Yasunari Kawabata

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Yasunari Kawabata (川端 康成) (1899 - 1972) est un écrivain japonais, prix Nobel de littérature en 1968.
Yasunari Kawabata

Yasunari Kawabata (川端 康成) (1899 - 1972) est un écrivain japonais, prix Nobel de littérature en 1968.

Biographie

Jeunesse

1899 (ère Meiji) - Le 14 juin Kawabata Yasunari, deuxième enfant d'une famille prospère et cultivée, vient au monde à Ōsaka. Né prématuré à sept mois, il restera de santé fragile toute son existence. Sa sœur Yoshiko est de quatre ans son aînée. Son père, Eikichi, médecin à Ōsaka fit ses études de médecine à Tokyo. Fin lettré, amateur de poésie chinoise et de peinture, il meurt de tuberculose dès janvier 1901. Sa mère, Gen, née Kuroda, (précédemment mariée au frère de son époux) est issue d'une famille fortunée. Après le décès de son mari, elle retourne dans sa maison natale au village de Toyosato en périphérie d'Ôsaka avec ses deux enfants mais décède de la même maladie en janvier 1902. À trois ans, Yasunari est orphelin. Séparé de sa sœur qui est recueillie par sa tante, il est élevé par ses grands-parents paternels qui vivaient dans le village de Toyokawa, autre district de la région d'Ōsaka. Ceux-ci tentèrent de pallier le vide affectif traumatisant causé par la disparition de ses parents. Son grand-père Kawabata Sanpachirô, notable local féru de science divinatoire et un temps fabricant de médecine chinoise, avait vendu ses terres pour investir dans des placements qui causèrent sa ruine. 1906 - Yasunari entre à l'école primaire de Toyokawa où il fera une brillante scolarité malgré sa santé précaire. 1909 – Décès de Yoshiko. Il n'assistera pas à l'enterrement de cette sœur dont il n'a gardé « au fond du cœur aucune image » sa famille voulant éviter de lui infliger une fois encore l'épreuve d'une cérémonie funèbre mais cela l'empêchera de faire le deuil réel de la jeune fille. Sa grand-mère meurt en septembre. 1912 (ère Taishô) - En avril, il entre au collège d'Ibaraki distant de cinq kilomètres qu'il parcourt à pied. Il décide cette année là de devenir écrivain et consacre désormais son temps libre à la lecture et à ses premières tentatives de création littéraire. Resté seul avec son grand-père, des liens très étroits se tissent entre le petit fils et le vieil homme pendant leurs huit années de vie commune. 1914 - Affaibli et devenu aveugle, celui-ci décède en mai dans sa soixante quinzième année. Yasunari est alors recueilli pendant six mois par un oncle de sa famille maternelle au village de Toyosato. Il écrit cette année là son premier opus littéraire: « Jûrokusai no nikki » (Journal de ma seizième année) qui ne sera publié que onze ans plus tard (1925) puis édité dans « Shônen » (L'adolescent) en 1948. Depuis son plus jeune âge, Yasunari fut donc durement confronté à la disparition précoce de sa cellule familiale et cette expérience douloureuse qui se retrouvera ultérieurement dans ses écrits semble être une des clés de son rapport obsessionnel à la solitude et à la mort (Ramasser des ossements, 1916; L'abonné des funérailles, 1923; Les sentiments d'un orphelin, 1924; Le visage de la morte, 1925; Voiture funéraire, 1926 etc.). 1915 - Yasunari entre comme pensionnaire au lycée de Ibaragi en janvier (il y restera jusqu'à la fin de ses études en 1917). Grand lecteur de littérature contemporaine et classique japonaise ainsi que de littérature occidentale, il envoie de courts essais à différents quotidiens et revues. Certains textes seront publiés. 1916 - Il est nommé responsable de chambre ce qui place sous son autorité Kiyono, jeune compagnon à la féminité prononcée. Complexé et obnubilé par un physique qu'il jugeait ingrat, convaincu de sa laideur, Yasunari nourrit une véritable passion sans exutoire charnel envers le séduisant Kiyono qu'il nommera lui-même « mon amour homosexuel » (in « L'adolescent »). 1917 - En septembre Yasunari monte à la capitale et réussit à entrer au Premier Lycée de Tôkyô (section littérature anglaise) passage obligé pour intégrer l'Université Impériale. Cette séparation générera une correspondance épistolaire entre les deux amis jusqu'en 1921. 1918 - À l'occasion d'un voyage dans la péninsule d'Izu, Yasunari rencontre une troupe de théâtre ambulant où évolue une superbe danseuse. L'émotion esthétique de cette rencontre et la féerie du lieu font naître dans la psychologie amoureuse du jeune homme de 19 ans un nouveau désir érotique qui se juxtapose à celui éprouvé pour Kiyono. Cette expérience marquante sera la source de son premier roman « Izu no odoriko » (La danseuse d'Izu, publiée en 1926). Depuis lors, pendant dix ans, il retournera à Yugashima, l'une des principales stations thermales d'Izu. Cet épisode montre que les écrits de Yasunari sont inspirés de faits réels parfois autobiographiques et, dans le cas ci-dessus, d'autres récits se référeront plus ou moins explicitement à cet épisode : « Souvenirs de Yugashima » 1922, « Le grondement de la montagne » 1949-1954, « Le lac » 1954, « Les belles endormies » 1960-1961. 1919 - Yasunari et ses amis forment un cercle libre de littérature moderne. Il.publie la nouvelle « Chiyo » (Chiyo) dans la revue de la société amicale du Premier Lycée de Tôkyô. À cette époque il se lie d'amitié avec le futur écrivain Kon Tôkô (1898-1977) dont le père l'initie au spiritisme. 1920 - En juillet il obtient son diplôme du Premier Lycée de Tôkyô ce qui lui permet de s'inscrire à l'Université Impériale de Tôkyô, faculté de Littérature, section Littérature anglaise. Il optera l'année suivante pour la section Littérature japonaise. Désireux avec d'autres camarades de lancer la sixième série de la revue du cercle de l'université, Shinshichô (Pensée nouvelle), il rencontre à ce sujet l'écrivain Kikuchi Kan qui deviendra son protecteur. 1921 - En février, lancement de la sixième série de Shichinchô où il fera paraître successivement plusieurs nouvelles importantes dont « Shôkonsai ikkei » (Tableau de fête en hommage aux soldats morts) et « Abura » (Huile). Par l'entremise de Kikuchi Kan il fait la connaissance de Yokomitsu Riichi (1898-1947) qui restera un ami fidèle et son principal compagnon sur la route du modernisme. Il rencontre également Akutagawa Ryûnosuke (1883-1927), Kume Masao et quelques autres futurs écrivains de sa génération. À l'occasion d'une réunion d'étudiants dans un café proche du lycée supérieur d'Ichikô à Hongô, Yasunari fait la connaissance de Itô Hatsuyo, jeune serveuse de 14 ans qui le laisse d'abord indifférent. Peu après cette rencontre le café cesse son activité et Hatsuyo part vivre chez ses parents adoptifs dans un temple de Gifu situé dans une région montagneuse au centre de l'île. Entraîné par un de ses amis, Miaki, il continue à voir la jeune fille et, contre toute attente, décide de l'épouser. Très étonnés ses amis suivent la préparation du mariage. Yasunari fait part de ses intentions au père d'Hatsuyo et soumet son projet à son protecteur Kikuchi Kan qui lui offre de bon cœur plus de 200 yens. Cette somme importante sert à louer un logement pour recevoir la future épouse. Environ un mois après cette décision Hatsuyo envoie une lettre incompréhensible pour rompre les fiançailles (in « L'extraordinaire » ou « Le feu du sud »). Aux yeux de Yasunari Hatsuyo représente la femme idéale et, malgré la fin tragique de leur courte relation, l'ombre de la jeune fiancée hantera longtemps l'esprit de l'écrivain. Son empreinte est décelable dans de nombreux personnages féminins qui parsèment son œuvre.

Les débuts d'écrivain

1922 - Il commence à être rémunéré pour ses nouvelles et articles de critique littéraire notamment dans Jiji shinpô et publie des traductions de Galsworthy et Tchékhov. Durant l'été il écrit à Yugashima « Yugashima de no omohide (Souvenirs de Yugashima), texte qu'il reprendra partiellement dans « L'adolescent ». 1923 - Yasunari participe au comité de rédaction du mensuel « Bungei shunjû » dirigé par Kikuchi Kan. Le grand séisme du 1° septembre le surprend à Tôkyô dont il parcourt les décombres accompagné de ses amis Kon Tôkô et Akutagawa Ryûnosuke. Il publie cette année là « Kaisô no meijin » (réintitulé Sôshiki no meijin, Le maître des funérailles) et « Nanpô no hi » (Le feu du sud). 1924 - En mars, il sort diplômé de l'Université impériale de Tôkyô; son mémoire s'intitule « Nihon shôsetsu-shi shôron » (Petite étude sur l'histoire du roman japonais). En septembre il fonde avec Yokomitsu Riichi, Kataoka Teppei et 12 autres compagnons la revue d'avant-garde « Bungei jidai » (L'Époque de la littérature) qui deviendra l'organe du Shinkankaku-ha (École des sensations nouvelles) où Yasunari joue un rôle central avec ses amis Kon Tôkô et Yokomitsu Riichi (1898-1947). La déclaration des fondateurs est rédigée par Yasunari lui-même : « Le destin de ceux qui pensent au futur est d'abandonner le passé et de renoncer au présent ». 1925 - Yasunari rencontre sa future femme, Matsubayashi Hideko et passe une bonne partie de l'année à Yugashima. Il publie « Journal de ma seizième année », quelques « Récits de la paume de la main » et fait paraître plusieurs essais dans la revue Bungei jidai, en particulier « Shinshin sakka no shinkeikô kaisetsu » (Notes sur les nouvelles tendances des nouveaux écrivains), manifeste de « l'École des sensations nouvelles ». 1926, première année de l'ère Shōwa - Il publie son premier livre « Kanjô sôshoku » (Les ornements des sentiments), un recueil de trente cinq des Récits de la paume de la main et la nouvelle « Izu no odoriko » (La danseuse d'Izu) dans la revue Bungei jidai. Ainsi que l'attestent deux de ses livres (La photographie, 1924, Photographie avec des fleurs, 1930) Yasunari était un passionné de photographie et de cinéma. C'est donc sans réticence qu'il écrit le scénario d'un film muet; « Kurutta ipeji » (Une page folle) sur une idée du réalisateur Kinugasa Teinosuke (1896-1982). Cette « composition littéraire » démontre que sa technique d'écriture -parution de courts récits- est très proche du montage séquentiel d'un film et du synopsis d'un scénario. Ce tournage lui permet de mettre en lumière sa connaissance approfondie des techniques cinématographiques. Sept autres films adaptés de ses romans seront tournés par divers réalisateurs et scénaristes jusqu'en 1980. 1927 - Publication du deuxième recueil de nouvelles sous le titre « La danseuse d'Izu » et du premier feuilleton « Humi no himatsuri » (La fête du feu au bord de la mer) dans Chûgai shôgyô shinpô. 1928 - Yasunari séjourne à Atami puis s'installe dans le quartier d'Ômori à Tôkyô et publie « Bôryokudan no ichiya » (La nuit des gangsters). 1929 - Il participe à la création de deux revues littéraires « Kindai seikatsu » et « Bungaku ». Tout en publiant régulièrement des critiques littéraires, il fréquente assidûment le quartier d'Asakusa qui inspire son second feuilleton « Chroniques d'Asakusa » paru dans Tôkyô Asahi shinbun de décembre 1929 à février 1930. Il déménage une nouvelle fois et s'installe à Ueno. 1930 - Il est chargé de cours à Bunka Gakuin et à Nihon Daigaku ce qui ne l'empêche nullement de fréquenter Asakusa. Il publie deux nouveaux recueils de nouvelles dont « Boku no hyôhonshitsu » (Ma collection d'échantillons) qui regroupe plusieurs récits de la paume de la main. 1931 - Yasunari se marie civilement avec Matsubayashi Hideko. Mais l'ombre d'Hatsuyo plane toujours et les écrits de Yasunari à cette époque sont empreints d'une joie factice jusqu'à l'automne, période à laquelle il revoit Hatsuyo après douze ans d'absence (événement relaté dans « Lettres à mes parents » mais considéré par certains comme fictif). La rencontre tant attendue s'avère cruellement décevante ce qui provoque un changement radical dans le style d'écriture de Yasunari qui entre dans une période de désillusion et de remise en cause personnelle. Brisée par la réalité, l'image idéalisée d'Hatsuyo qui servait de support aux personnages féminins des romans disparaît pour laisser place à ses propres fantasmes. C'est donc au début des années 30 qu'il atteint sa maturité d'homme de lettre et donne une interprétation définitive à sa conception de l'existence. Il publie « Suishô gensô » (Illusions de cristal) et d'autres nouvelles et romans inspirés d'Asakusa. 1932 - Une bonne partie de l'année est consacrée à ses nombreux animaux domestiques et à une danseuse particulièrement douée de la troupe du Casino Folie d'Asakusa qu'il émancipe pour lui permettre de devenir une danseuse classique. Il publie « Jojôka ».(Élégie). 1933 - Yasunari participe à la création de la revue littéraire Bungakukai dont l'intellectuel Kobayashi Hideo (1902-1983) est le principal animateur et publie « Bestiaire » et l'essai « Matsugo no me » (L'ultime regard). 1934 - Yasunari publie à 36 ans son autobiographie littéraire (Bungakuteki jijoden). Il visite Yuzawa dans la province d'Échigo où il commence à écrire « Pays de neige » et apporte son soutien à l'écrivain Hôjô Tamio (1914-1937) qui est atteint de la lèpre. 1935 - Kikuchi Kan crée le prix Akutagawa, le plus important prix littéraire du Japon (équivalent au Goncourt) et Yasunari fait partie du jury. Quelques chapitres de « Pays de neige » sont publiés parallèlement à plusieurs nouvelles dont certaines sont encore inspirées d'Asakusa. Il déménage à Kamakura, ancienne capitale de samourais, au sud de Tôkyô mais passe ses hivers à Zushi. 1936 - Il voyage dans la région du Shinshû et visite notamment Karuizawa, station de montagne dont il apprécie tant le charme que l'année suivante, en 1937, il achète une maison secondaire où il passera ses étés jusqu'en 1945. Cet endroit privilégié lui inspirera plusieurs romans et nouvelles. Il continue la publication de chapitres de « Pays de neige » mais aussi « Itaria no uta » (Chanson d'Italie), « Hana no warutsu » (La valse des fleurs), etc. La première édition de « Pays de neige » sort cette année là. 1938 - Kaizôsha publie une première anthologie de ses œuvres en 9 volumes. Yasunari suit avec passion les tournois de go et commence la publication de reportages sur le maître Hon.inbô Shûsai. Il est nommé administrateur de la Nihon Bungaku shinkôkai (Société pour le développement de la littérature japonaise), présidée par Kikuchi Kan. 1939 - Tout en continuant à suivre assidûment les tournois de go, il participe au mouvement pour « encourager l'écriture » (tsuzurikata undô) en donnant des cours et en faisant partie des jurés qui sélectionnent les écrits et contes envoyés par les amateurs. 1940 - Yasunari parcourt les régions japonaises pour rédiger des chroniques de voyages. Il publie « Haha no atsukoi » (Le premier amour de ma mère), « Hokuro no tegami » (La lettre du grain de beauté), « Utsukushii tabi » (Un beau voyage) et fait partie des signataires pour la création de la Nihon bunkakusha-kai, (Société des hommes de lettre japonais), lié aux autorités militaristes. 1941 - Il se rend par deux fois en Mandchourie, la première à l'invitation du quotidien Manshû nichinichi shinbun, la deuxième à la demande de l'armée japonaise du Kantô. Il voyage, visite Pékin et revient au Japon fin novembre huit jours avant le déclenchement de la guerre du Pacifique. Il publie un recueil de nouvelles « Aisuru hitotashi » (Ceux qui aiment). 1942 - Yasunari participe au lancement de la revue littéraire Yakumo où il publie une partie de « Meijin » (Le maître de go) ainsi qu'à certaines activités de la Nihon bungakusha-kai sur la base d'une charte de coopération avec le gouvernement. 1943 - Il recueille dans son foyer la fille d'un cousin d'une branche de la famille maternelle. Cette adoption lui inspire plusieurs récits dont « Koen » (Le vieux jardin). 1944 - Le prix Kikuchi Kan lui est attribué pour ses œuvres récentes. À cette époque de sa vie Yasunari relit les classiques japonais pour les étudier de manière approfondie notamment « Le Dit du Genji » (ère Heian) de dame Murasaki Shikibu (vers l'an 1000) 1945 - En avril il est envoyé dans un camp militaire de Kagoshima en tant que chargé d'information pour la marine nationale. En mai il participe au lancement d'un fond de prêt de livres appartenant aux intellectuels résidant à Kamakura. Sous le nom de Kamakura Bunko (la bibliothèque de Kamakura) cette librairie deviendra après la guerre une maison d'édition pour laquelle il travaillera comme l'un des éditeurs. Ses bureaux étaient situés à Tôkyô au premier étage du grand magasin Shirokiya. 1946 - Yasunari et Takami Jun (1907-1965) fondent la revue Ningen (L'Homme) qui sera publiée par Kamakura Bunko. Il y publie l'un des premiers écrits de Mishima Yukio (1925-1970) « Tabako » (La cigarette). C'est le début d'une longue amitié littéraire. Leur correspondance suivie (de 1945 à 1970) met en lumière les affinités subtiles et l'indéfectible lien qui les unirent dans une relation qui, au fil du temps, dépassa celle habituelle de Maître à penser envers son disciple. Bien que profondément affecté par la défaite du Japon, Yasunari se remet à publier des nouvelles et un roman sur le thème des kamikazes « L'arbre de vie ». Il déménage dans le quartier de Hase à Kamakura dans ce qui sera sa dernière demeure. 1947 – Année de la reprise de la publication par fragments de « Pays de neige » mais aussi celle du décès de son vieil ami Yokomitsu Riichi. 1948 – La première version complète et révisée de « Pays de neige » est publiée ainsi que « Saikonsha » (La femme remariée) et « Shônen » (L'adolescent). Une anthologie de ses œuvres commence à être publiée chez Shinchôsha (elle sera achevée en 1954, en 16 volumes) pour laquelle il rédige des postfaces explicatives qui seront ultérieurement réunies sous le titre de « Dokuei jimei » (Ombre solitaire, mienne destinée). En juin Yasunari devient le quatrième président du P.E.N Club japonais (1), lourde charge qu'il occupera jusqu'en octobre 1965. Cette position lui permettra de faire de nombreux voyages à l'étranger. 1949 - En mai débute la publication de « Sembazuru » (Nuée d'oiseaux blanc). Ce livre témoigne de l'intérêt de Yasunari pour la pratique de l'esthétique dépouillée du Zen par la Voie du Thé (Chanoyu). En septembre début de publication de « Yama no oto » (Le grondement de la montagne) dans plusieurs revues. Quatre ans après l'explosion de la bombe atomique, Yasunari visite Hiroshima. 1950 – Retour à Hiroshima et Nagasaki par le biais des activités du Pen club. Début de la publication des feuilletons « Niji ikutabi » (Combien de fois l'arc en ciel) et « Maihime » (La danseuse) qu'il achèvera en 1951. Kamakura Bunko fait faillite et la revue Ningen est reprise par Meguro Shoten. 1952 – Le prix du Geijutsu.in (Académie des arts) lui est décerné pour « Nuées d'oiseaux blancs » et « Le grondement de la montagne », en cours de publication. 1953 – La suite de Nuées d'oiseaux blancs« Namichidori » (Les pluviers sur les vagues), est publiée ainsi que « Hi mo stuki mo » (La lune dans l'eau) et l'essai « Shôsetsu no kenkyû » (Études sur le roman). « Nuée d'oiseaux blancs » est élu meilleur livre de l'année. Le 13 novembre Yasunari est nommé membre de l'Académie des Arts en même temps que Nagaï Kafû (1879 – 1959) et Ogawa Mimei (1882-1961), deux autres romanciers de grand renom. 1954 – Le prix littéraire Noma lui est attribué pour « Le grondement de la montagne » édité cette même année. Il commence la publication en feuilleton du « Lac ». 1955 – Publication du feuilleton « Tôkyô no hito » (Les gens de Tôkyô). 1956 - En octobre, « Nuée d'oiseaux blancs » reçoit le prix de l'académie des Beaux-Arts de Tôkyô. 1957 – Premier voyage en Europe de mars à mai dans le cadre d'une réunion du Pen club qui lui permet de rencontrer plusieurs écrivains occidentaux. En septembre il organise le 29°Congrès international du Pen club à Kyôto 1958 – Yasunari est hospitalisé en novembre en chirurgie à l'hôpital de l'Université de Tôkyô à cause de ses troubles à la vésicule biliaire. Il est élu vice-président du Pen Club International et publie « Namiki » (Les arbres de l'allée), « Yumiura » etc. 1959 - La Médaille Goethe lui est décernée lors du congrès du Pen club à Frankfort. Une anthologie de ses œuvres est publiée chez Shinshôsa en 12 volumes. 1960 – La France lui décerne le titre d'Officier des Arts et Lettres. Il voyage aux États-Unis où il donne des conférences dans quelques universités. avant de se rendre au congrès du Pen club au Brésil. La publication de « Nemureru bijo » (Les belles endormies) débute en feuilleton. 1961 - Yasunari reçoit en avril la médaille du Mérite Culturel (Bunka kunshô) à Tôkyô. Il réside en début d'année plusieurs mois à Kyôto en vue de réunir de la documentation pour deux romans en projet: « Koto » (Kyôto) et de « Utsukushisa to kanashimi to » (Tristesse et beauté) dont il commence pour les deux la publication en feuilleton. 1962 – Yasunari reçoit le prix Mainichi shuppan bunka (prix de la Culture de l'édition Mainichi) pour « Les belles endormies ». Il est hospitalisé en février à Tôkyô suite aux troubles graves causés par une tentative de sevrage de ses somnifères habituels ce qui provoqua un coma d'une dizaine de jours. Rétabli, il milite pour la paix dans le monde. 1963 – Une fondation privée crée le « Nihon kindai bungakukan » (l'Institut de littérature moderne japonaise) dont il devient l'un des administrateurs. Le récit « Kataude » (Un bras) est publié en feuilleton. 1964 – La publication de « Tanpopo » (Les pissenlits) débute en feuilleton. Il participe au congrès du Pen club à Oslo et en profite pour voyager en Europe. 1965 - Yasunari écrit « Tamayura » (L'oscillation des joyaux) qui sert de trame au feuilleton télévisé quotidien de la N.H.K. Fatigué, il démissionne de la fonction de président du Pen club japonais. « Utshukushisa to kanashimi to » (Tristesse et beauté) paraît en février 1965. Ce sera la dernière œuvre publiée de son vivant. 1966 – Hospitalisation pour une grave hépatite. 1967 - Le 28 février Yasunari et Mishima publient avec les écrivains Ishikawa Jun (1899-1987) et Abe Kôbô (1924-1993) la « Déclaration des Quatre » texte appelant l'opinion publique japonaise à protester contre la Révolution culturelle chinoise. Le résultat mitigé restera sans suite. En juillet afin de relancer la revue trimestrielle littéraire Hihyô (Critique), Mishima lui demande de rédiger un article. En réponse Yasunari écrira « Ryoshin-shô » (Extraits de nouvelles de voyage).

Le sacre du prix Nobel

1968 – Année du sacre et de la notoriété mondiale, le prix Nobel de littérature lui est décerné le 19 octobre. Yasunari est le premier écrivain japonais à obtenir cette récompense. Son discours prononcé lors de la remise du prix le 12 décembre à Stockholm s'intitule « Utsukushii nihon no watakushi » (Le beau Japon en moi ou Moi, d'un beau Japon). Il milite pour l'élection de son vieil ami Kon Tôkô au siège de sénateur. 1969 – En mars, Kôdansha édite Moi, d'un beau Japon. Le , Yasunari donne une série de conférences à l'université de Hawaii puis à San Francisco, dont un court essai sur l'esthétique japonaise traditionnelle « Bo no sonzai to hakken » (Présence et découverte du beau) qui sera édité en juillet par Mainichi Shimbunsha. Il est nommé docteur Honoris causa de l'université de Hawaii et membre d'honneur de l'Académie des Arts et des Lettres des États-Unis. La cinquième anthologie de ses œuvres débute chez Shinchoshâ en 19 volumes. 1970 – Yasunari participe au congrès des Écrivains d'Asie à Taipei puis au congrès du Pen club international qui se tient à Séoul. 25 novembre, jour terrible de l'annonce du suicide par seppuku de son disciple et ami Mishima. Yasunari est bouleversé. Une société académique spécialisée dans les études sur Kawabata est fondée sous le nom de Kawabata bungaku kenkyû-kai. 1971 - Le 24 janvier il préside la cérémonie des obsèques publiques de Mishima au temple Tsukiji Honkanji de Tôkyô, et lit un extrait d'une lettre aux résonances prophétiques que son ami lui avait adressée le 4 août 1969 (Correspondance, page 223). Il milite pour un autre de ses amis qui se présente aux élections pour le poste de gouverneur de Tôkyô et s'active également pour l'organisation du premier Congrès international des Études japonaises. Il souffre de surmenage. 1972 – Yasunari est hospitalisé pour une appendicite, sa santé est précaire. À 72 ans et 10 mois, bien que réticent à l'idée du suicide. il choisit le gaz pour mettre fin à ses jours le 16 avril, discrètement, dans la solitude d'un petit appartement qui lui servait de bureau secondaire au bord de la mer à Zushi (à proximité de Kamakura). Jour fatidique qu'il trouva peut-être empreint de tristesse et de beauté, il ne laissa ni explication ni testament. Sa tombe se trouve au cimetière de Kamakura. En novembre une fondation est créée à sa mémoire, présidée alors par Inoue Yasushi et une salle dédiée à Kawabata est ouverte à l'Institut de littérature moderne japonaise, présentant une partie des manuscrits et calligraphies légués à l'Institut. « Yukiguni-shô » (Extraits de pays de neige) est publié à titre posthume. 1973 – Un prix Kawabata est créé pour honorer la meilleure nouvelle de l'année. Il s'est interrompu en 1999 pour, peut-être, renaître sous une autre forme. 1980-1984 – Publication définitive de «Kawabata Yasunari zenshû » (Œuvre intégrale de Kawabata Yasunari) aux éditions Shinchôsha en 37 volumes. 1985 – Fondation du Kawabata Yasunari Bungakukan (musée Kawabata Yasunari), municipal, à Ibaraki près d'Ôsaka. 1999-2000 – À l'occasion du centenaire de sa naissance, les éditions Shinchôsha rééditent l' Œuvre intégrale précitée en fac-similé. En France, les manifestations pour cet événement furent très discrètes à la mesure de la méconnaissance de cet écrivain pourtant essentiel.

Un écrivain majeur

Kawabata Yasunari est unanimement considéré comme un écrivain majeur du XX siècle. Homme complexe et secret, moderniste ancré dans ses traditions culturelles et fin connaisseur de la littérature occidentale, il nous laisse une œuvre d'une beauté intemporelle qui relie l'Orient à l'Occident dans un style d'écriture très personnel. Tout au long de son parcours littéraire obsédé par la quête du beau, la solitude et la mort, Yasunari s'est attaché à peindre avec sensibilité et pudeur le tragique des sentiments humains. Il écrivit tout au long de sa vie de très courts récits qu'il dénomma « Tenohira no shôsetsu » (Récits qui tiennent dans la paume de la main) et qui furent publiés de 1921 à 1964 dans des revues ou des recueils. Ils furent ensuite édité dans un recueil de nouvelles au titre éponyme. La grande diversité des thèmes abordés reflète une œuvre aussi variée que cohérente. Certains écrits d'une forme particulièrement brève et d'un dépouillement stylistique extrême donnent à ces récits une puissance évocatrice et suggestive stupéfiante. Ce sont sans doute ces récits qui expriment de la manière la plus superbe et la plus évidente la quintessence même de l'œuvre de Kawabata.

Bibliographie

(en cours de révision) Paru aux éditions Albin Michel (titre original suivi du titre français et dates d'édition)
- Tenohira no shosetsu - 1916 à 1963
- Récits de la paume de la main - 1999
- Shônen - 1921, 1948
- L'adolescent - 1992
- Onsen yado - 1926, 1931, 1980
- Les servantes d'auberge - 1990
- Izu no odoriko - 1926, 1953
- La danseuse d'Izu - 1973
- Asakusa kurenaidan - 1930
- Chronique d'Asakusa - 1988
- Chirinuruo - 1933
- La beauté tôt vouée à se défaire - 2003
- Yukiguni - 1935, 1948, 1955
- Pays de neige - 1960, traduit par Fujimori Bunkichi, texte français par Armel Guerne
- Yama no oto - 1949, 1954
- Le grondement de la montagne - 1969
- Meijin - 1954
- Le maître ou le tournoi de go - 1975
- Mizuumi - 1955
- Le lac - 1978
- Nemumeru bijo - 1960
- Les belles endormies - 1970
- Koto - 1962, 1968
- Kyôto - 1971
- Kataude - 1963
- Le bras - (in : la beauté tôt vouée à se défaire)
-Utsukushisa to kanashimi to - 1965"
- Tristesse et Beauté - 1981
- Suishô gensô - 1980
- Illusions de cristal (
in : Les servantes d'auberges)
- Shitaï shôkai-nin - 1980
- Le pourvoyeur de cadavre (
in : Les servantes d'auberges)
- Kurutta ippêji - 1980
- Une page folle (
in : Les servantes d'auberges)
-
Kawabata Yasunari-Mishima Yukio : ohfuku shokan - 1997''
- Kawabata-Mishima, correspondance 1945-1970 - 2000 Paru aux éditions Plon (10/18)
- Sembazuru - 1949, 1952
- Nuée d'oiseaux blancs - 1960 et 1986, traduit par Fujimori Bunkichi, texte français par Armel Guerne ==
Sujets connexes
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