Salon de peinture

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Historique

Les corporations

Jusqu’au milieu de , en France, les peintres, de même que d’autres métiers, étaient organisés en corporation. Ainsi à Paris, depuis 1391, ils faisaient partie de la corporation des « Peintres et tailleurs d’images ». On distinguait aussi, à cette époque, les « Arts mécaniques » des « Arts libéraux ». Les « Arts libéraux », suivant une classification remontant au , étaient subdivisés en deux catégories : le littéraire « Trivium » (regroupant la grammaire, la rhétorique et la dialectique) et le scientifique « Quadrivium » (avec l’arithmétique, la géométrie, la musique et l’astronomie). Les représentants des « Arts libéraux », caractérisés par leur « savoir », bénéficiaient d’un statut social privilégié. Les membres des corporations, vieilles organisations professionnelles venant du Moyen Âge, étaient rangés sous l’appellation des « Arts mécaniques ». Ils étaient détenteurs, eux, d’un « savoir-faire ». La connotation manuelle et commerciale (ils « tenaient boutique ») de ces métiers les plaçaient à un niveau social moins élevé. Ce sont des artisans. L’appellation « peintres » de la corporation des Peintres et tailleurs d’images, recouvrait aussi bien les « peintres de figures » que les « peintres en bâtiment », les premiers étant plus orientés vers la pratique artistique que les seconds. Or, au , la notion d’« art », bien connue dans l’Antiquité, mais ayant, avec le temps, perdu son contenu de « création d’œuvre d’art » au profit de celui d’habileté technique, reprend progressivement son sens premier. Les peintres de « figures » sont sensibles à cette évolution sémantique. Ils n’acceptent plus leur statut d’artisan, avec sa faible valorisation sociale et veulent élever leur métier au niveau des Arts libéraux afin d’échapper ainsi aux règlements de la corporation qu’ils estimaient contraignants pour leur créativité. En s’extrayant de cette structure, les peintres de figure voulaient promouvoir leur activité en mettant l’accent sur l’exercice d’un art. Ils souhaitaient également, pour garantir l’aspect artistique de leur profession, mettre en place une nouvelle pédagogie de formation des jeunes artistes pour remplacer la filière trop artisanale pratiquée dans la corporation, appelée aussi Maîtrise à cette époque.

Le rôle de l'Académie

Les peintres et sculpteurs du roi, avec à leur tête Charles Le Brun, vont entreprendre un long travail de lobbying (si le terme n’existait pas à l’époque, la méthode était déjà présente) auprès de Mazarin et de la reine (le roi Louis XIV avait à peine 10 ans) pour mettre en place une institution nouvelle répondant à ces revendications. Ils pouvaient d’ailleurs citer en exemple les précédents de Florence et de Rome, où les Princes au pouvoir avaient soutenu la création d’Académie de dessin, un siècle plus tôt déjà. Ils obtiennent gain de cause et en 1648, la création de l’Académie royale de peinture et de sculpture est approuvée. C’est ainsi qu’en 1648, l’Académie royale de peinture et de sculpture est créée à Paris. Elle se dote d’une structure, de personnels et d’une doctrine. La doctrine s’appuie sur la hiérarchie des Genres, héritée de l’Antiquité. Par ordre décroissant de prestige, cette hiérarchie place en tête la peinture d’histoire (profane, religieuse ou allégorique), ensuite la peinture de genres (mise en scènes d’êtres humains considérés dans leur existence quotidienne), le portrait, le paysage et la nature morte. On passe en fait de ce qui exige le plus d’imagination et de créativité, pour lequel il faut plus de talent, à ce qui est considéré comme de la copie pure du réel. Cette hiérarchie se retrouve dans les désignations du personnel de l’Académie qui, rappelons-le, a une importante fonction d’enseignement. Seuls les peintres d’histoire ont accès aux fonctions d’« officiers » : professeurs, adjoints à professeur notamment. Pour être reçu à l’Académie, l’aspirant devait d’abord soumettre pour agréation une ou plusieurs œuvres servant de base au choix du sujet imposé, dans le genre choisi par lui. Ensuite, il réalisait le projet en définitif et le présentait pour réception. L’œuvre s’appelait alors le « morceau de réception » qui devenait propriété de l’Académie. Ces œuvres étaient montrées au public au cours d’expositions dont la régularité ne fut pas la principale qualité au . Pourtant les statuts de 1663, modifiés en 1668, prévoyaient une présentation biennale. Il fallait en effet, trouver un moyen de compenser l’absence de « boutiques », lieux de présentations d’œuvres auxquels les Académiciens et Officiers avaient renoncé, dans le cadre de leur nouveau statut. En 1692, l’Académie s’installe au Louvre où se tiendront les expositions de 1699, 1704 et 1706 (les deux premières dans la Grande Galerie du Louvre). Il faut attendre 1725 pour voir le processus redémarrer. Mais cette fois, c’est le Salon carré du Louvre qui offre ses surfaces au placement des œuvres. Il sera utilisé régulièrement comme lieu d’exposition à partir de 1737. C’est dès ce moment que l’habitude se répand d’utiliser le nom du lieu pour qualifier l’événement et de parler du Salon officiel comme étant le lieu où les Académiciens présentent leurs œuvres au public. Après la Révolution française, le Salon est ouvert à tous les artistes vivants: c'est le début d'un nouveau règne d'art officiel, très classique, avec des thèmes des histoires grecque et romaine imposés, notamment lors de la montée en loge des candidats au Prix de Rome. C'est le romantisme, avec notamment Eugène Delacroix, apparenté avec les représentant les plus influents des différentes monarchies qui se succèdent au pouvoir, qui permet la véritable diversification des écoles de peinture, aboutissant à la création de salons indépendants du pouvoir politique après le Second Empire.

L'apogée des Salons d'art plastique (fin du XIX et XX siècle)

La troisième et la quatrième république ont constitué les seules véritables périodes de totale liberté artistique en France puisque, contrairement aux régimes précédents, elles n'imposaient pas d'art officiel. Cette liberté totale de créer a pu s'épanouir, en grande partie aussi grâce à la volonté de quelques hommes politiques, souvent francs-maçons, qui refusaient toute contrainte en art comme en matière religieuse et qui se sont compromis à titre personnel pour soutenir la création de Salons hors de la main-mise gouvernementale.

Les salons créés sous la Troisième République

L'ancien salon de l'Académie devient le Salon des Artistes français et bien que créée à la fin du Second Empire, c'est sous la République que la Société Nationale des Beaux-Arts
- va se développer. On voit ainsi se constituer avant la Première Guerre mondiale d'autres sociétés d'artistes autogestionnaires, peintres, sculpteurs, graveurs, qui exposent chaque année au Grand Palais : le Salon des Indépendants, le salon d'automne
-.

Le nouveau départ de l'Après-guerre

Juste après la Seconde Guerre mondiale se créent encore des Salons autogérés par les artistes : le Salon de Mai, le Salon des Réalités Nouvelles, le Salon de la jeune Peinture, le Salon du Dessin et de la Peinture à l'Eau, le Salon "Comparaisons"
- tous deux créés en 1954, le Salon des Peintres Témoins de leur Temps, le Salon "Terre latine" et d'autres. Les expositions ont alors principalement lieu au musée d'Art moderne de la Ville de Paris ou au musée Galliera près du Trocadéro.

L'ère Malraux

À partir du rétablissement d'un art officiel très encadré avec l'arrivée au pouvoir fin 1958 du général de Gaulle et de son ministre de la Culture André Malraux qui supprime le Prix de Rome décerné par l'Institut de France, les Salons deviennent de facto le principal espace de liberté artistique, donc de contestation de l'art officiel régenté par le propre neveu du général. Les différents gouvernements de la cinquième République vont donc s'efforcer -avec mollesse il est vrai, puisque l'Art n'est pas leur priorité - de faire en sorte que les Salons autogérés par les peintres perdent progressivement leur aura internationale. Il multiplient les "Salons" artistiques dont les exposants sont désignés par l'administration, de plus en plus importante par ailleurs, puisqu'entre 1958 et la présidence de François Mitterrand, le ministère de la Culture passe de trois mille à trente mille fonctionnaires. Le concept même de Salon, en tant que lieu de présentation d’œuvres de peinture et de sculpture, perd progressivement son sens artistique pour être supplanté par un sens plus commercial. Ainsi apparaissent les Salons des Arts Ménagers, de l’Aéronautique, de l’Automobile, de l'Agriculture etc. Mais plus aucun de ces événements ne se tient dans le Salon carré du Louvre, qui leur a donné son nom. Les « Arts mécaniques » ont repris d'autant plus le dessus qu'en 1993, le Grand Palais est fermé pour travaux et que les Salons indépendants d'Art plastique doivent se trouver des espaces d'exposition très coûteux aux quatre coins de Paris et en province.
-voir articles en anglais, non encore traduits en français.

Les Salons parisiens au début du XXIe siècle

Depuis la fin des années 1990, de hauts fonctionnaires en retraite se font désigner comme présidents des Salons de peinture, sculpture, dessin et gravure parisiens, totalement autogérés par des artistes plasticiens professionnels pendant le XXe siècle. La règlementation prévoit du reste qu'un fonctionnaire qui préside une association reconnue d'utilité publique - c'est le cas de la plupart des Salons - continue à bénéficier, s'il en fait la demande, du traitement qu'il percevait lorsqu'il était en activité. Le ministère de la culture, dont M. Donnedieu de Vabres puis Mme Christine Albanel ont été titulaires, est désormais chargé d'administrer le Grand Palais de Paris dont la restauration s'est achevé en 2006. M. Donnedieu de Vabres a décidé que toutes les sociétés de peinture, de dessin et de sculpture désireuses de tenir leur salon au Grand Palais devront désormais consacrer une grande part de la surface qui leur sera louée à l'exposition d'œuvres de peintres officiellement désignés par l'administration, même morts, comme Andy Warhol. De plus, ces sociétés devront organiser leur exposition toutes ensemble pendant la même période de l'année. Les Salons qui refuseront toutes ces directives, ou trouveront un espace d'exposition hors du Grand Palais, s'exposeront à des mesures de rétorsion dont le refus de leur accorder la moindre subvention. Déjà, pour 2006, au moins un Salon, l'un des plus anciens et les plus prestigieux, présidé par un peintre, anciennement officier général, a décidé de refuser les directives gouvernementales, pour organiser son exposition ailleurs, dans des locaux aussi centraux que ceux du Grand Palais. C'est en fait le public et les amateurs d'art, qui continuent à affluer en masse dans les Salons et les financent par les billets d'entrée et les achats d'œuvres, qui constituent le meilleur garant de leur pérennité. On peut ajouter que la loi votée lorsque Laurent Fabius était ministre du Budget, et qui exonérait les œuvres d'art de l'impôt sur les grandes fortunes, a participé à sa manière à sauver la liberté de l'art en France et les Salons indépendants de la tutelle de l'État. ==
Sujets connexes
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