Pierre Vidal-Naquet

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Pierre Emmanuel Vidal-Naquet, né le 23 juillet 1930 à Paris et décédé le 29 juillet 2006 à Nice, est un historien, un helléniste et un militant français. Il est notamment connu pour son engagement contre la torture en Algérie, contre la dictature des colonels grecs et contre le négationnisme, ainsi que pour son soutien dans les efforts de paix au Moyen-Orient.
Pierre Vidal-Naquet

Pierre Emmanuel Vidal-Naquet, né le 23 juillet 1930 à Paris et décédé le 29 juillet 2006 à Nice, est un historien, un helléniste et un militant français. Il est notamment connu pour son engagement contre la torture en Algérie, contre la dictature des colonels grecs et contre le négationnisme, ainsi que pour son soutien dans les efforts de paix au Moyen-Orient.

Biographie

Parcours universitaire

Vidal-Naquet a écrit plusieurs textes à visée autobiographique, dont Pourquoi et comment je suis devenu historien (rencontre de Blois 2002) et Esquisse d'un parcours anticolonialiste (2001)Les deux textes ont été rassemblés dans Le Choix de l'Histoire, 2004, éditions Arléa.. Il a rédigé également des mémoires, publiées en 1998. Sa famille appartenait à la communauté juive sépharade de Carpentras, près d'Avignon. Il est éduqué dans un milieu laïc et républicain. Son père était un avocat « dreyfusard » qui a très tôt rejoint la Résistance afin d'échapper à l'expatriation. En juin 1940, la famille s'enfuit pour Marseille. Le 15 mai 1944, ses parents sont arrêtés à Marseille par la Gestapo et déportés à Auschwitz, d'où ils ne sont pas revenus. Après la déportation de ses parents, Pierre Vidal-Naquet se cache dans la maison de sa grand-mère dans la Drôme. Il en profite pour se livrer à des lectures intensives, dont Iliade, et y rencontre son cousin, le philosophe Jacques Brunschwig. Il découvre le surréalisme (André Breton, René Char et Antonin Artaud) et, à l'âge de 18 ans, fonde la revue Imprudence avec Pierre Nora. Lecteur de Marc Bloch, sa vocation d'historien naît. En 1949, le procès de Rajk en Hongrie lui ôte définitivement tout désir de rejoindre le parti communiste français. Élève en classe d'hypokhâgne au lycée Henri-IV, il étudie l'histoire et devient docteur ès-lettres (1955) et agrégé d'histoire. Il se marie en 1952. Cette même année, il commence à s'intéresser à Platon. Il est nommé pendant un an au lycée Pothier d'Orléans avant de rejoindre l'université de Caen (1956-60), où Alain Corbin est son élève. Il étudie alors essentiellement la Grèce antique. Il collabore également à l'édition des œuvres de Léon Blum, avec notamment François Furet. En 1960, il suit l'enseignement de Jean-Pierre Vernant. Il intègre l'université de Lille entre 1961 et 1962. Il consacre ses recherches à la Grèce antique, l'histoire juive ainsi que l'histoire contemporaine. Il se dit persuadé également que le continent nommé Atlantide par Platon constitue simplement une invention de celui-ci. Entré à l'EHESS en 1966, il en devient le directeur en 1969. Père de trois enfants, il a été officier de la Légion d'honneur ainsi que commandant de l'Ordre du Phénix en Grèce. Lecteur de Dumézil et de Lévi-Strauss, il devient membre de l'École de Paris, composée de son ami Jean-Pierre Vernant (avec qui il écrira quelques livres), de Nicole Loraux et de Marcel Detienne. Il est mort à l'hôpital de Nice le 29 juillet 2006. Parmi ses élèves, on compte les historiens Pauline Schmitt-Pantel et Maurice Sartre. Pierre Vidal-Naquet compte parmi les membres de sa famille José de Bérys, Francine Bloch, Marcel Dassault et Darius Milhaud.

Un intellectuel engagé

Outre la Grèce antique, son domaine de prédilection, il s'intéresse à des sujets contemporains comme la guerre d'Algérie et le drame de la Shoah. Intellectuel engagé dans la défense des droits de l'homme, il milite contre la torture en Algérie et contre le colonialisme. En 1956, il fait publier dans la revue Esprit un témoignage sur des exactions de l'armée française. A partir de 1957 il effectue un travail d'historien sur la disparition de Maurice Audin, jeune mathématicien français, arrêté en Algérie et disparu depuis : il défend la thèse de sa mort sous la torture contre celle, officielle, de sa disparition par évasion. Il en fait un livre, L'Affaire Audin, paru en 1958 et réédité, largement complété, des années plus tard. Il participe ainsi au Comité Audin. Il publie en 1962 La Raison d'état, livre dénonçant l'emploi de la torture. Pour avoir signé en 1960 le « Manifeste des 121 », pétition d'intellectuels sur le droit à l'insoumission durant la guerre Algérie, le ministère de l'Éducation Nationale lui retire pendant un an son poste (tout en lui laissant son salaire). Marxiste anti-stalinien pourtant, il a été brièvement membre du Parti socialiste unifié, ainsi que sympathisant de Socialisme ou barbarie, mais n'a pris part à aucun parti politique, le PSU n'étant pour lui qu'un « simple cercle de discussion ». Avec Michel Foucault et Jean-Marie Domenach, il signe le 8 février 1971 le manifeste du Groupe d'information sur les prisons. Il est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence. Au printemps 1979, Cornélius Castoriadis et lui critiquent fortement dans Le Nouvel Observateur Bernard-Henri Lévy pour avoir mal vérifié ses références dans son récent livre Le Testament de Dieu (cette première édition du livre citait le témoignage au tribunal de Nuremberg d'un accusé qui s'était suicidé avant l'ouverture de celui-ci !), affirmé « contemporains » des événements éloignés de plusieurs siècles, et effectué des citations sans en mentionner les auteurs. Le conflit s'étale sur plusieurs numéros jusqu'à ce que Jean Daniel y mette fin sur une dernière réponse de BHL. Ce dernier conviendra de son erreur de référence et du fait qu'il ne mentionne en effet pas toujours les auteurs de ce qu'il cite, non sans avoir eu au passage des mots très durs pour ses deux contradicteurs (nostalgie des clercs, rapport de police philosophique) sur le site de P. Vidal-Naquet.. En juillet 2003, il participe à l'appel « Une autre voix juive », qui regroupe des personnalités juives solidaires du peuple palestinien, pour une paix juste et durable au Proche Orient.

Citation

Principaux ouvrages

Sur la Grèce antique

-Clisthène l'Athénien, avec Pierre Lévêque, Les Belles Lettres, 1964
-Le Bordereau d'ensemencement dans l'Égypte ptolémaïque, Bruxelles, Fondation égyptologique Reine Élisabeth, 1967
-Économies et Sociétés en Grèce ancienne. Périodes archaïque et classique, avec Michel Austin, Armand Colin, 1972
-Mythe et Tragédie en Grèce ancienne, avec Jean-Pierre Vernant, François Maspero, 1972
-La Grèce ancienne. I: Du mythe à la raison, avec Jean-Pierre Vernant, Le Seuil, coll. Points Essais, 1990
-La Grèce ancienne. II: L'Espace et le Temps, avec Jean-Pierre Vernant, Le Seuil, coll. Points Essais, 1991
-La Grèce ancienne. III: Rites de passage et Transgressions, avec Jean-Pierre Vernant, Le Seuil, coll. Points Essais, 1992
- Œdipe et ses mythes, avec Jean-Pierre Vernant, Complexe, 2001
- Travail et esclavage en Grèce ancienne, avec Jean-Pierre Vernant, Complexe, 2002
-Le Chasseur noir. Formes de pensées et formes de société dans le monde grec, François Maspero, 1981
-La Démocratie grecque vue d'ailleurs, Flammarion, 1990
-Les Grecs, les historiens et la démocratie, La Découverte, 2000
-Le Miroir brisé : tragédie athénienne et politique, Les Belles Lettres, 2002 (nouvelle édition)
-Le Monde d'Homère, Librairie académique Perrin, 2002
-Fragments sur l'art antique, Agnès Viénot, 2002
-L'Atlantide. Petite histoire d'un mythe platonicien, Les Belles Lettres, 2005 ; ISBN 225138071X
-Flavius Arrien entre deux mondes, postface à la traduction par Pierre Savinel de la Vie d'Alexandre d'Arrien, Éditions de Minuit, coll. Arguments, 1984
-Du bon usage de la trahison, introduction à la traduction par Pierre Savinel de La Guerre des Juifs de Flavius Josèphe, Éditions de Minuit, coll. Arguments, 1988

Sur la Guerre d'Algérie

-L'Affaire Audin, 1957-1978, Éditions de Minuit, 1989
-La Torture dans la République : essai d'histoire et de politique contemporaine (1954-1962), Minuit, 1972
-Les Crimes de l'armée française Algérie 1954-1962, La Découverte, 2001
-La Raison d'État. Textes publiés par le Comité Audin, La Découverte, 2002 (nouvelle édition du livre publié en 1962 aux éditions de Minuit)

Les Juifs, la Shoah et le négationnisme

-Les Assassins de la mémoire, Le Seuil, 1995 -
-Les Juifs, la mémoire et le présent, Le Seuil, 1995
-La Solution finale dans l'histoire, avec Arno Mayer, La Découverte, 2002

Sur Jean Moulin

-Le Trait empoisonné, La Découverte, 1993

Mémoires

-Mémoires t.1 - La brisure et l'attente, 1930-1955, Le Seuil, 1998
-Mémoires t.2 - Le trouble et la lumière, 1955-1998, Le Seuil, 1998 Dans le tome II de ses Mémoires (p.44), Pierre Vidal-Naquet rappelle les qualités exceptionnelles de Michel de Boüard quand il était doyen de la faculté des lettres de Caen. Il regrette en revanche, que cet universitaire de grande classe ait en 1986, à 77 ans, approuvé la thèse soutenue par Henri Roques le 15 juin 1985 devant un jury de l'Université de Nantes (cf Ouest-France des 2/3 août 1986). Dans une note au bas de cette même page 44, P. Vidal-Naquet écrit : « Si j’en crois un témoin bien placé pour le savoir, aurait été rédigée non par Henri Roques, qui ne sait pas un mot d’allemand, mais par mon ancien camarade , Robert Faurisson en personne ». Henri Roques a poursuivi Vidal-Naquet pour diffamation le 1 décembre 1998. En première instance, par jugement du 18 janvier 2001, P. Vidal-Naquet fut condamné. L'affaire passa en cour d'appel en novembre 2002, qui donna raison à Pierre Vidal-Naquet. Ce dernier jugement fut annulé par la cour de cassation en janvier 2005, et l'affaire renvoyée devant la cour d'appel d'Orléans. En décembre 2005, suite au désistement de Pierre Vidal-Naquet (et de son éditeur), la cour déclara éteinte l'instance introduite en appel. De ce fait, le jugement de janvier 2001 retrouva toute sa force et P. Vidal-Naquet fut donc définitivement condamné pour diffamation au profit d'Henri Roques. Pour rappel, la soutenance et la thèse négationniste de Roques furent annulées, pour cause d'irrégularités, par le Ministre de l'Éducation nationale dès juillet 1986, puis par le Tribunal administratif (en 1988) et enfin par le Conseil d'État (en 1992).

Notes

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Sujets connexes
Affaire Dreyfus   Alain Corbin   Algérie   André Breton   Antonin Artaud   Armand Colin   Arrien   Atlantide   Auschwitz   Bernard-Henri Lévy   Caen   Carpentras   Claude Lévi-Strauss   Colonialisme   Conseil d'État (France)   Coordination française pour la Décennie   Cour d'appel   Cour de cassation (France)   Darius Milhaud   Dictature des colonels   Doctorat   Droits de l'homme   Déportation   Esprit (revue)   Flavius Josèphe   France   Francine Bloch   François Furet   François Maspero   Georges Dumézil   Gestapo   Grec   Groupe d'information sur les prisons   Grèce antique   Guerre d'Algérie   Hellénisme   Henri Roques   Histoire   Jacques Brunschwig   Jean-Marie Domenach   Jean-Pierre Vernant   Jean Daniel   Jean Moulin   José de Bérys   La Découverte   Le Nouvel Observateur   Les Assassins de la mémoire   Les Belles Lettres   Lille   Lycée Henri-IV   Lycée Pothier   László Rajk   Léon Blum   Manifeste des 121   Marc Bloch   Marcel Dassault   Marcel Detienne   Marseille   Marxisme   Maurice Audin   Maurice Sartre   Michel Foucault   Michel de Boüard   Moyen-Orient   Nice   Nicole Loraux   Nuremberg   Négationnisme   Orléans   Ouest-France   Paris   Parti communiste français   Parti socialiste unifié   Pierre Lévêque   Pierre Nora   Platon   René Char   Robert Faurisson   Résistance intérieure française   Shoah   Socialisme ou barbarie   Stalinisme   Surréalisme   Séfarade   Torture   Tribunal administratif (France)   Une autre voix juive   Université de Nantes  
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