Gaule

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Situation dans l'empire romain. La Gaule (ou les Gaules), en latin Gallia, est le nom donné anciennement aux territoires occupés par les Gaulois, territoires qui comprenaient la France actuelle, la Belgique et le nord de l'Italie (Gaule cisalpine).
Gaule

Situation dans l'empire romain. La Gaule (ou les Gaules), en latin Gallia, est le nom donné anciennement aux territoires occupés par les Gaulois, territoires qui comprenaient la France actuelle, la Belgique et le nord de l'Italie (Gaule cisalpine).

Histoire

Jusqu'à la conquête romaine, de -58 à -51, ce nom ne recouvre aucune notion d'unité politique ou territoriale, mais plutôt une aire culturelle et peut-être économique à l'intérieur de laquelle de fortes disparités devaient toutefois exister, ainsi que le prouve l'archéologie. A contrario, la Celtique désigne — pour les archéologues — l'ensemble des territoires peuplés par les Celtes historiques au deuxième Âge du fer dépassant le cadre de la seule Gaule (l’arrivée des premiers peuples celtiques en Europe occidentale remontant au milieu du IIe millénaire av. J.-C.) De même le nom « Gaulois », désignant les habitants de ce territoire, couvre de nombreux peuples et une multitude d'entités ethnoculturelles jusqu'à la conquête romaine. Vers 250 av. J.C, les auteurs latins utilisent le mot Galli ("Gaulois") pour désigner les Celtes installés en Gaule, sans doute en raison de leur animal fétiche gallus, "coq" en latin. HATIER Concours, Histoire et Géographie, Françoise Martinetti Les mots français Gaule et gaulois sont les représentations traditionnelles pour rendre les mots latins Gallia, Gallus et Gallicus. Néanmoins, l'étymologie des mots français est probablement une autre. La source la plus vraisemblable est la désignation germanique des peuples non-germaniques, c’est-à-dire celtiques et romains :
-walha (cf. Vlahi et les noms anglais pour les territoires celtiques Wales et Cornwall)Jean Dubois, Henri Mitterand, Albert Dauzat, Nouveau dictionnaire étymologique et historique (Larousse 1990), p. 336, ISBN 2-03-340329-7. Dans les mots d'origine germanique, w devient gu ou g (cf. guerre <
-werra = angl. war, garder <
-wardōn = angl. ward, all. warten), et la diphthongue au est un development régulier de al devant une consonne (cf. cheval ~ chevaux). En tout cas, Gaule ne peut pas être la continuation régulière du mot latin parce que g devient j devant a (cf. gamba > jambe), et il ne peut pas être un emprunt érudit parce que dans ce cas la diphthongue au serait sans explication. Ainsi constate-on la véritable continuation du vocable hérité du type Jaille dans les noms de certaines communes à l'Ouest.

Le territoire

Les différentes parties de la Gaule ( 58 avant J.-C.) Les territoires de la future Gaule étaient englobés dans un vaste ensemble continental s'étendant de l'Atlantique jusqu'au Danube et nommé « Celtique » par les premiers témoignages écrits dont nous disposons : ceux des Grecs (notamment Aristote, élève d'Isocrate et de Platon, -384 à -332). Le nom « Gaulois » (latin galli) est attesté, quant à lui, pour la première fois sous la plume de Caton l'Ancien vers -168, pour désigner les habitants de la Celtique qui avaient envahi la plaine du Pô, c'est-à-dire les habitants de la Gaule cisalpine. On sait principalement grâce à l'étymologie qu'il s'agissait bien de peuples nord-alpins. Au milieu du premier siècle avant l'ère chrétienne, selon Jules César, la Gaule était divisée en trois parties : la Celtique, l'Aquitaine et la Belgique (cf. carte). Il est probable que ce découpage schématique correspondait pour une part à des différences culturelles observables par un étranger (ce que mentionne César et qui est confirmé dans le cas de la Belgique) et d'autre part à des considérations géopolitiques propres au conquérant romain (comme la nécessité de délimiter le territoire à conquérir). Néanmoins, l'absence d'autres sources précises donne encore lieu à de nombreuses conjectures sur la nature exacte de ce découpage. Si la Gaule proprement dite apparaît sous la plume des Romains, elle trouve aussi sa définition à travers l'histoire de sa conquête par ces derniers. Schématiquement, la conquête romaine de la Gaule fut réalisée en trois phases :
- la conquête de la Gaule cisalpine, comprenant la plaine cispadane et la transpadane (fin du III siècle avant l'ère chrétienne), bientôt nommée « Gaule en toge » (gallia togata) ;
- la conquête de la Narbonnaise, c'est-à-dire le sud-est de la France et la vallée du Rhône (dernier tiers du II siècle avant l'ère chrétienne), nommée « Gaule en braie » (gallia bracata) par opposition à la Gaule cisalpine ;
- la conquête de la « Gaule chevelue » (gallia comata), c'est-à-dire du reste de la France, de la Belgique et du plateau suisse (milieu du I siècle avant l'ère chrétienne). La Cisalpine, intégrée à l'Italie sous la République, devint une extension de Rome, tandis que la Narbonnaise constitua une « province » romaine située hors d'Italie (le nom latin provincia a donné le français actuel « Provence »). Les noms « Gaule » et « Gaulois » restèrent quant à eux en usage pour désigner les provinces romaines s'étendant sur le reste de ces territoires (France, Belgique et plateau suisse actuels) et leurs habitants de culture gallo-romaine (que l'archéologie et l'historiographie désignent également sous le néologisme Gallo-romains). En -12, Auguste instaura la première « institution » supra-provinciale de l'Empire avec le « conseil des trois Gaules » (concilium trium Galliarum) réunissant chaque année les représentants des cités de la Gaule lyonnaise, de la Gaule aquitaine et de la Gaule belgique à Lugdunum pour célébrer le culte impérial. Il est probable que ce geste ne faisait que confirmer les liens anciens qui existaient entre les habitants de ces territoires. Ce sont ces liens, tissés de proche en proche, qui peuvent expliquer en définitive le caractère unitaire que laisse entrevoir, au-delà des disparités, la description de la Gaule par César près d'un demi-siècle avant.

Les habitants

À l’origine, les Celtes, ou encore leurs prédécesseurs ont pu peupler l’Europe centrale. Vers -500, ils auraient commencé à émigrer vers le nord-ouest pour constituer, deux cents ans plus tard, une partie importante de la population des différentes régions de la Gaule. Enfin, ils auraient commencé d'importantes migrations vers l'Italie et vers l'est de l'Europe à la fin du V siècle. Mais il est aussi maintenant proposé que ces populations celtiques ont pu, également, être des communautés locales, reconnues et nommées celtes par les colons et commerçants méditerranéens (cf. l'exemple de la Celtique méditerranéenne). À l'époque de la conquête par Rome de la Gaule chevelue, si les territoires des Celtes s'étaient considérablement réduits, ces derniers conservaient néanmoins des liens entre eux de la Bohême jusqu'à l'île de Bretagne, comme l'indique la présence de témoignages archéologiques danubiens parmi les guerriers de Vercingétorix ou encore, les liens importants entre les peuples belges du nord de la Gaule et ceux de la Tamise. Ces liens peuvent s'expliquer, dans le cas de la Gaule, par l'existence d'un réseau de « clientèles » qui tenait de proche en proche certaines tribus, certains peuples dans la dépendance d'autres, plus riches ou plus nombreux et disposant éventuellement d'un territoire plus étendu. L'existence de « fédérations » de peuples est attestée dans l'ensemble du domaine celtique : parmi les peuples transpadans de la Gaule cisalpine au III siècle avant l'ère chrétienne, dans le midi de la Gaule au II siècle avant l'ère chrétienne (les Salyens) ou encore en Gaule chevelue avant la guerre des Gaules (Arvernes, Éduens et Séquanes). Pour expliquer l'aire géographique de la culture matérielle laténienne dans son intégralité, même à l'échelle de la Gaule, ce schéma est toutefois insuffisant et il faut écarter la question du peuplement. La thèse d'une invasion celtique qui aurait placé sous sa coupe les populations indigènes, telles que les Ligures mentionnés par les premières sources grecques, n'a plus cours aujourd'hui. Il est en effet très difficile d'associer les changements sociaux et techniques qui caractérisent la naissance de la civilisation celtique de La Tène à des changements ethniques. Aussi, il est bien plus probable que le peuplement de la Gaule fût, pour la majorité, hérité des brassages millénaires des peuples durant la Préhistoire et que la culture laténienne se diffusa progressivement, par apports successifs depuis un berceau ou « complexe » nord-alpin (voir Civilisation de Hallstatt). Parallèlement, d'autres apports culturels purent se diffuser à partir des régions atlantiques. Les cultures mégalithiques de la façade atlantique (Irlande, Pays-de-Galles, côte armoricaine), notamment, attestent l'existence de liens culturels et économiques entre ces régions depuis la préhistoire. Comme le relève B. Cunliffe (Les Celtes, Paris, 1996), des mégalithes furent d'ailleurs réemployés durant la période gauloise, comme en témoignent des motifs celtiques présents sur nombre d'entre eux. Enfin, d'autres mégalithes devaient avoir conservé un caractère sacré pendant la période chrétienne, comme en témoignent les croix dont ils furent alors surmontés. Parmi ces apports éventuels à la « civilisation » gauloise, Jules César, dans son commentaire sur la guerre des Gaules mentionne que le druidisme venait de Grande-Bretagne. Rien ne peut confirmer ou infirmer cette affirmation. En définitive, des nombreux peuples ou fédérations de peuples présents en Gaule à la veille de la conquête romaine, il reste des contours de « frontières », dont l'existence fait cependant débat (les limites des terroirs du haut Moyen Âge, sans doute antérieures à la période celtique pour la plupart) et un « substrat » linguistique longtemps sous-évalué. L'étymologie, enfin, a conservé le nom de populations gauloises, nom qui désigne encore les habitants de régions et de villes françaises actuelles : par exemple, les Allobroges sont les habitants de Grenoble ou les Auvergnats, les habitants de l'Auvergne qui couvre le territoire arverne (nord de la haute-Loire, Puy-de-Dôme et haut-Allier).
- sur le peuplement protohistorique de l'Europe : voir Celtes.
- à l'époque gauloise : voir peuples gaulois.
- durant la conquête romaine et à l'époque romaine : voir Gaule romaine.

La langue

:Voir Gaulois (langue). La majorité des habitants de la Gaule protohistorique parlaient principalement 3 langues, décliné en plusieurs dialectes. Jules César mentionna cependant qu'à son époque les trois parties de la Gaule se distinguaient par les coutumes, les mœurs, mais aussi par la « langue ». Cette affirmation est très délicate à comprendre : Jules César voulait-il parler de trois langues bien distinctes, à savoir le gaulois, le basque et une langue germanique ? Le gaulois Celtique a disparu vers le , c'est une langue celtique de la famille des langues indo-européennes, proche du breton et du gallois. Il est aujourd'hui admis que la Gaule « romaine » ne fut romaine que dans certains domaines, certes majeurs. Les changements apportés par le conquérant ont longtemps éclipsé toute idée d'une permanence de certains traits : d'abord, le syncrétisme religieux romain et l'interdiction du druidisme entraînèrent assurément la disparition d'une religion celtique dont on ne peut que deviner les contours, grâce à l'archéologie, d'une part, et par comparaison avec quelques survivances gallo-romaines, d'autre part et surtout par la confrontation avec les sources littéraires insulaires (voir par exemple mythologie celtique irlandaise et littérature celtique galloise). Les cadres du pouvoir – l'administration romaine –, l'économie, l'art, notamment monumental, et la culture littéraire latine, aussi, s'imposèrent, peut-être d'autant plus facilement que rien de préexistant ne pouvait les concurrencer. Après la conquête romaine de la Gaule, achevée en -51, la romanisation fut rapide chez les élites. On ignore cependant quelle fut sa progression exacte et sa profondeur en ce qui concerne le peuple. Elle dut en tout cas demeurer inégale, voire limitée dans nombre de domaines ayant trait à la vie quotidienne, comme l'indiquent plusieurs exemples. Le réemploi du site du sanctuaire celtique de Gournay-sur-Aronde, en Belgique, ou encore les ex-voto des sources de la Seine, montrent comme nombre d'autres lieux sacrés pour les Gaulois de la période de l'indépendance que les lieux de culte romains prolongèrent des usages anciens (voir nemeton). Lorsqu'une certaine « barbarisation » de l'Empire eut lieu au III siècle, des traits de civilisation qui étaient demeurés en vigueur depuis la période de l'indépendance s'introduisirent à leur tour dans la culture impériale : le manteau gaulois qui donna son surnom à l'Empereur Caracalla n'avait pu être remplacé par le mode de vie du conquérant romain. Dans nombre de domaines ayant trait à l'artisanat, où les Gaulois excellaient, leurs inventions s'imposèrent : c'est le cas, notamment, du tonneau qui s'imposa face à l'amphore plus fragile et de moindre contenance. C'est également le cas de la cotte de mailles pour l'armée. Un héritage gaulois perdura aussi probablement dans la langue parlée : au , une graphie et une prononciation gauloises du latin, au caractère archaïque, sont attestées chez plusieurs auteurs de poésie ou transcripteurs de farces populaires (sources de l'Histoire de France, éd. Les Belles lettres, Paris). Certains traits caractéristiques de la Gaule antique perdurèrent après l'Empire romain. Lorsque l'administration impériale romaine s'effondra, la Gaule ne se « germanisa » que lentement et partiellement. La présence de toponymes germaniques est d'abord attestée sur ses franges, due au repeuplement, souvent à but défensif et organisé assez tôt par Rome, de régions sinistrées par les crises et par les épidémies. De tels établissements durables de colons « barbares » (les lètes) eurent d'ailleurs lieu dans l'Empire Romain tout au long du et du . Ainsi des contingents Francs furent installés en Belgique, des Alamans en Alsace et en Suisse, des Burgondes en Savoie. La date symbolique de la disparition de l'Empire romain d'occident en 476 et celle du baptême du roi des Francs Clovis, vers 486, ne marquèrent pas non plus, à cet égard, de rupture : ces événements eurent lieu à une époque où Francs, Burgondes et Wisigoths avaient fait « souche » et détenaient depuis longtemps déjà le monopole des affaires militaires. Aussi, les familles de l'aristocratie gallo-romaine continuèrent longtemps à concentrer l'essentiel du véritable pouvoir politique dans les cités épiscopales : les « patrices », comme le marseillais Mauronitus, ou les évêques, comme l'auvergnat Grégoire de Tours, étaient les véritables représentants des populations. Ainsi, la culture nouvelle qui se développa en Gaule après la période impériale fut avant tout chrétienne et à plusieurs égards augustinienne. Plus généralement, les permanences observables dans le cadre de vie de l'Antiquité tardive jusqu'au furent nombreuses en Gaule : c'est surtout à partir du milieu du VII siècle, temps de crise, que les patronymes germaniques se multiplièrent au sein des élites, indiquant par là que le centre de gravité de l'Europe s'était déplacé vers le nord et que les équilibres du monde antique s'étaient rompus. En définitive, si la culture latine classique recula, le latin continua à constituer la langue de la culture et surtout, celle exclusive de l'écrit (le premier document écrit en langue vernaculaire étant les serments de Strasbourg, datés de 842). Aussi, l'usage des noms « Gaule » et « Gaulois » se conserva jusqu'à la fin de la période mérovingienne, du moins à l'écrit. Ce n'est que lentement, durant la période carolingienne, que le nom de « Francie » (Francia, puis francia occidentalis) se répandit pour désigner la réalité politique majeure qu'était devenu le royaume des Francs (regnum francorum). Mais ce nom ne désignait qu'incidemment les territoires correspondant à l'ancienne Gaule romaine, désormais rattachés à un ensemble plus vaste. C'est également la « renaissance carolingienne » qui posa les fondations d'une culture véritablement nouvelle. Cette « renaissance » voulait pourtant, à l'origine, restaurer la culture romaine antique et impériale.

Références et notes

Voir aussi

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Sujets connexes
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