Histoire (discipline)

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L'histoire a pour objet l'étude de l'homme, de ses réalisations, mœurs et idées.
Histoire (discipline)

L'histoire a pour objet l'étude de l'homme, de ses réalisations, mœurs et idées.

Champ de l'histoire

Voir l'article détaillé : Histoire de l'histoire « L'histoire, c'est ce que font les historiens » nous annonce Antoine Prost en ouverture de ses Douze leçons sur l'histoire. Tout est dit ici en quelques mots, de l'abandon du combat d'arrière garde pour affubler le mot histoire d'un « h » majuscule à la volonté hégémonique de l'historien moderne pour lequel rien, ou presque, ne doit échapper à son champ d'étude. L'historien s'occupait en effet d'abord exclusivement d'histoire politique, pratiquant ensuite progressivement l'histoire religieuse, l'histoire militaire et l'histoire diplomatique, encore centrées sur les événements. Sous l'influence du positivisme, l'histoire était même devenue la recherche de la causalité de ces événements. Les écoles historiques du XX siècle, principalement françaises, ont brisé ces schémas anciens. L'historien, tel le philosophe antique, est alors atteint d'une « boulimie » intellectuelle lui ouvrant les portes de l'histoire économique et sociale (École des Annales). Privilégiant la « longue durée » au temps court de l'« histoire événementielle », plusieurs historiens, dans le sillage des Annales , proposent de repenser le champ de l'histoire : parmi eux, on peut citer Fernand Braudel, qui « introduit les sciences sociales en histoire » en ayant recours à la géographie, à l'économie politique et à la sociologie . De véritables « niches » se mettent alors en place donnant l'aspect d'une Histoire en miettes, pour citer ici le titre de l'ouvrage polémique signé par François Dosse en 1987. Microhistoire, démographie historique sans oublier le retour en force des approches locales offrent, il est vrai, une image assez hétérogène de l'histoire aujourd'hui. La recherche et la production historiques qui en résultent sont parfois étonnantes et toujours riches d'enseignements pour la compréhension de notre époque. Citons ici à titre d'exemple, les recherches d'Alain Corbin sur les odeurs au XIXe siècle (Le miasme et la jonquille) ou sur L'avènement des loisirs (1850-1960). L'élargissement du champ de l'histoire concerne également les sources : l’écrit n’est plus une barrière infranchissable pour l’historien. Ce dernier doit savoir utiliser le moindre indice afin de compléter le « puzzle » du passé. Aux spécialités les plus anciennes, centrées sur l'écrit comme la paléographie, s'ajoutent une multitude de « sciences auxiliaires de l'histoire », que l'historien doit pratiquer selon ses besoins. Ce dernier n'en reste pas moins un historien au travail quand il pratique ces disciplines. On citera ici les spectaculaires avancées liées à l'archéologie aérienne depuis un demi-siècle, d'abord en Picardie puis dans le reste du monde. Dans le même ordre d'idées, pour les périodes les plus récentes, l'historien fait désormais appel aux autres médias en plus de l'écrit : enregistrements audio ou vidéo. Aujourd'hui, seule l'étude des premiers hominidés échappe encore aux travaux d'historiens universitaires : seul le Collège de France assure cet enseignement ; cette partie de la préhistoire n'est donc pas encore intégrée de plein droit sous l'appellation d'« histoire ». En revanche, les chaires de proto-histoire et de pré-histoire existent au sein de l'Université française, et la fameuse épreuve « hors programme » de l'Agrégation d'histoire comprend des questions portant sur la préhistoire : l'historien a « colonisé » ce territoire, notamment sous la direction d'André Leroi-Gourhan, préhistorien français emblématique. Ce dernier rappelle d'ailleurs dans « Faire de l'histoire » que la différenciation entre l'archéologue et le préhistorien s'est s'opérée au XIX siècle pour des questions d'approches de la discipline. En résumé, pour rendre compte du champ aujourd'hui élargi de l'histoire, il est possible de citer Henri-Irénée Marrou qui, dès 1954, indiquait dans De la connaissance historique : « est un document toute source d’information dont l’esprit de l’historien sait tirer quelque chose pour la connaissance du passé humain. »

Méthodologie

Voir l'article détaillé : Méthodologie historique La méthodologie historique est la connaissance des méthodes qui servent à élaborer l'histoire et l'ensemble des conventions encadrant le travail de l'historien. Cette véritable discipline historique, enseignée en première année de DEUG d'Histoire dans le cursus universitaire français, s'appuie principalement sur deux sources : les conventions universitaires et les conclusions du débat historiographique.

Le rôle de l'historien

Par définition, un historien « révise » l'histoire, c'est-à-dire qu'il se doit d'éclairer certaines zones d'ombres du passé. Il ne faut pas confondre le « professeur d'histoire » qui transmet un savoir historique et l'« historien » qui écrit l'histoire en s'appuyant sur des recherches même si, en raison des liens étroits entre le monde de l'enseignement et celui de la recherche depuis le début du XIX siècle, l'historien pratique également l'enseignement en milieu universitaire dans de nombreux pays. Ayant de droit accès à toutes les archives ouvertes, il s'appuie sur ses recherches pour délivrer ses résultats, quitte à briser certains clichés. Cette fonction essentielle à la compréhension du passé est parfois mal admise et les historiens peinent souvent à transmettre efficacement leurs savoirs. Libéré des contraintes politiques qui pesèrent longtemps sur la profession, à savoir l'attachement à un pouvoir dont il était souvent aussi le chroniqueur, l'historien acquiert une responsabilité importante. L'affaire des négationnistes lyonnais est un cas d'école : il faut prendre garde à ne pas confondre les termes « révisionniste » (tout historien est, par nature, révisionniste) et « négationniste », ce dernier correspondant à la négation d'une évidence historique (les chambres à gaz des nazis sont un fait avéré et ceux qui remettent en cause cette évidence historique se rendent coupables de négationnisme, ce qui les exclut, de fait, du métier d'historien et les place dans le camp des escrocs du Savoir). Les négationnistes sont juridiquement responsables du contenu de leurs écrits et ainsi, condamnables, particulièrement en France. À l'inverse, cette « sévérité » choque aux États-Unis où une conception quasi-illimitée de la liberté d'expression autorise toute publication. Cette conception conduit pour le moins, dans ce cas, à une absence de garde-fous autres que l'acceptation consensuelle d'une thèse historique soumise au débat. Des historiens se sont élevés contre les lois mémorielles comme la loi française du 23 février 2005 : ils craignent qu'une confusion entre mémoire et histoire n'entraîne une instrumentalisation de cette discipline et le retour d'une histoire officielle.

Quelques historiens célèbres

Voir les articles détaillés : Historiens célèbres et Historiens contemporains Outre Hérodote et Thucydide, le père de l'histoire classique, il convient ici de citer les trois figures de proue de l'école des Annales : Lucien Febvre, Marc Bloch et Fernand Braudel. D'autres grands historiens modernes sont Moses Finley et Jean Bottéro pour l'histoire ancienne, Henri-Irénée Marrou et Peter Brown pour l'Antiquité tardive, Georges Duby et Jacques Le Goff chez les médiévistes, François Bluche et Pierre Chaunu pour l'histoire moderne, Pierre Nora, Robert O. Paxton et François Furet pour l'histoire contemporaine.

L'histoire comme science ?

Si on considère la science comme seule connaissance, alors on peut effectivement parler de « science historique », mais si l’on parle de scientificité exacte (physique, chimie…), se pose une question proprement épistémologique et méthodologique, mais également métaphysique. La science ayant pour postulat la nécessité et l’histoire ayant pour objet l’ensemble des actions humaines qui sont le produit des décisions d’individus libres, faire la science de l’Histoire équivaudrait en effet à faire une science de la liberté, d’où un paradoxe déterministe entre liberté et nécessité, souligné par ce mot de Paul Valéry qui dit de l’histoire qu’elle est « la science des faits qui ne se répètent pas ». Epistémologiquement, les historiens définissent trois grandes périodes dans leur propre discipline :
- l’historiographie classique (des origines au XVIII) fonde l'histoire comme discipline d’enquête (histor en latin signifie le témoin oculaire) sur des évènements récents (cf. Hérodote, Tite-Live, Suétone) et donc non diachronique. Ce sont davantage des chroniques contemporaines. Toutefois, le terme peut paraître excessif dès lors qu’on considère qu’il y a déjà un principe d’intelligibilité (de compréhension), c'est-à-dire une recherche de quelque chose qui fasse le lien (par ex. Thucydide analyse la guerre du Péloponnèse comme « une guerre de prestige »). Ce n’est donc plus un travail mythographique mais bien un travail qui s’attache aux faits et où il s’agit de rendre compte des corrélations factuelles entre les évènements.
- le positivisme (1830-1920) d’Auguste Comte considère l’histoire comme rigoureusement scientifique. Prenant modèle sur la chimie, Auguste Comte, comme Fustel de Coulanges, se revendique d’une scientificité pareille aux sciences expérimentales. Langlois et Seignobos de l’Ecole des Chartes érigent ainsi une méthode qui permet de rendre compte des faits de manière absolue. Il s’agit de reconstituer l’histoire des nations et des grands hommes à travers une analyse historique qui comprend deux étapes : une critique externe (pour établir l’authenticité des documents) et une critique interne (pour établir la véracité des faits). L’historien doit donc constituer les matériaux de son étude par l’exercice de sa critique. Il s’emploie à les ordonner dans un strict rapport de causalité mécanique, mettant de côté toute possibilité de cause finale à ce titre que la science historique est une science pure sans qu’on ait à y chercher de finalité.
- l’Ecole des Annales (du nom de la revue fondée par Lucien Febvre et Marc Bloch dans les années 1930), enfin, considère que l’Histoire n’est pas l’histoire des nations ni des grands hommes mais bien l’histoire de tout ce qui est humain. Le document n’est donc plus seulement un écrit, mais également un site, un objet, une parole. On récuse complètement l’intention de constituer une science objective en affirmant que le travail de l’historien est pleinement un travail d’interprétation : il ne s’agit pas d’expliquer mais bien de comprendre, d’où l’absence de scientificité ou d’objectivité, sans pour autant écarter le principe d’impartialité. Dès lors, une pluralité de perspectives s’ouvre aux historiens et donne naissance à de nombreuses variations (histoire des ouvriers, des femmes, de la société…). L’historien est donc lui-même considéré comme être historique (ce que les positivistes avaient récusé) et l’histoire repose alors sur une épistémologie relativiste au sein de laquelle il faut tenir compte de l’observateur. Mais entre les classiques et les positivistes, une étape est omise par les historiens et pour cause, c’est la naissance du concept d’histoire en philosophie. Nous avons en effet vu que la scientificité de l’histoire est une problématique proprement métaphysique. Kant dans son Idée d’une histoire universelle postule qu’alors qu’à l’animal, la seule existence individuelle est suffisante pour accomplir toutes les potentialités de son espèce. Dans le cas de l’homme, il ne suffit pas de l’existence d’un individu pour développer l’ensemble des potentialités humaines, il faut l’existence de l’espèce humaine dans sa totalité. Or la potentialité finale, le but ultime de l’existence de l’espèce humaine, c’est précisément la liberté. Les actions des hommes sont donc prises dans un mouvement de progrès historique dont le but ultime est la réalisation de la liberté. Bien que les hommes eux-mêmes n’en sachent rien, ce qui les anime en vertu d’une nécessité téléologique, c’est bien l’accomplissement, la réalisation de cette vérité. C’est ce que Kant appelle la destination éthico-cosmopolitique ou encore ce qu’entend Hegel dans son mouvement de l’Esprit de l’Orient à l’Occident : une « substance transhistorique ». On voit donc bien comment le travail de l’historien possède une dimension proprement cyclopéenne ; mais comme va le montrer Kant, de même qu’aux Cyclopes, il manque un œil aux historiens, l’œil de la perspective d’une finalité à l’Histoire de l’espèce humaine.

Sciences auxiliaires de l'histoire

L'historien peut s'appuyer sur de nombreuses « sciences auxiliaires de l'histoire ».

Spécialités de l'histoire

Voir l'article détaillé : Histoire thématique

Publications en histoire

Voir les articles détaillés : Édition en histoire Outre l'édition de livres d'auteur, les historiens communiquent le résultat de leurs travaux dans de nombreuses revues périodiques qui constituent autant d'outils précieux à la recherche historique. Ces revues, généralement spécialisées dans un thème, dans une période ou encore émanant d'une école, sont rarement diffusées hors d'un cadre strictement universitaire. Les Annales constituent l’une des très rares exceptions à la règle : cette revue emblématique de l’école des Annales bénéficie d’une aura mondiale. Généralistes, les Annales couvrent l’ensemble du champ des études historiques. Plus récemment, la recherche en histoire a investi d'autres champs en gagnant notamment le domaine de l'édition électronique (voir notamment et ). Enfin, il existe un certain nombre de revues de « vulgarisation » qui visent à communiquer l'état des connaissances historiques au grand public. Deux titres francophones, notamment, accueillent les contributions d'historiens universitaires et méritent d'être cités : les mensuels L’Histoire (généraliste) et Notre Histoire (histoire religieuse).

Enseignement de l'histoire

Voir les articles détaillés : Enseignement de l'histoire et Agrégation d'histoire'' La célèbre affirmation « Nos ancêtres les Gaulois », dont le contenu est aujourd'hui considéré comme une fiction, est issue de l'enseignement de l'histoire en France sous la Troisième République. Cette véritable introduction à l'Histoire de France, présente dans certains manuels scolaires jusque vers le milieu du XX siècle, donne un exemple de déformation que peut subir l'Histoire enseignée : la République, en effet, devait surtout dépasser le seul cadre chrétien (sacre de Clovis) balisant l'Histoire de France issue de l'Ancien Régime. Une telle phrase offrait également pour avantage de montrer l'exemple d'un territoire, la Gaule, où cohabitaient nombre de peuples différents, à l'image de l'« Empire français » d'alors. Aujourd'hui tourné en dérision, ce cliché a eu son importance dans la construction non seulement de l'identité française à la fin du XIX siècle, mais aussi dans la formation des historiens du début du XX siècle ; il pose le délicat problème du contenu de l'enseignement en histoire.

Voir aussi

Bibliographie

- Guy Bourdé et Hervé Martin, Les Écoles historiques, Paris, Seuil, 1983.
- Philippe Poirrier, Aborder l'histoire, Paris, Seuil, 2000.
- Antoine Prost, Douze leçons sur l'histoire, Paris, Seuil, 1996.
- Marc Ferro, L'Histoire sous surveillance, Paris, Calmann-Lévy, 1985.
- Jacques Le Goff et Pierre Nora, Faire de l'histoire, Paris, Gallimard, 1974.
- Jean-Maurice Bizière et Pierre Vayssière, Histoire et historiens, Paris, Hachette, 1995.
- François Bédarida, L'Histoire et le métier d'historien en France, 1945-1995, Paris, Éditions de la maison des sciences de l'homme, 1995.
- Christian Delacroix, François Dosse, Patrick Garcia, Les Courants historiques en France, Paris, Armand Colin, 2005.
- Nicolas Offenstadt (éd.), Les Mots de l’historien, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, coll. « Les mots de… », 2005, 128 p.

Citations

- Fénelon (1651-1715)
- Alexis de Tocqueville (1805-1859)
- Fustel de Coulanges (1830-1889)
- Anatole France (1844-1924)
- Henri Bergson (1859-1941), Matière et mémoire.
- Lucien Febvre (1878-1956)
- Lucien Febvre
- Marc Bloch (1886-1944)
- Martin Heidegger (1889-1976)
- Louis Bromfield (1896-1955)
- Cornelius Castoriadis (1922-1997), L'institution imaginaire de la société.
- Marc Ferro (1924-), Pétain, Arthème Fayard, Préface, page III.
- Elie Wiesel (1928-)
- Roger Chartier (1945-)
- Thierry Gaudin, Entretiens avec François l'Yvonnet. ===
Sujets connexes
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