Jean Daniel

Infos
Jean Daniel, de son vrai nom Jean Daniel Bensaïd, est un journaliste français, directeur de la rédaction du Le Nouvel Observateur, né le 21 juillet 1920 à Blida (Algérie).
Jean Daniel

Jean Daniel, de son vrai nom Jean Daniel Bensaïd, est un journaliste français, directeur de la rédaction du Le Nouvel Observateur, né le 21 juillet 1920 à Blida (Algérie).

Biographie

Son enfance pendant l'entre-deux-guerres

Jean Daniel est né à Blida, une petite ville de garnison proche d’Alger. Élevé dans une famille juive d'AlgérieJean Daniel est issu d'une famille berbère judaïsée de Blida, Jean-Claude Barreau et Guillaume Bigot, Toute l'histoire du monde, p. 381, Éd.Fayard, 2005, ISBN 2213622965 , il est le onzième et dernier enfant de Jules Bensaïd, qui s'était élevé socialement de la condition de modeste ouvrier, à celle de négociant aisé en minoterie. Si son père préside le consistoire local, il apparaît très tôt comme agnostique, moins attaché à son identité juive qu’à la culture méditerranéenne et à la citoyenneté française. Élève au collège colonial de Blida, il devient, dès l’âge de quinze ans, un lecteur assidu de l’hebdomadaire Vendredi, journal d’une gauche intellectuelle, indépendante et favorable au Front populaire. Passionné par la littérature, son enthousiasme pour l’œuvre d’André Gide l’amène à voir en l’URSS. le paradis socialiste. Pendant deux ans, il se plonge dans le marxisme sous l’influence des livres que lui prête un ami, Vicente Pérez. Mais en 1936, la lecture du Retour d’URSS. d’André Gide lui fait perdre ses illusions communistes. Il se retrouve alors dans cette génération de gauche non communiste marquée par l’épisode du Front populaire et le socialisme de Léon Blum. Inscrit en philosophie à la faculté d’Alger, il y fréquente les « Amis de la revue Esprit ».

Seconde guerre mondiale

Mais l’abrogation du décret Crémieux (1941) obstrue ses perspectives. Dans un premier temps, il hésite à se tourner vers une solution sioniste. Mais les allocutions gaulliennes l’en dissuadent autant que la protection que lui accorde le professeur Ménard. Un ami, José Aboulker, l’amène alors à fréquenter un groupe de résistants qui contribue, le , à la libération d’Alger et à l’accueil des Américains. Incorporé dans l’armée de Giraud, il choisit de s'engager dans la division Leclerc où il est affecté aux transports d’explosifs. Après un long séjour à Casablanca chez son ami Charles Guetta, il participe à la campagne de France jusqu’à sa démobilisation à Paris en 1945.

Les années d'après-guerre

Il compte s’inscrire en philosophie à la Sorbonne mais, sans ressources, doit se mettre à la recherche d’un travail. Un de ses anciens professeurs de Blida le recommande alors à un de ses amis qui dirigea le cabinet du président du Conseil. Durant huit mois (1946), il sert donc comme attaché au cabinet de Félix Gouin, socialiste proche de Blum dont il rédige les discours. Parallèlement, il publie quelques articles dans Combat mais, devoir de réserve oblige, sous le nom de Daniel (son deuxième prénom). Le spectacle des phénomènes de cour, la servilité et la corruption des milieux qu’il y côtoie le guérissent de toute tentation politique au point qu’il refuse un poste de sous-préfet qu’on lui propose. Il préfère reprendre ses études à la Sorbonne, un salaire versé par la Société nationale des entreprises de presse lui permettant de subvenir à ses besoins. Y faisant, entre autre, la connaissance de François Châtelet, il obtient sa licence et s’engage dans la préparation de l’agrégation. Mais le projet d’une revue intellectuelle le travaille. En février 1947, il fonde avec Daniel Bernstein la revue Caliban qui se veut « une revue de vulgarisation intellectuelle de haute tenue, à la fois explicitement marquée à gauche, indépendante financièrement et accueillante par toutes les sensibilités idéologiquesCorinne Rennou, « Caliban, une revue de vulgarisation intellectuelle », Vingtième Siècle, n° 40, octobre - novembre 1993, p. 75. ». S’imposant au poste de rédacteur en chef en novembre 1947, il y fait collaborer des écrivains comme André Chamson, Louis Guilloux, Étiemble, Jules Roy ou Emmanuel Roblès. Il sollicite aussi des proches comme son cousin Norbert Bensaïd, sa compagne Marie Susini, son compagnon de la Faculté d’Alger Albert Paul-Lentin, Maurice Adrey et ses professeurs de Lycée. Mais c'est surtout sa rencontre avec Albert Camus qui le marque profondément. En décembre 1947, il publie ainsi le manifeste neutraliste que ce dernier a signé avec Jean-Paul Sartre, Claude Bourdet, Jean-Marie Domenach, Emmanuel Mounier et Merleau-Ponty en faveur de l’unité économique d’une Europe indépendante des deux blocs. Partageant l’opposition camusienne au modèle soviétique, il est alors partisan du non-alignement à la tête d’une revue située « quelque part entre le Parti communiste et la SFIOCorinne Rennou, idem, p. 83. ». Mais en dehors de son influence intellectuelle, Albert Camus lui apporte des financements publics au travers de son épouse, directrice du cabinet de René Pleven, et de ses liens avec le directeur des Relations culturelles, Louis JoxeQui achète plus d’un millier d’exemplaires tout en prenant un millier d’abonnements pour l’État.. Ses soutiens s’avèrent toutefois insuffisants et, en 1952, la revue cesse de paraître. À la recherche d’un emploi, il trouve une place d’enseignant aux cours Descartes, une école privée d’Oran dirigée par André Bénichou. Il écrit alors son premier roman, L’Erreur, que son ami Albert Camus publie dans la collection qu’il dirige chez Gallimard. Mais le journalisme lui semble être le lieu idéal où conjuguer tout ce qui l'attire : la littérature, l'engagement politique et le grand reportage. En 1953, il entre donc à la Société générale de presse où il prend en charge les affaires coloniales. Il s’y lie alors avec K.S. Karol, Léone Georges-Picot et surtout Pierre Viansson-Ponté qui lui permet, en novembre 1954, de publier son premier article dans L'Express.

Ses années de journaliste-reporter

Au bout de deux piges, il est engagé par Jean-Jacques Servan-Schreiber avec la charge de couvrir les évènements d’Algérie. S’il se sent idéologiquement très proche de Pierre Mendès France, il soutient totalement les campagnes mendésistes du journal de la seconde moitié des années 1950. Très vite, il se fait remarquer par ses reportages sur la Guerre d'Algérie dans lesquels il dénonce notamment la torture. Favorable à la cause algérienne, il défend les négociations avec le FLN , ce qui entraîne sa rupture avec Albert Camus. Inculpé à deux reprises pour atteinte à la sûreté de l’État, il est à l’origine, par ses articles, de presque toutes les saisies de L'Express. Mais, en juillet 1961, il est grièvement blessé lors des incidents de Bizerte. Il passe de longs mois en convalescence durant lesquels il exprime son refus de signer le manifeste des 121 et son approbation de la politique de De Gaulle. À son retour à L'Express, la Guerre d'Algérie étant terminée, il perd de son aura et ses rapports se dégradent avec Jean-Jacques Servan-Schreiber. Mais il acquiert la stature d’un journaliste de réputation internationale en rapportant la réaction de Fidel Castro à l’annonce de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy le . Mais lors de son retour à Paris à la fin 1963, il est accueilli assez froidement pour avoir voulu servir d’intermédiaire au dialogue entre les deux présidents. De plus, il refuse de s’associer à la mise sur pied d’un journal aussi impersonnel que dépolitisé. Ainsi, alors qu’il refuse de venir à France Observateur comme le lui propose Gilles Martinet, il rompt avec L'Express durant l’hiver 1963-1964, emportant toute l’aile gauche du journal (K.S. Karol, Serge Lafaurie, Michel Bosquet, Michel Cournot, Michèle Manceaux, Michel Vianey, Jean Cau, Jeanne Baraduc, Pascale Lentillon, Anne-Marie Devilaine, Jacques-Laurent Bost, Jean Moreau). Contacté par Hubert Beuve-Méry pour entrer au journal Le Monde, il préfère réfléchir et se limiter à lui offrir l’exclusivité de ses articles sur la crise cubaine. Retiré à Sidi Bou Saïd, il est relancé par son ami Claude Perdriel pour participer à un nouveau journal ou à la relance de France Observateur. Finalement, c'est cette option qu’il choisit et entreprend, à partir du printemps, les négociations avec Gilles Martinet et ses amis. À la fin de l’été, elles aboutissent au principe suivant : il prendra la direction de la rédaction alors qu’Hector de Galard assurera la rédaction en chef. Bientôt il deviendra un des acteurs majeur du Nouvel Observateur, journal de centre gauche ou il rédige chaque semaine l'éditorial. Il a été un temps membre du Conseil supérieur de l'Agence France-Presse (AFP), membre du Conseil d'administration du Grand Louvre, et membre du Comité consultatif national d'éthique.

Distinctions

- Prix Viareggio international, 2005
- Docteur Honoris Causa de l'Université d'Alger, 2004
- Prix Prince des Asturies, 2004
- Grande Médaille de Vermeil de la ville de Paris

Décorations

- Commandeur de la Légion d'honneur
- Commandeur de l'Ordre national du Mérite
- Croix de Guerre 1939-1945
- Commandeur des Arts et Lettres

Œuvres

-1952 : l'Erreur ou la Seconde Vie de Sylvain Regard.
-1973 : le Temps qui reste, essai d'autobiographie professionnelle
-1977 : le Refuge et la source, carnets autobiographiques
-1979 : l'Ère des ruptures (Grasset)
-1986 : De Gaulle et l'Algérie : la tragédie, le héros et le témoin (Le Seuil)
-1988 : les Religions d'un président : regards sur les aventures du mitterrandisme
-1989 : Cette grande lueur à l'Est
-1992 : la Blessure suivi de le Temps qui vient, carnets autobiographiques (Grasset)
-1994 : l'Ami anglais (Grasset)
-1995 : Voyage au bout de la nation (Le Seuil)
-1996 : Dieu est-il fanatique ? Essai sur une religieuse incapacité de croire (Arléa)
-1998 : Avec le temps : carnets 1970-1998, carnets autobiographiques (Grasset)
-2000 : Soleils d'hiver : carnets 1998-2000, carnets autobiographiques (Grasset)
-2002 : Lettres de France : après le 11 septembre (Saint-Simon)
-2002 : Œuvres autobiographiques (Grasset), (réunit le Refuge et la source, le Temps qui reste, la Blessure, Avec le temps, Soleils d'hiver, le tout augmenté d'un Index)
-2003 : la Guerre et la paix : Israël-Palestine : chroniques, 1956-2003 (Odile Jacob)
-2003 : la Prison juive : humeurs et méditations d'un témoin (Odile Jacob)
-2004 : Cet étranger qui me ressemble (Grasset)
-2006 : Avec Camus : Comment résister à l'air du temps (Gallimard NRF)

Lien externe

-

Notes

Catégorie:Journaliste français Catégorie:Écrivain français Catégorie:Naissance en 1920 Catégorie:Nom de plume Catégorie:Éditorialiste Catégorie:Légion d'honneur Catégorie:Blogueur ca:Jean Daniel en:Jean Daniel es:Jean Daniel
Sujets connexes
Agence France-Presse   Albert Camus   Albert Paul-Lentin   Alger   Algérie   André Chamson   André Gide   Années 1950   Arts et Lettres   Assassinat de John F. Kennedy   Blida   Caliban   Casablanca   Charles Guetta   Charles de Gaulle   Claude Bourdet   Claude Perdriel   Combat (journal)   Comité consultatif national d'éthique   Communisme   Consistoire   Crise de Bizerte   Dépolitisation   Emmanuel Mounier   Emmanuel Roblès   Esprit (revue)   Fidel Castro   France   François Châtelet   Front de libération nationale (Algérie)   Front populaire (France)   Félix Gouin   Gallimard   Gilles Martinet   Grand Louvre   Guerre d'Algérie   Hector de Galard   Henri Giraud (général)   Histoire des Juifs en Algérie   Hubert Beuve-Méry   Jean-Jacques Servan-Schreiber   Jean-Marie Domenach   Jean-Paul Sartre   John Fitzgerald Kennedy   José Aboulker   Journaliste   Jules Roy   K.S. Karol   L'Express   Le Monde   Le Nouvel Observateur   Littérature   Louis Guilloux   Louis Joxe   Légion d'honneur   Léon Blum   Manifeste des 121   Marie Susini   Marxisme   Maurice Merleau-Ponty   Minoterie   Oran   Ordre national du Mérite   Paris   Parti communiste français   Philosophie   Pierre Mendès France   Pierre Viansson-Ponté   Prix Prince des Asturies   Président du Conseil   René Pleven   René Étiemble   Sidi Bou Saïd   Sionisme   Sorbonne   Union des républiques socialistes soviétiques   Université d'Alger   Vendredi (hebdomadaire)  
#
Accident de Beaune   Amélie Mauresmo   Anisocytose   C3H6O   CA Paris   Carole Richert   Catherinettes   Chaleur massique   Championnat de Tunisie de football D2   Classement mondial des entreprises leader par secteur   Col du Bonhomme (Vosges)   De viris illustribus (Lhomond)   Dolcett   EGP  
^