Rroms

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Les Rroms (ou Rroma, Rom, Roma), sont appelés en français Gitans, Tsiganes ou Tziganes, Zigueunes, Manouches, Romanichels, Bohémiens, Sinti, Gens du voyage ou encore Nomades. Rroms est un nom adopté par le Conseil mondial rrôme et par les Nations unies, Leur nombre est estimé entre
Rroms

Les Rroms (ou Rroma, Rom, Roma), sont appelés en français Gitans, Tsiganes ou Tziganes, Zigueunes, Manouches, Romanichels, Bohémiens, Sinti, Gens du voyage ou encore Nomades. Rroms est un nom adopté par le Conseil mondial rrôme et par les Nations unies, Leur nombre est estimé entre 12 et 15 millions sur le continent européen, entre 7 et 9 millions dans l'Union européenne. « Rrom » désigne également un chef de famille manouche.

Communauté linguistique

Les linguistes pensent que ces groupes sont originaires de l'Inde du nord et de l'actuel Pakistan: leurs langues sont originaires de cette région, le Sinti provient du Sind et le rromani s'apparente au punjabi, et plus particulièrement au dialecte du Pothohar, parlé essentiellement au Pakistan et dans une moindre mesure dans le nord-ouest de l'Inde. Dans l'Inde brahmanique, les bûcherons, les bouchers, les équarrisseurs, les tanneurs, les fossoyeurs, les éboueurs, les chiffonniers, les ferronniers, les mercenaires (Rajputs) et les saltimbanques exerçaient des métiers nécessaires, mais considérés comme impurs: ils n'avaient pas le droit d'être sédentaires et étaient hors-caste (çandales). Déjà en Inde, où ils étaient classe sociale plutôt que groupe ethnique, et où ils sont connus sous les noms de Doms, Lôms ou Hanabadoches (en hindi et ourdou) leurs origines étaient géographiquement et socialement multiples, et leurs groupes très perméables (un enfant issu d'une union non-autorisée, un proscrit pour quelque raison que ce soit, étaient aussi « impurs » qu'eux et pouvaient donc les rejoindre). De l'Inde, certains de ces groupes migrèrent vers le plateau iranien et l'Asie centrale, où on les appelle Kaoulis et Djâts. En Asie centrale, certains se mirent, comme charriers, éleveurs de chevaux, servants et éclaireurs, au service des mongols, qui les protégèrent et leur laissèrent, en échange, une part du butin. Avec la Horde d'Or et Tamerlan, les Rrôms parvînrent ainsi en Europe, en Anatolie et aux portes de l'ÉgypteVoir par exemple le film Latcho Drom de Tony Gatlif pour voir l'évolution géographique des peuples gitan au cours du temps. Tsiganoi parmi les byzantins (d'où Tziganes), Cingene parmi les Turcs, Romani-cel pour eux-mêmes (c'est-à-dire « peuple rrom », d'où Romanichels pour les Croisés francophones), Manuschen pour les Croisés germanophones et Gypsies pour les Croisés anglais, la plupart des Rroms, une fois parvenus en Europe, se mirent sous la protection des seigneurs nobles et des monastères ou abbayes, échappant ainsi à la vindicte des cultivateurs sédentaires, et continuant à exercer leurs métiers traditionnels au service de leurs nouveaux maîtres (c'est ce que l'on appelle leur esclavage: il s'agit en fait d'une servitude de type féodal). Au , la plupart des groupes de Rrôms que nous connaissons avaient achevé leur installation en Europe. La majorité des Rrôms actuels parle le rromani, une langue issue du sanskrit avec des influences avestiques et hébraïquesVoir : . Mais en général les Rroms parlent aussi la langue dominante de la région dans laquelle ils vivent, voire plusieurs langues. Par exemple, les Rroms de Prizren au Kosovo parlent quotidiennement quatre langues, dès leur plus jeune âge : l'albanais, la rromani, le serbo-croate et le turc. En Slovaquie, beaucoup de Rroms parlent à la fois la rromani, le slovaque et le hongrois. De nombreuses unions mixtes font que les Rrôms se rapprochent aussi du phénotype (type physique) des populations environnantes, et même si certains ressemblent toujours à des Indiens du Pendjab, il ne faut pas s'étonner de rencontrer des Rrôms blonds.

Légendes des origines

On connait de mieux en mieux l'histoire des Rroms, même si elle est fortement liée aux légendes et à l'imagination, qui fait partie de leurs traditions. L’origine des Rroms a été l’objet de tous les fantasmes. Les hypothèses qui en ont fait les descendants de Caïn côtoient celles qui les affilient à Cham. D'autres les font descendre de mages de Chaldée, des Atlantes, de Syrie, d'une des tribus perdues d’Israël, des Égyptiens de l’époque pharaonique, ou encore d’anciennes tribus Celtes du temps des Druides. La fascination exercée par de tels mythes a encouragé ces nomades, vivant souvent de leurs talents, à se donner eux-mêmes les origines les plus mystérieuses. Les Rroms descendent ainsi (au choix, ou tout ensemble) de la divinité hindoue Rāma (en Devanāgarī), ou encore de Rāmachandra (plus respectueusement, Śrī Rāma en Devanāgarī), avatar de Vishnou, de Tubalkaïn le premier forgeron, des enfants de la Marie-Madeleine biblique, des manichéens de Phrygie, des Mayas, des Aztèques, des Incas, de Tamerlan, du Grand Moghol, des Mameluks.

Nom

Les Rroms sont souvent connus en français comme :
-Gitans, dérivation espagnole (Gitanos) du mot Egi tanos. Cet ethnonyme n'a jamais été utilisé par les Rroms pour se désigner eux-mêmes. En France, le terme Gitan a longtemps été associé à la persécution dont ils ont fait l'objet, et a acquis une connotation péjorative. Ils furent donc appelés « Égyptiens » en France (pour exemple, Zerbinette, « crue égyptienne, et reconnue fille d'Argante, et amante de Léandre » dans Les Fourberies de Scapin).
-Manouches, proche de manushiam qui en hindi signifie gens.
-Roms, qui en hindi qui signifie homme.
-Romanichels, dérivation de Romani çel en romani (en gros, groupe d'hommes).
-Gypsies en anglais rappelle une ancienne légende selon laquelle ils sont venus d'Égypte (cf. Diaspora). Les Anglais choisirent Gypsies d'après le grec Γύφτοι (Gyftoi, peut-être dérivé de Αιγύπτιοι / Aigyptoi).
-Tziganes, du grec Αθίγγανος (« intouchable »). Cette dénomination a donné Zigeuner en allemand, Cigány en hongrois, Zingaro en italien, etc. Le français connaît deux graphies du mot : Tsigane. Les Tsiganes préfèrent le S au Z, d'une part, parce que ce dernier évoque trop douloureusement le Z (pour Zigeuner) tatoué par les SS dans les camps de concentrations, ensuite, parce qu'il ne correspond pas à la prononciation du mot. Pourtant, l'usage du Z est plus courant en français, et recommandé par l'Académie française.
-On appelait, autrefois, certains groupes tsiganes Bohémiens, ou Boumians. Le roi de Bohême leur avait, en effet, accordé un passeport qu'ils montraient en Europe. Les tsiganologues divisent actuellement l'ensemble rrom en trois groupes ensembles linguistiques, correspondant à trois grands ensembles historiquement différenciés en Europe :
-les Romanichels ou Tsiganes vivent principalement en Europe de l'Est ; ils sont également présents en Europe occidentale (depuis la fin du ), au Proche-Orient, en Amérique et en Australie;
-les Sintis ou Manouches vivent en France, en Italie, au Benelux et en Allemagne;
-les Gitans vivent dans le sud de la France, en Espagne et au Portugal. Il n'y a pas rapport entre les noms des Rroms ou le nom de leur langue, la rromani, avec la ville de Rome (Roma en latin, italien et roumain), l'Empire romain, la Roumanie, les Romains, les Roumains ou leurs langues. La plupart des linguistes font remonter l'étymologie de ce terme à Rroms ("personne", "homme") ou à leurs noms en Inde: Rabaris ou Doms, noms qui se seraient étendus à tous les migrants indiens. Gitane avec tambour basque(œuvre de William Bouguereau - ) Les Rroms sont connus sous différents ethnonymes :
- albanais : Cigan, Maxhup, Gabel, Arixhi, Jevg
- anglais : Gypsies
- arabe : Ghajar ou Nawar
- arménien : Gnchou
- bosniaque et croate : Romi ou Cigani
- breton : Jipsian
- bulgare : Цигани (Tsigani)
- catalan : Gitano
- chinois : 罗姆人 luōmǔrén (transcription récente)
- coréen : 로마인 roma-in (transcription récente)
- danois : Sigøjner
- espagnol : Gitano, Calé
- finnois : Mustalaiset (singulier : mustalainen) ou Romani
- flamand et allemand : Zigeuner
- français : Gitans, Tsiganes, Tziganes, Manouches, Romanichels, Bohémiens, Sintis, Gens du Voyage, Romano, Gitous, Babanes, Forains.
- gallois ils sont connus comme "Sipsiwn" qui vient de l'anglais "Gypsy"
- grec : Τσιγγάνοι (Tsiggáni), Γύφτοι (Yífti, péjoratif)
- hébreu : צוענים (Tso-a-nim) (pl.) ou צועני (Tso-a-ni) (sing.)
- hongrois : Cigány, Gábary.
- italien : Zingari
- japonais : ロマ roma (transcription récente)
- Kabyle : Ijwaṭiyen
- kurde : Asix (Asidjis, qui rappelle Atsiganoi)
- letton : Čigāni
- lithuanien : Čigonai
- macédonien : Роми (Romi) ou Цигани (Tsigani)
- norvégien : Sigøyner
- persan, farsi : کولی (Kowli)
- polonais : Cyganie
- portugais : Cigano
- roumain : Rromi (officiel) ou Ţigani (parfois péjoratif)
- russe : Цыгане (Tsyganye)
- serbe : Роми (Romi) ou Цигани (Tsigani)
- slovaque : Cigáni
- suédois : Zigenare
- tchèque : Cikáni
- turc : Çingene, 'Çiganlar
- ukrainien : Цигани (Tsygany) ou Роми (Romy)
- yiddish : ציגײַנער ‬(Tsigayner, ou Tsiganer) ---
- Inde : Lom-banis, Lom-badis, ou Rabaris
- Iran : کولی (Kowli) Les auteurs de cet article s'accordent pour écrire Rrom avec deux "r" plutôt qu'un, pour le nom du peuple et celui de la langue, les deux phonèmes étant distincts dans certains parlers (r)romani. Quelques Rroms disent que c'est une prononciation inexacte, jamais adoptée par les Rroms, et rejetée par le dernier congrès Rrom, qui a défini l'alphabet rromani pour la rromani. D'autres se rangent à la double écriture du "r" comme étant au moins neutre : revendiquée par les militants du mouvement de reconnaissance du "peuple rrom" dans les pays d'Europe orientale, et particulièrement en Roumanie, cette orthographe évite la confusion entre "Rromani" (la langue des Rroms) et "Români" (Roumains, en roumain). Beaucoup de Rroms se désignent par un nom générique, rrom (qui signifie "homme", par opposition à gajo, pl. gajé : étranger).

Langue

L'analyse de la langue rromani a montré qu'elle est apparentée aux langues parlées au Pakistan et dans le nord-ouest de l'Inde, comme au Sind, au Pothohar et au Panjâb. Des études plus récentes situent le berceau de la rromani dans la moyenne vallée du Gange dans le nord est de l'Inde. Les emprunts linguistiques de la rromani rendent possible le suivi de leur migration vers l'Ouest. Quelques Rroms ont développé des sabirs tels que:
- Ibéro-rromani (
Caló), qui utilise le vocabulaire rromano et la grammaire espagnole. Il est la source de nombreux mots en argot espagnol.
- Lomavren ou Lovari, ou arméno-rromani
- Anglorromani ou anglo-rromani ou "cant"
- Ellino-rromani ou gréco-rromani
- Nomad Norsk ou norvégo-rromani
- Srpskorromani ou serbo-rromani
- Boyash, un dialecte roumain avec des emprunts au hongrois et à la rromani
- Tavringer rromani ou suédo-rromani

Histoire

Origines

Les études linguistiques établissent, dès la fin du , les origines indiennes des Rroms, hypothèse recoupée par un récit historico-légendaire datant du milieu du , la Chronique persane de Hamza d’Ispahan, qui fut reproduite et embellie au par le poète Ferdowsi . Selon cette chronique, plusieurs milliers de Zott, Djâts, Rom ou Dom (hommes) partirent du Sind actuel, et peut-être de la rivière Sindhu vers l'an 900 selon les ordres du roi. Ils devaient rejoindre le roi de Perse, soucieux de divertir ses sujets grâce à leur culture musicale . De là, ils se divisèrent et s'éparpillèrent autour du monde. Longtemps installés en Perse, ces Roms, déjà décrits comme refusant de vivre d’agriculture, finissent par se séparer en deux groupes migratoires : les uns vers le sud-ouest et l’Égypte, les autres vers le Nord-ouest et l’Europe. Les Rroms pourraient donc avoir quitté l'Inde autour de 1000 ap. J.-C., et avoir traversé ce qui est maintenant l'Afghanistan, l'Iran, l'Arménie, une grande partie du Caucase et la Turquie. Des populations Rroms reconnues par d'autres Rroms comme tels vivent encore en Iran, y compris ceux qui ont migré vers l'Europe, et qui y sont repartis. Au , les Rroms vassaux des Tatars atteignent les Balkans, et au , l'Écosse et la Suède. Quelques Rroms migrent vers le sud. En 1425 ils traversent les Pyrénées et pénètrent en Espagne. Certains auteurs estiment que les Roms n'ont jamais transité par l'Afrique du Nord, comme d'autres le pensent. Toujours est-il que des preuves indiscutables manquent. Certains auteurs apparentent les Rroms à des peuples vivant aujourd'hui en Inde, apparemment originaires de l'État désertique du Rajasthan. En fait aucune parenté linguistique n'a été jusqu'à présent démontrée entre les nomades Banjara ou Lamani de l'Inde et les Rroms.. Quoi qu'il en soit, contrairement aux savants et intellectuels, d'origine rrom ou non, les intéressés n'attachent aucune importance à cette "origine indienne", quand ils ne la nient pas. Depuis de nombreuses générations les Rroms sont en réalité très massivement sédentaires, à l'exception de quelques groupes minoritaires Sintis vivant essentiellement en Europe occidentale. Ce sont ces derniers qui ont servi, depuis la fin du , de « modèle incontournable » aux érudits essentiellement anglais, allemands et français qui ne pouvaient, à l'époque, concevoir un autre scénario que celui du nomadisme originel et ont cherché, en vain, parmi les nomades de l'Inde les cousins des Rroms d'Europe. des Banjaras, restés en Inde.

Migration de l'Inde à l'Europe

Voir l'article : Migration des Rroms de l'Inde à L'Europe La migration de ces nombreux Indiens vers l'Europe à partir de l'an 1000 semble être liée aux déplacements vers l'ouest des Mongols des Turcs. En Perse et en Anatolie, les Rrôms apparaissent en même temps que les Ghaznévides de 998 à 1030 et que les Seldjoukides en 1071. En Russie et Europe orientale, leur arrivée est liée à celle des Tatars à partir de 1223. Les Rrôms étaient traditionnellement les vassaux de ces peuples: ils élevaient leurs chevaux, défrichaient les forêts, construisaient les chariots, fabriquaient des chaudrons et des armes, reconnaissaient les gués et les territoires.

Diaspora

La raison de la diaspora des Rroms est l'un des grands mystères de l'histoire. Il a été proposé par certains que les Rroms étaient à l'origine une basse caste de l'Indus recrutée comme une armée de mercenaires, à laquelle il a été garanti l'état de caste guerrière, laquelle fut envoyée vers l'ouest pour résister à l'expansion militaire musulmane . Une autre théorie serait qu'ils étaient des captifs pris comme esclaves par les conquérants musulmans du nord de l'Inde, et qu'ils devinrent une communauté distincte dans leurs pays de captivité . Il est rapporté que Mahmud de Ghazni fit un demi-million de prisonniers pendant l'invasion turco-perse du Sindh et du Punjab en Inde . Pourquoi, alors, les Rromane ne sont-ils pas revenus en Inde, au lieu de poursuivre jusqu'en Europe ? Ceci reste une énigme, mais d'aucuns estiment que leur maintien sur place pourrait être lié au service militaire sous les Musulmans . Plus vraisemblablement, le rejet dont ils étaient l'objet en tant qu'artisans de métiers considérés dans l'hindouisme comme impurs ne leur donnait aucune raison de préférer l'Inde au monde musulman ou chrétien. Les rrôms ont probablement quitté l'Inde, tout simplement en quête d'opportunités, et ont cherché sur leur route des protecteurs (d'abord turcophones migrateurs, ensuite abbayes, medersas et seigneurs). La Grèce en accueille un grand nombre dès le début du , sous le nom d
'Atsinganos (Ατσίγγανος, qui a donné Tsigane, Zigeuner, Zingari, Ciganos, etc.), en particulier en «Petite Égypte», la région la plus fertile du Péloponnèse, traversée par les pèlerins occidentaux se rendant en Terre Sainte. Ces voyageurs les appellent alors Égyptiens (Egitanos, Gitanos, Gitans, Egypsies, Gypsies). Mais les guerres incessantes entre Byzantins et Ottomans les poussent sur les routes d’Europe, et au , la diaspora commence à être visible partout. En 1427, la centaine de Tsiganes qui arrive aux portes de Paris fait sensation, et leurs talents d'amuseurs les rendent vite populaires. Les groupes de «Voyageurs» se présentent souvent comme des pèlerins, se donnent des titres prestigieux comme comte ou duc d’Égypte , mangent à la table de grands seigneurs ou sont nourris par les communes en échange de leurs diverses prestations (musiciens, mais aussi vanniers, maquignons, dresseurs etc.). Ils obtiennent des lettres de protection de monarques, comme les «Bohémiens», un groupe entré en France avec une lettre de protection du roi de Bohême, et recherchent la protection du Pape . Valachie annonçant une vente aux enchères d'esclaves rroms par un monastère en 1852 En 1865, en Roumanie, le prince humaniste Alexandre Ioan Cuza sécularise les immenses domaines ecclésiastiques et délie les Rrôms de leurs liens envers les monastères et les seigneurs. Officiellement, cet acte part d'une bonne intention : ils s'agit de mettre fin à l'esclavage. Mais en pratique, cela laisse les Rromane sans protection face aux agriculteurs sédentaires qui réclament une réforme agraire, et les oblige à reprendre le nomadisme, alors qu'ils s'étaient sédentarisés en majorité autour des domaines seigneuriaux (konaks) et abbatiaux. Il faudra attendre 1923 pour que des lois leur donnent des droits égaux aux sédentaires et les protègent contre les discriminations . L'immigration rrome aux États-Unis commence avec la colonisation, avec de petits groupes en Virginie et en Louisiane. L'immigration à plus grande échelle commence dans les années 1860, avec des groupes de Romanichels ou assimilés (à tord — ainsi : les Pavees) du Royaume-Uni. Le plus grand nombre d'immigrants arrive au début des années 1900, principalement du groupe Kalderash valaque. Les deux groupes ne s'associent guère. Un grand nombre atterrit également en Amérique latine.

Le

Au , les grandes vagues de migration cessèrent au moment de la Première Guerre mondiale. C’est, paradoxalement, la première moitié du , époque de libéralisation dans toute l’Europe, qui fut la plus dure pour les "gens du voyage". En France, une loi sur «l’exercice des professions ambulantes et la circulation des nomades» les oblige, en 1912, à se munir d’un «carnet anthropométrique d’identité» qui doit être tamponné à chaque déplacement. En Allemagne, le Parti national-socialiste renforce, dès son arrivée au pouvoir, une législation déjà assez dure ; bien qu’Indo-européens, les Zigeuner ne sont pas considérés comme des Aryens mais, au contraire, comme un mélange de races inférieures ou, au mieux, comme des asociaux. Ils sont vite parqués dans des réserves (on envisage d’en classer une tribu comme échantillon, mais le projet est abandonné), puis envoyés en Pologne, et enfin internés dans des camps de concentration sur ordre d’Himmler, puis éliminés dans des camps d'extermination. Mère Gitane et son enfant, Hongrie, 1917 Pendant la Seconde Guerre mondiale, entre 50 000 et 220 000 Tziganes d'Europe sont morts des suites des persécutions nazies Denis Peschanski, La France des camps, l'internement 1938-46, Gallimard, 2002, p. 379. Le terme tsigane le plus courant pour désigner ce génocide est Porrajmos, qui signifie littéralement «dévoration». Les Tziganes ont aussi participé à la résistance armée en France, en Yougoslavie, en Roumanie, en Pologne et en URSS. La France n’attend pas l’occupation allemande pour interner ses propres populations nomades, «par mesure de sécurité nationale». Les décrets d’avril 1940 les obligent à se fixer dans une commune, et on parle de camps de concentration en toutes lettres dans les circulaires destinées aux préfets. L’invasion, qui jette des milliers de personnes sur les routes, brouille les cartes momentanément. Mais, dès que la situation se normalise, les internements par les autorités françaises reprennent. Les autorités allemandes se contentent de confirmer les décrets d’avril et sont même moins sévères ; selon Peschanski, 3 000 Tsiganes ont été internés entre 1940 et 1946. Il n’y aura que peu de déportations vers l’Allemagne. Les derniers internés au camp de Jargeau ne le quitteront qu’en décembre 1945, alors que les déportés survivants sont rentrés d’Allemagne depuis le printemps. D'autres massacres ont pris une forme particulièrement cruelle dans cette période de chaos : ainsi, en Roumanie, le régime d'Antonescu déporte plus de 5000 Rrôms vers l'Ukraine occupée par les Roumains ("Transnistrie"): la plupart meurent de froid, de faim et de dysenterie. Quelques habitants courageux parviennent à protéger certains groupes. Le gouvernement roumain a officiellement reconnu ce génocide (en même temps que la Shoah) en 2005. Le génocide a violemment marqué les consciences et, s’il faut attendre 1969 pour qu’une loi plus libérale remplace en France la loi de 1912, cela se fait sans opposition, ceux qui sont peu favorables aux Tsiganes craignant d'être assimilés aux promoteurs du racisme sous l'occupation allemande. Pourtant, ce n’est qu’en 1988 que la France accepte de se souvenir de la politique conduite par l'État Français à l’égard des nomades entre 1939 et 1945, et dresse une stèle commémorative sur l’un des sites d’internement. Sans que cela ne réveille la conscience du public, ignorant souvent que les Juifs n'ont pas été les seules victimes de la folie raciste ("asociaux", handicapés, Slaves etc.) et totalement indifférent aux famines organisées par les Soviétiques en Ukraine (notamment en 1932, avec 7, 5 millions de morts), et aussi peu enclin à s'émouvoir des nettoyages ethniques contemporains. La reconnaissance de toutes ces victimes est loin d'être acquise. Les dernières décennies sont marquées par une conversion massive de la communauté au protestantisme évangélique. En France, 100 000 adultes au moins rejoignent l'association cultuelle Vie et Lumière fondée en 1953 et membre de la Fédération protestante de France.

La société rromani

Population

Mère Gitane et son enfant en Italie Des estimations laissent à penser qu'il y a approximativement 8 à 10 millions de Rroms dans le monde . Entre 7 et 10 millions vivent en Europe. Les plus grandes concentrations de Rroms se trouvent dans les Balkans, en Europe Centrale et de l'Est, aux États-Unis, et en Amérique du Sud. De plus petits groupes vivent dans l'ouest et le nord de l'Europe, au Moyen-Orient, et en Afrique du Nord. Les pays où les populations rrom dépassent le demi-million sont la Roumanie, la Bulgarie (un point qui a agité certains esprits avant l'intégration de ces pays dans la Communauté européenne), les pays de l'ex-Yougoslavie, l'Espagne, les États-Unis, le Brésil et l'Argentine. Les Rroms sont nombreux aussi en Pologne, en République tchèque, en Allemagne, en Turquie et en Slovaquie. Les Rromane reconnaissent des divisions entre eux avec des notions de territorialité, de différences de traditions et de dialectes. Chacune de ces divisions principales a été divisée en sous-groupes, différenciés par leur occupation, leur métier ou leur origine territoriale, ou tous ces critères à la fois. Parmi ces groupes, on trouve les Machvaya (Machwaya), les Lovaris, les Sintis, les Boyash, les Ludars, les Luris, les Xoraxai ou Korakai, les Bashaldés, et les Romungro. Ces communautés ou groupes n'ont pas forcément de signification ethnique (la plupart du temps il s'agit de simples surnoms liés à des activités) :
- les Kokkalares (du grec Kokkala = ossements), jadis fossoyeurs et terrassiers des Balkans et d'Europe orientale ;
- les Kalderash (du roumain Cäldare = chaudron), jadis forgerons des Balkans et d'Europe centrale, aujourd'hui également présents aux États-Unis, et qui sont les plus nombreux) ;
- les Roudars (en roumain Rudari), exerçant souvent des métiers du bois en Europe centrale, aujourd'hui également présents au Brésil ;
- les Rotars (du roumain Rotari = roues), jedis charriers des Balkans et d'Europe centrale, aujourd'hui présents aux États-Unis, exerçant les métiers de la route et de la mécanique) ;
- les Oursars (du roumain Ursari = montreurs d'ours), initialement saltimbanques et prestidigitateurs des Balkans, de Turquie, d'Europe centrale et d'Europe orientale, ultérieurement devenus chiffonniers, ferrailleurs, parfois voleurs (mais cette frange a été beaucoup exagérée, car en réalité il n'y a pas plus de délinquants parmi les rroms que parmi les non-rroms de niveau socio-économique égal), mais plus souvent manchards (professionnels de la mendicité), aujourd'hui présents aux États-Unis où certains sont spécialistes du bonneteau ;
- les Léoutars (du roumain Läuta = mandoline), musiciens très appréciés dans les Balkans et en Europe centrale, qui apparaissent dans les films d'Emir Kusturica et de Tony Gatlif, et se répandent à présent dans toute l'Europe ;
- les Gabors (du hongrois Gàbar = maquignon), jadis éleveurs de chevaaux, aujourd'hui mécaniciens et routiers en Europe centrale,
- les Gitans (appelés aussi Kalé (
Noirs), principalement dans la péninsule Ibérique, l'Afrique du Nord, et le sud de la France; réputés pour leurs spectacles de divertissement, mais vivant principalement des métiers du commerce et du recyclage ;
- les Manouches (connus aussi comme Sinti ou Sinƫi), principalement en Alsace et dans d'autres régions de France et d'Allemagne; dont le métier est, parfois, le spectacle ambulant, plus souvent la ferronnerie et la casse automobile ;
- les Romanichels (principalement en Grande-Bretagne et en Amérique du Nord), eux aussi spécialisés dans les métiers de la route et des métaux ;
- Les Domars dans les pays Arabes notamment l'Egypte, principalement éboueurs et chiffonniers. En réalité ces surnoms, aujourd'hui, ne définissent plus grand-chose, et ont rarement à voir avec l'activité actuelle des personnes qui se rattachent (encore) à ces groupes. En 1971, le congrès des associations et mouvements militants rroms adopta un drapeau comme symbole du peuple Rrom. Sur un fond vert (qui symbolise la Terre fertile) et bleu intense (le Ciel, la liberté), est posé le Chakra (roue solaire à vingt-quatre rayons, symbole de la route et de la liberté), du rouge de l'empereur Ashoka ou Ashok.

Génétique

Jeunes gitans(œuvre de William Bouguereau - ) La distribution de leur groupe sanguin ABO est cohérente avec celle des castes guerrières du nord de l'Inde. En fait, une étude récemment publiée dans le magazine Nature suggère que les Rroms sont apparentés aux Cingalais du Sri-Lanka, eux aussi originaires de l'Inde du nord. Des études sur la génétique des Rroms balkaniques suggèrent que près de 50% des chromosomes Y et de l'ADN mitochondrial observés appartiennent respectivement à l'haplogroupe homme H et à l'haplogroupe femme M; tous les deux sont largement répandus en Asie du Sud et Asie Centrale. En résumé, les hommes correspondent majoritairement aux haplogroupes H (50%), I (22%) et J2 (14%), Rlb (7%) ; les femmes en H (35%), M (26%), U3 (10%), X (7%), et autres (20%). Les haplogroupes homme H et femme M sont rares dans les populations non-rroms, le reste se trouve en Europe. Les haplogroupes féminins U2i et U7 sont pratiquement absents chez les femmes rroms, mais sont présents en Asie du Sud (environ 11%-35%). Et on peut dire qu'environ la moitié du patrimoine génétique rrom est semblable à ceux des populations européennes environnantes. Mais les hommes sinti d'Asie Centrale sont H (20%), J2 (20%) et une fréquence élevée de R2 (50%) qui se trouve en Inde, fréquemment au Bengale occidental et parmi les Cingalais du Sri Lanka. Le marqueur M217, qui est présent chez 1, 6% des hommes rroms, se trouve aussi au Bengale occidental (Kivisild (2003) et al). Les haplogroupes L qui se trouvent chez 10% des hommes indiens et pakistanais du nord-ouest sont absents chez les Rroms ? (Gresham et son équipe ne semblent pas tester l'haplogroupe L), aussi originaires du Bengale occidental et chez les Sinti de l'Asie centrale. (Kivisild (2003) et al). D'après la base de données Yhrd, on voit que quelques populations rroms (en Europe) ont de grands pourcentages d'halogroupe male R1A1. Yhrd donne aussi peu de correspondance avec la population indo-pakistanaise, mais il y a un grand nombre de correspondance sur l'haplogroupe H chez les indo-paskistanais de Londres, un groupe qui a émigré du Bengale et de l'Inde du sud.Source: Origins and Divergence of the Roma (Gypsies), David Gresham, Bharti Morar, Peter A. Underhill, et al, Am J Hum (2001) ; The Eurasian Heartland : A continental perspective on Y-chromosome diversity, Wells et al. :
Voir aussi : migration indo-aryenne Les recherches en génétique de ont montré que le groupe originel est apparu en Inde il y a quelques 32-40 générations (soit probablement 800 a 1000 ans), et qu'il était petit, moins de 1 000 individus.

Méfiance et persécutions

Du fait de leur style de vie nomade et de leurs réticences ou la résistance qui est opposée à leur «intégration», il y a toujours eu une grande méfiance mutuelle entre les Rroms et leurs voisins Gadgés. On les disait (et dit encore) traditionnellement vagabonds, voleurs, incapables d'un travail sédentaire, ils furent et sont toujours l'objet de constantes persécutions, sous des formes plus ou moins visibles. Cette croyance pourrait avoir donné à anglais l'expression gyp someone into something pour signifier que l'on gruge quelqu'un, encore que cette origine supposée soit contestée par l'ensemble des étymologistes. Le nom en allemand des Rroms, Zigeuner est parfois abusivement assimilé à Ziehende Gauner (voleurs voyageurs). Les Rroms n'ayant parfois d'autre choix que d'accepter parmi eux des marginaux font alors l'objet d'amalgames, comme c'est le cas de toutes les minorités. C'est à partir du que l’état de grâce entre les tribus nomades et les populations se renverse : les villes leur ferment les portes, lassées de les "entretenir", selon la mentalité d'alors, qui perdure. Des conflits éclatent dans les villages, les campagnes leur sont hostiles à cause de leur tendance à vivre des ressources locales, au lieu de se plier aux travaux des champs. Leur étrangeté fait peur, et on les accuse de tous les maux : maraude, vol de poules, de chevaux, et même d’enfants. Ils deviennent indésirables et tombent, dès la fin du , sous le coup de décrets qui vont de l’expulsion pure et simple à l’exigence de sédentarisation : ce ne sont pas les Tziganes qui sont visés, mais les nomades. Les récalcitrants sont emprisonnés, mutilés, envoyés aux galères ou dans les colonies, et même exécutés. La récurrence de ces mesures montre leur manque d’efficacité, sauf aux Pays-Bas, qui parviennent à tous les expulser au milieu du . Mais de tels constats peuvent être établis à propos de tous les nomades du monde, sans exception, y compris les communautés auto-suffisantes et isolées (Amazonie, Asie du Sud-Est, Sahara, etc.), et les politiques de rétorsion ou d'assimilation forcée les ont visés probablement depuis l'opposition entre agriculteurs ou éleveurs sédentaires et les nomades. Les seigneurs et les abbayes d'Europe les ont accueillis et protégés sur leurs terres, contre la volonté des paysans sédentaires, puisque leurs talents d'artisans, de musiciens et de danseurs étaient très prisés. Cette dépendance féodale fut l'esclavage des Rrôms. Monastères et seigneurs pouvaient les vendre ou les acheter; eux-mêmes pouvaient racheter leur liberté ou, au contraire, se vendre. Pour montrer leur solvabilité, les Rrôms, même esclaves, portaient sur eux leur or sous forme de chaînes, de bracelets, de colliers ou de dents en or. En Roumanie par exemple, ce statut dura de 1370 (fin des invasions des Tatars, protecteurs antérieurs des Rrôms) à 1856 (réformes du Prince Cuza). Vers la fin du et tout au long du , l’Europe éclairée alterne coercition et recherche de solutions «humaines» pour les sédentariser, d’autant que les Rrôms retrouvent avec la Révolution et le mouvement romantique une image plus positive empreinte de liberté. En Hongrie, on leur donne des terres et des bêtes, qu’ils revendent aussitôt à leurs voisins pour reprendre la route. L’échec de la plupart de ces politiques n’est pourtant pas une règle absolue, et une partie de la population nomade se sédentarise. Au Siècle des Lumières, l'Espagne a essayé brièvement d'éliminer le statut de marginal des Rroms en tentant d'interdire l'emploi du mot gitano, et d'assimiler les Rroms dans la population en les forçant à abandonner leur langue et leur style de vie — et effort fut évidemment vain. Plus récemment, le pouvoir mauritanien, nigérien et malien ont engagé des politiques semblables à l'encontre de groupes Touaregs, des toubous avec le même résultat, et surtout des rebellions armées dans les deux derniers pays. En Amérique du Nord, les Espagnols, puis les Américains, ont toujours préféré les Pueblos aux «bandes» (nomades), évidemment taxées de pillage. Ce problème est universel. La persécution des Rroms atteint son apogée pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque l'Allemagne nazie extermine un grand nombre de Rroms. Comme les Juifs, les Rroms sont condamnés à la destruction, sont forcés à travailler, sont emprisonnés dans des camps de concentration, ou simplement sont tués à vue. On pense que 220 000 Rroms furent assassinés. Voir Porajmos Beaucoup de Rroms continuent à vivre selon leur mode de vie nomade, en voyageant en roulottes ou en caravanes, mais souvent en Europe orientale, ils vivent en communautés marginales au taux de chômage élevé. Quelquefois (par exemple chez les Cäldärasi de Roumanie, qui travaillent traditionnellement le cuivre), ils ont prospéré. À ce jour, il y a encore des heurts entre les Rroms et la population sédentaire environnante. La terre arable a souvent été un enjeu dans ces conflits, dont les Rrôms furent les "pions". Au Royaume-Uni, les travellers (voyageurs, en référence à la fois aux Irish Travellers et aux Rroms) sont devenus en 2005 un enjeu électoral, quand le chef du Parti conservateur promit de réviser l'Acte des droits de l'Homme de 1998. Cette loi, qui englobe la Convention européenne sur les droits de l'Homme dans la législation du Royaume-Uni, est considérée par beaucoup comme permettant de garantir le droit rétrospectif de planification. Les pressions importantes de la population avaient conduit les travellers à acheter des terres, et à s'établir en contournant ainsi les restrictions de planification imposées sur les autres membres locaux de la communauté. En Roumanie et Bulgarie dans les années 1990-2000, lorsque les paysans ont réclamé la restitution de leurs terres aux ex-communistes (anciens directeurs de kolkhozes devenus entrepreneurs de l'agro-alimentaire), ces derniers ont placé des ouvriers agricoles, souvent Rrôms, sur ces terres, pour ne pas les rendre (la loi protégeant les cultivateurs occupant le terroir, contre les revendications de propriétaires antérieurs). Ils ont même offert à ces Rrôms de quoi construire des maisons (selon la loi de l'époque, une construction rendait la parcelle définitivement incessible). Exaspérés, les paysans ont, ici ou là, expulsé les Rrôms manu militari et brûlé leurs maisons. Avec l'entrée de ces pays dans l'Union européenne, un système de compensations équitable devrait pouvoir mettre fin à ces conflits.

Situation dans les pays de l’Est

La Bohémienne(œuvre de William Bouguereau - ) Beaucoup de pays qui faisaient partie du bloc communiste et de l'ancienne Yougoslavie ont de nombreuses populations de Rroms. Le niveau d'intégration des Rroms dans la société est variable, et certainement plus important que les statistiques ne peuvent l'exprimer, car lorsqu'un Rrom est intégré, il cesse d'être comptabilisé comme Rrôm. Par exemple, les statistiques roumaines ne reconnaissent qu'un demi-million de Rrôms, alors qu'eux-mêmes estiment leur nombre entre 2 et 4 millions. C'est pourquoi l'image que l’Occident a de ces Rrôms est assez misérabiliste: l’Occident est persuadé que dans ces pays, les Rrôms restent presque tous en marge de la société, vivant dans des ghettos et entourés de haines (voir Chánov). Il est vrai que seule une petite fraction des enfants Rroms comptabilisés comme tels sortent diplômés des écoles, bien que l'école soit depuis le début du gratuit et obligatoire pour tous, et pas seulement pour les Rroms. Il est vrai aussi qu'avant l'intégration des pays de l'est, le seul moyen pour un ressortissant de ces pays d'obtenir un asile territorial en Union européenne, était de se dire Rrôm et persécuté en tant que tel. Il est vrai enfin, que les Rrôms intégrés n'attirent pas l'attention des forces de l'ordre, des ONG et des médias sur eux. Cela fausse l'image de cette communauté, dont la majorité, non-comptabilisée comme "rrôme", est intégrée sans problèmes particuliers. La réalité est loin de l'image de "S.D.F.", de "voleur de poules" ou de "population miséreuse" que trop de "non-Rrôms" véhiculent encore, comme dans l'exemple du The Guardian du 8 janvier 2003 : « En République tchèque, 75% des enfants Rroms suivent des cours dans des écoles pour enfants en difficulté, et le taux de chômage des Rrôms est de 70% (en comparaison avec le taux de chômage national de 9%). En Hongrie, 44% des enfants Rroms se trouvent dans des écoles spéciales, et le taux de chômage est de 74% pour les hommes et de 83% pour les femmes Rroms. En Slovaquie, les enfants Rroms sont 28 fois plus envoyés dans des écoles spéciales que les non-Rroms; le taux de chômage chez les Rroms atteint 85%. »Source : Dans certains pays où la couverture sociale est solide, la dépendance des populations marginalisées vis-à-vis des systèmes de sécurité sociale fait partie du problème. Pour quelques familles Rroms, il vaut mieux vivre avec les allocations plutôt qu'avoir un salaire dérisoire. Alors viennent les problèmes de colère contre les Rroms, des conditions facilitant les délits, et l'extrême sensibilité aux changements de sécurité sociale. Un bon exemple de cette dernière est la Slovaquie, où la réduction des allocations (qui ne sont dues qu'à partir du troisième enfant) ont conduit à des désordres civils dans quelques villages rroms. En juin 2004, Lívia Járóka devint le premier membre Rrom slovaque du parlement européen (il avait été précédé d'un seul auparavant), élu sur la liste de droite du Parti hongrois Fidesz, et suivit l'accession du pays à l'Union européenne. Le premier représentant Rrom était Juan de Dios Ramirez-Heredia, d'Espagne. Comme les autres groupes ethniques, les Rroms font face à la rigidité des systèmes économiques et sociaux en Europe, qui les empêchent de s'intégrer. La Grande-Bretagne, qui est vue comme l'une des économies les plus libres sur le marché, a reçu beaucoup de Rroms d'Europe de l'Est, probablement pour cette raison. Sept États de l'ancien bloc communiste ont lancé l'initiative Décennie de l'intégration des Rroms en 2005, pour améliorer les conditions socio-économiques et le statut de la minorité rrom.

Traditions

Garçon Rrom "Oursare" ("montreur d'ours") Dans certaines familles, un chef, pour porter le titre de Rrom, doit suivre la loi du groupe: pour qu'il soit chef il doit avoir toute la reconnaissance du groupe, et faire partie de la Krishtarie, groupe privilégié dans lequel il doit être initié. Un chef rrôm porte volontiers des titres royaux ou impériaux auto-décernés, même si son autorité n'est reconnue que par quelques milliers de personnes; il se doit de construire un château (comme ces palais à clochetons argentés ou dorés que l'on voit dans beaucoup de villages roumains) pour recevoir ses "sujets" lors des fêtes familiales. En effet, les Rroms traditionnels font de la famille étendue une valeur de la plus haute importance. La virginité est essentielle chez les femmes non mariées. Les hommes et les femmes se marient jeunes. Il y a eu des controverses dans plusieurs pays au sujet de mariages entre enfants en dessous de l'âge de consentement. En 2003, l'un des nombreux "rois" pittoresques d'une famille rrom, Ilie Tortică, a banni ceux de ses sujets qui donnaient leurs enfants en mariage trop tôt. Certains virent cette décision comme allant à l'encontre des pratiques traditionnelles rroms. Un patriarche rrom rival, Florin Cioabă, mit les autorités roumaines mal à l'aise fin 2003, lorsqu'il décida de marier sa plus jeune fille de 12 ansVoir : . Chez certains Rroms, la famille du mari doit payer la dot aux parents de la future. Le comportement social de certains Rroms est réglé de manière stricte par la loi sur la pureté (
marime), encore respectée par la plupart des Rroms (sauf musulmans) et parmi les groupes Sinti par les générations plus âgées. Cette règle affecte beaucoup d'aspects de la vie courante, et est appliquée aux actions, aux individus et aux choses. Les parties du corps humains qui sont considérées comme impures sont par exemple : les organes génitaux, parce qu'ils produisent des émissions impures, et le bas du corps. Les ongles des mains et des pieds doivent être limés, parce que les couper est impur. Les vêtements du bas du corps, et les vêtements des femmes qui ont leurs règles sont lavées séparément. Les ustensiles de table sont aussi lavés dans un endroit à part. L'accouchement est considéré comme impur, et doit être accompli à l'extérieur de la résidence ; la mère est considérée aussi comme impure pendant 40 jours. La mort est impure, de la même façon que toute la famille du défunt pendant une certaine période. La personne décédée doit être enterrée, et non pas brûlée pour entrer au Paradis.

Religion

Le trident de Shiva On a suggéré que, lorqu'ils étaient encore en Inde, les Rroms étaient hindouistes, le mot rromani pour "croix", trushul, est le même mot que le sanscrit "
trishula" qui désigne le trident de Shiva. Mais vu le statut que l'hindouisme leur réservait, leurs pratiques, à l'arrivée en Europe, s'apparentaient davantage au chamanisme initial de leurs protecteurs Tatars et à la divination. Les Rroms ont souvent adopté la religion dominante du pays où ils se trouvaient, en gardant toutefois leur système spécial de croyances. La plupart des Rroms sont catholiques, orthodoxes ou musulmans. Ceux qui se trouvent en Europe de l'Ouest ou aux États-Unis sont soit catholiques, soit protestants. En Amérique latine, beaucoup ont gardé leur religion européenne: la plupart sont orthodoxes. En Turquie, en Égypte et dans le sud des Balkans, ils sont souvent musulmans. La religion rrom a développé un sens aigu de la moralité, des interdits, et du surnaturel, bien que ce dernier soit souvent dénigré par les religions organisées. Après la Seconde Guerre mondiale, un nombre croissant de Rroms rejoint des mouvements évangéliques, et pour la première fois, des Rroms s'engagent comme chefs religieux, en créant leurs propres églises et organisations missionnaires. Dans certains pays, la majorité des Rroms appartiennent maintenant à des Églises rroms. Ce changement imprévu à contribué grandement à l'amélioration de leur image dans la société. Le travail qu'ils font est perçu comme plus légitime, et ils ont commencé à obtenir des permis légaux pour exercer leurs activités commerciales. Des églises rroms évangéliques existent aujourd'hui dans chaque pays où les Rroms se sont installés. Le mouvement est particulièrement fort en France et en Espagne (dans ce dernier pays, il y a plus d'un millier d'églises rroms, appelées "Filadelfia", dont déjà une centaine à Madrid). En Allemagne, le groupe le plus nombreux est celui des Rroms polonais, qui ont leur église principale à Mannheim. D'autres assemblées importantes et nombreuses existent à Los Angeles, Houston, Buenos Aires et Mexico. Quelques groupes de Roumanie et du Chili ont rejoint l'Église adventiste du septième jour. Dans les Balkans, les Rroms de Macédoine et du Kosovo ont été particulièrement actifs dans les fraternités mystiques soufies. Les immigrants rroms musulmans vers l'Europe de l'Ouest et vers les États-Unis ont apporté ces traditions avec eux.

Croyances et connotations prophétiques

Une fille rrôme pratique "la manche" aux portes d'une église italienne Même lorsque les Tsiganes rejoignent au fil des siècles telle ou telle religion, ils n'oublient par leurs origines. Celles-ci remontent très loin dans le passé et la mythologie (voir ci-dessous), et ce qui est parfois devenu ailleurs folklore ou superstition demeure souvent chez eux une croyance véritable. La principale, fréquente chez les peuples ayant souffert de rejets et de déportations, est l'espérance d'être un jour tous réunis. Cette espérance prend, dans les croyances, un tour prophétique : au rassemblement ultime sur un lieu d'origine mythique est associée la fin du monde actuel, d'où doit ressortir un monde meilleur.

Culture Rrom

Fêtes

- Pèlerinage vers les Saintes-Maries-de-la-Mer en Camargue.
- Rassemblements de l'association Vie et Lumière, à Damblain et en Haute-Saône
- Ederlezi

Musique

Cinématographie

- La plupart des films d'Emir Kusturica, dont Le Temps des Gitans et Chat noir, chat blanc.
- Latcho Drom, Gadjo Dilo et Vengo de Tony Gatlif forment un parcours musical à travers l'Europe des Rroms.
- La "trilogie flamenca" de Carlos Saura (excepté Noces de sang qui met en scène des paysans andalous), qui comporte les films Noces de sang, Carmen et L'Amour sorcier.
-
Montoyas y Tarantos de Vicente Escrivá.
-Luna Papa, de Bakhtiar Khudojnazarov
-Gypsy Caravan, de Jasmine Dellal (2007)

Littérature

Auteurs rroms

- Rajko Djuric (1947-) :
- Sans maisons, sans tombe - Bi kheresqo bi limoresqo (recueil de poèmes), Paris, L'Harmattan, s.d.
- Les rêves de Jésus Christ, Montpellier, N&B, 1996
- Malheur à qui survivra au récit de notre mort, Buzet-sur-Tarn, N&B, 2003
- Mateo Maximoff (1917-1999) :
- La septième fille, Romainville, l'auteur, 1982
- La poupée de Maméliga, Romainville, l'auteur, 1986)
- Les Ursitory, Romainville, l'auteur, 1988
- Le prix de la liberté, Port-de-Bouc, Wallada, 1996
- Jan Yoors(1922-1977)
- Tsiganes sur la route avec les Rom Lovara, Éd. Phébus libretto
- Esméralda Romanez1949 France
- "Les Chemins de l'arc-en-ciel", édition wallada
- "De coups de cœur en coups de gueule", édition Lacours à Nîmes

Représentations fictionnelles des Rroms

Certaines fictions célèbres ont contribué à modeler la représentation du monde rrom dans l'imaginaire collectif, comme Notre-Dame de Paris de Victor Hugo et Carmen de Georges Bizet. Voici quelques autres fictions notables :
-
La gitane de Miguel de Cervantes.
-
Noces de sang de Federico García Lorca.
-La lyre d'Orphée de Robertson Davies, dont les personnages principaux perpétuent dans le Canada d'aujourd'hui les traditions gitanes, comme le soin et la réparation des instruments de musique.
-
Mulengro, roman de l'auteur canadien de fiction contemporaine Charles de Lint, présente un portrait du Rrom et de ses mythes culturels.
-
The Experiment, roman de Stephen (Barbara) Kyle a pour sujet une Rrom américaine qui est la sœur d'une victime de l'expérimentation nazie.
-
Fires in the Dark de Louise Doughty est un ouvrage de fiction sur une expérience rrom dans l'Europe Centrale pendant la Seconde Guerre mondiale. Parmi les œuvres de littérature populaire française contribuant à transmettre des stéréotypes sur le monde rrom, on peut citer les chansons. En effet, depuis le milieu du jusqu'à aujourd'hui, la chanson évoque souvent le thème du tzigane (homme ou femme), sous diverses nominations : gitan, manouche, bohémien, tzigane ou tsigane. Les mêmes stéréotypes que dans le roman ou l'opéra sont utilisés. Cf l'article d', ethnologue, « Bohémienne aux grands yeux noirs… Essai sur le personnage tzigane dans la chanson », in Etudes tsiganes nlle série vol. 9 (Les Tsiganes de la littérature, La littérature des Tsiganes, Patrick Williams et Evelyne Pommerat eds.), pp. 113- 128 (5 ill.) Image:HALSHS.jpg disponible en .

Spectacle

Les Rroms sont connus pour être d'excellents musiciens et danseurs. En Espagne, ils ont influencé le flamenco et ils sont devenus les protagonistes de ce genre. Dans la plupart des pays d'Europe centrale et orientale (Roumanie, Bulgarie, Serbie, Macédoine, Hongrie, République tchèque, Slovaquie…), les musiciens tziganes ont été très recherchés pour les mariages, funérailles, etc. En Roumanie on les appelle lăutari, en République tchèque et Slovaquie lavutari. En France, leurs talents d'amuseurs publics et de dresseurs de chevaux ont généré les familles du cirque célèbres comme les Bouglione ou les Zavatta.

Rroms célèbres

- Johann Trollman
- Hélios Gomez
- Django Reinhardt, musicien de jazz.
- Biréli Lagrène, musicien de jazz d'origine alsacienne.

Groupes avec des styles de vie similaires

Voir l'article : Les "Gens du voyage" en France En Europe, où le style de vie sédentaire est la norme depuis l'Antiquité, d'autres peuples nomades non originaires de l'Inde sont aussi appelés Gitans ou Tziganes par commodité. En Allemagne, en Suisse, en France et en Autriche, il existe ainsi un groupe de Tziganes blancs, appelés Jenische (en allemand), Yéniche (en français), et Yenish ou Yeniche (en anglais). Leur langue semble être identique grammaticalement aux autres dialectes suisses alémaniques, l'origine du lexique mélange en revanche l'allemand, le rromani, le yiddish et d'autres mots.Voir : En Norvège (et à un moindre degré en Suède et au Danemark) il existe un groupe qui se nomme lui-même Tatere; ils sont souvent confondus avec les Rroms. Les Tater étaient souvent employés à construire des routes et des chemins de fer en Norvège, en Suède et au Danemark, et c'est pourquoi on les confond avec les Rroms. Leur nom vient d'une croyance selon laquelle ils seraient originaires du peuple nomade tatar. Le rocker norvégien Åge Aleksandersen est un Tater. Il y a en Irlande, au Royaume-Uni et aux États-Unis un groupe appelé Irish Gypsies (Gitans irlandais) ou Irish Travellers (Voyageurs irlandais). En Écosse, on les appelle "tinkers", de l'irlandais "tinceard", qui veut dire "ferblantier" ; ce terme est devenu péjoratif, et le mot Irish Travellers est actuellement préféré, mais ils se nomment eux même "Pavees". Ils ne sont pas reliés génétiquement aux Rroms, mais leur culture nomade a été influencée par ceux-ci. Leur langue, le , est basée principalement sur un lexique gaélique et une grammaire basée sur l'anglais, avec des influences rromani. Les quinqui ou mercheros d'Espagne sont un groupe minoritaire, auparavant nomade, qui partage le style de vie des Rroms espagnols. Leur origine est incertaine, peut-être étaient-ils des paysans sans terre au . Les quinqui sont souvent restés à part des Rroms, même s'ils partageaient les mêmes persécutions. Enfin, par extension et sans abus de langage, on appelle "Gitans de la mer" (Sea Gypsies'') des populations d'Asie du Sud-Est qui vivent sur des bateaux et mènent un mode de vie nomade : Moken de Birmanie et de Thaïlande, Orang Laut d'Indonésie, de Malaisie et de Thailande, Bajau de Brunei, Indonésie, Malaisie et des Philippines. Ces peuples n'ont rien de commun avec les Roms, si ce n'est le nomadisme.Leur surnom est vraiment un abus de langage, car un point commun à tous les Rrôms (même intégrés) est leur amour de la route et leur méfiance vis-à-vis des eaux, et surtout de la mer: lorsqu'un Rrôm est obligé de s'embarquer sur un navire, ils se place généralement de manière à ne pas voir la mer et le plus possible au centre pour ne pas en ressentir les mouvements. Dans de nombreuses langues du Proche-Orient et d'Europe orientale, il existe même un dicton : « se noyer comme un Rrôm à deux doigts du rivage ». Cette aversion pour l'eau est peut-être un souvenir du temps où il fallait traverser les fleuves à gué, opération dangereuse et coûteuse en vies humaines.

Notes et références

Références

En français

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- CLEBERT Jean-Claude: Tziganes, Tchou, 1976
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Voir aussi

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