assurer que la réception de son enseignement ne soit pas sujette aux dérives qui ont marqué selon lui la réception de Freud. Les nœuds, les formes impossibles, les mathèmes vont désormais envahir les séminaires du maître et les rendre encore plus difficiles d'accès. Maintenant qu'il n'est plus lié à aucune négociation, sa pratique en tant qu'analyste relève quasiment de l'expérimentation débridée. Il peut aussi bien demander à une personne de venir trois fois pour trois séances éclairs de quelques minutes dans la même journée et la garder une heure entière la semaine d'après. Il avait déjà l'habitude de se lever, de parler, de manger, d'écrire pendant les séances : dorénavant il joue aussi avec des bandes de Moëbius, des bouts de ficelle et de papier. Il reçoit à son cabinet tout le jour durant un flot ininterrompu de personnes. Les choses en sont à ce point que souvent on ne prend même pas rendez-vous. Profitant de la réforme des universités causée par les événements de mai 1968, Lacan, d'abord assisté de Serge Leclaire, tente de s'implanter dans l'université par le biais d'un département de psychanalyse à Vincennes (Paris VIII). Malgré la proposition du président du département, il n'y occupera aucun poste, mais le département sera une sorte de bastion lacanien. Cette dernière expérience cristallisera les oppositions déjà existantes entre différents courants au sein de l'EFP. La reprise en main du département au nom de Lacan par Jacques-Alain Miller en 1974, marquée par le remplacement de plusieurs chargés de cours, provoqua une vive polémique à l'intérieur et à l'extèrieur de la faculté, chez les psychanalystes et les non-psychanalystesOn trouvera une de ces réactions dans le recueil d'article de Gilles Deleuze, Deux régimes de fous : textes et entretiens 1975-1995, Paris : Minuit, 2003 383 p., .. Quelques années plus tard, le suicide d'une analyste ayant échouée à la procédure de la passe sert de révélateur aux dissensions d'une école dont beaucoup doutent qu'elle soit encore dirigée par le maître et non par son entourage proche. Lacan en effet a des absences, se montre de plus en plus fatigué et délègue de plus en plus à son gendre Jacques-Alain Miller la gestion des affaires. Il décide de dissoudre l'EFPDe nombreux doutes ont été exprimés quant au fait que la décision de dissolution soit véritablement une décision de Lacan. Roudinesco (loc. cit.), tout en citant les opinions contraires, affirme qu'il est probable que la décision soit bien de Lacan lui-même.. Après quelques années de crise perpétuelle, l'EFP, seule école fondée par Lacan, est dissoute. Atteint d'un cancer qu'il refuse de soigner, Lacan s'enferme dans un mutisme de plus en plus complet, il arrête ses activités autres que l'analyse. Il décède des suite d'une insuffisance rénale le 9 septembre 1981.

Caractères généraux de l'œuvre et de la pensée de Jacques Lacan

« L'inconscient est structuré comme un langage »« L’étourdit », in Autres écrits, Seuil 2001, p449-495. Cette phrase donne une assez bonne idée générale de la pensée de Lacan. Elle rappelle, en utilisant le concept d'inconscient, que Lacan s'inscrit dans le courant psychanalytique. Elle indique, avec le terme de structure, l'approche particulière de Lacan, qui est l'approche structuraliste. Enfin, elle spécifie son apport, qui consiste principalement dans l'importance donnée à la nature du langage dans l'explication du fonctionnement psychique. Freud avait désigné l'inconscient comme concept explicatif majeur du fonctionnement psychique. Il avait tâché de l'étudier à partir de ses manifestations, qu'elles soient normalesSigmund Freud, L'interprétation des rêves, Paris, Presses universitaires de France, 1987, 573 p., (ISBN 2130400043). ou pathologiquesSigmund Freud, Cinq psychanalyses, Paris, Presses Universitaires de France, 1993, 422 p., (ISBN 2130456200).. L'abandon des méthodes d'hypnose et de suggestion a marqué un tournant dans la pensée freudienne, tournant qui a transformé la psychanalyse en médecine de (et par) la parole. A partir de ce moment, Freud n'interprète plus la maladie psychique qu'en fonction de la parole du patient. LacanJacques Lacan, Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse, La psychanalyse, n° 1, 1956, Sur la parole et le langage, pages 81-166. Voir aussi le séminaire les formations de l'inconscient. souligne que, dans les travaux de Freud, l'inconscient se laissait saisir de deux manières : lorsque le locuteur ou le rêveur commet un déplacement (dire un mot à la place d'un autre) ou lorsqu'il produit une condensation (le mot d'esprit « famillionaire », analysé par FreudSigmund Freud, Le mot d'esprit dans sa relation à l'inconscient, Paris, Gallimard, 1974, 409 p., (ISBN 42387275).). Il affirme que le déplacement et la condensation, en l'espèce de la métaphore et de la métonymie, sont les deux seuls moyens de produire de la signification si l'on se réfère aux analyses de JakobsonRoman Jakobson, Essais de linguistique générale, éditions de minuit, Paris, 1963., et qu'ainsi l'inconscient a un fonctionnement comparable à celui du langage. Lacan a donc voulu renouveller la réception de Freud en opérant une lecture structuraliste de son œuvre, utilisant pour cela les outils de la linguistique. Ces outils, il ne fera pas que les réutiliser, il les remaniera pour servir son propos. C'est à la fois cette volonté de renouvellement de la lecture de Freud et le remaniement des outils théoriques de la linguistique qui valent à Lacan son succès auprès des uns et son rejet par les autresAu sujet du rejet qu'a pu rencontrer Lacan du fait des libertés qu'il prenait avec la linguistique, on peut lire l'article de Georges Mounin, Quelques traits du style de Jacques Lacan, la Nouvelle Revue française (1er janvier 1969, p.84-92)..

Les concepts majeurs de la psychanalyse lacanienne

Le stade du miroir : le moi traité comme un effet d'optique

Narcisse, par Magnus Enckell.

Situation et enjeux

Objet de la première communication qu'aie donnée Lacan à un colloque internationalCette communication donnée en français à Marienbad en 1936, dont le texte a été perdu, n'est plus accessible que par des notes prises par Françoise Dolto qui n'ont toujours pas fait l'objet d'une édition. Pour ce qui est de la réflexion lacanienne sur ce point on se reportera à l'article de l'encyclopédie française Les complexes familiaux disponible sur internet, ainsi qu'à l'article - très important - Le stade du miroir comme formateur de la fonction du je, telle qu’elle nous est révélée, dans l’expérience psychanalytique. Communication faite au XVIe Congrès international de psychanalyse, à Zurich le 17-07-1949. Première version parue dans la Revue Française de Psychanalyse 1949, volume 13, n° 4, pp 449-455. Ce stade du miroir reviendra à plusieurs reprises dans l'œuvre de Lacan, en particulier dans le séminaire Les écrits techniques de Freud, ainsi que dans le séminaire sur l'angoisse. Pour une recension de toutes les occurrences du concept dans les séminaires de Lacan, se reporter à H. Krutzen, Jacques Lacan, séminaire, 1952-1980 : index référentiel, Paris : Anthropos : Diffusion, Economica, 2000, 862 p., ., le stade du miroir n'a cessé d'accompagner sa réflexion pendant toute son œuvreLa littérature consacrée à ce concept clef dans la réflexion de Lacan est par ailleurs abondante. Pour la partie historique, on peut consulter l'article d'Élisabeth Roudinesco, Le stade du miroir, histoire d'une archive introuvable, publié dans Lacan, sous la direction de Jean-Michel Rabaté, coll. les compagnons philosophiques, Bayard, Paris, 2005, . Pour la partie théorique, on consultera le très complet : Le lasso spéculaire : une étude traversière de l'unité imaginaire, Guy Le Gaufey, Paris : E.P.E.L., 287 p., , .. En effet, dans sa réflexion sur ce stade ou cette phase, Lacan va reposer de manière tout à fait neuve un certain nombre de problèmes propres à la psychanalyse : sur la nature du moi, sur les rôles - pas toujours clairement séparés chez Freud - du moi idéal et de l'idéal du moi, mais aussi sur la nature du narcissisme, point crucial de la théorie psychanalytique.

Les stades du miroir

Lacan ayant commencé à travailler sur ce concept vers 1936 et l'ayant remanié jusqu'en 1960 environ, on comprendra aisément qu'il est impossible de réduire une réflexion de plus de vingt ans à une seule théorie. Il y aura par exemple le stade du miroir avant et après l'invention des trois ordres que sont le Réel, le Symbolique, et l'Imaginaire. Il y aura le stade du miroir avant et après l'invention de l'objet (a). Ce concept s'inscrira donc dans l'histoire de la réflexion lacanienne et, malgré sa célébrité qui pourrait laisser croire à quelque chose de simple et de réutilisable hors même du lacanisme, il faut pour le comprendre le resituer dans les problématiques propres à la pensée de son inventeur. Le stade du miroir est avant tout une réflexion sur deux concepts : celui de corps propre, le terme (wallonien) de corps propre désignant l'intuition de l'unité de sa personne par le bébé, et celui de représentation - c'est-à-dire à la fois la capacité à organiser les images et à se situer dans l'ordre de ces images. Lacan affirme que l'enfant anticipe sur son unité corporelle pas encore physiologiquement accomplie - du fait de la maturation incomplète du système nerveux - en s'identifiant à une image extérieure qu'il a été capable de différencier des autres : la sienne. Pour avoir pu différencier son image de celle des autres, il a fallu qu'il comprenne la différence entre l'image (au sens de tout ce qui est vu) et la représentation - l'image qui est mise à la place de ce qu'elle figure. Ma propre image dans le miroir ne peut être en effet qu'une représentation, elle me montre ce qu'en aucun cas je ne saurai voir directement, sans utiliser d'artifice. C'est ainsi que l'on peut comprendre une première différence entre le Je, celui qui voit son image et qui s'identifie à celle-ci, et le moi, l'image à laquelle l'enfant s'identifie. Version finale du schéma du stade du miroir selon Lacan. S barré : le sujet divisé. M (miroir) : A : le grand Autre. C : le corps propre. a : l'objet du désir. i'(a) : moi idéal. S : sujet de l'imaginaire. I : idéal du moi. Cela découvre le sens de l'identification pour Lacan : c'est une tension entre un Je, qu'il renommera plus tard sujet de l'inconscientIl ne laissera d'ailleurs plus guère de place au concept de Je à proprement parler, ne lui donnant plus que le statut de shifter au sens ou ce terme est utilisé en grammaire anglaise, et qui est bien rendu par une de ses traductions française, « embrayeur »., et un moi toujours social, posé dans l'ordre de la logique (puisque le corps distingué comme étant le corps propre l'est du fait d'une induction logique) et dans l'ordre social (plus tard Lacan soulignera l'importance du fait que l'assentiment d'un adulte soit donné à ce qui n'est qu'une intuition d'identification). Le stade du miroir, c'est donc l'aliénation active du sujet à une image, image qui ne peut servir à ce processus d'identification que si elle est reconnue à la fois comme artificielle par l'enfant et désignée comme représentation adéquate par l'adulte. On croit parfois que le stade du miroir dévoile un moment du développement de l'enfant. Or ce qu'il entend dévoiler c'est la dynamique même de l'identification, dynamique qui reste la même tout au long de l'existence. Il décrit la structure - que Lacan appelle encore paranoïaque en 1949 - du sujet, divisé entre le Je, bientôt le sujet de l'inconscient, et le moi. Le Moi est redéfini comme une instance qui relève de l'image et du social, pur mirage, mais mirage nécessaire.

Le stade du miroir est-il un concept lacanien ?

On a beaucoup parlé des emprunts que Lacan avait l'habitude de faire à ses contemporains. Concernant le stade du miroir, les pages d'Henri Wallon dans Les origines du caractère chez l'enfantHenri Wallon, Les origines du caractère chez l'enfant : les préludes du sentiment de personnalité, Paris : Quadrige/Presses universitaires de France, 1998, 301 p., sont régulièrement citées, ainsi que les origines Kojéviennes de la définition dynamique de l'identification conçue comme mouvement. Élizabeth Roudinesco rappelle aussi que la distinction Moi/Je qu'opère Lacan dans différents textes et très importante pour sa réflexion a certainement pour origine les remarques d'Édouard Pichon sur la difficulté qu'il y avait à traduire le Ich de Freud systématiquement par moi alors que dans certains contextes, le Je paraissait plus adaptéNéanmoins, Guy le Gaufey, dans l'ouvrage sus-cité, souligne que cette distinction peut tout aussi bien venir d'un contexte tout à fait différent, c'est-à-dire la lecture des conférences -dont toute l'intelligentsia parisienne parlait à l'époque- données sous le titre de Méditations cartésiennes par Edmund Husserl et récemment traduites par Pfeiffer et Lévinas en 1931 (aux éditions Vrin).. Néanmoins, sans nier l'apport de tous ces penseurs, la réflexion lacanienne sur le stade du miroir n'a que peu à voir avec la dialectique du développement que l'on retrouve chez Henri Wallon, qui se contrefiche des problèmes conceptuels concernant l'identification en psychanalyse, comme il ne s'intéresse pas au narcissisme, ni à la nature imaginaire ou non du moi ou de l'objet du désir. Si l'on peut supposer une importance considérable de l'hégélianisme à la manière de Kojève, celle-ci s'efface dés 1954, peu de temps après l'entrée en jeu des concepts de Réel, Symbolique et Imaginaire. Quant à l'apport de Pichon concernant la distinction Je/Moi, on sait que cette distinction subira des aventures conceptuelles bien éloignées des considérations théoriques de l'aimable grammairien. Lacan a emprunté a Kojève, à Wallon, à Pichon, voire même à DaliEt ceci dés sa thèse lorsqu'il avança l'idée de connaissance paranoïaque.. Mais force est de constater que le stade du miroir selon Lacan n'a, au final, rien de Wallonien, de Kojèvien, de Pichonien ni de Dalinien.

Le retour à Freud

Premier plan : Sigmund Freud, Stanley Hall, Carl Gustav Jung. Arrière plan :Abraham Arden Brill, Ernest Jones, Sandor Ferenczi. L'enseignement de Jacques Lacan débute sur un mot d'ordre d'apparence simple, celui du retour à Freud. La volonté même d'un retour à Freud suppose que Lacan considérait qu'il y avait un besoin de retourner à Freud, de le retrouver, et qu'il mettait implicitement en cause la qualité de l'enseignement des psychanalystes et des théoriciens de la psychanalyse de son époque. En effet, Lacan s'opposa dés ses débuts à ce qu'il considérait comme une dérive de la psychanalyse : l'ego-psychologyVoir en particulier le Séminaire, tome I., représentée par Anna Freud et Rudolph Loewenstein. Outre les différents théoriques avec ses pairs, ce qui caractérise l'attitude de Lacan dans son retour à Freud, c'est une lecture qui ne cherche pas à rester dans l'orthodoxie freudienne, mais plutôt à dégager ce qu'il y a d'original dans Freud, ainsi que le formule Jean-Michel RabatéJean-Michel Rabaté in Lacan, ouvrage collectif (sous la direction de Jean-Michel Rabaté), coll. les compagnons philosophiques, Bayard, Paris, 2005, (ISBN 2227474963). Traduction de l'anglais The cambridge companion to Lacan, Cambridge University Press, 2003. : « De même qu'Althusser se demandait comment lire Marx de façon “symptomatique”, en séparant ce qui est authentiquement “marxiste” de ce qui est purement “hégelien” dans ses écrits, Lacan se demande où et comment repérer les textes où Freud se montre authentiquement “freudien”. » C'est en prenant en compte cette remarque de Jean-Michel Rabaté que l'on peut comprendre l'attitude de Lacan, autrement contradictoire, qui se réclame de Freud tout en se moquant ouvertement d'idées auxquelles le fondateur de la psychanalyse croyait fermement (comme la possibilité de réduire la psychologie, en dernière analyse, à la biologieSe reporter au Discours de Rome.). Le retour à Freud ne consiste donc pas seulement en une critique de l'enseignement des élèves de Freud, mais en une critique - au sens étymologique, opérer un choix entre le bon et le mauvais - de l'enseignement de Freud, qui lui aussi n'a pas toujours su, selon une optique Lacannienne, rester fidèle à lui-même ou explorer les conséquences dernières de ses découvertes. Ainsi engagé, le retour à Freud pouvait-il ne pas aboutir à une théorie bien différente de celle de Freud ? C'est bien en tout cas dans cette manière très particulière de concevoir son retour à Freud que l'on peut saisir le paradoxe de la pensée lacanienne, qui retourne toujours à Freud, qui s'en réclame, et qui pourtant, pour des raisons parfois historiques - la linguistique n'avait pas du temps de Freud l'audience qu'elle aura dans les années cinquante - et souvent théoriquesCharles Melman affirmera même : "En premier lieu, il s'est agi pour Lacan de souligner ce que Freud n'a pas pu ou n'a pas osé faire, à savoir montrer combien le langage est ce qui ordonne notre rapport au monde aussi bien qu'à nous-même." in Collectif , Quartier Lacan , Témoignages sur Jacques Lacan, L'Espace Analytique, Denoël, 2001, 106 p., ., en diffère considérablement.

Le concept de structure

Un des apports de Lacan à la psychanalyse est sa tentative de l'intégrer à la perspective structuraliste. Lacan a affirmé à plusieurs reprisesPar exemple : "Comme nous-même faisons du terme de structure un emploi que nous croyons pouvoir autoriser de celui de Claude Lévi-Strauss". Cf. Perspectives structurales, in La psychanalyse, 1961, N° 6, pp. 111-147. devoir sa conception de la structure à Claude Lévi-Strauss. Par ailleurs, la thèse de Claude Lévi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté, est l'ouvrage écrit par un contemporain le plus cité dans les séminaires de LacanCollectif, Index des noms propres et titres d'ouvrages dans l'ensemble des séminaires de Jacques Lacan, EPEL, Paris, 1998, p 66.. Il convient donc, sans pour autant admettre sans critique préalable que la structure de Lacan et la structure de Lévi-Strauss sont les mêmes, de s'intéresser à la définition du terme de structure que Lévi-Strauss peut développer dans l'ouvrage en question. Nœud borroméen illustrant l'intrication du Réel, du Symbolique et de l'Imaginaire au sens lacanien. La définition illustrant de la manière la plus complète le sens que l'anthropologue français donne à ce terle est certainement celle-ci : « Les institutions humaines elles aussi sont des structures dont le tout, c'est à dire le principe régulateur, peut-être donné avant les parties, c'est à dire cet ensemble complexe constitué par la terminologie de l'institution, ses conséquences et ses implications, les coutumes par lesquelles elle s'exprime et les croyances auxquelles elle donne lieu. Ce principe régulateur peut posséder une valeur rationelle sans être conçu rationnellement ; il peut s'exprimer de façon arbitraire, sans pour autant être privé de signification. »Claude Lévi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté, Mouton de Gruyter, Berlin - New York, 1967, 591 p., De cette longue définition ressort que le « tout » de la structure en est le principe régulateur, indépendant des parties. La structure chez Lévi-Strauss est structure logique, c'est un ensemble de relations entre des termes au final interchangeables. Cela n'a strictement rien à voir avec l'idée de structure architecturale, ou toute idée de construction fortement connotée par ce terme et souvent improprement utilisé en psychologie (structure fragile, solide, etc.). Selon Lacan, ce principe régulateur, la structure du sujet, c'est l'intrication de trois fonctions : le Réel, le Symbolique, l'Imaginaire (ce qu'il appellera R.S.I). Il représentera en 1972 cette intrication des trois fonctions par le nœud borroméen (qu'il appellera aussi le noeud-bo). Il suffit que n'importe lequel parmi les trois anneaux soit rompu pour que tous les anneaux soient indépendants. Ce « tripode R.S.I », comme il sera appelé par Lacan lui-même, fera partie des quelques concepts à ne pas être abandonné en route ou profondément remanié, il est une intuition fondamentale de Lacan, et il lui servira de grille de lecture pour comprendre les phénomènes psychiques.

L'importance du langage

La bataille de San Romano, Paolo Ucello. Dans le séminaire V, Lacan s'appuie sur cette scène de bataille et sur une histoire drôle pour illustrer une des particularités du symbolique : la généricité (ou la stéréotypie). Élève et analysé de Jacques Lacan, Charles Melman affirme dans un ouvrage de témoignages : « En premier lieu, il s'est agi pour Lacan de souligner ce que Freud n'a pas pu ou n'a pas osé faire, à savoir montrer combien le langage est ce qui ordonne notre rapport au monde aussi bien qu'à nous-même. »Charles Melman, in Collectif , Quartier Lacan : Témoignages sur Jacques Lacan, L'Espace Analytique, Denoël, 2001, 106 p., . La pensée de Lacan pourrait être définie comme une théorie structurale du désir et du langage. Théorie du désir, parce que l'essence de l'homme est le désir pour le lecteur de Spinoza que sera Lacan toute sa vie. Théorie du langage, parce que c'est par celui-ci que l'on a accès à l'inconscient. Théorie structurale, car le langage répond à des logiques internes que les recherches linguistiques du vingtième siècle ont réussi à sous le terme de structure« La structure, c'est le langage. » disait Lacan dans sa seule intervention pour la télévision, cf. Télévision, réalisation Benoît Jacquot, 1973. Disponible sur .. Or, la structure, pour Lacan, c'est à la fois ce qui produit et ce qui est la réalité de l'inconscient. Car l'inconscient lacanien n'est pas un stock de non-conscient, c'est un ensemble de processus actifsPour une exposition assez pédagogique de cette conception d'un inconscient actif, opposé à l'inconsient topique, simple lieu accueillant des contenus non-conscients, on peut se reporter aux réponses données par Lacan aux questions posées par les étudiants de la Faculté des Lettres de Paris in Cahiers pour l’analyse, n° 3, Paris, Seuil, octobre, 1975.. Ainsi, lorsque Lacan avance la théorie des trois ordres (Réel, Symbolique, Imaginaire), il le fait en s'appuyant sur ses réflexions concernant la nature, non du langage en général, mais de l'humain, l'être parlant (qu'il surnommera le parlêtre). Le fait d'apprendre le langage nous coupe en quelque sorte du monde : ainsi naît le Réel, ce qui ne peut être nommé, ce qui ne relève pas du langage. Le langage dans lequel nous naissons contient des valeurs, il organise le monde dans lequel nous vivrons avant même que nous soyons néOn peut voir dans cette théorie l'influence de Claude Lévi-Strauss, mais aussi celle, plus rare chez Lacan, de Ludwig Wittgenstein. En effet, ce dernier a donné tout un cours, édité sous le titre de Remarques sur les couleurs (traduction de Bemerkugen über die Farben par Gérard Granel et Élizabeth Rigal, Mauvezin : Trans-Europ-Repress, 1984, 133 p.) où il souligne le fait que certaines tribus n'ont que deux mots pour les couleurs (un pour les couleurs chaude et un autre pour les couleurs froides) et sont incapables de reconnaître, au sein des couleurs chaudes, le jaune de l'orange, par exemple., cette dimension organisatrice et de distribution de la valeur, Lacan l'appelle le symbolique. Quant à l'imaginaire, il désigne la manière dont le sujet se perçoit par le truchement des autres et du langage dans lequel il se trouve. La théorie lacanienne est à ce point tournée vers le langage qu'on peut en déceler l'importance dés son travail sur le stade du miroir. Car lorsque l'enfant fait la différence entre l'image et la représentation, qui est exactement ce que décrit le stade du miroir, il ne fait rien d'autre que découvrir le signe, c'est-à-dire ce qui est mis là pour autre chose, qui désigne cette chose et qui pourtant ne l'est pasDans ce sens, on peut rapprocher le stade du miroir et le travail de Jerome Bruner sur l'attention conjointe chez le nourisson, qui représente pour lui le début de l'accession au langage et la structure relationelle sur laquelle l'aprentissage de la langue pourra s'appuyer..

Débats sur la conception lacanienne des liens entre langage et inconscient

Le psychanalyste Alain CostesAlain Costes, Lacan, le fourvoiement linguistique : la métaphore introuvable., éd. PUF, collection Voix nouvelles en psychanalyse, Paris, 2003, 235 p., ., affirme en premier lieu que l'identification du concept freudien de déplacement à celui, linguistique, de métaphore, et symétriquement de la condensation (toujours au sens de Freud) à la métonymie, est impossible. Reprenant une critique faite à Lacan avec récurrence, il ajoute que dans la topique freudienne, le langage relève du niveau préconscient et non de l'inconscient. Il affirme ainsi que Lacan n'est pas du tout freudien dans sa conception de l'inconscient. Le linguiste Georges Mounin affirmait quant à lui, dans un article ayant fait beaucoup de bruitGeorges Mounin, Quelques traits du style de Jacques Lacan, la Nouvelle Revue française (1er janvier 1969, p.84-92)., que Lacan mésusait des concepts saussurien, et que son enseignement à l'ENS "ruinait quinze ans d'enseignement" de la linguistique dans cette école. Un autre linguiste, Michel Arrivé, tout en soulignant les différences entre le signe lacanien et le signe saussurien, ne les considère pas comme des distorsions mais comme l'adaptation que nécessite la transposition d'un univers conceptuel à un autreMichel Arrivé, Signifiant saussurien et signifiant lacanien, Langages, (VOL.19, N°77, 1985)..

Critiques scientifiques

Un tore est engendré par la rotation d'un cercle autour d'un autre cercle. Alan Sokal et Jean Bricmont, dans un ouvrage communSokal et Bricmont, Impostures intellectuelles, éd. Odile Jacob, 1997, 276 p. ., épinglent les abus ou les mésusages de termes scientifiques par des penseurs d'importance tels Baudrillard, Deleuze, Serres et consacrent leur premier chapitre à Lacan. Ils soulignent que Lacan ne donne jamais de justification à son utilisation de surfaces étudiées en topologie pour traiter ou décrire la « jouissance » (considérée comme un espace au sens topologique du terme) ou la « structure du névrosé » (censée être un tore). Ils soulignent que l'usage de la métaphore étant généralement de rendre plus accessible le propos, parler de bouteille de Klein, de tore ou de cross-cap ne semble pas de nature à rendre celui-ci plus accessible. Ils épinglent ensuite l'usage de termes mathématiques issus de l'arithmétique qui, faisant fi de leur définition technique, se réclament de leur rigueur, par exemple : Étant donné que zéro est un nombre entier et que tous les nombres entiers sont aussi des nombres rationnels, c'est à dire peuvent être obtenus par une fraction de deux nombres entiers, on voit difficilement le sens d'une telle affirmation. Autant écrire « La vie humaine pourrait être définie comme un calcul dans lequel zéro ne serait pas un nombre entier ». Lacan parle pour introduire cette phrase de métaphore mathématique et, bien qu'une métaphore mathématique reste quelque chose à définir, la phrase n'en semble pas moins dénuée de sens une fois traduite en langue vulgaire. Pour finir, les auteurs s'intéressent à l'usage des paradoxes concernant les fondements des mathématiques (paradoxes de Russel ou de Cantor). Tout en admettant que les mathématiques sont dans ce domaine moins maltraitées, il soulignent « qu'aucun argument n'est donné pour relier ces paradoxes appartenant aux fondements de la mathématique et “la béance qui constitue le sujet” en psychanalyse »Sokal et Bricmont, Impostures intellectuelles, p. 36.. Sokal et Bricmont affirment néanmoins : « Nous ne prétendons pas juger la psychanalyse de Lacan, la philosophie de Deleuze ou les travaux concrets de Latour en sociologie. Nous nous limitons aux énoncés qui se rapportent soit aux sciences physiques et mathématiques, soit à des problèmes élémentaires en philosophie des sciences. » Sokal et Bricmont, Impostures intellectuelles, éd. Odile Jacob, 1997, p 20-21, . À chacun donc de juger en quoi les affirmations critiquées sont repésentatives de l'œuvre étudiée.

Lacan et la philosophie

La question des rapports entre l'œuvre de Lacan et la philosophie peut se poser de différentes manières. On peut en premier lieu se questionner sur l'influence de la philosophie dans le parcours intellectuel de Lacan et sur ce que celui-ci a pu emprunter aux différents penseurs dont il faisait la lecture. Mais on peut aussi s'interroger sur l'importance du travail de Lacan pour la philosophieC'est ce que fit Alain Juranville dans son ouvrage Lacan et la philosophie, Paris : Presses universitaires de France, 1984, 495 p., ., voire, avec Jean-Pierre Cléro, se demander s'il existe une philosophie de Jacques Lacan.

Importance des références philosophiques dans l'œuvre de Jacques Lacan

Le problème de l'importance et de l'influence possible de la philosophie dans l'œuvre de Lacan est complexe. Il est indéniable que la philosophie de Hegel (revue et corrigée par Kojève) a eu une importance considérable dans le cheminement intellectuel de Lacan. Ses rencontres avec Heidegger, et sa co-traduction de l'article Logos avec une amie germaniste montre l'intérêt qu'il aura porté a une philosophie dont on retrouve les traces dans ses séminairesOn peut prendre pour exemple les digressions sur le concept de présence que l'on trouve dans le premier séminaire de Lacan. Leur relation avec les réflexions sur l'« ouvertude de l'être » dans la première partie de Être et Temps de Heidegger est assez évidente. Alain Juranville, dans l'ouvrage cité plus haut, affirme quant à lui que cette influence se voit surtout dans le concept de Réel.. Il n'est pas douteux que ses relations avec Merleau-Ponty ont été d'une importance considérable, ne serait-ce que parce que ce dernier aura encouragé une redécouverte de Saussure, mais son influence en tant que philosophe reste à démontrer. Jean-Pierre CléroJ-P Cléro, Lacan : y a-t-il une philosophie de Lacan, Paris : Ellipses, 2006, 175 p., mais aussi Le vocabulaire de Jacques Lacan, Paris : Ellipses, 2002, 93 p., . a souligné l'importance de la théorie des fictions de Bentham dans l'élaboration de la pensée lacanienne (que l'on se souvienne à ce propos de la phrase de Lacan : "La vérité a structure de fiction."). Le concept de Réel aurait aussi été forgé en pensant à l'usage qu'en fait Georges Bataille dans ses ouvragesLe livre Théorie de la religion, (Paris : Gallimard, 1973-1986, 159 p., ) donne un exposé systématique de la pensée de Georges Bataille, dans lequel ce concept de réel, proche de l'usage qu'en fait Lacan, est primordial., qu'à défaut de catégorie où faire entrer ce dernier, on peut classer comme philosophe. Malgré ses nombreuses amitiés avec des philosophes, malgré une culture philosophique certaine et les nombreuses références faites dans ses séminaires à des philosophes et à leurs concepts, Lacan affichera avec persistance une méfiance, voire une défiance -qu'il partage d'ailleurs avec Freud- envers la discipline fondée par Socrate« Et d'autre part il maintient absolument l'opposition au discours philosophique qui fut celle de Freud (pour Freud la philosophie est tout à fait comparable au délire paranoïaque). » Alain Juranville, Lacan et la philosophie, Paris : Presses universitaires de France, 1984, 495 p., .. Lacan agît plus envers la philosophie comme si elle était une boîte à outils où il pourrait aller piocher des concepts qu'il recyclerait à la mode de l'inconscient lacanien.

Importance de l'œuvre de Lacan pour la philosophie

Lacan étant mort en 1981, il est encore difficile de déterminer l'importance de sa pensée dans des champs qui lui sont extérieurs. Il faut avant tout faire la part de l'importance objective d'une pensée pour la réflexion philosophique en général de celle de la postérité philosophique qu'un auteur peut effectivement avoir. Il n'est possible de traiter que du deuxième point. Alain Juranville, en affirmant que Lacan révolutionne le concept même de vérité en introduisant l'idée que la vérité serait nécessairement partielle, est le seul à avancer sur une hypothèse sur l'importance objective de l'oeuvre de Lacan pour la philosophieIl faut donc se reporter à son ouvrage Lacan et la Philosophie, loc. cit., pour une étude fouillée de cette hypothèse.. Pour ce qui concerne l'influence de Lacan sur les philosophes en général, on ne saurait dire qu'elle aie été importante de son vivant. Néanmoins, ses travaux sont de plus en plus repris aux états-unis dans le champ des cultural studies, en partie parce que Judith Butler, après Juliet Mitchel, a utilisé des concepts lacaniens pour son travail de critique philosophique des processus de socialisation et des rapports de force dans la société contemporaine. D'un point de vue plus européen, Slavoj Žižek et Giorgio Agamben sont les deux philosophes les plus connus à se réclamer ouvertement de Lacan dans leur réflexion philosophique.

Lacan et le féminisme

L'affirmation de la primauté du phallus parmi les autres signifiants a fait considérer à certains et certaines que son approche était phallo-centrée. Lacan de ce fait a toujours souffert d'une mauvaise réputation dans les mouvements féministes et de libération sexuelle. Il a été critiqué sur ce point par Luce IrigarayLuce Irigaray, Ce sexe qui n'en est pas un, Paris : Éditions de Minuit, 217 p., 1977, . Cet avis n'est pourtant pas partagé unanimement. Juliet Mitchell, dans un ouvrage de 1975Juliet Mitchell, Psychanalyse et féminisme, trad. Françoise Basch, Françoise Ducroq, Catherine Léger, paris, Éditions de Femmes, 1975. Cette même auteure, assistée de Jacqueline Rose, a par ailleurs traité plus spécifiquement de la question dans Feminine sexuality : Jacques Lacan and the ecole freudienne, Londres, Macmillan Press, 1983, 187 p., . Ouvrage non traduit., considère que la théorie lacanienne et le féminisme ne sont pas incompatibles. Plus récemment, les travaux de Lacan ont été utilisés par Judith Butler
Bodies that matters, On the discursive limits of sex'', New York : Routledge, 288 p., 1993, .. Quant à l'idée d'un phallo-centrisme présumé de la théorie lacanienne, il suffit de se souvenir que Lacan, pour définir la différence entre les sexes, affirme que les hommes croient avoir le phallus quand les femmes croient en manquer, alors que personne ne le possède et que tous le désirentSéminaire, tome V, Les formations de l'inconscient, Seuil, Paris, 1998, 517 p., . Lacan définit donc la masculinité comme le fait de croire posséder le phallus, et la féminité, non par le manque de phallus, mais par la croyance au manque de phallus, qu'il faut distinguer du pénis. Car le phallus lacanien n'est qu'un signifiant, le signifiant de la complétude.

Le Livre noir de la psychanalyse

Cet ouvrage ne consacre que deux chapitres à Lacan, dont un à la critique des arguments des commentateurs qui « défendent » le style de Lacan. Donc un seul chapitre traite de Lacan directement, sous le titre de Lacan ventriloqueMikkel Borch-Jacobsen, « Lacan ventriloque », in Le livre noir de la psychanalyse, sous la direcion de Catherine Meyer, éd. des arènes, pp 264-268, Paris, 2005, . . Le chapitre entier ne comporte qu'une seule référence, renvoyant à l'ouvrage de Borch-Jacobsen sur LacanMikkel Borch-Jacobsen, Lacan, le maître absolu, éditions Flammarion, 1990, 338 p., .. Selon celui-ci, Lacan ne serait pas du tout freudien, son enseignement attribuerait à Freud les dernières thèses des grands penseurs contemporains de Lacan (Sartre, Bataille, Heidegger, Kojève, Blanchot, Merleau-Ponty...). Lacan est présenté comme un philosophe qui se fait passer pour psychanalyste et dont la théorie n'a aucune parenté avec celle de Freud. Bien que les prétentions de Lacan à être le gardien de l'esprit ou de la lettre de Freud ont été largement critiquées dans différents milieux psychanalytiques, l'opinion de Borch-Jacobsen reste des plus minoritaires chez les psychanalystes, même non lacaniensSur cette question, se reporter au petit livre de Gilbert Diatkine, Jacques Lacan, P.U.F, coll. Psychanalystes d'aujourd'hui, Paris, 1997, . Cet ouvrage, bien qu'assez critique envers Lacan, souligne l'importance de son apport, bien au-delà des seuls psychanalystes lacaniens.. Le propos de l'auteur, qui fait de Lacan un philosophe plagiaire, laisse les philosophes eux aussi dans un doute circonspectVoir Alain Juranville, Lacan et la philosophie, éd. PUF, Paris, 1984, 495 p., et Jean-Pierre Cléro, Y a-t-il une philosophie de Jacques Lacan, Ellipses, Paris, 2006, 175 p., ..

Bibliographie

Biographies/Éléments biographiques

Ouvrages de référence

-Élisabeth Roudinesco, Jacques Lacan : esquisse d'une vie, histoire d'un système de pensée, Paris, Fayard, 723 p., 1993, .
-Élisabeth Roudinesco, Histoire de la psychanalyse en France, tome 2, Paris, Fayard, 777 p., 1994,

Ouvrages complémentaires

-Collectif, Quartier Lacan, Témoignages sur Jacques Lacan, L'Espace Analytique, Denoël , 2001, .
-Sybille Lacan, Un père : puzzle, éditions Gallimard, 105 p., Paris, 1994, .
-Mikkel Borch-Jacobsen, Lacan, le maître absolu, Paris, Flammarion, 1990, 338 p., .

Ouvrages de Jacques Lacan

La grande majorité des séminaires et des écrits de Lacan est disponible sur internetPour les textes cités dans cet article, on peut se reporter au site ou à celui de l'école lacanienne de psychanalyse . Les écrits sont la partie aboutie et condensée de la pensée de Lacan, tandis que les séminaires montrent la pensée de Lacan en acte, avec des avancées, des reculs, des hésitations.
-Jacques Lacan, Écrits, éditions du seuil, deux volumes, Paris, 1966, réed. 1999, .

Ouvrages utilisés ou commentés par Lacan

-Sigmund Freud, L'Interprétation des rêves, Paris, Presses universitaires de France, 1987, 573 p., .
-Sigmund Freud, Cinq psychanalyses, Paris, Presses Universitaires de France, 1993, 422 p., .
-Sigmund Freud, Le mot d'esprit dans sa relation à l'inconscient, Paris, Gallimard, 1974, 409 p., .
-Platon, Le banquet, traduction de Luc Brisson, Paris, garnier-flammarion, 1999, 261 p., .
-Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Phénoménologie de l'esprit, traduction jean Hyppolite, Paris, Aubier, éditions Montaigne, 1939-41, réedition 1977, deux volumes.
-Claude Lévi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté, Paris, La Haye, Mouton et Co., 1967, 594 p.,
-Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique générale, Paris, Payot, 1972, 510 p.
-Roman Jakobson, Éssais de linguistique générale, éditions de minuit, Paris, 1963.

Commentaires et critiques

Ouvrages généraux

-Joël Dor, Introduction à la lecture de Lacan : 1. L'inconscient structuré comme un langage. 2. La structure du sujet, Paris, Denoël, 2002, 555 p., .
-Gilbert Diatkine, Jacques Lacan, P.U.F, coll. Psychanalystes d'aujourd'hui, Paris, 1997, .
-Collectif, Lacan, sous la direction de Jean-Michel Rabaté, Bayard, coll. les compagnons philosophiques, Paris, 2005, .

Ouvrages traitant d'un thème spécifique

-Michel Arrivé, Langage et psychanalyse, linguistique et inconscient, coll. Linguistique nouvelle, éditions P.U.F, Paris, 1994, .
-Alain Costes, Lacan, le fourvoiement linguistique : la métaphore introuvable, PUF, Paris, 2003, 235 p., .
-Guy le Gaufey, Le lasso spécualire : une étude traversière de l'unité imaginaire, Paris, E.P.E.L, 1997, 287 p., .
-Alain Juranville, Lacan et la philosophie, Paris : Presses universitaires de France, 1984, 495 p., .
-Alan Sokal et Jean Bricmont, Impostures intellectuelles, éd. Odile Jacob, 1997, 276 p. . ==
Sujets connexes
Abbaye d'Hautecombe   Abbaye de Bonneval   Action française   Alan Sokal   Alexandre Kojève   Aliénation   Angelus Silesius   Anna Freud   Association psychanalytique de France   Bataille   Benoît Jacquot   Bentham   Bourgeoisie   Bouteille de Klein   Bruno Latour   Carl Gustav Jung   Charles Maurras   Charles Melman   Claude Lévi-Strauss   Collège Stanislas   Courant   Critique   Dali   Daniel Lagache   Deleuze   Didier Anzieu   Désir   Edmund Husserl   Ego-psychology   Ernest Jones   Espace   Ferdinand de Saussure   Foi   François Perrier   Françoise Dolto   Gaëtan Gatian de Clérambault   Georg Cantor   Georg Wilhelm Friedrich Hegel   Georges Bataille   Georges Mounin   Giorgio Agamben   Henri Ey   Henri Wallon (1879-1962)   Hypnose   Impostures intellectuelles   Inconscient   Induction   Institution   International Psychoanalytical Association   Jacques-Alain Miller   Jakobson   Jean-Bertrand Pontalis   Jean-Martin Charcot   Jean Bricmont   Jean Hyppolite   Jean Laplanche   Jean de La Croix   Jerome Bruner   Judith Butler   Juliette Favez-Boutonnier   Langage   Le Livre noir de la psychanalyse   Linguistique   Logique   Ludwig Wittgenstein   Magnus Enckell   Marie Bonaparte   Maurice Merleau-Ponty   Michel Foucault   Mikkel Borch-Jacobsen   Mirage   Moi   Moi idéal   Métaphore   Métonymie   Narcisse   Narcissisme   Nombre rationnel   Objet a   Paris   Parole   Pensée   Philosophe   Philosophie   Piera Aulagnier   Pierre Macherey   Pierre Mâle   Plagiat   Platon   Psychanalyse   Psychanalyse en France   Psychanalyste   Psychiatrie   Psychisme   Raymond Aron   Raymond Queneau   Roland Barthes   Roman Jakobson   Rudolph Loewenstein   Réel symbolique imaginaire   SFP   SPP   Saint Paul   Saussure   Serge Leclaire   Serres   Sigmund Freud   Signe   Slavoj Žižek   Sociologie   Société française de psychanalyse   Société psychanalytique de Paris   Socrate   Sorbonne   Stade du miroir   Structuralisme   Structure   Suggestion   Surface   Terminologie   Théorie   Topologie   Tore   Tout   Tripode   Université   Valeur   Vase de Soissons   Ventriloque  
#
Accident de Beaune   Amélie Mauresmo   Anisocytose   C3H6O   CA Paris   Carole Richert   Catherinettes   Chaleur massique   Championnat de Tunisie de football D2   Classement mondial des entreprises leader par secteur   Col du Bonhomme (Vosges)   De viris illustribus (Lhomond)   Dolcett   EGP  
^