Guerre d'indépendance grecque

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La Guerre d'indépendance grecque (1821-1830), ou Révolution grecque, est le conflit grâce auquel les Grecs, finalement soutenus par les grandes puissances (France, Grande-Bretagne, Russie), réussirent à obtenir leur indépendance de l'Empire ottoman. En 1821, les Grecs, Chrétiens orthodoxes se révoltèrent face à la domination de l'Empire Ottoman. Cette révolte réussit, et l'indépendance de fait fut proclamée lors de l'Assemblée nationale d'Épidau
Guerre d'indépendance grecque

La Guerre d'indépendance grecque (1821-1830), ou Révolution grecque, est le conflit grâce auquel les Grecs, finalement soutenus par les grandes puissances (France, Grande-Bretagne, Russie), réussirent à obtenir leur indépendance de l'Empire ottoman. En 1821, les Grecs, Chrétiens orthodoxes se révoltèrent face à la domination de l'Empire Ottoman. Cette révolte réussit, et l'indépendance de fait fut proclamée lors de l'Assemblée nationale d'Épidaure en 1822. L'opinion publique européenne était assez favorable au mouvement, à l'image de Chateaubriand, Jean-Gabriel Eynard, Lord Byron ou le Colonel Fabvier quelques uns des nombreux philhellènes. La Russie était, quant à elle, intéressée au sort des Orthodoxes grecs. Cependant, aucun pays, telle la France de Villèle, ne bougea, à cause du poids politique et diplomatique de la Sainte-Alliance, et particulièrement de l'Autriche de Metternich, partisan acharné de l'ordre et de l'équilibre. Des Grecs vivant hors de l’Empire ottoman, par exemple l'élite de Constantinople (les Phanariotes) ou des habitants des Îles ioniennes tels que Ioannis Kapodistrias ou Spiridon Trikoupis vinrent rapidement en aide aux révolutionnaires. Pendant deux ans, les Grecs multiplièrent les victoires. Cependant, ils commencèrent à se déchirer. La Sublime Porte appela à l'aide son puissant vassal égyptien Méhémet Ali. Pour les Grecs, une phase de répressions commença. Cependant, les Russes souhaitaient de plus en plus ardemment intervenir. Les Britanniques, quant à eux, désiraient limiter l'influence russe dans la région. Une expédition navale de démonstration fut suggérée en 1827 par la convention de Londres (1827). Une flotte conjointe russe, française et britannique rencontra et détruisit, sans l'avoir vraiment cherché la flotte turquo-égyptienne lors de la bataille de Navarin. La France intervint, dans un esprit de croisade par l'expédition française en Morée (Péloponnèse) en 1828. La Russie déclara la guerre aux Turcs la même année. Sa victoire fut entérinée par le traité d'Andrinopole, en 1829, qui augmentait son influence régionale. Ces interventions européennes précipitèrent la création de l'État grec. La Conférence de Londres (1830), où se réunirent des représentants britanniques, français et russes, permit en effet l'affirmation de l'indépendance grecque que la Prusse et l'Autriche autorisèrent. La France, la Russie et le Royaume-Uni gardèrent ensuite une notable influence sur le jeune royaume.

L'occupation ottomane

Un contexte favorable

Influence de la Russie

La bataille de Chesmé lors de la Révolution d'Orloff. Catherine II de Russie avait fait le même rêve grec que Pierre le Grand. Elle ne désirait pas seulement étendre l'influence russe plus au sud, à la recherche d'une mer libre (qui ne gèlerait pas l'hiver comme les autres mers russes). Elle souhaitait remplacer l'Empire ottoman par un « Empire des Balkans », protégé par la Russie, voire gouverné par un Russe. Un de ses petits-fils avait été prénommé Constantin, en hommage au dernier Empereur byzantin Constantin XI Paléologue dont il aurait pu prendre la suite. Catherine, afin d'atteindre ce but, déploya toute une rhétorique dans les Balkans et en Grèce, affirmant par exemple les « droits historiques » de l'hellénisme à diriger la région. Ses envoyés prirent aussi de nombreux contacts avec les notables, les ecclésiastiques et les chefs des klephtes en GrèceSvoronos, p. 34.. L'intervention russe fut aussi plus directe. La guerre russo-turque de 1769-1774 s’était terminé par une victoire russe, malgré un débarquement manqué dans le Péloponnèse (campagne d'Orloff). Le traité de Küchük-Kaïnardji de 1774 avait fait du Tsar de Russie le Protecteur des Orthodoxes (et donc des Grecs) dans l'Empire ottoman. De plus, les Grecs avaient obtenu le droit de faire librement du commerce sous pavillon russe. Le traité avait été complété en 1782 : les Grecs avaient le droit de s'installer en Crimée.

Développement économique

Le Traité de Küchük-Kaïnardji fit que sous pavillon russe, la flotte grecque devint en trente ans la première flotte commerciale de Méditerranée, d'Odessa à Barcelone. Les îles d'armateurs, Hydra en tête, firent fortune. Il y avait des Grecs de la Diaspora dans tous les grands ports de la Méditerranée : Trieste, Marseille, Livourne, etc. Ceux-ci prirent conscience des devoirs qu’ils avaient vis à vis de leur patrie et s’engagèrent dans la cause de l’Indépendance, principalement en offrant un financement, comme le firent par exemple les frères Zossimas de Livourne.

Réveil culturel

Rigas et Coraïs

Parallèlement à ce développement économique, il y eut un réveil culturel. Ainsi, Rigas Féréos Velestinlis (1757-1798), le poète d'origine paysanne multiplia les ouvrages littéraires et politiques. Il rédigea même un projet constitutionnel pour la Grèce et une confédération balkanique. Franc-maçon, il eut l’idée de créer une société secrète pour œuvrer pour l'indépendance grecque.

La Philiki Etairia

Cette idée fut ensuite reprise par l'Hétairie. En Grèce, les échos de la Révolution française soulevèrent l’enthousiasme des intellectuels et éveillèrent le désir d’indépendance. Le poète Rigas comptait sur l’intervention de Bonaparte après ses victoires en Italie. Il tenta même de le contacter à Venise en 1797, juste avant d’être arrêté et exécuté. Sa société secrète ne reprit son activité qu’après le Congrès de Vienne, sous le nom d’Hétairie des amis. Cette Société amicale ou Société Amicale ou Société des Compagnons ou aussi Hétairie fut créée en 1814 à Odessa par trois membres de la classe marchande grecque de la ville : Nicolas Scoufas (1779-1819), Athanase Tsacalof (1788-1851) d'Épire et Emmanuel Xanthos (1772-1852) de Patmos. Cette Société n'avait pas au départ de programme précis. Elle connut des débuts laborieux, puis un fort développement après 1818. Elle recruta dans toute la Grèce et dans toute la Diaspora. 60 % des membres étaient des marchands ou des banquiers. Très peu de personnes étaient cependant issues des milieux modestes.

Les Phanariotes

De plus, depuis le siècle, plusieurs postes importants dans la haute administration de l’Empire ottoman étaient occupés par des Grecs. La plupart d’entre eux habitaient dans le quartier du Phanar à Constantinople et étaient appelés les Phanariotes. Au , des Phanariotes furent nommés à la tête des provinces roumaines ou danubiennes de Moldavie et Valachie, avec respectivement pour capitale Jassy et Bucarest. Là, jouissant d’une importante autonomie vis à vis de la Sublime Porte, leurs cours « princières » devinrent des centres d’intense activité intellectuelle, très influencée par la France de l'Encyclopédie. Ils restaient cependant plus réformistes que révolutionnaires car membre de l’administration ottomaneClogg, p.21-23..

Le soulèvement d'Ali Pacha

La guerre dans les provinces danubiennes

Objectifs

L’Hétairie se tourna vers le « grand frère » orthodoxe : la Russie. Ioannis Kapodistrias faisait alors partie des conseillers du Tsar, tout comme Alexandre Ypsilántis était un de ses généraux. En 1820, après avoir contacté Kapodistrias et devant son refus, l’Hétairie choisit comme chef militaire le général grec de l'armée russe Ypsilántis. Il fut chargé de mettre en œuvre le projet d’insurrection généralisée prévue pour la fin 1820. Ce projet était simple. Il prévoyait deux foyers de soulèvement : la Moldo-Valachie d’abord, sous la direction du prince Ypsilántis avec pour objectifs Jassy et Bucarest, puis une descente vers la Macédoine. Là, les troupes feraient leur jonction avec le second foyer d’insurrection : la Morée dont les insurgés seraient remontés vers le Nord. L’idée était de pousser toutes les provinces chrétiennes sous domination ottomane dans les Balkans à se soulever. On se soulèverait contre les Turcs à Bucarest, en Macédoine, en Thrace, en Grèce, dans les îles et même à Constantinople. On s'emparerait du Sultan pour lui faire accepter l’indépendance de toutes ses provinces européennes. En même temps, une victoire rapide mettrait la Sainte-Alliance face au fait accompli. Elle ne pourrait qu’accepter cette indépendance des provinces européennes de l'Empire ottoman. Les provinces roumaines étaient aussi depuis Pierre le Grand un des principaux objectifs militaires et diplomatiques de Saint-Pétersbourg. Une conquête de la région par un de ses généraux, même au nom de la Grèce insurgée n’était pas mal vue par le Tsar Alexandre Ier. L’insurrection permettrait une intervention armée de la Russie. La Russie aurait alors atteint son but. Le Traité de Küchük-Kaïnardji l'autorisait à intervenir dans les provinces roumaines pour protéger les Orthodoxes. Ainsi, elle s'implanterait définitivement dans la région des Balkans. Les provinces européennes de l'Empire ottoman deviendraient certes indépendantes, mais se tourneraient vers Saint-Pétersbourg dont dépendrait leur survie. Alexandre Ypsilántis passe le Prout.

Échec

Le 22 février (julien)/6 mars (grégorien) 1821, Alexandre Ypsilántis franchit le Prout, entrant en Moldavie, où il commenca à convaincre la population de se soulever. C'est ainsi que l'insurrection commenca Il prit Jassy, sans encombre, le jour même. Le 8 mars 1821 il rendit publique une proclamation qui est considérée comme la déclaration de Guerre d’Indépendance grecque. Mais, les populations balkaniques ne répondirent pas à l’appel Clogg, p. 33., Ypsilántis fut battu par l’Empire ottoman en Moldavie et Valachie après neuf mois d'âpres combats. Isolées, les différentes parties de son armée furent massacrées les unes après les autres par les Turcs : ainsi les héroïques deux cents étudiants du "bataillon sacré" en juin 1821 à Dragatsani. Alexandre Ypsilántis repassa la frontière et se réfugia en Autriche, mais il y fut immédiatement emprisonné. Il resta enfermé quasiment jusqu’à sa mort. La Grèce, où la population s'était soulevée se retrouva seule face à l’Empire Ottoman.

L’Insurrection en Grèce

Le soulèvement

Le moment était favorable. Ali Pacha venait de se révolter contre le Sultan qui avait dû mobiliser beaucoup de ses forces autour de Ioannina. Il y avait donc potentiellement moins de soldats turcs disponibles pour réprimer le soulèvement grec. Le Sultan avait envoyé Khursit Pacha et ses troupes contre Ali Pacha. Khursit Pacha gouvernait alors le Péloponnèse. Theodoros Kolokotronis avait aussi sillonné le Péloponnèse au début de 1821 afin de faire avancer la cause de l’Indépendance. Theodoros Kolokotronis était parti de Zante qui avec Corfou était un des foyers de l'insurrection. Dans ces îles occupées par le Royaume-Uni, il avait servi dans l’armée britannique et y avait appris les tactiques qui allait lui servir pendant la Guerre d’Indépendance. Le Serment à Aghia Lavra.Ce tableau de Theodoros P. Vryzakis commémore le soulèvement du 25 mars 1821. Le 25 mars 1821, l’archevêque de Patras, Germanos, proclama la guerre de libération nationale. Cette date est celle qui sera retenue et par l’histoire et par la mémoire. Elle reste symbolique, car elle correspond à l'Annonciation (Evangelismos). Il est plus probable que le soulèvement commença entre le 15 et le 20 mars, sur toute la côte Nord du Péloponnèse (Patras, Vostitsa, Kalavryta) et dans le Magne. Il y eut immédiatement des massacres de Turcs en Morée (comme lors du siège de Tripolizza), suivis de massacres de Grecs à Constantinople. Le Patriarche de Constantinople, Grégoire V, fut ainsi arbitrairement condamné et pendu le 10 avril 1821. On le laissa pendu trois jours, avant qu'il ne soit livré à la foule de la ville. On avait d’abord assisté à une victoire grecque (1821-1822) en partie parce que les Turcs avaient été surpris et étaient occupés par Ali Pacha. Les klephtes et les armatoles sur terre et les troupes en mer réussirent à libérer le Péloponnèse, la Grèce centrale et la majeure partie des îles. La flotte turque ne pouvait plus quitter son abri de Propontide, tandis que l’Empire ottoman avait toujours une force considérable mobilisée ou immobilisée dans les Balkans. Le 12 janvier 1822, à Épidaure, l’assemblée des députés grecs proclama l’indépendance de la Grèce, vota une constitution et choisit comme président Aléxandros Mavrokordátos. Le vent ne devait cependant pas tarder à tourner pour l’insurrection nationale grecque. En avril se produisirent le massacre de Chios et peu après, Ali Pacha étant mort, les Turcs réoccupèrent l’Épire. Cependant, les Grecs reçurent l’aide de nombreux volontaires étrangers (les Philhellènes), notamment des libéraux britanniques comme Lord Byron et français tel le colonel Fabvier, et remportèrent des succès sur les troupes du sultan. Byron débarqua avec des armes fournies par les comités philhellènes européens le 4 janvier 1824 à Missolonghi. Sa mort, en avril, fut un important tournant signal de prise de conscience de la situation à travers toute l’Europe.

La Diplomatie de Metternich

Metternich. Pour conserver intacte l'œuvre du Congrès de Vienne, se protéger de révolutions intérieures et conserver l’équilibre géopolitique en place en Europe, les puissances victorieuses de la France, s'étaient organisées au sein de la Sainte-Alliance. Celle-ci, grâce à la politique dite des Congrès, veillait de façon très pointilleuse aux évolutions de politique intérieure des pays européens. Le Chancelier autrichien, le Prince de Metternich en fut le principal artisan. Il avait fait adopter au Congrès de Troppau fin 1820 le droit d’intervention des puissances légitimes dans un pays menacé par tout mouvement révolutionnaire (libéral ou national). Ces mouvements pouvaient rompre la stabilité politique de l’Europe. Il en allait ainsi de la création d’une Grèce indépendante qui affaiblirait l’Empire Ottoman, empire qui pourrait éventuellement imploser et se morceler. L’équilibre européen serait alors en danger, et l’Europe risquerait à nouveau de connaître un conflit de l’ampleur des guerres napoléoniennes. En 1822, Alexandre était de plus en plus enclin à suivre la voie que lui suggérait Kapodistrias et à aider la Grèce insurgée. Il se plaignit de ne pas trouver à Vienne et dans la Sainte-Alliance tout le soutien qu'il aurait pu escompter, alors qu'il avait, lui, apporté son aide lors des affaires d'Italie quelques mois plus tôt. Il envoya le général Tatistchev plaider sa cause. Il désirait que fut reconnue définitivement sa qualité de Protecteur des orthodoxes dans l'Empire ottoman. Il souhaitait aussi l'assurance d’un soutien, au moins moral, en cas d'action militaire de sa part contre les Turcs. Mais, le général Tatistchev était un ennemi politique personnel de Kapodistrias. Il ne supportait pas l'influence qu'un Grec pouvait avoir sur son Tsar russe. Alexandre ne put obtenir de Metternich que l'assurance que, si le Sultan rejetait les demandes légitimes de Saint-Pétersbourg, alors l'Empereur François romprait toute relation diplomatique avec la Sublime Porte, de la façon la plus solennelle et la plus éclatante possible, à condition que tous les autres alliés en fissent de même. Les Russes n'avaient donc pas le soutien inconditionnel de l’Empire d’Autriche et n'osaient pas s'engager trop avant. Alexandre accepta que le problème grec fût discuté lors d'une conférence ministérielle à Vienne. Les décisions prises par cette conférence seraient ensuite proposées, pour accord, lors du congrès suivant de la Sainte-Alliance. Accepter une conférence à Vienne revenait à accepter un règlement autrichien de la crise. Le Tsar désigna Tatistchev comme représentant à la conférence. Les mémoires et notes qu'il envoyait au Tsar auraient été rédigés par Metternich lui-même.Guillaume de Bertier de Sauvigny, Metternich, p. 361. Fin juin 1822, le triomphe de l’Autriche était total. Alexandre suggéra à Kapodistrias de prendre un congé indéfini. Ce dernier partit pour la Grèce. En octobre, au Congrès de Vérone, la Question d'Orient semblait réglée. Alexandre se contenta de ce soutien moral dans ses récriminations contre la Sublime Porte.Guillaume de Bertier de Sauvigny, Metternich, p. 371. Il ne souleva aucune objection lorsqu’on refusa de recevoir la délégation que les insurgés grecs avaient envoyée pour plaider leur cause. Les affaires d'Espagne étaient alors beaucoup plus urgentes à régler. Le Tsar se trouva alors mis face à une contradiction. Comment pouvait-il accepter l'intervention française contre les libéraux espagnols en révolte contre leur souverain légitime et suggérer une intervention russe en faveur des libéraux grecs contre leur souverain légitime ? Les Français triomphèrent très vite des insurgés espagnols grâce à la bataille du Trocadéro. Alexandre n'eut plus alors à s'inquiéter de la révolution espagnole et reporta son attention sur la Grèce. Le Tsar accepta lors d'une rencontre à en octobre 1823 tout ce que Metternich proposait depuis plus d'un an : séparer les conflits. Il y eut alors d'un côté le conflit russo-turc à propos des provinces roumaines. Alexandre convint que ce différend pouvait être réglé par la médiation conjointe de l'Autriche et du Royaume-Uni. De l'autre côté, il y avait le problème grec et principalement la façon dont la Sublime Porte soumettait une région qui lui appartenait. Alexandre accepta le principe de conférences "grecques" à Saint-Pétersbourg. Là, les représentants diplomatiques prussien, britannique, français et autrichien n'avaient pas de pouvoir de décision et étaient obligés à chaque étape d'en référer à leur gouvernement respectif, ce qui, étant donné les distances, promettait d'infinis délais. Ainsi, l'insurrection grecque aurait largement eu le temps d'être étouffé par les Turcs, sans nécessité d’une médiation extérieure.Guillaume de Bertier de Sauvigny, Metternich, p. 380 Les conférences traînèrent en longueur, comme prévu. À l'automne de 1824, Alexandre proposa la création de trois principautés chrétiennes plus ou moins autonomes en Grèce, un peu sur le modèle de la Moldavie et de la Valachie. Le projet n'aboutit pas. On se sépara pour reprendre au début de 1825.Guillaume de Bertier de Sauvigny, Metternich, p. 387.

Les guerres civiles

Les insurgés grecs semblèrent alors faciliter la tâche à la Sainte-Alliance. Ils avaient gagné lors des deux premières années du conflit. Mais, très vite, ils cessèrent de se battre contre les Turcs, pour se battre entre eux principalement pour se partager le pouvoir. Il y avait en effet une forte opposition entre deux catégories de dirigeants potentiels, avec deux types de légitimité tout aussi valables. D’un côté, se trouvaient les notables marchands issus de l’administration ottomane du continent et de la bourgeoisie maritime des îles. De l’autre, il y avait les chefs de guerre issus de la classe "para-sociale" des klephtes, armatoles et brigands, souvent en fait réellement issus de la paysannerie comme Kolokotronis et espérant donner un rôle politique plus important aux paysans. On assista alors à deux guerres civiles en 1823-1825. La première avait été provoquée par les notables qui voulaient reprendre le contrôle de la révolution et la remettre dans la voie qu'il défendaient en écartant les chefs de guerre du pouvoir. La seconde opposa le continent aux îles. D'un côté, on trouvait les notables du Péloponnèse aidés de Kolokotronis et de l'autre, les commerçants des îles (Hydra principalement avec Georgios Koundouriotis et Mavrokordátos) soutenus par les libéraux, la majorité de la classe populaire et les soldats de la Grèce centrale.

De multiples retournements de situation

La défaite de Dramali à Dervenaki par Theodoros P. Vryzakis La situation du Péloponnèse lors de la guerre est un des exemples les plus parlants des difficultés militaires rencontrées par les Grecs. Ce fut de cette péninsule que partit l'insurrection, avec Germanos à Patras, en mars-avril 1821 et Kanelos Deliyannis le 23 mai à Langadia. Immédiatement, les Maniotes de Petrobey Mavromichalis qui avaient toujours résisté aux Ottomans et n'avaient jamais été conquis, partirent au combat. Ils furent imités par Kolokotronis et ses hommes. La ville de Tripoli fut prise dès octobre 1821. En 1822, Kolokotronis défit le Turc Dramani au défilé de Dervenaki et prit le chemin de Corinthe, puis de Nauplie qui tomba en 1823. C'est alors qu'eut lieu la contre-attaque turque avec Ibrahim Pacha qui reconquit tout le Péloponnèse avec son armée égyptienne. Ce n'est qu'en 1828 que la bataille de Navarin et le débarquement de l'Expédition française de Morée obligèrent les Ottomans à évacuer la péninsule. Le Sultan demanda l’aide de son vassal égyptien Mehemet Ali. Celui-ci se chargea directement de réprimer la révolution en Crète, à Cassos et Psara. Ibrahim, le fils de Mehemet Ali débarqua dans le Péloponnèse. La flotte grecque n’avait pu empêcher le débarquement car les marins qui n’avaient pas été payés depuis longtemps refusèrent de prendre la mer. Les troupes égyptiennes obtinrent en Morée des victoires avérées. Les défaites grecques se multiplièrent de 1824 à 1827, malgré la forte résistance de Kolokotronis dans le Péloponnèse, de Karaïskákis en Grèce centrale, de Miaoulis et Sachtouris sur mer. Ibrahim Pacha entreprit alors de déporter des Grecs en Égypte, ce qui lui aliéna la sympathie des Français et provoqua le renforcement de l’activité des comités philhellènes. La volonté européenne d'intervenir plus largement prit alors de l'ampleur. La Russie poursuivait sa politique visant à affaiblir l’Empire ottoman. Elle insistait sur la solidarité orthodoxe pour s’implanter dans les régions balkaniques. Le Royaume-Uni sentait qu’il ne pouvait rester neutre si il désirait rester présent diplomatiquement dans la région. La France qui avait longtemps obéi à Metternich car elle cherchait à faire oublier la Révolution et Napoléon, changeait maintenant de politique. Charles X, héritier de la couronne de France, considérait l'intervention en Grèce comme une obligation morale de venir secourir les chrétiens grecs. Le nouveau tsar de Russie, Nicolas Ier, décida de prendre l’initiative ; il adressa à Mahmud II un ultimatum en mars 1826. Le Sultan céda. Le traité d’Akkerman (octobre 1826) accorda aux Russes des avantages commerciaux dans tout l’Empire, et surtout le droit de protection sur la Moldavie, la Valachie et la Serbie. Ce succès russe provoqua la réaction du Royaume-Uni qui suggéra en juillet 1827 une médiation britannique, russe et française entre Grecs et Turcs. Les Grecs n’étaient plus en position de refuser : ils ne contrôlaient plus que Nauplie et Hydra. Le Sultan, par contre, la rejeta. Les trois puissances menacèrent alors d’intervenir militairement. Elles concentrèrent leurs flottes à Navarin où un incident entraîna la destruction de la flotte turco-égyptienne (octobre 1827). Parallèlement, un corps expéditionnaire français débarqua en Morée et obtint le départ d’Ibrahim Pacha. Des troupes russes envahirent les provinces roumaines et s’emparèrent d’Erzurum, à l’Est de la Turquie, et d’Andrinople à l’Ouest (août 1829). Pour éviter une prise de Constantinople par les troupes russes, le Royaume-Uni obtint un règlement diplomatique. Le Sultan avait déjà cédé et signé le traité d’Andrinople (14 septembre 1829) avec la Russie. Ce traité fut complété en février 1830 par la conférence de Londres : l’indépendance de la Grèce était proclamée et garantie par les grandes puissances. Le nouvel État comprenait le Péloponnèse, le Sud de la Roumélie (la frontière allait d’Arta à Volos) et des îles. En mai 1827, l’Assemblée de Trézène avait rédigé une troisième constitution et élu Ioannis Kapodistrias président. Il gouverna de janvier 1828 jusqu’à son assassinat à Nauplie, le 9 octobre 1831. Les trois puissances proposèrent le trône de Grèce à Léopold de Saxe-Cobourg. Celui-ci, proche de Kapodistrias qui lui avait décrit les difficultés à gouverner le jeune État, refusa. On choisit alors le jeune Othon de Wittelsbach, le second fils, alors âgé de 17 ans, du Roi de Bavière, Louis I.

Références

Notes

Bibliographie

- An Index of events in the military history of the greek nation., Hellenic Army General Staff, Army History Directorate, Athènes, 1998.
- David Brewer, The Greek War of Independence. The Struggle for Freedom from Ottoman Oppression and the Birth of the Modern Greek Nation., The Overlook Press, New York, 2001.
- Brunet de Presle et Alexandre Blanchet, Grèce depuis la conquête romaine jusqu’à nos jours., Firmin Didot, 1860.
- Richard Clogg, A Concise History of Greece., Cambridge U.P., 1992.
- Georges Contogeorgis, Histoire de la Grèce, Coll. Nations d’Europe, Hatier, 1992.
- Camille Leynadier, Histoire des Peuples et des Révolutions de l'Europe depuis 1789 jusqu'à nos jours., tome sixième Grèce, Paris, Librairie historique, 1847.
- Constantin Tsoucalas, La Grèce de l'indépendance aux colonels., Maspero, Paris, 1970. (pour la version originale en anglais)
- Apostolos Vacalopoulos, Histoire de la Grèce moderne., Horvath, 1975.
- C. M. Woodhouse, Modern Greece. A Short History., Faber et Faber, Londres, 1999. ===
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