Sans-culotte

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Chénard, premier costume sans-culotte, octobre 1792 Peinture de Louis-Léopold Boilly (1792-93).
Sans-culotte

Chénard, premier costume sans-culotte, octobre 1792 Peinture de Louis-Léopold Boilly (1792-93).

Les "sans-culottes"

Personnages emblématiques de la Révolution française, protagonistes par excellence des journées révolutionnairesvoir: Journée du 10 août 1792 , figures des 'patriotes vertueux', les sans-culottes sont des révolutionnaires issus de la partie modeste et laborieuse du peuple. Si les sans-culottes tendent à se distinguer, par leur attitude et leurs revendications du reste du personnel révolutionnaire, les historiens ont témoigné des difficultés à leur donner une identité sociale homogène : bien que le sans-culotte soit issu du milieu de la boutique et des structures modestes de production artisanale, il ne définit pas une 'classe' économique en tant que telle. S'il est délicat de lui attribuer un ensemble de conceptions politiques cohérentes, les revendications spécifiquement sans-culottes sont généralement liées au problème des subsistances, c'est-à-dire aux pénuries alimentaires et à l'augmentation des produits de consommation. « …la faim a constitué le ciment de catégories aussi diverses que l’artisan, le boutiquier, l’ouvrier, qu’un intérêt commun coalisait contre le gros marchand, l’entrepreneur, l’accapareur noble ou bourgeois.»SOBOUL, Albert, Les sans-culottes parisiens en l’an II, Mouvement populaire et gouvernement révolutionnaire (1793-1794), Editions du Seuil, Paris, 1968, p. 58. L'épithète "sans-culotte", qui était à l'origine synonyme de « canaille », désignant à la fois « la pauvreté », « la bestialité », et « l’inculture »voir: SOBOUL, Albert et alii, "Sans-culotte", Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, 1989, s'est chargé d'une signification radicalement nouvelle et positive au cours de la révolution française.

L’attitude sans-culotte : pratiques et marques distinctives

une figure d'opposition

Etre sans-culotte, c’est avant tout une affirmation fondée sur des distinctions. Le sans-culotte, tout entier constitué par opposition à la figure de l’aristocratevoir: SOBOUL, Albert, Les sans-culottes parisiens en l’an II, Mouvement populaire et gouvernement révolutionnaire (1793-1794), Editions du Seuil, Paris, 1968, p. 73., est habillé simplement, revendique le tutoiement, s'interpelle par le vocable « citoyen », refuse l’orgueil et le mépris et agit en politique. S’il déploie, par sa physionomie, son langage, son activisme politique, (…) des caractéristiques issues de l’ordre nouveau, il est aussi un véhicule de pratiques et de sensibilités d’Ancien Régime . Sa revendication du maximum des denrées (voir: Loi du maximum général) s’inscrit dans la continuité des révoltes frumentaires qui avaient lieu sous l’ordre monarchique. ‘Fraction’ du peuple, il parle en son nom en se réclamant de la démocratie directe. Le sans-culotte veut exercer un contrôle permanent sur les parlementaires et leurs décisions. De cette manière, il est également la figure paradigmatique d’un système de légitimité concurrent à celle de l’Assemblée des représentants. L’enjeu que représente le sans-culotte, c’est l’entrée de la problématique sociale dans une révolution qualifiée de « bourgeoise ». Animé par la « passion égalitariste », le sans-culotte méprise la richesse et n’accepte pas non plus un modèle méritocratique de type girondin. Alors même que la démocratie ne se conçoit, non pas comme pluralité, mais comme unité, le sans-culotte est une figure qui marque l’antagonisme, d’abord socio-économique puis de plus en plus politique à mesure que la révolution avance. Cependant, le sans-culotte ne constitue pas un groupe socio-économique homogène et ne forme donc pas une classe sociale à part entière.

le langage du vêtement

Au , ne portaient pas de culottes ceux qui portaient un pantalon, c'est-à-dire ceux qui travaillaient de leurs mains. Travailleur manuel, tapissier chez Réveillon ou typographe des Lumières, ouvrier du meuble ou artisan des Gobelins. Le pantalon fut d’abord porté par les candidats du tiers état à la députation. Ces candidats députés en opposition au Roi et aux privilèges de la noblesse, vont assurer la rédaction des cahiers de doléances qui seront inventoriés, centralisés et terminés à Paris en avril 1789. Par la suite, les élus du tiers état arboreront des vêtements noirs avec bicornes, des vêtements austères qui trancheront avec les vêtements luxueux des élus des deux autres ordres de la noblesse et du clergé. Le sans-culotte tire, à partir de l'événement révolutionnaire, fierté de son métier. Le renversement des valeurs traditionnelles se manifeste clairement par là : les privilégiés que leur naissance dispensait du travail, auxquels leur formation faisait mépriser l’ouvrage manuel, devinrent un objet de dérision constant. Outre le pantalon, rayé souvent aux trois couleurs, le sans-culotte arbore la blouse et du gilet ou de la veste courte à gros boutons (la carmagnole), et des sabots qui marquent son appartenance au peuple travailleur. Le port du bonnet rouge, à l'origine utilisé pour protéger la chevelure dans certaines professions et qui renvoie aux révoltes du et évoque les esclaves affranchis de la Rome antique, ou "bonnet phrygien", s’affirme dès le 10 août, comme « symbole du pouvoir politique des sans-culottes »SOBOUL, Albert, Les sans-culottes parisiens en l’an II, Mouvement populaire et gouvernement révolutionnaire (1793-1794), Editions du Seuil, Paris, 1968, p. 210.,

la propagande sans-culotte

Les représentations iconographiques, largement diffusées sous formes de gravures ou d’estampes vendues à la criée, idéalisent le corps du sans-culotte, robuste, musclé, équilibré, que tout opposait aux corps monstrueux des privilégiés, évêques obèses passés au « dégraisseur patriotique » ou nobles filiformes et émaciés, roi-cochon ou reine-autruche (« l’Autruchienne »), ayant perdu toute dignité et tout droit au respect. Le théâtre révolutionnaire (Sylvain Maréchal, ) fit du sans-culotte le symbole de la justice naturelle. Dans le calendrier républicain, les cinq jours complémentaires furent dénommés sans-culottides jusqu’en 1795.

Apparition et disparition de la Sans-culotterie

Le sans-culotte est une nouvelle figure révolutionnaire, qui durera strictement le temps de la révolution. Son entrée en masse en politique coïncide avec l'avènement de la République (août 1792) et l'établissement du cens universel masculin, et met ainsi fin au paradoxe de la Constitution de 1791 qui, bien que conférant la souveraineté au peuple, donnait le pouvoir politique à une éliteSEWELL, william, « Activity, Passivity and the Revolutionary Concept of Citizenship », dans Keith M BAKER et alii (éd.), The French Revolution and the Creation of Modern Political Culture (vol.2), Oxford, 1987-1994, p. 121.. À partir de 1791 surtout, lorsque la fuite à Varennes (20-26 juin) puis le massacre du Champ-de-Mars (17 juillet) eurent clairement montré qu’une partie des élites avait rejoint le camp de la réaction en couvrant la trahison du roi et en faisant mitrailler le peuple, les militants des sections parisiennes firent de leur costume un manifeste politique contre le régime de monarchie constitutionnelle censitaire. Le sans-culotte, en contribuant à la domination de la faction radicale, arrive au devant de la scène politique parisienne d’août 1792 à l’été 1794Je me reporte à la chronologie proposée par Haim Burstin dans : BURSTIN, Haim, L’invention du sans-culotte, regard sur le Paris révolutionnaire, Odile Jacob, Paris, 2005, p. 77.. La sans-culotterie trouve en effet l’une des sources de son efficacité politique dans la fascination rousseauiste de nombre d’hommes des Lumières pour le travail manuel. Lecteurs de Encyclopédie, débiteurs vis-à-vis des sans-culottes qui avaient fait la Révolution à Paris, sauvant ainsi l’Assemblée nationale constituante, les chefs politiques de la Révolution marquèrent leur attachement aux sans-culottes jusqu'à la chute de Robespierre : ainsi on imposa par exemple durant la Terreur, le tutoiement démocratique remplaçant le servile vouvoiement. Quelques journalistes surent coller à ce peuple combattant et révolutionnaire : Jean-Paul Marat et son Ami du peuple, dans un tout autre registre, Jacques-René Hébert et son Père Duchesne mais aussi Jacques Roux et son groupe les Enragés. Ils en furent longtemps les porte-parole, plus que les guides, incontestés. Les sans-culottes se rassemblaient, d’une part, dans les assemblées des sections et, d’autre part, dans les clubs. Les assemblées des sections, organismes de la vie de quartier institués dès 1790, n’accueillaient en principe que les citoyens actifs ; cependant, le rôle primordial joué par nombre d’ouvriers et petits artisans, ainsi que le fait qu’ils étaient restés armés depuis 1789, leur donna voix au chapitre. Les clubs surtout — club des Cordeliers, club de l'Évêché, Société fraternelle des deux sexes, Club helvétique — furent l’instrument dont les sans-culottes se servirent pour influencer la vie politique. Le club de l'Évêché, issu des Cordeliers, joua un rôle important dans la préparation du 10 août, jour de la prise des Tuileries et de la chute du trône. À partir de septembre 1792, le club des Jacobins s’ouvrit aux citoyens les plus pauvres : il devint dès lors le plus important des lieux de réunion pour les sans-culottes. Ceux-ci manifestaient leurs revendication par des pétitions des sections présentées aux assemblées (Législative, puis Convention) par des délégués ; il y eut ainsi une succession de pétitions réclamant l’arrestation des chefs girondins avant l’insurrection du 31 mai au 2 juin. L’insurrection, la « journée », était le second moyen d’action. La violence armée fut un recours fréquent du 10 août 1792 aux vaines émeutes de germinal et prairial an III. Les émeutiers, appuyés par les canons de la garde nationale à laquelle ils appartenaient, venaient montrer leur force menaçante pour obtenir gain de cause. De leur détermination et de la capacité de résistance du pouvoir politique dépendait évidemment le succès de la tentative : réel le 10 août ou le 2 juin, il fut nul durant la période de la Convention thermidorienne. Avec la mise en place, en 1792 et 1793, des comités de surveillance, les sans-culottes eurent un troisième moyen de pression sur le politique : la police et les tribunaux reçurent par milliers les dénonciations des traîtres et conspirateurs supposés. Pour l’efficacité de la Terreur, la surveillance révolutionnaire exercée par les sans-culottes était indispensable. Celle-ci abolie par la Convention thermidorienne, vint le moment où les sans-culottes, privés du club des Jacobins, désarmés, fichés et suivis par une police remarquablement infiltrée, durent abandonner leur pouvoir de pression. La République ne serait plus ni sauvée ni dirigée par leur colère, mais par les militaires. En 1794 avec la chute de Robespierre, les sans-culottes perdent leurs pouvoirs et leur rôle politique et culturel.

Le sans-culotte, entre discours et réalité?

« La sociologie du sans-culotte est intentionnellement imprécise : élastique, elle permet l’identification du plus grand nombre, … »BURSTIN, Haim, L’invention du sans-culotte, regard sur le Paris révolutionnaire, Odile Jacob, Paris, 2005, p. 91. . On peut penser qu’il s’agit d’un processus de légitimation réciproque entre les Jacobins et le peuple. Le sans-culotte, est peut-être une forme intermédiaire permettant le dialogue entre nouveaux citoyens et députés. « L’appellatif sans-culotte est avant tout une catégorie de l’esprit public révolutionnaire »Ibidem, p. 58. et correspond à l’idéal théorique du citoyen tel qu’il est élaboré par le discours politique pour rallier le peuple. Ce ‘modèle’ de citoyen est en quelque sorte inventé par les Jacobins et la Montagne et leur donne un allié pour lutter contre les contre-révolutionnaires et se départir des autres factions de l’Assemblée. Mais c’est un modèle qui se fixe dans le réel parce qu’il donne à chacun la possibilité d’accéder à un statut social valorisé. Fruit d’un discours sur le peuple en constante évolution, le sans-culotte, conçu comme idéal ou comme réalité sociologique, symbolise le renversement complet d’un système de valorisation sociale.

Quelques éléments supplémentaires

Les élus sans-culottes répudient et retirent de leur nom les références à la noblesse ; certains se donnent des noms référant à la république romaine comme « Brutus » ou « Gracchus ». Les « Leroy » se renomment « Laloi »…

Notes et références

Catégorie:Révolution française Catégorie:Histoire du costume cs:Sansculoti de:Sansculottes en:Sans-culottes es:Sans culottes fi:Sanskulotit it:Sanculotti ja:サン・キュロット lv:Sankiloti nl:Sansculotte nn:Sansculottane no:Sanskulottene pl:Sankiuloci pt:Sans-culottes sr:Санкилоти sv:Sans-culottes
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