Barbare

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Le terme barbare — et le concept de barbarie qui lui est attaché — ont, de tout temps, eu une connotation péjorative. Ils traduisent à la fois le mépris pour l'autre, l'étranger et la crainte qu'il inspire. Michel de Montaigne, qui vécut l'époque « barbare » des guerres de religion de la fin du , exprime fort bien ce sentiment, lorsqu'il écrit dans ses Essais : « Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage. »Michel de Mont
Barbare

Le terme barbare — et le concept de barbarie qui lui est attaché — ont, de tout temps, eu une connotation péjorative. Ils traduisent à la fois le mépris pour l'autre, l'étranger et la crainte qu'il inspire. Michel de Montaigne, qui vécut l'époque « barbare » des guerres de religion de la fin du , exprime fort bien ce sentiment, lorsqu'il écrit dans ses Essais : « Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage. »Michel de Montaigne, Les Essais, I, 31. Au fil de l'histoire, le terme a revêtu différentes acceptions, que nous essaierons d'examiner dans cet article, en nous basant d'abord sur l'étymologie.

Étymologie

À l'origine, le terme barbare — emprunté en 1308 au latin barbarus, lui-même pris au grec barbaros (« étranger ») — était un mot utilisé par les anciens Grecs pour désigner d'autres peuples n'appartenant pas à la civilisation grecque, dont ils ne parvenaient pas à comprendre le langage. Barbaros n'a à l'origine, aucune nuance péjorative, il signifie simplement « non grec » ou plus largement toute personne dont les Grecs ne comprennent pas la langue, quelqu'un qui s'exprime par onomatopées : bar-bar-bar.

Apparition du concept dans l'Antiquité

Claude Yvon, dans l'article « Barbare (philosophie) » de Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, fait remarquer que « c'est le nom que les Grecs donnoient par mépris à toutes les nations qui ne parloient pas leur langue, ou du moins qui ne la parloient pas aussi bien qu'eux, pour marquer l'extrême opposition qui se trouvoit entr'eux et les autres nations qui ne s'étaient point dépouillées de la rudesse des premiers siècles. » Il s'agissait donc au départ d'un simple critère linguistique permettant de distinguer les individus dont le langage leur apparaissait comme un babil inintelligible (« ba ba ba »), une sorte d'onomatopée, comparable au bla-bla en français, évoquant le bredouillement. Était donc barbare celui qui au lieu de parler grec — de posséder le logos — faisait du bruit avec sa bouche. Du point de vue des Grecs antiques, parmi les barbares, les Perses constituaient une exception : ils étaient considérés comme civilisés, quoiqu'ils fussent soumis à la tyrannie d'un roi, et non à la loi décidée en commun par les citoyens (démocratie). En revanche, les peuples celtiques, germaniques, slaves ou encore asiatiques étaient considérés comme des barbares rustres et peu, voire pas du tout, civilisés. Par extension, cette différence linguistique donnera une vision négative, méprisante, de l'autre, de l'étranger, qui se retrouvera dans la définition transmise par les Grecs au monde romain. Après la conquête de la Grèce, les Romains adoptèrent le terme grec et l'utilisèrent pour désigner les peuples qui entouraient leur propre monde. Était donc qualifié de barbare à Rome celui qui n'appartenait pas à la sphère culturelle gréco-romaine, quel que fût son niveau de civilisation. . Ces derniers considéraient, par ailleurs, les Huns comme des « animaux à deux pieds », selon la description qu'en fit l'historien Ammien Marcellin, qui décrit leur arrivée en Europe, comme une « tornade dégringolant des montagnes »Ut turbo montibus celsis, Histoire, XXXI, 3, 8.. Soucieux de préserver la Gaule qu'il venait de conquérir du péril que représentaient ces peuples germaniques qu'il était parvenu à repousser au-delà du Rhin et de sauver de la barbarie une province en voie de romanisation, César, dans une digression célèbre de la Guerre des GaulesJules César, la Guerre des Gaules, VI, 11-28. brosse un portrait fort peu amène de ces envahisseurs qu'il juge incapables même de désirer la « civilisation » : impudeur physique, alimentation fruste, religion sommaire, culte de la violence et de la destruction, sont les principaux traits qu'il prête à ces populations qu'il espère maintenir à l'extérieur de l'aire romaine. Les Romains — soumis de tout temps à des raids sur leurs frontières — percevaient les barbares comme une menace. Après une première alerte à l'approche du (Cimbres, Teutons), ils seront soumis cinq siècles durant à cette pression barbare, qui emportera finalement une partie de l'empire qu'ils avaient constitué et leur civilisation. La deuxième vague de ce qu'on appellera par la suite les invasions barbares a lieu au (242, 253, 276), lorsque les Francs et les Alamans dévastent la Gaule, l'Espagne et l'Italie du Nord. Puis, au , sous la pression des Huns venus d'Asie, l'invasion va devenir massive. Les Romains, malgré l'ardeur de certains généraux comme Stilicon (d'origine germanique), ne pourront résister aux grandes invasions et seront emportés par la vague barbare qui submerge la partie occidentale de l'empire.

Historiographie du Haut Moyen Âge

Les hordes barbares de Crocus pillent le Languedoc (gravure de Ferdinand Pertus, ) Plus tard, on utilise le terme d'invasions barbares pour qualifier les mouvements de population qui se produisent à partir du jusqu'au - à travers l'Empire romain finissant. Ces migrations de peuples germaniques ayant envahi l'empire à partir de 406 sont considérées comme un déferlement de la barbarie destructrice sur la civilisation. Par extension, l'âge des Vikings et ses raids soudains et meurtriers perpétue la frayeur qu'inspirèrent auparavant les Huns, les Goths et autres Vandales, alors qu'à l'Est des peuples surgis des steppes de l'Asie bâtissent des empires nomades face aux murs de ConstantinopleCette aversion se poursuit lors du Bas Moyen Âge avec la prise de Moscou par les hordes mongoles en 1238. et que les Slaves investissent les Balkans. Dans l'empire bâti par Charlemagne, un autre terme semblable apparut avec le Sarrasin. On emploie à cette époque une variante du terme pour désigner les pirates méditerranéens issus de pays musulmans : les Barbaresques.

L'époque moderne

La supériorité technique et conceptuelle de l'Europe au sortir du Moyen Âge amène ses habitants à développer un sentiment teinté d'orientalisme à l'égard des autres peuples qu'ils découvraient, à la suite de leurs lointaines expéditions. Cette distinction, marquée par un complexe de supériorité vis-à-vis de ces peuples inconnus, ne connaissant pas leur civilisation (la civilisation) perpétue le clivage du civilisé et du barbare au travers de celui du colonisateur et du colonisé. L'idéologie du colonialisme s'est développée sur ce concept de l'apport de la civilisation à des peuples qui en étaient jusque là dépourvus. Face à ces peuplades inconnues de lui et provenant du Nouveau Monde, l'homme blanc conçoit — une fois les Grandes découvertes achevées — une classification tierce : c'est le mythe du bon sauvage. Egalement, le terme "Barbarie" servait à qualifier sous l'Ancien Régime la région considéré aujourd'hui comme le Maghreb. Selon l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, la Barbarie était une "grande contrée d'Afrique, enfermée entre l'Océan Atlantique, la mer Méditerranée, l'Égypte, la Nigritie et la Guinée"Diderot, Denis, Alembert, Jean le Rond d', Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, New York, Paris, éd. Compact, Pergamon Press, 1980, 3 vol. Les habitants de la Barbarie étaient les Barbaresques.

Les acceptions contemporaines

Poster de propagande pour la conscription dans le contingent américain, Première Guerre mondiale - Les alliés exploitent l'image de barbarie en instillant l'idée de germanophobie dans le conflit en cours. L'amalgame d'idées n'est donc pas spécifiquement français. Aujourd'hui, ce terme désigne un individu ou un groupe social considéré comme cruel, « inhumain », non éduqué, violent, de mœurs rustres, etc. En illustre le barbarisme en linguistique. Dans le contexte de l'esprit de revanche qui se manifestait en Europe dans la première moitié du , renvoyer les descendants des peuples germaniques du haut Moyen Âge à un état de barbarie fut une attitude pratique et simplificatrice de la propagande et de l'historiographie française — également reprise par les Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale — pour se positionner par opposition en défenseur de la civilisation. Cette vision est hélas corroborée par la découverte des camps, la barbarie nazie rejaillissant sur une mort des concepts hégeliens par lesquels l'idéalisme allemand avait jusque alors gouverné l'Histoire des idées Histoire des idées : interwiki History of ideas.. Les dégâts sont nombreux, les chantiers aussi : l'après-guerre s'ouvre alors sur une remise en cause de l'Historiographie, mettant fin à la simplification selon laquelle l'Histoire évoluerait soit dans un sens positif et éclairé, soit dans un sens négatif, sombre, en attribuant la cause à des barbares désignés comme autant de boucs émissaires Pour cette thématique, lire les travaux de Gilles Deleuze.. Stéréotype résultant : dans les univers médiévaux-fantastiques ou d'heroic fantasy, les barbares sont des personnes souvent en pagnes douées d'une grande force, d'une grande musculature et pas forcément très intelligentes.

Citations

"Civilisations barbares"

Cette assertion montre comment l'épithète idéologique mène à des oxymorons lorsqu'il est employé. Le régime d'écriture par les chroniques ou histoires ecclésiastiques Lire l'introduction de Metz au Moyen Âge a amené à amalgamer les Huns, les Germains et les Sarrasins (Maures) dans ce terme — empreint de négativité — d' « invasions barbares » Ce terme englobe donc tout ce qui a pu causer du tort à l'Occident en général, Occident chrétien en particulier. Comme on peut le lire plus bas, les civilisations de l' Extrême-Orient leur ont retourné la politesse, ce qu'Henri Michaux a exprimé magistralement en se sentant « Un barbare en Asie ». Les cartes produites en Europe jusqu'au ) ont désigné le Maghreb sous le vocable de Barbarie, auquel sont pourtant associés des adjectifs différents : barbaresque et barbe, qui désigne la race de cheval qui en est originaire. Le nom du peuple berbère a la même origine, ce qui n'implique pas qu'il ait été continuellement perçu comme barbare par les européens. Rétrospectivement, on peut donc désigner par le terme « civilisation barbare » :
- La civilisation germanique les anciennes civilisations d’Europe du Nord, avant le franchissement du limes Rhin / Danube lors de la phase majeure des Grandes invasions :
- Les Goths ;
- Les Vandales ;
- Les Huns ;
- Les Wisigoths ;
- Les Ostrogoths ;
- Les Avars ;
- Les Lombards ;
- Les Francs ;
- Les Suève
- La civilisation islamique lors de sa phase d'expansion à partir du .
- Le bassin méditerranéen médiéval Lire Le monde méditerranéen au XIIe siècle :
-
- Les ports des Barbaresques en Méditerranée (ils furent aussi en Sardaigne et à Arles)
- À l'époque où ils commencent à commercer avec les Japonais, aux s, les Européens sont considérés par ceux-ci comme des Namban, c’est-à-dire des « Barbares du Sud » Voir à ce sujet l'article Époque du commerce Namban .

Divers

Le terme Barbarie désigne manifestement une région étrangère et inconnue dans le nom de l'espèce canard de Barbarie. Celui-ci est en réalité originaire d'Amérique du Sud, et était donc inconnu en Europe avant la découverte de l'Amérique.

Voir aussi

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