Donjon

Infos
Gisors, caractéristique d'un château à motte. Le donjon (ou dongun, doignon, dangon) appartient essentiellement à la féodalité ; ce n'est pas le castellum romain, ce n'est pas non plus le retrait, la dernière défense de la citadelle des premiers temps du Moyen Âge. Le donjon commande les défenses du château (voir donjon de Roquetaillade), mais il commande aussi les dehors, et est indépendant de l'enceinte de la forteresse du Moyen Âge, e
Donjon

Gisors, caractéristique d'un château à motte. Le donjon (ou dongun, doignon, dangon) appartient essentiellement à la féodalité ; ce n'est pas le castellum romain, ce n'est pas non plus le retrait, la dernière défense de la citadelle des premiers temps du Moyen Âge. Le donjon commande les défenses du château (voir donjon de Roquetaillade), mais il commande aussi les dehors, et est indépendant de l'enceinte de la forteresse du Moyen Âge, en ce qu'il possède toujours une issue particulière sur la campagne. C'est là ce qui caractérise essentiellement le donjon, ce qui le distingue d'une tour. Il n'y a pas de château féodal sans donjon, comme il n'y avait pas, autrefois, de ville forte sans château, et comme, de nos jours, il n'y a pas de place de guerre sans citadelle. Toute bonne citadelle doit commander la ville et rester cependant indépendante de ses défenses. Néanmoins, dans les textes anciens tels que les comptes de châtellenie, le terme de "donjon" ne désigne pas la tour maîtresse du château, mais sa haute-cour toute entières. "L'ensemble constitué par le pralet, les bêtiments et les fortifications s'appel le donjon. Le donjon n'est donc pas la tour la plus puissante où la plus haute du complexe tel que celà est souvent dit, mais le haut lieu fortifié du pouvoir, qui, politiquement et militairement commande tous les autres" extrait de la publication de la thèse de doctorat d'état soutenue en 2005 par M. Alain Kersuzan : Défendre la Bresse et le Bugey, les châteaux savoyards dans la guerre contre le Dauphiné (1282-1355). Ainsi la définition donnée ci-dessus assimilant le donjon à la tour maîtresse du château constitue-t-elle une dérive moderne du terme. Donjon de Morthemer (Vienne) Au Moyen Âge, il en était de même du château, et le donjon était au château ce que celui-ci était à la ville. Les garnisons du Moyen Âge possédaient une défense de plus que les nôtres : chassées de la cité, elles se retiraient dans le château ; celui-ci pris, elles se réfugiaient dans le donjon ; le donjon serré de trop près, elles pouvaient encore courir la chance de s'échapper par une issue habilement masquée, ou de passer à travers les lignes de circonvallation, la nuit, par un coup hardi. Mais cette disposition du donjon appartenant à la forteresse féodale n'était pas seulement prise pour résister ou échapper à l'ennemi du dehors, elle était la conséquence du système féodal. Un seigneur, si puissant qu'il fût, ne tenait sa puissance que de ses vassaux. Donjon de Dinan, XI siècle, Tapisserie de Bayeux Au moment du péril, ceux-ci devaient se rendre à l'appel du seigneur, se renfermer au besoin dans le château et concourir à sa défense ; mais il arrivait que ces vassaux ne soient pas d'une fidélité à toute épreuve. Souvent, l'ennemi les gagnait ; alors le seigneur trahi n'avait d'autre refuge que son donjon, dans lequel il s'enfermait avec ses gens à lui. Il lui restait alors pour dernière ressource, ou de se défendre jusqu'à l'extrémité, ou de prendre son temps pour s'échapper, ou de capituler. Le système de la défense des places, pendant la féodalité, n'était qu'une série de moyens accumulés par la défiance, non seulement envers un ennemi déclaré, mais envers les garnisons mêmes. C'est pourquoi l'étude des forteresses de cette époque fournit un sujet inépuisable d'observations intéressantes ; la défiance aiguise l'esprit et fait trouver des ressources. En effet, si quelques châteaux présentent des dispositions d'ensemble à peu près semblables, les donjons offrent, au contraire, une variété infinie, soit dans la conception générale, soit dans les détails de la défense. Les seigneurs, pouvant être à chaque instant en guerre les uns avec les autres, tenaient beaucoup à ce que leurs voisins ne trouvassent pas, s'ils venaient l'attaquer, des défenses disposées comme celles qu'ils possédaient chez eux. Chacun s'ingéniait ainsi à dérouter son ennemi, parfois l'ami de la veille ; aussi, lorsqu'un seigneur recevait ses égaux dans son château, fussent-ils ses amis, avait-il le soin de les loger dans un corps de bâtiment spécial, les recevait-il dans la grand-salle, mais ne les conduisait-il que très rarement dans le donjon, qui, en temps de paix, était fermé, menaçant, pendant qu'on se donnait réciproquement des témoignages d'amitié. Donjon de Lillebonne En temps de paix, le donjon renfermait les trésors, les armes, les archives de la famille. Le seigneur y logeait avec sa famille, à l'étage noble : le premier étage. Comme il ne pouvait y demeurer et s'y défendre seul, il s'entourait alors d'un plus ou moins grand nombre d'hommes d'armes à sa solde, qui s'y renfermaient avec lui. De là, exerçant une surveillance minutieuse sur la garnison et sur les dehors (car le donjon est toujours placé en face du point attaquable de la forteresse), ses fidèles et lui tenaient en respect les vassaux et leurs hommes entassés dans les logis ; à toute heure pouvant sortir et rentrer par des issues masquées et bien gardées, la garnison ne savait pas quels étaient les moyens de défense, et naturellement le seigneur faisait tout pour qu'on les crût formidables. Donjon du château de Philippe Auguste, Rouen Il est difficile de trouver un plus beau programme pour un architecte militaire ; aussi les donjons, parmi les édifices du Moyen Âge, sont-ils souvent des chefs-d'œuvre de prévoyance. Nous avons trouvé dans ces constructions, peu connues généralement, ou incomplètement étudiées, des dispositions qui demandent un examen attentif, parce qu'elles mettent en lumière un des cotés de la vie féodale. La raison première qui fit élever des donjons fut l'invasion normande. Les villas mérovingiennes devaient fort ressembler aux villæ romaines ; mais quand les Normands se jetèrent périodiquement sur le continent occidental, les seigneurs, les monastères, les rois et les villes elles-mêmes songèrent à protéger leurs domaines par des sortes de blockhaus en bois que l'on élevait sur le bord des rivières et autant que possible sur des emplacements déjà défendus par la nature. Ces forteresses, dans lesquelles, au besoin, on apportait à la hâte ce qu'on possédait de plus précieux, commandaient des retranchements plus ou moins étendus, composés d'un escarpement naturel ou d'une butte artificielle couronnés par une palissade et protégés par un fossé. Les Normands eux-mêmes, lorsqu'ils eurent pris l'habitude de descendre sur les côtes des Gaules et de remonter les fleuves, établirent, dans quelques îles près des embouchures, ou sur des promontoires, des camps retranchés avec une forteresse pour mettre leur butin à l'abri des attaques et protéger leurs bateaux amarrés. C'est aussi dans les contrées qui furent particulièrement ravagées par les Normands que l'on trouve les plus anciens donjons, et ces forteresses primitives sont habituellement bâties sur plan rectangulaire formant un parallélogramme divisé quelquefois en deux parties. La région du Val de Loire présente certains des plus anciens donjons français à Langeais (vers 994), Loches (vers 1010-1030), Montbazon, Lavardin (fin XIIe siècle), Chinon (tour du Coudray, vers 1200).

Bibliographie

-, 192 p.
-Eugène Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 5, Donjon Catégorie:Architecture militaire du Moyen Âge bg:Донжон ca:Donjon cs:Donjon da:Donjon de:Donjon en:Keep es:Torre del homenaje hu:Öregtorony ja:ダンジョン nl:Donjon pl:Stołp pt:Torre de menagem ru:Донжон sv:Kärntorn
Sujets connexes
Architecte   Chinon   Château   Château de Gisors   Château de Roquetaillade   Citadelle   Eugène Viollet-le-Duc   Féodalité   Gaule   Langeais   Lavardin   Loches   Montbazon   Motte castrale   Moyen Âge   Mérovingiens   Normands   Parallélogramme   Rome   Rouen   Tapisserie de Bayeux   Villa (histoire)  
#
Accident de Beaune   Amélie Mauresmo   Anisocytose   C3H6O   CA Paris   Carole Richert   Catherinettes   Chaleur massique   Championnat de Tunisie de football D2   Classement mondial des entreprises leader par secteur   Col du Bonhomme (Vosges)   De viris illustribus (Lhomond)   Dolcett   EGP  
^