La Grande Illusion

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La Grande Illusion est un film français de Jean Renoir sorti en 1937.
La Grande Illusion

La Grande Illusion est un film français de Jean Renoir sorti en 1937.

Synopsis

Pendant la Première Guerre mondiale, l'avion du lieutenant Maréchal et du capitaine de Boëldieu est abattu par le commandant von Rauffenstein. Les deux officiers aristocrates, se respectent et même fraternisent plus ou moins sous le regard de Maréchal l'ouvrier et de Rosenthal le banquier juif. Cette première partie du film prend fin quand Boëldieu se sacrifie pour permettre l'évasion de Maréchal et Rosenthal. La seconde partie montre Maréchal et Rosenthal accueillis dans une ferme allemande dont tous les hommes sont partis à la guerre puis, après y avoir repris des forces, qui passent en Suisse. Le scénario initial prévoyait une séquence supplémentaire : en se séparant, Maréchal et Rosenthal se donnaient rendez-vous dans un grand restaurant parisien pour fêter la victoire. Au jour dit, les deux chaises restaient vides, sans qu'on sache s'ils avaient renoncé à continuer à fraterniser, la paix revenue, ou s'ils avaient été tués.

Commentaire

Ce film est l'occasion de peindre une galerie de portraits (deux aristocrates, un titi parisien, un banquier juif, un acteur, un instituteur, un ingénieur, etc.) à l'heure de la Première Guerre mondiale. Cette époque, qui marque la fin de l'aristocratie, décrit les rapports de force et les affinités entre les différentes classes sociales au-delà des frontières et des conflits. la Grande Illusion n'est d'ailleurs ni un film d'aventures, ni même un film de guerre (il n'y a aucune scène de combat). On peut aussi noter qu'il s'agit du premier film à traiter d'une évasion, et fut une source d'inspiration de la Grande Évasion. Caractéristique assez rare, l'histoire ne montre aucun personnage négatif : combattants ou gardiens, les Allemands sont de bons bougres ; les prisonniers alliés font leur devoir avec conscience mais sans héroïsme excessif, Boëldieu excepté mais la chose est amenée de manière très vraisemblable et quelque peu péjorative (il est une relique du passé). Tels qu'ils sont présentés, les camps de prisonniers de 14-18 ne donnent pas l'impression d'un épouvantable enfer (au moins les camps d'officiers). La signification du titre du film a longtemps suscité des discussions : la « grande illusion » s'applique-t-elle à la durée de la guerre, dont personne ne s'attendait à ce qu'elle soit si longue ? Ou concerne-t-elle les relations entre les personnages (le rapprochement factice des classes sociales par la guerre, l'entente entre aristocrates malgré le conflit de leurs patries respectives) ? L'illusion dont parle le titre serait celle des frontières, qui ne séparent pas des nations ou des territoires, mais qui sont avant tout sociales. Dès les premiers plans, les individus se reconnaissent : les deux aristocrates peuvent s'entendre malgré la guerre (ils fréquentent les mêmes lieux et parlent plusieurs langues avec facilité), et les deux ouvriers sympathisent en souvenir de leur passé (Maréchal emploie tout de suite un langage populaire pour évoquer l'usine dans laquelle lui et l'Allemand ont travaillé). Enfin, dans le dernier plan dans la neige, aucune image ne montre que la frontière suisse a été dépassée. Une troisième hypothèse voudrait que l'illusion soit celle de la "Der des Der" qu'évoque Maréchal, aussitôt contredit par Rosenthal. En effet le film date de 1937, alors que le nationalisme est à son comble et que l'accession d'Hitler au pouvoir en 1933 laisse déjà présager une nouvelle guerre. La Grande Illusion a tout de suite été considérée comme un chef d'œuvre, probablement le meilleur film de toute la production française, non seulement en France mais aussi à l'étranger, y compris chez les anglo-saxons. Jusque vers 1970 il était toujours dans la liste des 10 meilleurs films de tous les temps.

Fiche technique

- Titre : la Grande Illusion
- Réalisateur : Jean Renoir
- Scénario et Dialogues : Charles Spaak, Jean Renoir
- Assistant réal. : Jacques Becker, Robert Rips
- Conseiller technique : Carl Kock
- Scripte : Gourdji (Françoise Giroud)
- Décors : Eugène Lourié, assisté de Georges Wakhévitch
- Costumes : René Decrais
- Habilleuse : Suzy Berton
- Maquillage : Raffels (Raphaël's)
- Accessoiristes : Alexandre Laurié, Raymond Pillon
- Chef opérateur : Christian Matras
- Cadreur : Claude Renoir
- Assistant opérateur : Jean-Serge Bourgoin, Ernest Bourreaud
- Ingénieur du son : Joseph de Bretagne
- Montage : Marguerite Renoir, assistée de Marthe Huguet. Un nouveau montage a été réalisé en 1958 par Renée Lichtig, assistée de Fernande
- Musique : Joseph Kosma (éditions Smyth)
- Chanson : Marguerite si tu veux mon bonheur de Vincent Telly et Albert Valsien est interprétée par Julien Carette
- Directeur d'orchestre : Émile Vuillermoz
- Directeur de production : Raymond Blondy
- Régisseur général : Raymond Blondy, assisté de Robert Rips (chef de plateau) et de Maurice Barnathan (régie extérieure)
- Photographe de Plateau : Sam Levin
- Production : Frank Rollmer, Albert Pinkévitch et Alexandre pour les Réalisations d'Art Cinématographique (R.A.C.)
- Tournage : Février à Mai 1937
- Affiche: Bernard Lancy
- Sortie : le 9 juin 1937 au Marivaux, Paris
- Format : Noir et blanc - Mono - Pellicule 35 mm - Tirage : Laboratoire Franay L.T.C
- Distribution: R.A.C, puis Cinédis, Filmsonor Gaumont
- Genre : comédie dramatique
- Durée : 113 minutes
- Pays : France

Distribution

- Jean Gabin : lieutenant Maréchal
- Marcel Dalio : lieutenant Rosenthal
- Pierre Fresnay : capitaine de Boëldieu
- Erich von Stroheim : capitaine von Rauffenstein puis commandant von Rauffenstein
- Dita Parlo : Elsa
- Julien Carette : Cartier
- Gaston Modot : ingénieur au cadastre
- Jean Dasté : instituteur
- Sylvain Itkine : lieutenant Demolder, dit Pindare
- Werner Florian : Kantz, dit Arthur
- la petite Peters : Lotte
- Georges Péclet : Charpentier
- Habib Benglia : Sénégalais
- Claude Sainval : capitaine Ringis
- Roger Forster : Maisonneuve
- Jacques Becker : officier anglais qui casse sa montre
- Carl Koch : gendarme de campagne
- Pierre Blondy : un soldat
- Albert Brouett: prisonnier
- Georges Fronval
- Karl Heil
- Michel Salina
- Claude Vernier

Autour du film

Les acteurs

-Jean Renoir a confié les rôles principaux à trois figures emblématiques de l'époque : Pierre Fresnay en aristocrate déclinant, Jean Gabin en titi parisien gouailleur et Erich von Stroheim en officier très rigide, accentué par sa minerve.
-À l'origine le rôle de Boëldieu fut écrit pour Louis Jouvet. Le changement fut probablement heureux, Jouvet étant peut-être un peu trop austère et pince-sans-rire pour incarner un aristocrate qui doit savoir montrer du détachement et une certaine nonchalance même dans des circonstances tragiques.
-À l'origine, le scénario se concentrait sur les relations du lieutenant Maréchal et du capitaine de Boëldieu. À la suite d'un malentendu avec Erich von Stroheim, Jean Renoir dut réécrire le scénario alors que le tournage était commencé pour lui donner un rôle important car il ne devait faire, à l'origine, qu'une apparition.
-La petite Peters, qui interprète le rôle de Lotte, ne vit jamais le film : elle fut emportée par la grippe quelques semaines avant sa sortie.

Le tournage

-Les scènes d'intérieur ont été tournées aux studios de Billancourt et Éclair à Épinay-sur-Seine. Les scènes d'extérieurs ont été tournées à Neuf-Brisach, à la caserne de Colmar, au château du Haut-Kœnigsbourg, dans une ferme près de Ribeauvillé et à Chamonix pour la dernière séquence (sans Jean Gabin parti sur un autre film).
-Claude Renoir, qui travaillait auprès de son oncle Jean Renoir depuis 1932, fut contraint de quitter le tournage en Alsace pour raison de santé et fut remplacé durant trois semaines par son assistant Jean-Serge Bourgoin.

Anecdotes

-Une scène peu réaliste : des Anglais capables de chanter la Marseillaise.
-Petite étourderie : une carte affichée sur un mur montre l'Allemagne avec ses frontières d'après 1919 (l'action semble se passer dans l'année 1916 car elle fait allusion à la perte puis la reprise de Douaumont ; elle s'étale sur plusieurs mois, compte tenu des changements de camps et tentatives d'évasion des personnages, sans compter le séjour à la ferme qui couvre Noël 1916 ou 1917).
-Il n'y a jamais eu d'escadrille MF 902 (celle de Maréchal) mais cette dénomination correspond bien au système en vigueur en 14-18 car Renoir, qui fut aviateur, a pris soin d'utiliser un numéro non attribué, la série n'ayant pas atteint 600.
-Le film devait initialement s'appeler Les aventures du lieutenant Maréchal, ce personnage étant le seul présent du début à la fin.

Après la sortie

-L'esprit pacifiste (revendiqué par Jean Renoir) et de fraternisation entre les peuples du film durent au film d'être interdit pendant la guerre.
-Lors de sa présentation publique, le film fut amputé de 18 minutes, il ne fut projeté en version complète qu'au cours d'un festival organisé à Bruxelles en 1958.
-Au lendemain de la première au cinéma Marivaux, le film est projeté sans interruption de 10 heures à 2 heures du matin. Le film fait salle comble à chaque séance et battra tous les records de fréquentation : 1, 55 millions de francs en quatre semaines, 200 000 spectateurs en deux mois dans une seule salle, meilleure recette de l'année 1937.
-Il semblerait que le Duce, qui, en privé, appréciait le film et en aurait possédé une copie, serait intervenu pour écarter le film de la récompense suprème de l'exposition internationale d'art cinématographique de Venise. Son régime allait interdire l'œuvre dès octobre. Hitler, qui regardait beaucoup de films, le jugea très bon mais le fit interdire pour les mêmes raisons que la censure française : son esprit pacifiste très persuasif. Il essaya d'en faire détruire copies et négatifs, mais en vain ; de toute façon, l'étourderie des Français fut beaucoup plus efficace et on crut des années durant l'original perdu, plus personne ne sachant où on l'avait mis à l'abri.
-Le film sera projeté exceptionnellement à la Maison-Blanche à Washington pour l'anniversaire de Mme Roosevelt.
-Le film restera trente-six semaines à l'affiche d'une salle new yorkaise.

Récompenses

- Prix du meilleur ensemble artistique à l'exposition internationale d'art cinématographique de Venise (Ve Mostra de Venise).
- Prix du meilleur film étranger décerné par la critique américaine en 1938. ==
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