Chartreux

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L'ordre des Chartreux est un ordre religieux contemplatif à vœux solennels fondé en 1084 par Saint Bruno aidé de six compagnons. Il prend son nom du massif de la Chartreuse, au nord de Grenoble, où ils se sont d'abord établis. La maison-mère est à la Grande Chartreuse (département de l'Isère, en France). L'ordre est représenté auprès du Saint-Siège par un procureur général dont la résidence actuelle est à la chartreuse de Serra San Bruno (Calabre). Le Monast
Chartreux

L'ordre des Chartreux est un ordre religieux contemplatif à vœux solennels fondé en 1084 par Saint Bruno aidé de six compagnons. Il prend son nom du massif de la Chartreuse, au nord de Grenoble, où ils se sont d'abord établis. La maison-mère est à la Grande Chartreuse (département de l'Isère, en France). L'ordre est représenté auprès du Saint-Siège par un procureur général dont la résidence actuelle est à la chartreuse de Serra San Bruno (Calabre). Le Monastère de la Grande Chartreuse

Le monastère et le site de la Grande Chartreuse

Le monastère fondé en 1084 est situé au pied du Grand Som, quatrième plus haut sommet du massif de la Chartreuse. Le premier emplacement a été abandonné après sa destruction par l'avalanche de 1132 qui tua une grande partie de la communauté. Reconstruit quelques centaines de mètres en aval, sur le lieu plus abrité qu’il occupe encore actuellement, le monastère a subi plusieurs autres sinistres au fil des siècles. En 1678, après un huitième incendie, il fut reconstruit selon le parti architectural qu’on lui connaît. Les bâtiments sont classés monument historique depuis 1920. Les Chartreux, qui en avaient été expulsés à la Révolution (1790), lors de la suppression des ordres religieux, y sont rentrés en 1816. Expulsée à nouveau le 29 avril 1903, la communauté de Chartreuse se réfugia en Italie, à la chartreuse de Farneta (Lucques) et ne put réintégrer la maison mère qu’en 1940, en profitant de la ‘débâcle’. Elle n’est pas propriétaire des bâtiments, confisqués en 1903, mais les loue à l'État français, moyennant un loyer modique et la charge de l’entretien courant. Dans les deux décennies qui suivirent la Seconde Guerre mondiale, le flot des touristes devint si gênant pour le silence et la solitude des moines, que les supérieurs de l’ordre envisagèrent sérieusement de quitter le massif de Chartreuse et de transférer la communauté sur un site moins pollué par le bruit et l’indiscrétion des passants. Finalement, avec la collaboration et l’appui des autorités politiques, l’antique espace monastique fut classé comme site historique et naturel, interdit au survol des avions de tourisme et fermé à la circulation automobile. Pour cette raison, le monastère ne se visite pas, mais un musée est installé à la Correrie, en aval du monastère. On peut y voir des reconstitutions de cellules de moines. L'implantation des Chartreux dans le massif qui leur a donné son nom fait de ce site le type de l'espace monastique cartusien, bien que l’ordre se soit accommodé dès le de sites urbains et de maisons situées en plaine, voire au bord de la mer. Entrée principale du monastère

L'ordre religieux

Tendu vers Dieu seul, le moine chartreux mène une vie contemplative à l'écart du monde et de toute activité pastorale, caritative ou intellectuelle autre que la prière et ce qui y conduit. Cet ordre est un des plus austères : les religieux observent une clôture perpétuelle, un silence presque absolu, de fréquents jeûnes et l'abstinence entière de viande ; ils ne reçoivent la visite de leur famille que deux jours par année. Ils portent une robe de drap blanc, serrée avec une ceinture de cuir, et un scapulaire avec capuce du même drap, appelé cuculle. Ils portent toujours le cilice maintenu à la taille par une corde appelée lombar. Les membres sont soit prêtres ou destinés à le devenir (moines du cloître ou Pères), soit laïcs (frères convers ou donnés). La vie des Chartreux est la recherche d'un équilibre entre l’érémitisme et le cénobitisme. Au sein de leur monastère, les Pères partagent leur vie entre la solitude d'une maisonnette appelée cellule où ils dorment, mangent, travaillent et prient seuls, et des moments de vie commune consacrés à la célébration du culte divin et à certains moments de détente. Ils se rassemblent tous les jours pour la messe et les vêpres ainsi que pour l'office des matines chanté au milieu de la nuit. Les dimanches et jours de fête, ils mangent ensemble à midi seulement et ont une récréation commune. Une fois par semaine, ils ont une promenade communautaire durant laquelle ils cheminent deux par deux et parlent librement. Cette solitude face à Dieu et à soi-même requiert des dispositions peu communes, une grande abnégation et un équilibre psychologique approprié. Intégralement ordonnés à la prière d'intercession, d'adoration et de louange, ils refusent toute activité pastorale, cure d'âme, accompagnement spirituel envers les personnes de l'extérieur. Les moines Frères s'adonnent essentiellement aux travaux manuels nécessaires à l'entretien du couvent et à la subsistance matérielle des Pères. Ils participent également à une liturgie adaptée à leur état. L'ordre est gouverné par le chapitre général qui se réunit actuellement tous les deux ans. Le prieur de la Grande-Chartreuse (appelé Révérend Père ou Père général) gouverne l'ordre au nom du chapitre général qui lui délègue ses pouvoirs entre chaque chapitre. La tradition est qu’il ne quitte jamais les limites du désert de la Grande-Chartreuse. Il est assisté par un conseil et des Visiteurs qui visitent en son nom chaque maison de l'ordre entre les chapitres. Chaque maison est dirigée par un prieur, élu par la communauté ou désigné par les instances supérieures de l'ordre. Les supérieurs ne sont pas élus pour une période donnée, mais ils doivent démissionner à chaque chapitre général qui décide de les reconduire ou non dans leurs charges ; ils peuvent aussi être déposés par les visiteurs canoniques de leur maison, mandatés par le Chapitre général. Il n'y a pas d'abbé en Chartreuse. Il est donc inapproprié de parler d'abbaye à propos des maisons de l'ordre. La devise informelle de l'ordre des Chartreux, apparue tardivement, est "Stat Crux dum volvitur orbis" (La croix demeure tandis que le monde tourne). Elle n'a aucun caractère officiel. Blason de l'ordre des Chartreux Le blason de l’ordre, attesté dans des documents dès le , est beaucoup plus ancien que la devise. Il comporte un globe sommé d’une croix surmontée de sept étoiles. Par humilité, les étoiles sont parfois placées sous le globe. Elles symbolisent Bruno et ses compagnons dont l’arrivée à Grenoble fut annoncée par un songe prémonitoire où l’évêque saint Hugues rapporte avoir vu sept étoiles.

Histoire

L'ordre des Chartreux fut fondé en 1084 dans le massif montagneux de Chartreuse, au-dessus de Grenoble en Dauphiné, par Bruno, écolâtre de Reims, un allemand originaire de Cologne et six compagnons dont deux laïcs. En 1090, Bruno fut appelé par Urbain II à Rome. Rapidement, il partit fonder en Calabre un nouvel ermitage, sans lien institutionnel avec la première fondation de Chartreuse. Après sa mort, le 6 octobre 1101, cette seconde fondation s'agrégea rapidement à l'ordre cistercien. Elle ne fut affilié à l'ordre cartusien qu'au , lorsque les Chartreux s'y installèrent de manière durable.

Évolution institutionnelle

Bruno n'écrivit pas de règle et n'a laissé comme écrit authentique que deux courtes lettres et une profession de foi. Vers 1127 Guigues I, cinquième prieur de la maison de Chartreuse, mis par écrit les Coutumes pratiquées par les moines de la Grande-Chartreuse, à la demande de différentes communautés voisines qui désiraient vivre sur le même mode. Le premier Chapitre général de l'Ordre, réunissant toutes les maisons, se tint en 1140 sous le priorat de saint Anthelme. Cette date marque la naissance canonique de l'Ordre des Chartreux qui prend désormais place à côté des grandes institutions monastiques du Moyen Âge. Vers la même époque, les moniales de Prébayon en Provence décidèrent d'embrasser la règle de vie des chartreux. » (Statuts actuels I.1) Le rattachement eut lieu vers 1145 et fut le début de la branche féminine de la famille cartusienne. Les chapitres généraux se réunirent par la suite régulièrement. Leurs décisions ou statuts furent rassemblées dans des recueils. Elles avaient force de loi sur l'ensemble des maisons affiliées. Jointes aux Coutumes de Guigues qu'elles avaient pour fonction d'interpréter et d'adapter, elles furent publiées sous forme de collections qui reçurent, au fil des nouvelles éditions augmentées, les noms de "Statuts de Jancelin" (1222), d'"Antiqua Statuta" (1259), de "Nova Statuta" (1368), de "Tertia Compilatio" (1509). En 1510, furent imprimés pour la première fois en une nouvelle édition unique les Coutumes de Guigues, les "Antiqua" et les "Nova Statuta", la "Tercia Compilatio". L'ouvrage reçut le nom de "Statuta". Mais le principe des codifications cumulatives, adopté jusqu'alors, atteignait ses limites. Après plus de dix ans de travail, l'édition de 1582 consacrait une révolution législative qui n'a pas été remise en cause jusqu'à nos jours. Abandonnant le principe des compilations pratiquées jusqu'alors, l'ordre décida de fondre toutes les éditions antérieures en un seul texte synthétique structuré. À partir de ce moment les Coutumes de Guigues disparaissent de la législation cartusienne proprement dite et n'y ont plus été réintégrées, sinon sous forme de citations ou d'extraits choisis.

Démographie

Guigues avait limité le nombre des habitants d'une chartreuse à 12 pères et 16 frères. Mais le succès de l'ordre, en particulier aux , conduisit à multiplier les maisons, puis à dépasser ce nombre. Malgré cela l'ordre cartusien ne s'est jamais développé de manière comparable aux autres ordres monastiques en raison de la sélection naturelle opérée par les conséquences d'une solitude radicale, en particulier l'absence de projet humain proposé à l'horizon des candidats pour soutenir leur entrée dans le désert et leur permettre de s'y enfoncer. Actuellement, 18 maisons de moines et 4 maisons de moniales hébergent sur trois continents 335 religieux dont 170 prêtres (ou Pères) et quarante-huit moniales (statistiques au 24 décembre 2004 d'après l'Annuario Pontificio 2006).

Recul…

L'ordre a compté à ce jour 210 implantations ou fondations différentes depuis 1084. Certaines furent très éphémères, d'autres furent fermées puis réoccupées. Les maisons de moniales simultanément en activité ont rarement été plus de cinq. Depuis la fin du , la chartreux subit de plein fouet les violentes secousses socio-culturelles du monde moderne. Outre la Grande Chartreuse, l’ordre comptait encore au 92 établissements dont les plus importants étaient ceux de Florence, de Pise et de Pavie, auxquelles s'ajoutaient 5 communautés de moniales, dont 3 en France. Au cours du , ce sont près de 75 maisons qui furent fermées les unes après les autres. En France, après les coups de boutoir de l'anticléricalisme et de la première guerre mondiale, beaucoup de communautés ne se relevèrent jamais. L'Italie et l'Espagne virent plusieurs maisons fermées à la suite de la seconde guerre mondiale. La sécularisation, l'élévation du niveau d'instruction et du niveau de vie des sociétés occidentales, la crise des vocations, de plus en plus forte en Europe depuis la fin des années cinquante, ont achevé sa réduction à la portion congrue, aidée par une spiritualité et un mode de vie qui ne permettaient aucune autre pastorale des vocations que la publication de plaquettes et fascicules sommaires sur la vie cartusienne. En une cinquantaine d'années, l'ordre a perdu plus de 50% de ses effectifs, baisse encore jamais observée, même après la Révolution française.

…et fondations

Il faut attendre la deuxième moitié du pour que l'ordre franchisse l'Atlantique et sorte des frontières européennes. Tantôt à la demande de la hiérarchie locale (Brésil), tantôt à leur propre initiative, les chartreux ont entrepris plusieurs fondations. La maison fondée aux USA en 1950, a été érigée en maison régulière en 1971 à Arlington (Vermont (USA). Avec l'accord du chapitre général, au milieu des années quatre-vingt, puis à nouveau dix ans plus tard, le Révérend Père général Dom André Poisson diligenta plusieurs missions de prospection au Brésil, à la demande du président de la Conférence épiscopale, puis en Asie du Sud-Est (Philippine, Corée) et finalement en Argentine. Elles débouchèrent sur la fondation en cours de stabilisation de trois maisons au Brésil (1984), en Argentine (1998) et en Corée du Sud (moine et moniales). Depuis 2001, la fermeture de la chartreuse de Sélignac a conduit l’ordre à une tentative originale consistant à l’implantation dans les murs du monastère d’une communauté laïque, à même de recevoir des retraitants et de prolonger la présence des fils de saint Bruno dans les murs de l’ancienne maison. La fondation des sœurs et moines de Bethléem, implantés notamment dans l'ancienne chartreuse de Currière, soutenue par Dom André Poisson, alors prieur de Chartreuse, a été longtemps regardée avec suspicion par une partie de l'ordre qui considérait être le seul dépositaire du charisme de saint Bruno. La crise actuelle fait lentement évoluer les esprits et ramène le discours apologétique élitiste longtemps en vigueur à plus de réalisme. L'admiration naïve et romantique de leurs amis de l'extérieur, entretenue par un discours ecclésiastique inadapté, autant que par le secret dont les chartreux protègent leur solitude, a contribué à les assimiler à une sorte d'aristocratie de la vie monastique, peuplée d'êtres désincarnés. Cette mentalité, dont d'autres ordres plus attentifs aux mouvements sociaux-culturels se sont plus rapidement départis, a causé indirectement beaucoup de tort au recrutement de l'ordre, à la compréhension qu'il a de son charisme et à la diffusion de son message religieux de simplicité et de pauvreté dans la recherche de Dieu (voir ci-dessous : Vie spirituelle). Dans ce contexte, le tournage et la diffusion du film Le Grand Silence (film, 2005), à la demande du supérieur général de l'ordre, montrant quelques aspects de la vie des religieux de la Grande Chartreuse, doit être considérée comme un événement majeur de l'histoire de l'ordre, et plus spécialement de la phase de démythologisation dans laquelle il s'est engagé, non sans difficulté, depuis une petite vingtaine d'années; le film, non sans maladresse, dénote en effet une intention de susciter un nouveau regard sur une forme de vie monastique parmi les plus originales mais aussi les plus étrangères aux mœurs et aux mentalités modernes, jusques et y compris au sein du catholicisme.

Maisons actuelles

Vie spirituelle : solitude et silence

Les chartreux n'ont pas de doctrine spirituelle propre. C'est leur genre de vie et leur liturgie, célébrée selon un rite propre, le rite cartusien, qui structurent leur vie spirituelle. Aucun auteur ou livre particulier ne résume l'intégralité de celle-ci, sinon peut-être les éditions des Statuts postérieures au Concile Vatican II. Ils contiennent en effet plusieurs principes de vie spirituelle d'une grande profondeur. Le maître-mot de la spiritualité des chartreux est SOLITUDE, c’est-à-dire consécration totale et absolue à Dieu seul, sous la forme du renoncement aux contacts sociaux ordinaires, autant que le permet l'équilibre des personnes et la charité chrétienne. Le SILENCE en est le corolaire ; il n’est pas vécu en Chartreuse de manière absolue (le chartreux parle à ses confrères, à ses supérieurs, lorsque la vie matérielle, le travail ou l’âme le demandent) mais comme une exigence intérieure qui appelle à l’écoute de Dieu seul, dont l’Absolu transcende tout discours humain et s’exprime dans une seule Parole qui est son Fils, homme comme nous, mort et ressuscité. Cette écoute est donc plus l’imitation d’un modèle de vie, Jésus-Christ adorateur du Père et vie donnée pour le salut du monde, que l’analyse d’un discours intellectuel qui se traduirait dans les paroles d'un enseignement. L'austérité des observances monastiques n’est que l’expression institutionnelle et la traduction anthropologique de cet idéal, en particulier à travers le renoncement aux déplacements, aux visites (seuls les proches parents sont reçus deux jours par an), aux journaux, à la radio et à la télévision, au téléphone, aux conversations libres, à la correspondance, même spirituelle, à la musique instrumentale, etc. Son interprétation extrême va jusqu'à voir dans l'écriture et le travail intellectuel un danger possible pour une simplicité monastique conçue en dépit du réalisme anthropologique ordinairement compris. Silence et solitude cartusiens n’ont de sens que comme voies vers l'acceptation pauvre et patiente du mystère de Dieu. Sa transcendance, irréductible aux données de l'expérience et de la pensée humaine, s’impose au moine d’abord comme une absence douloureuse puis comme une présence insaisissable. Associé à la déréliction du Fils sur la Croix, confronté comme tout homme à l’absence de Dieu – « Ou est-il ton Dieu? » (Ps. 41, 4) « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Ps. 21, 2) – le Chartreux trouve dans la vie de Jésus, synthèse de tout ce que Dieu entend dire à l’homme et de tout ce que l'homme a à dire à Dieu, l’unique parole nécessaire à sa traversée du désert et au repos de la terre promise. Le chemin de la vie mystique consiste alors à s’acclimater au silence de Dieu, revers de sa transcendance, au fil d'un difficile dépouillement sensible, et surtout psychique, dont le fruit est la Paix. Ce dépouillement renvoit l'homme à lui-même, à la simple existence commune à tout être humain dans sa pauvreté de chaque jour, prise en tenaille entre espoir, joies simples et souffrances, qui le sont un peu moins, spécialement lorsque les moyens ordinaires de la religion (liturgie, prière vocale, chant, amitié humaine, bonne parole des confrères et même lecture pieuse ou lectio divina, soutient sensible des sacrements etc.) ne sont plus vécus que dans la nudité de la foi nue, préservée par l’observance monastique des faux-fuyants les plus évidents et des dérivatifs qui soutiennent parfois la condition humaine mais ne lui ôtent pas ses limites. Un jour le moine découvre que le fruit de cet effort n'est pas au bout du chemin. Il est dans la poussière qu'il foule aux pieds, le soupir de son voisin, le chant des abeilles dans les fleurs du pommier ; ils ont pris soudain pour lui le visage du Dieu qui les fait être et qui suffit à son bonheur, tellement simple qu'il en est invisible.

Architecture

Le propos de vie cartusien, associant cénobitisme et érémitisme, donna naissance à une architecture et à une organisation originales des bâtiments conventuels. Ce plan, fixé probablement dès les reconstructions postérieures à l'avalanche de 1132 qui détruisit les bâtiments de bois de la Chartreuse primitive a été adopté par tous les établissements cartusiens à travers l'Europe. La disposition décrite ici se retrouve avec quelques variantes dans toutes les maisons de chartreux en Europe. (Viollet-le-Duc a décrit la chartreuse idéale à partir du plan de la Chartreuse de Clermont qu'il avait pu observer avant sa destruction.)

Structure générale des bâtiments

Tous les moines doivent vivre dans l'absolue solitude et le silence, garantés par l'espace géographique du désert et les murs de la clôture. A l'image de la communauté qui les habite, les bâtiments de la vie cartusienne occupent deux espaces distincts, l'un abritant les pères (cellules et grand cloître) et l'autre les frères (bâtiments des frères, obétiences ou ateliers). Tous deux sont regroupés autour des bâtiments de la vie commune (église, chapitre, réfectoire, cimetière). Chaque père du cloître occupe une petite maison reliées aux autres par un couloir ou cloître commun, qui permet la circulation à l'abri des intempéries et relie le quadrilatère des cellules (grand cloître) à celui de la vie commune (petit cloître, appelé aussi "galilée") autour duquel sont disposés l'église, le réfectoire, le chapitre. La Corrérie de la Grande Chartreuse D'après les Coutumes primitives, les lieux de la vie cartusienne se répartissaient entre maison haute, où vivent les pères, et maison basse où vivent les frères, enclos dans l'espace d'un même désert. La communauté des laïcs (convers) vivait, travaillait et priait dans les bâtiments de la maison basse, séparés, à l'origine, de quelques centaines de mètres de la maison des pères. On appelle aussi la maison basse "correrie", du nom du lieu où elle est implantée à la Grande Chartreuse (voire cliché). Dès le XIIIe siècle, lorsque les conditions de solitudes devirent insuffisantes, la distinction entre maison haute et basse fut progressivement supprimée, d'abord dans les nouvelles fondations, puis dans les anciennes maisons. Dès lors, les frères occupaient des bâtiments réservés à l'intérieur de la clôture de la maison haute, et proches de leurs ateliers ou "obédiences", mais suffisamment séparés des cellules pour ne pas en troubler le silence. La distinction entre maison haute et maison basse n'a plus cours aujourd'hui. Cet ensemble est caractérisé par la simplicité et la sobriété propres à l'ordre.

L'église conventuelle et les lieux de culte

Chaque chartreuse comprend plusieurs églises et chapelles : 1. L'église conventuelle. L'église conventuelle est le centre du monastère ; c'est une construction souvent étroite et dépourvue de nefs latérales. L'église cartusienne est divisée en quatre parties :
- Le sanctuaire Il comprend l'autel et le tabernacle. À droite de ceux-ci, la piscine est une armoire pratiquée dans l'épaisseur du mur où se rangent les vases sacrés et se préparent les oblats pour l'offertoire selon le rite cartusien. Également sur la droite en faisant face à l'autel, est fixée, contre le mur et perpendiculairement à l'autel la cathèdre ou siège du célébrant.
- Le chœur des moines Il occupe environ les deux tiers de la nef. Chaque mur est bordé d'une rangée de stalle simples et d'une rangée de 'formes' ou long prie-Dieu d'une pièce qui longe toute la rangée des stalles et sur lequel sont posés les livres liturgiques pendant les offices. Au milieu, dans le tiers inférieur, au centre de la nef, est placé le 'lectoire' ou pupitre destiné aux lectures de l'office de nuit, au chant de l'épître de la messe et des oraisons de Laudes et Vêpres.
-Le chœur des frères Il est séparé du chœur des moines par un jubé, parois de bois, fermée par une porte à double battant qui est ouverte durant la messe et les offices. Les frères s'y rassemblent pour assister à une partie de l'office de nuit, à la messe et à certains offices communs. Depuis le concile Vatican II, il leur est loisible de participer aux offices dans le chœur des Pères et de se joindre à eux par le chant, s'ils en ont le désir et les capacités. Au jubé, surmonté d'une croix, sont adossés, dans le chœur des frères deux autels, de part et d'autre de la porte du chœur des Pères.
-La tribune Une tribune en hauteur, au dessus du chœur des frères, permet d'accueillir les étrangers à la communauté admis à participer aux offices. Il n'y a jamais d'orgues dans les églises cartusiennes. A l'origine, comme dans les constructions récentes, les églises cartusiennes ne comprennent qu'un seul autel. Au XIIIe siècle seulement il y fut autorisé la construction de deux autels secondaires, édifiés contre le jubé qui sépare le chœur des Pères de celui des frères. Trois portes sont pratiquées dans les murs des églises cartusiennes. L'une permet la circulation entre le petit cloître et le chœur des Pères. C'est par elle qu'ils entrent à l'église pour les offices. En face d'elle se trouve la porte du 'vestiaire' ou sacristie, où le prêtre revêt les ornements sacerdotaux pour la messe et par laquelle il fait son entrée au sanctuaire pendant le chant de l'introït de la messe. En chartreuse, le terme de sacristie, et sa fonction ordinaire, sont plutôt réservés à la cellule du religieux chargé de cet office (Dom Sacristain). Une troisième porte est pratiquée sous la tribune, au fond du chœur des frères et leur permet d'accéder à l'église. Selon la disposition des lieux, les processions de sépulture passent également par cette porte pour entrer à l'église après la levée de corps ou pour se rendre au cimetière après la messe de sépulture. Enfin un clocher abrite les cloches qui scandent la vie du monastère. Il est toujours situé à l'aplomb de la croisée de la nef et du sanctuaire, à l'entrée du chœur des Pères qui sonnent la cloche à tour de rôle au fur et à mesure de leur arrivée à l'église avant les vêpres et les petites heures du dimanche. 2. Le chapitre. Le chapitre, généralement pourvu d'un autel consacré, abrite la célébration du chapitre conventuel le dimanche après prime et none (la célébration de prime à l'église, les dimanches et fêtes a été supprimée à la suite du concile Vatican II, mais non l'office qui continue d'être célébré en cellule. Néanmoins le chapitre de prime a également été supprimé à cette occasion.) Le chapitre abrite également diverses cérémonies liturgiques (sermons, lavement des pieds le Jeudi-Saint, etc.) et peut également servir à la célébration des messes lues. 3. La chapelle des frères ou de la maison basse. La chapelle de famille ou chapelle des frères. Primitivement c'était l'église de la maison basse. Le procureur y célèbre la messe pour les frères laïcs. Lui-même ou un père désigné par lui y fait également une conférence spirituelle hebdomadaire aux frères. Ceux-ci y célèbrent en commun certains de leurs offices propres (prière du matin et du soir). 4. La chapelle des reliques. Chaque maison ancienne abrite une chapelle des reliques, particulièrement ornée et équipée de vitrines ou d'armoires pour abriter les reliques conservées dans le monastère. La communauté s'y rassemblait chaque année pour écouter la nomenclature des reliques du monastère à l'occasion de la fête de la Toussaint (1 novembre). Dans plusieurs maisons, un banc parcourt donc son pourtour pour permettre à la communauté de s'asseoir durant cette lecture. Son autel peut être utilisé le reste de l'année pour la célébration des messes lues. 5. La chapelle extérieure. La chapelle extérieure a son sanctuaire situé en clôture et sa nef hors clôture, séparée du sanctuaire par une grille à guichet. La messe y est célébrée pour les familles, les femmes - qui ne peuvent entrer en clotûre - et les gens des environs. 6. Les chapelles intérieures. Les chapelles intérieures sont exclusivement destinée à la célébration des messes lues, le matin après ou avant la messe conventuelle. Elles se multiplient en même temps que les chartreux adoptent, tardivement au cours du XIIIe siècle, la pratique des messes lues quotidiennes, sans pour autant multiplier systématiquement le nombre des autels latéraux de leurs églises. Elles constituent sans doute l'élément le moins connu et le moins étudié de l'histoire de l'architecture cartusienne. Disséminées dans les bâtiments, leur implantation varie totalement d'une maison à l'autre. Leur décoration est souvent représentative de l'esprit des périodes et des habitants et mériterait une étude attentive. Leur nombre est indéfini, généralement voisin du nombre total de prêtre qui peuvent être abrités dans une maison. Cellule de Chartreux

Les cellules

Chaque cellule ouvre sur le grand-cloître. La porte donne d'abord sur un passage ou un couloir appelé promenoir qui permet de prendre de l'exercice durant la mauvaise saison. La cellule comprend trois pièces : 1° une antichambre appelée Ave Maria, à cause de la prière que le moine y récite avant d'entrer dans le cubiculum lorsqu'il revient de l'extérieur ; elle servait primitivement de cuisine, actuellement son usage n'est pas défini ; elle sert souvent d'atelier pour de petits travaux manuels ; 2° un cubiculum (chambre principale, chauffée par un poêle de fonte ou un fourneau, avec un lit, une table, un banc, une bibliothèque, et un oratoire) ; 3° un atelier pour le travail manuel. Entre la cellule et la galerie du cloître se trouve un guichet disposé dans l'épaisseur du mur permettait de distribuer la ration quotidienne de nourriture par le frère convers qui en est chargé, sans que celui-ci n'ait à franchir la porte de la cellule. Un jardin clôt est disposé devant la cellule, cultivé par l'occupant à sa guise. Selon la disposition des terrains et les habitudes locales, les cellules sont construites sur un ou deux étages, les pièces hautes étant réservées à l'habitat.

Chartreuses de montagnes, chartreuses urbaines et chartreuses nécropoles

Les premières chartreuses furent fondées en zones montagneuses au climat rude et furent marquées jusque dans leur mode de vie par ce contexte géographique. Le nombre statutaire de cellules, fixé par les Coutumes de Guigues en 1127, était de douze cellules, auxquelles il faut ajouter une maison basse destinées à abriter 16 frères. Le domaine initial de la Grande Chartreuse ne permettait guère en effet de nourrir une communauté plus nombreuse. Cependant, à partir de la seconde moitié du XIIIe siècle, la fondation de chartreuses urbaines (la première fut la chartreuse de Paris) entraîna des modifications structurelles importantes. A partir de 1290, à la suite de dons importants, les chapitres généraux permirent de doubler le nombre des cellules de certaines maisons (Paris, puis Gaming en Autriche, et la Grande Chartreuse, en 1332 Dom Maurice Laporte, Aux sources de la vie cartusienne, t. 2, p. 48-49. D'où le nom de 'chartreuse double' qualifiant les maisons de 24 cellules (par exemple Farnetta (Italie : Lucca). A la Chartreuse de Clermont, décrite comme la chartreuse idéale par Viollet le Duc, dix-huit cellules entouraient le grand cloître, toutes arrangées sur le même plan. A la Grande Chartreuse comme à la Valsainte (jusqu'aux travaux de 2006), 34 Pères pouvaient être hébergés. En outre, tant que les chartreux demeuraient implantés dans des zones de montagnes difficilement accessibles, leur solitude était garantie par le cadre géographique isolé (désert). Avec l'arrivée dans les villes, le développement démographique et le rapprochement des zones habitées, la solitude devint plus fragile et entraîna l'édification de murs de clôture et la préservation de la solitude individuelle par la construction de murs de séparation empêchant l'accès des étrangers aux cellulles et enfermant les moines dans l'espace clôt de leur jardin, primitivement ouvert sur la campagne environnante. En outre, la simplicité primitive des chartreuses urbaines a parfois été troquée, en certains cas demeurés exceptionnels, contre la magnificence de la décoration voulue par les bienfaiteurs comme en Italie à Pavie, Florence, ou en Espagne à Miraflorès près de Burgos, qui reste à peu prés identique à ce qu'il était en 1480, Aula-Dei, etc.

La liqueur de Chartreuse

Depuis la fin du , les moines tirent une partie de leur revenus de la commercialisation d’une liqueur qui porte leur nom (Chartreuse), mise au point à la Grande-Chartreuse. Seuls deux moines du monastère connaissent la recette secrète de la Chartreuse qui a suscité par le passé bien des convoitises (vols, confiscations, chantages, y compris à l'intérieur de l'ordre, etc.) Actuellement, l'exploitation de la liqueur est confiée à une société privée laïque, située à Voiron (Isère).

Notes et références de l'article

Voir aussi

Bibliographie

- Nouvelle bibliographie cartusienne (http://monsite.wanadoo.fr/AnalectaCartusiana) : outil de travail fondamental et répertoire bibliographique est censé recenser toute la littérature cartusienne et les études concernant la Chartreuse, répertoire des monastères cartusiens, cartes, etc.
- Au désert de Chartreuse, la vie solitaire des fils de St Bruno, Robert Serrou, Pierre et Robert Vals, Éditions Pierre Horay, 1955.
- La Grande Chartreuse par un Chartreux (AAVC), 17 édition de cet ouvrage de grande vulgarisation. Régulièrement mis à jour par les moines de la Grande-Chartreuse, il présente officieusement le point de vue des Chartreux, tant pour les questions matérielles (historiques, vie quotidienne, etc) que spirituelles.
- Paroles de Chartreux (AAVC), publié à l'occasion du neuvième centenaire de la Grande Chartreuse et de l'Ordre. Il regroupe une trentaine d'articles qui abordent les traits essentielles de la vie cartusienne.
- La Grande Chartreuse - Au-delà du Silence (Glénat). Un ensemble choisi d'articles, superbement illustrés.
- L'Ordre des Chartreux (AAVC), onzième édition de ce fascicule, .
- André Ravier, Saint Bruno le Chartreux (Lethielleux, 2003), 3 édition revue et corrigée, préface de Nathalie Nabert, doyen de la Faculté des Lettres de l’Institut Catholique de Paris – Directrice du Centre de Recherches et d'Etudes de la Spiritualité cartusienne (C.R.E.S.C.) Biographie historique et spirituelle pour grand public du fondateur de l'ordre des Chartreux, reposant sur une solide critique historique, mais dépourvue d'apparat scientifique.
- Augustin Guillerand, Silence Cartusien: Publication posthume de divers passages de lettres spirituelles adressées à un laïc. La spiritualité de cet ancien curé de campagne français, devenu chartreux en 1918, mort en 1945, est une approche de l'esprit de la Chartreuse au XXe siècle. Touchantes par leur simplicité et leur profondeur, ces notes sont un authentique témoignage de solitude, de silence et de face à face avec Dieu. Dom Guillerand a eu une profonde influence sur les chartreux de la première moitié du XXe siècle en raison des charges qu'il a longtemps exercées en qualité de confesseur, de vicaire de moniales et de prieur. Il en existe plusieurs éditions dont le contenu n'est pas toujours identique.
- Un Chartreux , Amour et Silence, nombreuses éditions. Best-seller de la spiritualité cartusienne du XXe siècle, issu de conférences spirituelles d'un maître des novices de la chartreuse de La Valsainte, recueilles dans les années 1920 par l'auteur. ===
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