Révolution de Février

Infos
La révolution de Février est la première étape de la révolution russe de 1917. Elle conduit à l'abdication du tsar Nicolas II de Russie, à l'effondrement de la Russie impériale et à la fin de la dynastie des Romanov. Un gouvernement provisoire dirigé par le Georgy Lvov remplace le régime tsariste, puis Alexandre Kerensky remplace le prince Lvov après les journées de juillet. La révolution de Février a éclaté dans la spontanéité et l'improvisation. Les tensions
Révolution de Février

La révolution de Février est la première étape de la révolution russe de 1917. Elle conduit à l'abdication du tsar Nicolas II de Russie, à l'effondrement de la Russie impériale et à la fin de la dynastie des Romanov. Un gouvernement provisoire dirigé par le Georgy Lvov remplace le régime tsariste, puis Alexandre Kerensky remplace le prince Lvov après les journées de juillet. La révolution de Février a éclaté dans la spontanéité et l'improvisation. Les tensions qui se sont accumulées ont finalement explosé sous la forme d'une révolution, avec Petrograd comme foyer de l'activité. Elle a été suivie la même année par la révolution d'Octobre, entraînant la prise de pouvoir par les Bolcheviks et un changement dans les structures sociales de la Russie, tout en ouvrant la voie à la création de l'URSS.

Causes

La Première Guerre mondiale mit la Russie, incapable de soutenir économiquement une longue épreuve, en un état de crise d'où sortit la révolution de 1917. Après des succès rapides des troupes russes au cours de la première année, la situation changea en raison des difficultés d'adaptation à une économie de guerre moderne. En mai 1915, les armées russes avaient dû reculer puis, pendant l'hiver 1915-1916, le front se stabilisa. À l'arrière, la situation intérieure se dégradait ; les grèves se multipliaient dans les usines (plus d'un million de grévistes en 1916), ainsi que les accrochages avec la police. Les mesures de mobilisation provoquaient en 1916 une terrible révolte au Kazakhstan. La faiblesse du gouvernement et le discrédit du tsarisme expliquent la portée des événements de février 1917Roger Portal, « Russie (histoire) », Encyclopædia Universalis.. Le mois de février 1917 rassemble toutes les caractéristiques pour une révolte populaire : hiver particulièrement froid, pénurie alimentaire, lassitude face à la guerre… Un rapport de l'Okhrana sur la situation dans la capitale au début de l'année 1917 se concluait ainsi : la société « aspire à trouver une issue à une situation politique anormale qui devient, de jour en jour, de plus en plus anormale et tendue »Michel Heller et Aleksandr Nekrich, L'Utopie au pouvoir. Histoire de l'URSS de 1917 à nos jours, Paris, Calmann-Lévy, 1982, p. 19..

Une révolution populaire et spontanée

Tout commence lors de grèves spontanées, début février, des ouvriers des usines de la capitale Petrograd. Les premiers incidents importants éclatent le 20 février, après l'annonce par les autorités de Petrograd de la mise en place d'un système de rationnement. Le même jour, la plus grande entreprise de Petrograd, l'usine d'armement Poutilov, en rupture d'approvisionnement, annonce le licenciement de milliers d'ouvriers. Les exigences économiques (« Du pain, du travail ! ») sont le déclencheur d'un mouvement revendicatif spontané qui, au départ, n'a rien de révolutionnaire. Le 23 févrierJusqu'en 1918, la Russie utilisait le calendrier julien, qui a 13 jours de retard sur le calendrier grégorien. Le 23 février de « l'ancien style » correspond donc au 8 mars du « nouveau style »., pour la Journée internationale des femmes, plusieurs cortèges de femmes (étudiantes, employées, ouvrières du textile des faubourgs ouvriers de Vyborg) manifestent dans le centre-ville de Petrograd pour réclamer du pain. Leur action est soutenue par des ouvriers, qui quittent le travail pour rejoindre les manifestantes. Les rangs des manifestants grossissent, les slogans prennent une tonalité plus politique. Aux cris contre la guerre, les grévistes ont mêlé des « Vive la République ! » et des ovations pour un régiment de cosaques refusant d'intervenirLouis Aragon et André Maurois, Les Deux Géants. Histoire des États-Unis et de l'URSS de 1917 à nos jours. Tome 3 : Histoire de l'URSS de 1917 à 1929, Paris, Éditions du Pont Royal, 1963, p. 30.. Le lendemain, le mouvement de protestation s'étend : près de cent cinquante mille ouvriers grévistes convergent vers le centre-ville. N'ayant reçu aucune consigne précise, les cosaques sont débordés et ne parviennent plus à disperser la foule des manifestants. Des meetings s'improvisent et, le 25 février, la grève est générale. Les manifestations vont en s'amplifiant. Les slogans sont de plus en plus radicaux : « À bas la guerre ! », « À bas l’autocratie ! ». Les confrontations avec les forces de l'ordre provoquent des morts et des blessés des deux côtés. Face à ce mouvement populaire et spontané, les rares dirigeants révolutionnaires présents à PetrogradLénine et Martov sont à Zurich, Trotsky est à New York, Tchernov à Paris, Tseretelli, Dan et Staline en exil en Sibérie. restent prudents, estimant, comme le bolchevik Alexandre Chliapnikov (membre du comité central du parti), qu'il s'agit là plus d'une émeute de la faim que d'une révolution en marche. Dans la soirée du 25, le Nicolas II ordonne de « faire cesser par la force, avant demain, les désordres à Petrograd ». Le refus de toute négociation, de tout compromis va faire basculer le mouvement en une révolution. Le Tsar mobilise les troupes de la garnison de la ville pour mater la rébellion. Le 26 février, vers midi, la police et la troupe ouvrent le feu sur une colonne de manifestants. Plus de cent cinquante personnes sont tuées, la foule reflue vers les faubourgs. Mais les soldats commencent à passer dans le camp des manifestants : la 4 compagnie du régiment Pavlovski ouvre le feu sur la police montée. Désemparé, n'ayant plus les moyens de gouverner, le Tsar proclame l'état de siège, ordonne le renvoi de la Douma et nomme un comité provisoire. L'insurrection aurait pu s'arrêter là mais, dans la nuit du 26 au 27 février, un événement fait basculer la situation : la mutinerie de deux régiments d'élite, traumatisés d'avoir tiré sur leurs « frères ouvriers ». La mutinerie se répand en l'espace de quelques heures. Au matin du 27 février, soldats et ouvriers fraternisent, s'emparent de l'arsenal, distribuent des fusils à la foule et occupent les points stratégiques de la capitale. Au cours de la journée, la garnison de Petrograd (environ 150 000 hommes) est passée du côté des insurgésLouis Aragon et André Maurois, Les Deux Géants, op. cit., p. 33..

La formation d'un double pouvoir

Assemblée du soviet de Petrograd. Les militants révolutionnaires tentent alors d'organiser et de canaliser le mouvement. Comme au cours de la révolution de 1905, la création d'un soviet pour fédérer ouvriers et soldats s'impose. Dans l'après-midi du 27 février, une cinquantaine de militants de tendances révolutionnaires différentes - bolcheviks, mencheviks, socialistes-révolutionnaires - organisent un Comité exécutif provisoire des députés ouvriers. Ce comité décide de la création d'un journal, les Izvestia, et appelle les ouvriers et les soldats de la garnison à élire leurs représentants. C'est l'acte de naissance du Soviet des députés ouvriers et des délégués des soldats de Petrograd, assemblée de six cents personnes environ. Le Soviet est dirigé par un comité exécutif composé de onze révolutionnaires qui se sont cooptés et présidé par le menchevik Tchkhéidzé. À Moscou, les nouvelles de Petrograd déclenchent la grève générale et provoquent l'élection d'un Comité révolutionnaire provisoire. Parallèlement à la constitution de ce soviet, se met en place un autre organe de pouvoir. Un groupe de députés de la Douma forme, le même jour, un Comité provisoire pour « le rétablissement de l'ordre gouvernemental et public »Michel Heller et Aleksandr Nekrich, L'Utopie au pouvoir, op. cit., p. 20.. Pour ce comité, la priorité est au retour à l'ordre, et d'abord, au retour des soldats mutinés dans leurs baraquements. Entre ce comité et le soviet de Petrograd, de longues négociations aboutissent, le 2 mars 1917, à un compromis. Le soviet reconnaît, en attendant la convocation d'une Assemblée constituante, la légitimité d'un gouvernement provisoire à tendance libérale, composé majoritairement de représentants du Parti constitutionnel démocratique (et ne comptant aucun socialiste dans ses rangs). Cependant, le gouvernement provisoire est sommé d'appliquer un vaste programme de réformes démocratiques, fondé sur l'octroi des libertés fondamentales, le suffrage universel, l'abolition de toute forme de discrimination, la suppression de la police, la reconnaissance des droits du soldat-citoyen et une amnistie immédiate de tous les prisonniers politiques. Nicolas II, en mars 1917, peu après la révolution qui a entraîné son abdication. Le compromis du 2 mars 1917 marque la naissance d'un double pouvoir, où s'opposent deux conceptions différentes de l'avenir de la société russe. D'un côté, le gouvernement provisoire est soucieux de faire de la Russie une grande puissance libérale et capitaliste et d'orienter la vie politique russe sur la voie du parlementarisme. De l'autre, les soviets tentent d'instaurer une autre façon de faire de la politique, en représentant de manière plus directe les « masses ». Jusqu'à ce compromis, l'incertitude régnait sur l'attitude qu'allaient adopter Nicolas II et les chefs militaires. Finalement, à la surprise générale, l'état-major fait pression sur le Tsar pour que celui-ci abdique « afin de sauver l'indépendance du pays et assurer la sauvegarde de la dynastie ». Le général Alexéïev, soutenu par les commandants des cinq fronts, le convainc en soutenant que l'abdication serait le seul moyen de poursuivre la guerre contre l'AllemagneIdem, p. 21.. Le 2 mars, Nicolas II renonce au trône en faveur de son frère, le grand-duc Mikhaïl Alexandrovich Romanov. Devant la protestation populaire, celui-ci renonce à la couronne le lendemain. En cinq jours, comme le résume l'historien Martin Malia, « sans avoir pu offrir la moindre résistance, l'Ancien Régime russe s'écroule comme un château de cartes »Martin Malia, La Tragédie soviétique. Histoire du socialisme en Russie, 1917-1991, Éditions du Seuil, coll. « Points Histoire », Paris, 1995, p. 136.. C'est de fait la fin du tsarisme, et les premières élections au soviet des ouvriers de Petrograd. Le premier épisode de la révolution a fait des centaines de victimes, en majorité parmi les manifestants. Mais la chute rapide et inattendue du régime, à un coût plutôt limité, suscite dans le pays une vague d'enthousiasme et de libéralisation, qui témoigne de la désaffection du peuple vis-à-vis du tsarisme.

Sources

- Nicolas Werth, « Révolution russe », Encyclopædia Universalis.

Notes et références

Voir aussi

- La « Révolution de février » est aussi le nom donné à la Révolution française de 1848. ===
Sujets connexes
Abdication   Alexandre Chliapnikov   Allemagne   Assemblée constituante   Autocratie   Bolchevik   Calendrier grégorien   Calendrier julien   Comité central   Cosaques   Douma   Dynastie   Encyclopædia Universalis   Fin du régime tsariste en Russie   Georgy Lvov   Gouvernement provisoire (Russie)   Insurrection   Izvestia   Kazakhstan   Libéralisme   Lénine   Léon Trotsky   Marc Ferro   Martin Malia   Michel Alexandrovich de Russie   Michel Heller   Mikhaïl Vassilievitch Alexéïev   Mutinerie   New York   Nicolas II de Russie   Nicolas Werth   Okhrana   Paris   Parti constitutionnel démocratique   Parti socialiste révolutionnaire (Russie)   Première Guerre mondiale   Richard Pipes   Roger Portal   Romanov   Russie   Russie impériale   Révolution   Révolution d'Octobre   Révolution française de 1848   Révolution russe   Révolution russe de 1905   Saint-Pétersbourg   Sibérie   Soviet   Suffrage universel   Tsar   Union des républiques socialistes soviétiques   Vyborg   Zurich  
#
Accident de Beaune   Amélie Mauresmo   Anisocytose   C3H6O   CA Paris   Carole Richert   Catherinettes   Chaleur massique   Championnat de Tunisie de football D2   Classement mondial des entreprises leader par secteur   Col du Bonhomme (Vosges)   De viris illustribus (Lhomond)   Dolcett   EGP  
^