Hernani

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Hernani est une pièce de théâtre écrite par Victor Hugo qui inaugura le genre du drame romantique. Elle a été publiée en 1830 et représentée pour la première fois à la Comédie-Française le 25 février 1830, ce qui déclencha la Bataille d'Hernani. Cette bataille opposait les modernistes et les traditionalistes. Des bases comme les trois unités (de temps, de lieu et d'action) sont remises en cause par cette pièce. C'est une des œuvres les plus célèbres d
Hernani

Hernani est une pièce de théâtre écrite par Victor Hugo qui inaugura le genre du drame romantique. Elle a été publiée en 1830 et représentée pour la première fois à la Comédie-Française le 25 février 1830, ce qui déclencha la Bataille d'Hernani. Cette bataille opposait les modernistes et les traditionalistes. Des bases comme les trois unités (de temps, de lieu et d'action) sont remises en cause par cette pièce. C'est une des œuvres les plus célèbres d'Hugo. Elle fut mise en musique par Verdi en 1844 sous le titre de Ernani.

Personnages

-Hernani
-Don Carlos
-Don Ruy Gomez de Silva
-Doña Sol de Silva
-Le Roi de Bohême
-Le Duc de Bavière
-Le Duc de Gotha
-Le Baron de Lutzelbourg
-Iaquez
-Don Sancho Sanchez de Zuniga, comte de Monterrey
-Don Matias Centurion, marquis d'Almuñan
-Don Ricardo de Roxas, seigneur de Casapalma
-Don Garci Suarez
-Don Francisco
-Don Juan de Haro
-Don Pedro Guzman de Lara
-Don Gil Tellez Giron
-Doña Josefa Duarte
-Un montagnard
-Une dame
-Premier conjuré
-Deuxième conjuré
-Troisième conjuré
-Conjurés de la Ligue sacro-sainte, allemands et espagnols
-Montagnards, seigneurs, pages, peuple, etc.

Résumé

Préface L'auteur réaffirme ses dires exposés dans la Préface de Cromwell : il faut briser les règles du théâtre classique et réaffirmer l'ambition esthétique de la nouvelle génération, le romantisme. Il demande aussi, et surtout, la mise en valeur du public, le public vrai, le peuple, car c'est lui qui rend les œuvres immortelles, et que "la poésie ait la même devise que la politique : TOLERANCE ET LIBERTE" L'action principale se situe en Espagne en 1519 (de février à août). Acte I : Le roi (Saragosse, une chambre à coucher) Don Carlos s'introduit incognito chez une jeune fille, Doña Sol, et se cache dans une armoire à l'arrivée d'Hernani, un proscrit qu'elle aime. Mais Don Carlos sort de sa cachette et le duel semble inévitable lorsque survient le vieux duc Ruy Gomez, l'oncle de Doña Sol, mais aussi son futur mari. Pour sauver la situation, Don Carlos révèle qu'il est le roi d'Espagne. Protégé par Don Carlos, Hernani peut partir non sans avoir convenu d'un rendez-vous avec Doña Sol ; resté seul, le jeune homme laisse éclater, en aparté, son désir de vengeance et sa haine pour le roi. Acte II : Le bandit (Saragosse, un patio du palais de Silva) Le lendemain, Don Carlos tente d'enlever Doña Sol, mais Hernani intervient ; le roi refuse le duel et Hernani, avec grandeur, lui laisse la vie sauve. Enfin seul, le couple d'amants savoure, pendant un instant, un bonheur partagé, mais le tocsin les interrompt : Hernani, recherché par les gardes du roi, doit s'enfuir. Acte III : Le vieillard (Le château de Silva, dans les montagnes d'Aragon) Pourchassé et déguisé en pèlerin, Hernani est accueilli par Don Ruy Gomez, qui s'apprête à épouser Doña Sol. Les deux jeunes gens se retrouvent et réaffirment leur amour indéfectible; Don Ruy Gomez, qui a surpris la scène, sauve malgré tout Hernani : en effet, le roi vient d'arriver et exige le proscrit ; devant le refus du duc, il prend Doña Sol en otage. Don Ruy Gomez et Hernani conviennent alors d'un pacte : ils vengeront Doña Sol et Hernani mourra quand Don Ruy Gomez l'exigera. Acte IV : Le tombeau (Aix-la-Chapelle, dans le tombeau de Charlemagne) À Aix-la-Chapelle, Don Carlos attend les résultats de l'élection impériale tout en déjouant un complot : parmi les conjurés se trouvent Don Ruy Gomez et Hernani ; ce dernier, désigné pour assassiner le roi, refuse de laisser sa place à Don Ruy Gomez, qui lui propose pourtant de rompre le pacte. Elu empereur, Don Carlos pardonne aux conjurés et annonce le mariage de Doña Sol avec Hernani, qui révèle sa véritable identité (car il est noble et non pas un proscrit) qui est celle de Jean d'Aragon et abandonne son idée de vengeance. Acte V : La noce (Saragosse, sur une terrasse du palais d'Aragon) A Saragosse, les noces de Doña Sol et d'Hernani ont lieu ; mais Don Ruy Gomez, implacable, vient exiger le respect du pacte fatal ; Doña Sol s'empoisonne, imitée par Hernani. Don Ruy Gomez se poignarde alors sur leurs corps.

La théorie du drame romantique

On ne peut parler d’Hernani sans évoquer son genre : le drame romantique. Quelques théoriciens des années 1820 comme Stendhal (Racine et Shakespeare) ou Manzoni (Lettre à monsieur Chauvet sur l’unité de lieu et de temps dans la tragédie) avaient contribué à la naissance d’une nouvelle esthétique théâtrale. Victor Hugo, jeune poète et auteur dramatique, ayant récemment terminé le drame injouable Cromwell, veut conquérir la scène parisienne, récuser les tragédies qu’il juge trop éloignées des spectateurs et imposer l’idée que la poésie « se superpose toujours à la société ». La pièce portait dans l’édition originale le sous-titre L’honneur Castillan.

La création de la pièce

Après la rédaction de la préface de Cromwell en 1827, où il affirmait la nécessité de briser les règles du théâtre classique, Hugo est revenu à la poésie lyrique avec notamment les Odes et Ballades (août 1828), qui lui valent la protection du roi, et Les Orientales (janvier 1829). Comme il désirait toujours abattre les classiques sur leur terrain admis, le théâtre tragique, il enchaînait aussi les projets et les échecs, ainsi Amy Robsart, échec à l'Odéon en février 1828. Mais le succès de Henri III et sa cour en 1829 de son ami Alexandre Dumas lui redonna vigueur et il s'attela à un drame historique en Espagne (les sujets français étant systématiquement censurés par le pouvoir royal, tels Marion Delorme et Un duel sous Richelieu). Ce fut Hernani. La rédaction s'étala du 19 août au 24 septembre 1829, et il lut son œuvre le 30 septembre à ses amis du cénacle romantique, qui l'approuvèrent presque sans réserve. Il obtint l'autorisation de créer sa pièce au Théâtre Français, les censeurs désirant l'abattre une fois pour toute, et une nouvelle lecture le 5 octobre devant la troupe de la Comédie-Française suscita l'enthousiasme. Aussitôt distribuée, la pièce entra en répétition. Les répétitions furent cependant ardues : Mademoiselle Mars, étoile de la troupe, jouant Doña Sol, avait le goût plutôt classique, même si elle désirait aider ce jeune et talentueux auteur, et se prêtait mal aux hardiesses de ton romantiques ; d'autres comme Firmin, un Hernani un peu falot, et Michelot, don Carlos plus élégant que vigoureux, redoutaient surtout l'affrontement futur. Plusieurs, dont notamment Joanny, ancien soldat aux ordres du général Hugo, et qui désirait ainsi rendre hommage au fils en interprétant Don Ruy Gomez, étaient cependant enthousiastes de briser les carcans ampoulés du jeu classique. Les censeurs épluchèrent le manuscrit jusqu'en janvier, la pièce étant retardée par le succès de l’Othello de Shakespeare mis en scène par Vigny, coupant certains passages (mais pour des raisons politiques ou religieuses, les censeurs se faisant honneur de laisser les hardiesses stylistiques, espérant que le « mauvais goût » prononcé discréditerait définitivement leur auteur), alors qu'une cabale se formait dans la presse, menée par les classiques, visant à démolir à l'avance l’œuvre nouvelle, ce qui ne fit que conforter Hernani dans son rang de "manifeste" de la nouvelle génération, qui eut ainsi le temps de se préparer à la bataille.

Les réactions

Lors de la première représentation, la pièce déclencha de vives et surprenantes réactions entre les classiques venus pour détruire la contestation dans l’œuf et les romantiques venus soutenir leur champion. Ce fut la Bataille d'Hernani. Voir article détaillé : Bataille d'Hernani Mais, malgré la bataille qui faisait rage, la pièce fut un vrai succès (recette de 4 940, 65 francs) et Mame versa son dû à l'auteur et le lia séance tenante, selon la légende, par un contrat d'édition. Les représentations suivantes augmentèrent l'intensité de la bataille mais la pièce avait trouvé son public et le succès ne se démentit pas, Victor Hugo étant porté aux nues par la nouvelle génération. Ainsi, comme le note Théophile Gautier, "pour la génération de 1830, Hernani a été ce que fut Le Cid pour les contemporains de Corneille. Tout ce qui était jeune, vaillant, amoureux, poétique, en reçut le souffle." Hugo, contre l'éreintement systématique des tenants des classiques, tels que Charles Maurice, Sainte-Beuve ou Jean Viennet, reçut cependant le soutien de nombreuses personnes hors de sa génération, tels que Victor Pavie ou Châteaubriand qui lui écrivit au lendemain de la première : "J'ai vu, Monsieur, la première représentation d’Hernani. Vous connaissez mon admiration pour vous, ma vanité s'attache à votre lyre, vous savez pourquoi. Je m'en vais, Monsieur, et vous venez. Je me recommande au souvenir de votre muse. Une pieuse gloire doit prier pour les morts." La pièce fut ensuite reprise en 1838, non sans difficulté car les pouvoirs officiels de la Monarchie de Juillet cherchaient à effacer les œuvres romantiques à la Comédie-Française, et plusieurs autres fois avant 1849. Mais Victor Hugo se détachant du pouvoir impérial, Napoléon III interdit toutes ses pièces tout le long du Second Empire, et il fallut attendre 1877 pour voir redécouvrir cette pièce, avec Mounet-Sully et Sarah Bernhardt, où l'on put l'entendre pour la première fois dans sa version entière et non censurée. En 1952, la pièce avait été jouée 906 fois à la Comédie-Française. On peut cependant penser que si Hernani a gagné la bataille contre les classiques, il a subi un certain éreintement de son image, car elle est aujourd'hui bien moins jouée et connue que d'autres pièces du romantisme, tels que Ruy Blas du même auteur ou Lorenzaccio et On ne badine pas avec l'amour de Musset.

Analyse de l’œuvre

Sources Victor Hugo s'inspire de sources diverses pour cristalliser dans la légende de chevalerie hispanique, comme dans Le Cid de Corneille, auquel il se référait volontiers, l'ambition romantique de sa génération. Il tire son sujet ainsi, selon ses dires, d'un passage d'une vieille chronique espagnole : "Don Carlos, tant qu'il ne fut qu'archiduc d'Autriche et roi d'Espagne, fut un prince amoureux de son plaisir, grand coureur d'aventures, sérénades et estocades sous les balcons de Saragosse, ravissant volontiers les belles aux galants, voluptueux et cruel au besoin. Mais du jour où il fut empereur, une révolution se fit en lui." Il tira ensuite sans doute l'ambiance hispanique de ses souvenirs de ce pays, où il habita quelque temps à la suite de son père durant les campagnes napoléoniennes, et de textes récents sur l'histoire locale, toujours selon ses dires. On peut aussi noter des analogies avec des pièces qui lui ont peut-être inspiré certains passages : Le Tisserand de Ségovie d'Alarcon ou La Dévotion à la croix de Calderon (histoires d'amour, d'honneur et de sang) mais aussi des sources moins latines, tels que Evadne of the Statue de Lalor Sheil (la scène des portraits), Egmont de Goethe, Les Brigands de Schiller… Le romantisme nouveau dans Hernani
- Thème et construction : Bien que la pièce se divise classiquement en cinq actes en alexandrins, où le jeune auteur est déjà passé maître, et tire ses thèmes d'intrigues sentimentales des grandes œuvres classiques raciniennes et cornéliennes, Hernani est une œuvre au ton résolument nouveau. Il diffère par ses principes et ses procédés, renouant parfois avec une tradition shakespearienne, clairement évoquée dans la préface de Cromwell. Ainsi l'auteur mêle à la tragédie la plus sombre et aux passions les plus élevées, la fougue de la jeunesse et un comique de personnages (les valets résolument molièriens), il se permet de faire mourir des personnages sur scène, détruisant ainsi le rôle des confidents et des messagers du théâtre classique, car ici tout se passe sur scène. Il amène aussi une part importante de spectacle purement visuel en costumes d'époque : escorte royale au flambeau (acte II), entrée militaire (acte III). Ici chaque acte est une entité qui reçoit un titre, alors que le théâtre classique se veut linéaire. Et bien sûr, l'auteur détruit de manière absolue les trois règles d'unité du théâtre classique : un lieu (ici un lieu différent par acte), un jour (la pièce s'étire sur plusieurs mois), une action (les intrigues politiques et amoureuses s'entremêlent joyeusement).
- Une esthétique nouvelle : Victor Hugo brise tout d'abord les alexandrins, qui dans la tragédie classique devaient être entiers et pleins. Ainsi cet exemple qui lui valut des sifflets : "Serait-ce déjà lui ? - C'est bien à l'escalier / Dérobé." Il assouplit la rythmique et désire même que les acteurs ne s'arrêtent pas à la fin du vers, il désire que la vie sorte de sa pièce. Dans ses envolées lyriques, Hugo exalte la jeunesse, l'amour, le pittoresque de la vie dans une poésie vive et grande, qui montre bien quel grand auteur il est. Par ses couleurs vives, sa flamboyance, ses héros même, Hernani est un sensible en proie à des impulsions qui le dominent et Don Carlos est un jeune dandy qui, quand il devient monarque, absolu possède des ambitions démocratiques, ils sont les héros romantiques image de la jeunesse de 1830, Hernani est la pièce qui a révélé le romantisme, c'est l'acte de foi du drame romantique. Suivront les pièces de Musset, de Vigny, de Gautier, et plus tard de Rostand… ===
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