Acte de langage

Infos
Un acte de langage est un moyen mis en œuvre par un locuteur pour agir sur son environnement par ses mots : il cherche à informer, inciter, demander, convaincre, etc. son ou ses interlocuteurs par ce moyen. L'acte de langage désigne donc aussi l'objectif du locuteur au moment où il formule son propos. Quelques traitements plus tôt peuvent être trouvés dans des certains Pères de l'Église et philosophes scolastiques (dans le contexte de la théologie sacramentelle), auss
Acte de langage

Un acte de langage est un moyen mis en œuvre par un locuteur pour agir sur son environnement par ses mots : il cherche à informer, inciter, demander, convaincre, etc. son ou ses interlocuteurs par ce moyen. L'acte de langage désigne donc aussi l'objectif du locuteur au moment où il formule son propos. Quelques traitements plus tôt peuvent être trouvés dans des certains Pères de l'Église et philosophes scolastiques (dans le contexte de la théologie sacramentelle), aussi bien que Thomas Reid, et C. S. Peirce. Adolf Reinach peut être crédité pour avoir développé un compte assez complet des actes sociaux en tant qu'expressions performatifs, bien que son travail ait fait influencer peu, peut-être par sa mort prématurée. Roman Jakobson avait des idées similaires dans les années 60, sous la forme de ce qu'il appelle la fonction conative du langage. Cette idée a été développée par John Langshaw Austin et son étudiant John Searle, expliquent qu'un individu s'adresse à un autre dans l'idée de faire quelque chose, à savoir de transformer les représentations de choses et de buts d'autrui, plutôt que de simplement dire quelque chose. On peut alors modéliser l'acte de langage comme n'importe quel autre type d'acte : il a un but (aussi appelée intention communicative), un pré-requis, un corps (c'est-à-dire une réalisation) et un effet. Il existe différents types d'actes de langage, que l'on catégorise généralement selon leur but : citer, informer, conclure, donner un exemple, décréter, déplorer, objecter, réfuter, concéder, conseiller, distinguer, émouvoir, exagérer, ironiser, minimiser, railler, rassurer, rectifier… L'identification de l'acte de langage conditionne largement l'interprétation du message délivré, au-delà de la compréhension de son contenu sémantique. Par exemple, la motivation de l'énoncé « J'ai appris que tu as obtenu ton diplôme » peut être de féliciter son destinataire, de s'excuser d'avoir douté de sa réussite, ou simplement de l'informer du fait rapporté. Toutefois, certains chercheurs remettent en cause la nécessité de devoir toujours reconnaître l'acte de parole pour qu'il s'accomplisse avec succès. Sperber et Wilson illustrent cela par l'exemple des prédictions. Une prédiction est vue comme un type d'énoncé dans lequel une hypothèse possède une propriété qui porte sur un événement futur, lequel échappe, au moins en partie, au contrôle du locuteur. Selon cette théorie, la plupart des autres actes de langage pourraient être également définis par d'autres propriétés spécifiques de leur contenu.

Pragmatique et actes de langage

La pragmatique linguistique s’est largement développée sur la base de la théorie des actes de langage, qui en a constitué historiquement le creuset. La théorie des actes de langage a pour thèse principale l’idée que la fonction du langage, même dans les phrases déclaratives, n’est pas tant de décrire le monde que d’accomplir des actions, comme l’ordre, la promesse, le baptême, etc. Son développement par Searle, à la suite d’Austin, qui en a été le pionnier, a largement influencé le développement récent de la pragmatique linguistique. Pourtant le développement récent de la pragmatique cognitive a réduit l’importance des actes de langage et a simplifié grandement la théorie que l’on peut appliquer.

Les actes de langage : le fondement historique

On peut considérer que la pragmatique naît en 1955 à Harvard, lorsque John Austin y donne les conférences William James et introduit la notion nouvelle d’« actes de langage ». Ainsi, contrairement à ce que l’on pourrait croire, la pragmatique prend racine dans les travaux d’un philosophe qui s’élève contre la tradition dans la quelle il a été éduqué et selon la quelle le langage sert principalement à décrire la réalité. Austin, en opposition avec cette conception « vericonditionnaliste » de la fonction du langage, qu’il appelle, de façon péjorative, l’illusion descriptive, défend une vision beaucoup plus « opérationnaliste » selon la quelle le langage sert à accomplir des actes. Il fonde sa théorie du langage et de son usage sur l’examen d’énoncés de forme affirmative, à la première personne du singulier de l’indicatif présent, voix active, énoncés qui ont pour caractéristiques de ne rien décrire, de n’être donc ni vrai ni faux et de correspondre à l’exécution d’une action. La théorie des actes de langage se fonde donc sur une opposition à « l’illusion descriptiviste » qui veut que le langage ait pour fonction première de décrire la réalité et que les énoncés affirmatifs soient toujours vrais ou faux. Selon la théorie des actes de langage, au contraire, la fonction du langage est tout autant d’agir sur la réalité et de permettre a celui qui produit un énoncé d’accomplir, ce faisant, une réaction. Dans cette optique, les énoncés ne sont ni vrai ni faux.

Performatif vs constatif

La thèse d’Austin, dans sa première version tout au moins, s’appuie sur une distinction parmi les énoncés affirmatifs entre ceux qui décrivent le monde et ceux qui accomplissent une action.
-(1) Le chat est sur le paillasson.
-(2) Je te promets que je t’emmènerai au cinéma demain. Les premiers sont dits constatifs, alors que les seconds sont performatifs. Les premiers peuvent recevoir une valeur de vérité : ainsi (1) est vrai si et seulement si le chat est sur le paillasson. Les seconds ne peuvent pas recevoir de valeur de vérité. Toutefois, ils peuvent être heureux ou malheureux, l’acte peut réussir ou échouer et, de même que les valeurs de vérité attribuées aux énoncés constatifs dépendent des conditions de vérité qui leur sont attachées, la félicité d’un énoncé performatif dépend de ses conditions de félicité.

Pragmatique et actes de langage

La pragmatique linguistique s’est largement développée sur la base de la théorie des actes de langage, qui en a constitué historiquement le creuset. La théorie des actes de langage a pour thèse principale l’idée que la fonction du langage, même dans les phrases déclaratives, n’est pas tant de décrire le monde que d’accomplir des actions, comme l’ordre, la promesse, le baptême, etc. Son développement par Searle, à la suite d’Austin, qui en a été le pionnier, a largement influencé le développement récent de la pragmatique linguistique. Pourtant le développement récent de la pragmatique cognitive a réduit l’importance des actes de langage et a simplifié grandement la théorie que l’on peut appliquer. On peut considérer que la pragmatique naît en 1955 à Harvard, lorsque John Austin y donne les conférences William James et introduit la notion nouvelle d’« actes de langage ». Ainsi, contrairement à ce que l’on pourrait croire, la pragmatique prend racine dans les travaux d’un philosophe qui s’élève contre la tradition dans laquelle il a été éduqué et selon laquelle le langage sert principalement à décrire la réalité. Austin, en opposition avec cette conception « vericonditionnaliste » de la fonction du langage, qu’il appelle, de façon péjorative, l’’’’illusion descriptive’’’, défend une vision beaucoup plus « opérationnaliste » selon laquelle le langage sert à accomplir des actes. Il fonde sa théorie du langage et de son usage sur l’examen d’énoncés de forme affirmative, à la première personne du singulier de l’indicatif présent, voix active, énoncés qui ont pour caractéristiques de ne rien décrire, de n’être donc ni vrai ni faux et de correspondre à l’exécution d’une action. La ‘’’théorie des acte de langage’’’ se fonde donc sur une opposition à « l’illusion descriptiviste » qui veut que le langage ait pour fonction première de décrire la réalité et que les énoncés affirmatifs soient toujours vrais ou faux. Selon la théorie des actes de langage, au contraire, la fonction du langage est tout autant d’agir sur la réalité et de permettre a celui qui produit un énoncé d’accomplir, ce faisant, une réaction. Dans cette optique, les énoncés ne sont ni vrai ni faux. La thèse d’Austin, dans sa première version tout au moins, s’appuie sur une distinction parmi les énoncés affirmatifs entre ceux qui ‘’’décrivent le monde’’’ et ceux qui ‘’’accomplissent une action’’’.
-(1) Le chat est sur le paillasson.
-(2) Je te promets que je t’emmènerai au cinéma demain. Les premiers sont dits ‘’’constatifs’’’, alors que les seconds sont ‘’’performatifs’’’. Les premiers peuvent recevoir une valeur de vérité : ainsi (1) est vrai si et seulement si le chat est sur le paillasson. Les seconds ne peuvent pas recevoir de valeur de vérité. Toutefois, ils peuvent être ‘’’heureux’’’ ou ‘’’malheureux’’’, l’acte peut réussir ou échouer et, de même que les valeurs de vérité attribuées aux énoncés constatifs dépendent des ‘’’conditions de vérité’’’ qui leur sont attachées, la félicité d’un énoncé performatif dépend de ses ‘’’conditions de félicité’’’. Les énoncés affirmatifs peuvent être ‘’’constatifs’’’ : ils sont alors susceptibles d’être vrais ou faux et sont vrais ou faux suivant les conditions de vérité qui les régissent. Les énoncés affirmatifs peuvent être performatifs : ils sont alors susceptibles d’être heureux ou malheureux suivant les conditions de félicité qui les régissent. Les conditions de félicité dépendent de l’existence de procédures conventionnelles (parfois institutionnelles : mariage, baptême, etc.) et de leur application correcte et complète, des états mentaux appropriés ou inappropriés du locuteur, du fait que la conduite ultérieure du locuteur et de l’interlocuteur soit conforme aux prescriptions liées à l’acte de langage accompli. Plus généralement, il y a deux ‘’’conditions de succès’’’ primitives :
- le locuteur doit s’adresser à quelqu’un,
- son interlocuteur doit avoir compris ce qui lui a été dit dans l’énoncé correspondant à l’acte de parole. Cependant, la distinction performatif/constatif, basée comme elle l’est sur la distinction entre condition de félicité et conditions de vérité, n’a pas résisté à l’examen sévère auquel Austin l’a soumis. Il a notamment remarqué qu’a côté de ‘’’performatifs explicites comme (2), il y a des ‘’’performatifs implicites’’’ comme (3), qui peut aussi correspondre à une promesse, mais où les verbe « promettre » n’a pas explicitement employé :
-(3) Je t’emmènerai au cinéma demain. De plus, les constatifs correspondent à des actes de langage implicites, des actes d’assertion es sont donc soumis à des conditions de félicité, comme le sont les performatifs. Enfin, ils peuvent être comparés à leur correspondant performatif explicite, comme (4), ce qui ruine définitivement la distinction performatif/constatif :
-(4) J’affirme que le chat est sur le paillasson. L’opposition entre conditions de félicité et conditions de vérité n’est donc pas complète (elles peuvent se combiner sur le même énoncé), et par contrecoup, l’opposition entre performatifs et constatifs n’est pas aussi tranchée qu’il y a paraissait à un premier examen. Austin en conclut que, plutôt que d’opposer ‘’’énoncés constatifs’’’ et ‘’’énoncés performatifs’’’, il vaut mieux distinguer entre les différents actes que l’on peut accomplir grâce au langage. On peut ainsi distinguer trois types d’actes de langage :
-Les actes ‘’’locutionnaires’’’ que l’on accomplit dès lors que l’on dit quelque chose et indépendamment du sens que l’on communique ;
-Les actes ‘’’illocutionnaires’’’ que l’on accomplit en disant quelque chose et à cause de la signification de ce que l’on dit ;
-Les actes ‘’’perlocutionnaires’’’ que l’on accomplit par le fait d’avoir dit quelque chose et qui relèvent des conséquences de ce que l’on a dit. Si l’on en revient à l’exemple (2), le simple fait d’avoir énoncé la phrase correspondante, même en l’absence d’un destinataire, suffit à l’accomplissement d’un acte locutionnaire. En revanche, on a accomplit par l’énoncé de (2) un acte illocutionnaire de promesse si et seulement si l’on a prononcé (2) en s’adressant à un destinataire susceptible de comprendre la signification de (2) et cet acte illocutionnaire ne sera heureux que si les conditions de félicité qui lui sont attachées sont remplies. Enfin, on aura par l’énonciation de (2) accompli un acte perlocutionnaire uniquement si la compréhension de la signification de (2) par le destinataire a pour conséquence un changement dans ses croyances : par exemple, il peut être persuadé, grâce à l’énonciation de (2), que le locuteur a une certaine bienveillance à son égard. Conformément à ses doutes quant à la distinction constatif/performatif, Austin admet que toute énonciation d’une phrase grammaticale complète dans des conditions normales correspond de ce fait même à l’accomplissement d’un acte illocutionnaire. Cet acte peut prendre des valeurs différentes selon le type d’acte accompli et Austin distingue cinq grandes classes d’actes illocutionnaires :
-Les ‘’’verdictifs’’’ ou actes juridiques (acquitter, condamner, décréter…) ;
-Les ‘’’exercitifs’’’ (dégrader, commander, ordonner, pardonner, léguer…) ;
-Les ‘’’promissifs’’’ (promettre, faire vœu de, garantir, parier, jurer de…) ;
-Les ‘’’comportatifs’’’ (s’excuser, remercier, déplorer, critiquer…) ;
-Les ‘’’expositifs’’’ (affirmer, nier, postuler, remarquer…). La mort d’Austin l’a empêché de poursuivre ses travaux et le développement de la théorie des actes de langage a été poursuivi par la suite par John Searle. Searle commence par ajouter à la théorie des actes de langage un principe fort, le « principe d’exprimabilité », selon lequel tout ce que l’on veut dire peut être dit : pour toute signification X, et pour tout locuteur L, chaque fois que L veut signifier (à l’intention de transmettre, désire communiquer…) X, alors il est possible qu’existe une expression E, telle que E soit l’expression exacte ou la formulation exacte de X. Ce principe implique une vision de la théorie des actes de langage selon laquelle les deux notions centrales sont l’intention e la convention : le locuteur qui s’adresse à son interlocuteur a l’intention de lui communiquer un certain contenu, et le lui communique grâce à la signification conventionnellement associée aux expressions linguistiques qu’il énonce pour ce faire. La centralité des notions d’intention et de convention ne constitue pas réellement une rupture par rapport à la théorie austinienne des actes de langage : plutôt, Searle se contente d’indiquer explicitement des notions qui étaient restées davantage implicites chez Austin. L’innovation principale de Searle consiste à distinguer deux parties dans un énoncé : le ‘’’marquer de contenu propositionnel’’’ et le ‘’’marquer de force illocutionnaire’’’. Si l’on revient à l’exemple (2), on voit qu’il est facile d’y distinguer, comme dans la plupart des performatifs explicites, le marquer de contenu propositionnel : « je t’emmènerait au cinéma demain », et le marquer de force illocutionnaire : « je te promets ». Si cette distinction est plus facile à appliquer aux performatifs explicites comme (2), le principe d’exprimabilité suppose néanmoins que les performatifs implicites, comme (3), sont équivalents aux performatifs explicites et que, dans cette mesure, la distinction entre marquer de force illocutionnaire et marquer de contenu propositionnel peut s’y appliquer. Searle a également donné sa version des règles s’appliquant aux différents types d’actes de langage et sa propre taxinomie de ces différents types d’actes de langage. Cette taxinomie s’appuie sur un certain nombre de critères :
- le but de l’acte illocutionnaire ;
- la direction d’ajustement entre les mots et le monde – soit les mots « s’ajustent » au monde, comme dans une assertion, soit le monde « s’ajuste » aux mots, comme dans une promesse ;
- les différences dans le contenu propositionnel qui sont déterminées par des mécanismes liés à la force illocutionnaire – illustrés, par exemple, par la différence entre le récit d’un événement passé et une prédiction sur le futur ;
- la force avec laquelle le but illocutionnaire est représenté, qui dépend du degré d’explication de l’acte ;
- les statuts respectifs du locuteur et de l’interlocuteur et leur influence sur la force illocutionnaire de l’énoncé ;
- les relations de l’énoncé avec les intérêts du locuteur et de l’interlocuteur ;
- les relations au reste du discours ;
- les différences entre les actes qui passent nécessairement par le langage (prêter serment) et ceux qui peuvent s’accomplir avec ou sans le langage (décider) ;
- la différence entre les actes institutionnels ;
- l’existence ou non d’un verbe performatif correspondant à l’acte illocutionnaire ;
- le style de l’accomplissement de l’acte. Cet ensemble un peu hétéroclite de critères permet à Searle de dégager cinq classes majeures d’actes de langage, classification basée principalement sur les quatre premiers critères :
- les ‘’’répresentatifs’’’ (assertion, affirmation…) ;
- les ‘’’directifs’’’ (ordre, demande, conseil…) ;
- les ‘’’promissifs’’’ (promesse, offre, invitation…) ;
- les ‘’’expressifs’’’ (félicitation, remerciement…) ; Les ‘’’déclaratifs’’’ (déclaration de guerre, nomination, baptême…). Pour en finir avec l’impact de la théorie searlienne des actes de langage, on notera que les tentatives actuelles de formalisation de la théorie des actes de langage s’appuient sur les travaux de Searle. Sur la base du principe d’exprimabilité, un linguiste du courant de la sémantique générative, Ross, a proposé en 1970 une hypothèse qui a rencontré une fortune certaine sous l’appellation d’’’’hypothèse performative’’’. L’hypothèse performative consiste à traiter les performatifs implicites, comme (3), comme équivalents aux performatifs explicites, comme (2)
-(2) Je te promets que je t’emmènerais au cinéma demain.
-(3) Je t’emmènerais au cinéma demain. Plus précisément, dans le cadre de la distinction générativiste entre structure de surface et structure profonde, l’hypothèse performative consiste à supposer qu’un énoncé qui a (3) comme structure de surface partage néanmoins la même structure profonde qu’un énoncé qui a (2) comme structure de surface. En d’autres termes, tout énoncé a dans sa structure profonde une préface performative (je promets que, j’ordonne que, j’asserte que…), que cette préface performative soit explicitement exprimée (qu’elle appartienne à sa structure de surface) ou qu’elle ne le soit pas. Cette hypothèse avait l’avantage, ce qui explique le retentissement qu’elle a eu, de donner une base plus sûre à la distinction searlienne entre marquer de force illocutionnaire et marquer de contenu propositionnel : la préface performative, présente dans tous les énoncés par hypothèse, correspondait au marquer de force illocutionnaire. Cependant l’hypothèse performative s’est heurté à une objection de fond, le ‘’’perfomadoxe’’’. Il consiste à faire remarquer que, dans la mesure où la structure profonde d’une phrase correspond à son analyse sémantique (sa forme logique) et aux conditions de vérité de la phrase en question, l’hypothèse performative conduit à un paradoxe pour la plupart des assertions. Selon l’hypothèse performative en effet, une phrase comme (1) a la même structure profonde qu’une phrase comme (4) serait identiques, puisqu’elles partageraient la même structure profonde. En d’autres termes, on ne pourrait plus dire que (1) est vraie si et seulement si le chat est sur le paillasson, mais on devrait dire que (1) est vraie si et seulement si j’affirme que le chat est sur le paillasson. Or, il va de soi que la vérité de (1) ne dépend pas du fait que le locuteur affirme quoi que ce soit, mais dépend bien du fait que le chat soit sur le paillasson. L’hypothèse performative a donc pour conséquence d’imposer pour tous les énoncés une préface performative qui :
- soit ne doit pas être interprétée sémantiquement (pour ne pas générer de conditions de vérité incorrects), mais dès lors la phrase n’est pas interprétable ;
- soit doit être interprétée sémantiquement (pour que la phrase soit interprétable), mais dès lors la phrase se voit attribuer des conditions de vérité incorrects. Ces deux conséquences étant inacceptables, l’auteur du performadoxe, Lycan, en conclut que l’hypothèse performative doit être abandonnée. En s'inspirant de tout dit auparavant, la pragmatique linguistique s’est développée sur la base du rejet par Austin de « l’illusion descriptive », la thèse selon laquelle le langage sert à décrire la réalité. Austin, et Searle à sa suite, lui ont substitué une autre thèse, celle selon laquelle la fonction principale du langage est d’agir sur le monde plutôt que de le décrire. D’autre part, l’idée selon laquelle tout énoncé d’une phrase grammaticale complète correspond de ce fait même à un acte illocutionnaire a pour corollaire la nécessité d’identifier, pour chaque énoncé, sa force illocutionnaire, qui est une partie indispensable de son interprétation. La pragmatique linguistique, qui partait de la théorie des actes de langage, a eu tendance à insister sur « l’aspect conventionnel et codique du langage » et à ignorer sa « sous-détermination ». Face à un énoncé, en effet, la théorie des actes de langage, à cause notamment du principe d’exprimabilité, admet que l’interprétation se fait essentiellement de façon conventionnelle. Les dix à quinze dernières années ont cependant vu l’émergence d’un courant pragmatique cognitiviste, qui, à la suite de l’école générative, voit dans le langage d’abord un moyen de description de la réalité et seulement de façon accessoire un moyen d’action et qui consiste sur la sous-détermination langagière et sur l’importance de processus inférentiels dans l’interprétation des énoncés. Cette nouvelle approche des problèmes pragmatiques a maintenant largement droit de cité et ses auteurs, Dan Sperber et Deirdre Wilson, ont mis en cause un certain nombre des principes sous-jacents à la théorie des actes de langage. Outre le principe d’exprimabilité, dont les difficultés rencontrées par l’hypothèse performative indiquent les limites, Sperber et Wilson mettent en cause la pertinence même des classifications des actes de langage proposées par Austin et par Searle. Ils remarquent, à juste titre, que si la détermination d’une force illocutionnaire précise est tout à la fois possible (et nécessaire)dans certain cas, dans de nombreux autres cas, elle est très difficile, pour ne pas dire impossible, et ne paraît pas indispensable à l’interprétation d’un énoncé. Ainsi, dans l’exemple (5), on ne sait pas très bien si cet énoncé correspond à un acte de promesse, de prédication ou de menace et il ne semble effectivement pas que déterminer s’il s’agit de l’un ou de l’autre soit indispensable à l’interprétation de (5) :
-(5) Il pleuvra demain La suggestion de Sperber et Willson est de réduire drastiquement les classes d’actes de langage à trois classes qui peuvent être repérées linguistiquement (via la lexique ou la syntaxe) à savoir les actes de « ‘dire que’, de ‘dire de’ et de ‘demander si’ » :
- les actes de ‘dire que’ correspondent grossièrement aux phrases déclaratives et notamment aux assertions, aux promesses, aux prédictions… ;
- les actes de ‘dire de’ correspondent grossièrement aux phrases impératives, aux ordres, aux conseils… ;
- les actes de ‘demander si’ correspondent aux phrases interrogatives et plus généralement aux questions et aux demandes d’information. On pourrait objecter à cette approche qu’elle ne prend pas en compte les actes institutionnels. Sperber et Wilson anticipent cette objection et y répondent par avance en soulignant que les règles qui régissent les actes institutionnels (le baptême, le mariage, la condamnation, l’ouverture de séance, les annonces au bridge…) ne sont ni des règles linguistiques, ni des règles cognitive, mais relèvent davantage d’une étude sociologique et que les actes institutionnels peuvent entrer dans la première grande classe, celle de ‘dire que’. Reste une objection possible à cette approche : on pourrait penser qu’elle implique une nouvelle version du performadoxe. Si, en effet, on admet qu’un énoncé comme (1) est équivalent à ‘Je dis que le chat est sur la paillasson’, il est bien évident que cette interprétation aura les mêmes conséquences que l’hypothèse performative, celle de produire des conditions de vérité incorrects pour (1). Pour éviter cette objection, il faut admettre que l’attribution de la force illocutionnaire passe par un processus pragmatique qui livre, non l’interprétation sémantique complète de l’énoncé, mais un enrichissement de cette interprétation qui n’intervient pas dans la détermination des conditions de vérité de l’énoncé.

Bibliographie

-John Langshaw Austin: bruitismeHow to Do Things with Words. Cambridge (Mass.) 1962 - Paperback: Harvard University Press, 2nd edition, 2005, ISBN 0674411528 - en français: Quand dire, c'est faire, Seuil, ISBN 2020125692
-Judith Butler, Excitable Speech. A Politics of the Performative, Routledge 1997 - Austin recontre Althusser - en français: Le pouvoir des mots : Politique du performatif, Editions Amsterdam 2004, ISBN 2915547033
-Jacques Derrida, Limited Inc, Northwestern University Press 1988, ISBN 0810107880 - unç_à_)e vive critique de Searle - en français: Limited Inc, Éditions Galilée 1990, ISBN 271860364X
-John Searle, Speech Acts, Cambridge University Press 1969, ISBN 052109626X - en français: Les actes de langage, Hermann 1972, ISBN 2705657274 Catégorie:Sémantique Catégorie:Pragmatique cs:Řečový akt da:Talehandling de:Sprechakttheorie en:Speech act es:Acto de habla fa:کنش گفتاری gl:Acto de fala is:Málgjörð it:Teoria degli atti linguistici iu:ᐅᖃᖅᑐᖅ/uqaqtuq ja:言語行為 lb:Sproochaktiounstheorie lv:Runas akts nl:Taalhandeling no:Talehandling pl:Akt mowy pt:Atos da fala ru:Речевой акт sk:Teória rečových aktov sv:Talakt
Sujets connexes
Acte   Jacques Derrida   John Langshaw Austin   John Searle   Judith Butler   Roman Jakobson   Scolastique   Thomas Reid  
#
Accident de Beaune   Amélie Mauresmo   Anisocytose   C3H6O   CA Paris   Carole Richert   Catherinettes   Chaleur massique   Championnat de Tunisie de football D2   Classement mondial des entreprises leader par secteur   Col du Bonhomme (Vosges)   De viris illustribus (Lhomond)   Dolcett   EGP  
^