Anatole France

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Anatole France, de son nom exact François-Anatole ThibaultFrançois-Anatole Thibault est le nom précis indiqué sur son acte de baptême (voir Georges Girard, La Jeunesse d’Anatole France, p. 19, Gallimard, Paris, 1925). Anatole France n’est pas un pseudonyme, mais le nom d’usage qui lui fut donné dès le plus jeune âge et qu’il utilisa lui-même : son prénom Anatole est associé au diminutif de François
Anatole France

Anatole France, de son nom exact François-Anatole ThibaultFrançois-Anatole Thibault est le nom précis indiqué sur son acte de baptême (voir Georges Girard, La Jeunesse d’Anatole France, p. 19, Gallimard, Paris, 1925). Anatole France n’est pas un pseudonyme, mais le nom d’usage qui lui fut donné dès le plus jeune âge et qu’il utilisa lui-même : son prénom Anatole est associé au diminutif de François, France, que portait aussi son père. Anatole France est formel sur ce point : :« Sachez donc que je n’ai pas choisi un pseudonyme. Je n’ai pas proprement de pseudonyme. Le nom de France est un sobriquet plus ancien que moi » Lettre de France à Ludovic Naudeau, citée par Georges Girard, Ibid., p. 34., est un écrivain français, né le 16 avril 1844 à Paris, quai Malaquais, mort le 12 octobre 1924 à Saint-Cyr-sur-Loire. Il est considéré comme l’un des plus grands écrivains de la Troisième République dont il fut également l’un des plus importants critiques littéraires, et comme l’une des consciences les plus significatives de son temps, s’engageant en faveur de nombreuses causes sociales et politiques du début du .« Romancier de son siècle, mué malgré lui en augure statufié, et ses demeures en lieux de pèlerinage : autour de 1914, France le bien-nommé s’égale à la littérature. » Olivier Barrot, Anatole France ou l’esprit de son temps, in Anatole France au tournant du siècle, Omnibus, 2000.

Biographie

Issu d’une modeste famille paysanne de la Beauce, son père, Noël France, d’abord sous-officier légitimiste, démissionna au lendemain de la Révolution de 1830. Il tint sur le quai Malaquais, à Paris, une librairie (d’abord librairie France-Thibault, puis France) spécialisée dans les ouvrages et documents sur la Révolution française, fréquentée par de nombreux écrivains et érudits, comme les frères Goncourt. Le nom d’Anatole France lui vient ainsi de son père. C’est un diminutif de François. Élevé dans la bibliothèque paternelle, Anatole en garda le goût des livres et de l’érudition, ainsi qu’une connaissance intime de la période révolutionnaire, arrière plan de plusieurs de ses romans et nouvelles, dont Les dieux ont soif qui est considéré comme son chef d’œuvre. De 1853 à 1862, Anatole France fait ses études à l’institution Sainte-Marie et au collège Stanislas. Bien qu’il soit un élève peu doué et souffrant d’être pauvre dans un milieu riche, il est remarqué pour ses compositions, dont La Légende de sainte Radegonde qui sera éditée par la librairie France et publiée en revue. Il obtient son baccalauréat en 1864. À partir du début des années 1860, il travaille pour diverses libraires et revues, mais refuse de prendre la suite de son père, qui juge très négativement les « barbouillages » de son fils. Sa carrière littéraire commence par la poésie ; amoureux de l’actrice Élise Devoyod, il lui dédie quelques poèmes, mais elle le repoussera en 1866. Il est disciple de Leconte de lisle, avec qui il travaillera quelque temps comme bibliothécaire au Sénat. Il fait partie du groupe du Parnasse à partir de 1867. En 1876, il publie Les Noces corinthiennes chez Lemerre, éditeur pour lequel il rédige de nombreuses préfaces à des classiques (Molière par exemple) ainsi que pour Charavay ; certaines de ces préfaces seront réunies dans Le Génie Latin. La même année, il devient commis-surveillant à la Bibliothèque du Sénat. Anatole France se marie en 1877 avec Valérie Guérin de Sauville (voir famille Mesnil) dont il aura une fille, Suzanne, née en 1881 et qui mourra en 1918. Les relations de France avec les femmes furent toujours difficiles. Ainsi avait-il, dans les années 1860, nourri un amour vain pour Elisa Rauline puis pour Elise Devoyod. En 1888, il engage une liaison avec Madame Arman de Caillavet, qui tient un célèbre salon littéraire de la Troisième République ; cette liaison durera jusqu’à la mort de celle-ci en 1910, peu après une tentative de suicide suite à une autre liaison de France avec une actrice lors d’un voyage en Amérique du Sud. Madame Arman de Caillavet lui inspire Thaïs (1890) et Le Lys rouge (1894). France quitte le domicile conjugal en 1892 et enverra une lettre de séparation à sa femme. Le divorce sera prononcé à ses torts l’année suivante. Par la suite, France aura de nombreuses liaisons, comme celle avec Mme Gagey qui se suicidera en 1911. Steinlein.|150px France s’est orienté tardivement vers le roman et connaît son premier succès public à 38 ans, en 1881, avec Le Crime de Sylvestre Bonnard, couronné par l’Académie française. Cette œuvre est remarquée pour son style optimiste et parfois féerique qui tranche avec le naturalisme qui règne alors. Il devint en 1887 critique littéraire du prestigieux TempsArticles publiés chaque samedi, repris dans La Vie littéraire à partir de 1888.. Anatole France est élu à l’Académie française le 23 janvier 1896, au Fauteuil 38, où il succède à Ferdinand de Lesseps. Il y est reçu le 24 décembre 1896, futur voisin de Louis Duchesne et de Raymond Poincaré. Devenu un écrivain reconnu, influent et riche, Anatole France s’engage en faveur de nombreuses causes. Il tient plusieurs discours dénonçant le génocide arménienDiscours prononcé à la Sorbonne, lors du meeting « Hommage à l’Arménie ». et soutient Archag Tchobanian, rejoint Émile Zola, avec qui il s’est réconcilié, lors de l'affaire Dreyfus ; au lendemain de la publication de J’accuse, il signe, quasiment seul à l’Académie française, la pétition demandant la révision du procès. Il rend sa Légion d'honneur après qu’on l’eut retirée à Zola et refuse longtemps de siéger sous la Coupole. Il participe à la fondation de la Ligue des droits de l'homme. Son engagement dreyfusard se retrouve dans les quatre tomes de son Histoire Contemporaine (1897 - 1901), chronique des mesquineries et des ridicules d’une préfecture de province au temps de l’Affaire. C’est dans cette œuvre qu’il forge le terme xénophobe.Monsieur Bergeret à Paris, § 8. France s’engage pour la séparation de l’Église et de l’État, pour les droits syndicaux, contre les bagnes militaires. Au début de la Première guerre mondiale, il écrit des textes guerriers et patriotes, qu’il regrettera par la suitecf. Sur la voie glorieuse., mais milite en faveur d’une paix d’amitié entre Français et Allemands, ce qui suscitera l’indignation et l’hostilité, et lui vaudra des lettres d’insultes et des menaces de mort. Il prend position en 1919 contre le Traité de Versailles, signant la protestation du groupe Clarté intitulée « Contre une paix injuste », et publiée dans l’Humanité, 22 juillet 1919Lire le fichier DjVu : L’Humanité - 22 juillet 1919.. Ami de Jaurès et de Pressensé, il collabore dès sa création à l'Humanité, en publiant Sur la pierre blanche dans les premiers numéros. Proche de la SFIO, il est plus tard critique envers le PCF. S’il écrit un Salut aux Soviets, dans L'Humanité de novembre 1922, il proteste contre les premiers procès faits aux socialistes révolutionnaires en envoyant un télégramme dès le 17 mars. À partir de décembre 1922, il est exclu de toute collaboration aux journaux communistes. Anatole France, tout en adhérant aux idées socialistes, s’est ainsi tenu à l’écart des partis politiques, ce dont témoignent ses romans pessimistes sur la nature humaine, tels que L’Île des pingouins et surtout Les dieux ont soif (publié en 1912) qui, à cause de sa critique du climat de Terreur des idéaux utopistes, fut mal reçu par la gauche. Il se marie en 1920 avec Emma Laprévotte. Il est lauréat en 1921 du prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre, et le reçoit à Stockholm le 10 décembre. En 1922, l’ensemble de ses œuvres (opera omnia) fait l’objet d’une condamnation papale (décret du 31 mai 1922).cf. . Pour son 80 anniversaire, au lendemain de la victoire du Cartel des gauches, il assiste à une manifestation publique donnée en son honneur le 24 mai 1924 au palais du Trocadéro. Il meurt le 12 octobre à La Béchellerie, commune de Saint-Cyr-sur-Loire, et des funérailles nationales sont célébrées le 18.

Son œuvre

Thèmes et style

Les principaux thèmes de son œuvre en prose émergent du recueil Balthasar et du roman plusieurs fois remanié Le Crime de Sylvestre Bonnard. Marie-Claire Blanquart signale entre autresVoir l’analyse de Marie-Claire Blanquart, in Préface au Crime de Sylvestre Bonnard, Folio. le personnage de l’érudit sensible, ridicule ou aimable, qui a sa vie derrière lui, la bibliothèque (qui possède une présence charnelle), l’action et la justice. Ces thèmes sont particulièrement exposés dans des discours ou des conversations par des personnages tels que Sylvestre Bonnard, Jérôme Coignard et M. Bergeret. Le style de France, souvent qualifié de classiqueAnatole France revendiquait pour lui-même une influence de la culture grecque : :« J’étais disposé, en ce temps-là, à prendre pour miennes les idées d’autrui. Je me suis corrigé depuis, et je sais maintenant combien je dois à mes semblables, aux anciens comme aux modernes, à mes concitoyens ainsi qu’aux peuples étrangers, et notamment aux Grecs à qui je dois tout, à qui je voudrais devoir davantage, car ce que nous savons de raisonnable sur l’univers et l’homme nous vient d’eux. » La Vie en fleur - Chapitre I, se caractérise par une ironie amusée, parfois douce et aimable, parfois noire et cruelle, qui exprime son scepticisme foncier à l’égard de la nature humaine, de ses aspirations et de la connaissance, en particulier l’histoire. L’œuvre d’Anatole France tranche tant avec les courants littéraires de son temps (naturalisme) qu’avec la politique française en matière d’éducation après la guerre franco-allemande de 1870.Ibid. Contre l’éducation exclusivement scientifique prônée par Jean Macé ou Louis Figuier, il valorise la force réelle de l’imagination : :« Fermez-moi ce livre, mademoiselle Jeanne, laissez là, s’il vous plaît, « l’Oiseau bleu, couleur du temps » que vous trouvez si aimable et qui vous fait pleurer, et étudiez vite l’éthérisation. Il serait beau qu’à sept ans vous n’eussiez pas encore une opinion faite sur la puissance anesthésique du protoxyde d’azote ! » M. Louis Figuier a découvert que les fées sont des êtres imaginaires. C’est pourquoi il ne peut souffrir qu’on parle d’elles aux enfants. Il leur parle du guano, qui n’a rien d’imaginaire. — Eh bien, docteur, les fées existent précisément parce qu’elles sont imaginaires. Elles existent dans les imaginations naïves et fraîches, naturellement ouvertes à la poésie toujours jeune des traditions populaires.La Bibliothèque de Suzanne, in Le Livre de mon ami. Il refuse le réalisme de Zola, qu’il juge brutal, et, à l’esprit scientifique en littérature, il oppose des écrivains comme Dickens et Sand, car, pour lui : :« L’artiste qui ne voit les choses qu’en laid n’a pas su les voir dans leurs rapports, avec leurs harmonies . »Article du Temps, 18 avril 1876. Ces œuvres comportent donc de nombreux éléments féériques et souvent proches du fantastiqueM. Pigeonneau raconte l’histoire d’un érudit hypnotisé par l’intermédiaire d’un chat.. C’est dans le même esprit qu’il aborde l’histoire, se défiant des prétentions scientistes, non pour réduire cette discipline à une fable, mais pour souligner les incertitudes qui lui sont inhérentes. L’histoire est un thème qui revient souvent dans ses œuvres. Le style qu’il utilise pour en parler est caractéristique de l’ironie et de l’humour franciens : :« Si je confesse aujourd’hui mon erreur, si j’avoue l’enthousiasme inconcevable que m’inspira une conception tout à fait démesurée, je le fais dans l’intérêt des jeunes gens, qui apprendront, sur mon exemple, à vaincre l’imagination. Elle est notre plus cruelle ennemie. Tout savant qui n’a pas réussi à l’étouffer en lui est à jamais perdu pour l’érudition. Je frémis encore à la pensée des abîmes dans lesquels mon esprit aventureux allait me précipiter. J’étais à deux doigts de ce qu’on appelle l’histoire. Quelle chute ! J’allais tomber dans l’art. Car l’histoire n’est qu’un art, ou tout au plus une fausse science. Qui ne sait aujourd’hui que les historiens ont précédé les archéologues, comme les astrologues ont précédé les astronomes, comme les alchimistes ont précédé les chimistes, comme les singes ont précédé les hommes ? Dieu merci ! j’en fus quitte pour la peur. »M. Pigeonneau, p. 40 - 41. France utilise plusieurs types d’ironie : il peut s’agir de faire parler naïvement des personnages en sorte que le lecteur en saisisse le ridicule ou bien d' exprimer avec loquacité l’antithèse de ce que l’auteur pense, en faisant sentir l’ineptie des propos tenus. Le premier genre d’humour est le plus léger et imprègne tout particulièrement L’Île des Pingouins, qualifiée de « chronique bouffonne de la France » par Marie-Claire Blanquart.Ibid. La seconde sorte d’humour se manifeste surtout par une ironie noire qu’illustre par exemple le conte Crainquebille, histoire d’une injustice sociale ; Anatole France fait ainsi dire à un personnage qui analyse le verdict inique prononcé par un juge : :« Ce dont il faut louer le président Bourriche, lui dit-il, c’est d’avoir su se défendre des vaines curiosités de l’esprit et se garder de cet orgueil intellectuel qui veut tout connaître. En opposant l’une à l’autre les dépositions contradictoires de l’agent Matra et du docteur David Matthieu, le juge serait entré dans une voie où l’on ne rencontre que le doute et l’incertitude. La méthode qui consiste à examiner les faits selon les règles de la critique est inconciliable avec la bonne administration de la justice. Si le magistrat avait l’imprudence de suivre cette méthode, ses jugements dépendraient de sa sagacité personnelle, qui le plus souvent est petite, et de l’infirmité humaine, qui est constante. Quelle en serait l’autorité ? On ne peut nier que la méthode historique est tout à fait impropre à lui procurer les certitudes dont il a besoin. »Crainquebille, IV. « Apologie pour M. le président Bourriche. »

Analyse de ses œuvres majeures

Le Crime de Sylvestre Bonnard

Sylvestre Bonnard, membre de l’Institut, est un historien et un philologue, doté d’une érudition non dénuée d’ironie : :« Savoir n’est rien - dit-il un jour - imaginer est tout. » Il vit au milieu des livres, la cité des livres, mais se lance à la recherche, en Sicile et à Paris, du précieux manuscrit de la Légende dorée qu’il finit un jour par obtenir. Le hasard lui fait rencontrer la petite fille d’une femme qu’il a jadis aimée et, pour protéger l’enfant d’un tuteur abusif, il l’enlève. La jeune fille épousera par la suite un élève de M. Bonnard. Ce roman, qui fut jugé spirituel, généreux et tendre, fit connaître Anatole France.

Balthasar

BalthasarLe recueil est disponible intégralement sur Wikisource : Balthasar. est le premier recueil de nouvelles publié par Anatole France.

Thaïs

Ce romanTexte disponible sur Wikisource : Thaïs. est considéré comme une étape importante dans l’art d’Anatole France.

Les Opinions de Jérôme Coignard

Le Lys rouge

L’Histoire contemporaine

A partir de 1895, France commença à écrire des chroniques pour L'Écho de Paris, sous le titre de Nouvelles ecclésiastiques. Ces textes formeront le début de L’Histoire contemporaine. Autour d’un enseignant à l’université de Tourcoing, une tétralogie satirique de la société française sous la Troisième république, du boulangisme au début du .

L’Île des Pingouins

Il s’agit d’une histoire parodique de la France constituée de nombreuses allusions à l’histoire contemporaine.Texte disponible sur Wikisource : L’Île des Pingouins. Maël, un saint homme, aborde une île des mers hyperboréennes où l’a poussé une tempête. Trompé par sa mauvaise vue, Maël baptise des pingouins qu’il a pris pour des hommes. Dieu, après avoir consulté les docteurs de l’Église pour résoudre le problème théologique de savoir si les Pingouins baptisés sont de ce fait des créatures de Dieu, décide de transformer les pingouins en hommes. France décrit alors leur histoire, les origines, les temps anciens, le Moyen Age, la Renaissance, les temps modernes et les temps futurs. Reflet de l’histoire de la France, l’histoire des Pingouins n’est qu’une « suite de misères, de crimes et de folies. Cela est vrai de la nation pingouine comme de toutes les nations. » L’affaire des quatre-vingt mille bottes de foin est ainsi une parodie de l’affaire Dreyfus. L’Histoire future décrit le monde contemporain et sa fuite en avant, un monde « où le goût s’était perdu des jolies formes et des toilettes brillantes », où règne « une laideur immense et régulière »… La condition humaine alterne alors entre constructions démesurées, destructions et régressions : « On ne trouvait jamais les maisons assez hautes... Quinze millions d’hommes travaillaient dans la ville géante... » C’est l’histoire sans fin, cycle infernal qui, pour France, rend improbable l’idée d’une société future meilleure.

Les dieux ont soif

Les dieux ont soifTexte disponible sur Wikisource : Les dieux ont soif. est un roman paru en 1912, décrivant les années noires de la Terreur à Paris, France, entre l’an II et III (1793 et 1794). Sur fond d’époque révolutionnaire, Anatole France, qui pensait d’abord écrire un livre sur l’inquisition, développe ses opinions sur la cruauté de la nature humaine et sur la dégénérescence des idéaux de lendemains meilleurs. Le personnage principal, Evariste Gamelin, un fanatique révolutionnaire, et les autres personnages sont tous entraînés par la mécanique tragique d’un pouvoir absolu altéré de sang, et France les peint avec leurs soucis et leurs plaisirs quotidiens, avec parfois un sens du détail sordide qui révèle la perversité des instincts humains. Les acteurs et responsables de la Terreur, dirigeant le pays avec des idées abstraites, veulent faire le bonheur des hommes malgré eux. Evariste Gamelin, peintre raté, devient un juré du Tribunal révolutionnaire, condamnant à mort avec indifférence. Il sera victime lui aussi de cette logique terroriste. À côté de ce jeu du pouvoir et de la mort, la vie et la nature poursuivent leur cycle, incarné par la maîtresse de Gamelin, Elodie. « C’est un grand analyste d’illusions. Il en pénètre et en sonde les plus secrets replis comme s’il s’agissait de réalités faites de substances éternelles. Et c’est en quoi consiste son humanité : elle est l’expression de sa profonde et inaltérable compassion. » Joseph Conrad

La Révolte des anges

Les personnages

Sylvestre Bonnard

Jérôme Coignard

Monsieur Bergeret

Influence et postérité

France fut considéré comme une autorité morale et littéraire de premier ordre. Il fut reconnu et apprécié par des écrivains et des personnalités comme Marcel Proust, Marcel Schwob et Léon Blum. Il est lu et exerce une influence sur les écrivains qui refusent le naturalisme, comme l’écrivain japonais Jun'ichirō Tanizaki. Ses œuvres furent publiées aux éditions Calmann-Lévy de 1925 à 1935. Anatole France, de son vivant et quelque temps après sa mort, l'objet de nombreuses études. Mais, après sa mort, il est la cible d'un pamphlet des surréalistes, Un cadavre qui ne ménage personne, auquel participe Aragon avec un texte intitulé : « Avez vous déjà giflé un mort ? » dans lequel il écrit : « Je tiens tout admirateur d'Anatole France pour un être dégradé. » Pour lui, Anatole France est un exécrable histrion de l’esprit, représentant de l’ignominie française. Gide le juge un écrivain « sans inquiétude » qu'« on épuise du premier coup. » La réputation de France devint ainsi celle d’un écrivain officiel au style classique et superficiel, auteur raisonnable et conciliant, complaisant et satisfait, voire niais, toute qualité médiocre qu’incarnerait principalement M. Bergeret.Selon Claude Aziza, Anatole France inconnu. Mais nombre de spécialistes de l’œuvre de France considèrent que ces jugements sont excessifs et injustes, ou qu’ils sont même le fruit de l’ignorance, car ils en négligent les éléments magiques, déraisonnables, bouffons, noirs ou païens.Ibid. Pour eux, l’œuvre de France a souffert et souffre encore d’une image fallacieuse. Reflétant cet oubli relatif et cette méconnaissance, les études franciennes sont aujourd’hui rares et ses œuvres, hormis parfois les plus connues, sont peu éditées.

Œuvres

Signature d'Anatole France
-Catalogue des œuvres d’Anatole France ;Éditions
-Œuvres Complètes, Calmann-Lévy, 1925 - 1935
- Anatole France, Œuvres, Édition de Marie-Claire Bancquart, La Pléiade, 1984 - 1994. ISBN 207011063X, ISBN 2070111253, ISBN 207011211X, ISBN 2070113612 ;Poésies
- Poèmes dorés (1873)
- Les Noces corinthiennes (1876), drame antique en vers ;Romans et nouvelles
- Jocaste et Le Chat maigre (1879)
- Le Crime de Sylvestre Bonnard, membre de l’Institut (1881), qui reçoit le prix de l’Académie française.
- Les Désirs de Jean Servien (1882)
- Abeille, conte (1883)
- Balthasar (1889)
- Thaïs (1890), , qui a fourni l’argument au Thaïs de Jules Massenet
- L’Étui de nacre (1892), recueil de contes
- La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)
- Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)
- Le Lys rouge (1894), roman
- Le Jardin d’Épicure (1895),
- Le Puits de Sainte Claire (1895)
- L’Histoire contemporaine
- L’Orme du mail (1897), (L’Histoire contemporaine, I)
- Le Mannequin d'osier (1897), (L’Histoire contemporaine, II)
- L’Anneau d'améthyste (1899), (L’Histoire contemporaine, III)
- Monsieur Bergeret à Paris (1901), (L'Histoire contemporaine, IV),
- Clio (1900)
- Le Procurateur de Judée (1902)
- Histoires comiques (1903)
- Sur la pierre blanche (1905),
- L'Affaire Crainquebille (1901)
- L’Île des Pingouins (1908),
- Les Contes de Jacques Tournebroche (1908)
- Les Sept Femmes de Barbe bleue et autres contes merveilleux (1909)
- Les dieux ont soif (1912)
- La Révolte des anges (1914) ;Souvenirs
- Le Livre de mon ami (1885)
- Pierre Nozière (1899)
- Le Petit Pierre (1918)
- La Vie en fleur (1922) ;Théâtre
- Au petit bonheur, un acte (1898)
- Crainquebille, pièce (1903)
- La Comédie de celui qui épousa une femme muette, deux actes (1908)
- Le Mannequin d'osier, comédie (1928) ;Histoire
- Vie de Jeanne d'Arc (1908) ;Critique littéraire
- Alfred de Vigny, étude (1869)
- Le Château de Vaux-le-Vicomte (1888)
- Le Génie latin (1913), recueil de préfaces ;Critique sociale Crainquebille par Steinlen
- Opinions sociales (1902)
- Le Parti noir (1904)
- Vers les temps meilleurs (1906), recueil de discours et lettres
- Sur la voie glorieuse (1915)
- Trente ans de vie sociale; tome I, 1897-1904 (1949), et tome II, 1905-1908 (1953), commentés par Claude Aveline; tome III, 1909-1914 (1964) et tome IV, 1915-1924 (1973), commentés par Claude Aveline et Henriette Psichari; seconde édition (1971)

Adaptations

Théâtre

-
Crainquebille

Musique

-
Thaïs de Jules Massenet

Filmographie

:• Voir aussi : Des adaptions des œuvres d'Anatole France furent réalisées de son vivant. Il apparaît dans un documentaire de Sacha Guitry en 1915, Ceux de chez nous.
-
Thais, Constance Crawley, Arthur Maude, 1914
-
Le Lys Rouge, Charles Maudru, 1920
-
Crainquebille, Jacques Feyder, avec Françoise Rosay, 1922
-
Les dieux ont soif, Pierre Marodon, 1926
-
Histoire contemporaine, quatre téléfilms, réalisés par Michel Boisrond, avec Claude Piéplu dans le rôle de Monsieur Bergeret, 1981

Bibliographie

- Raphael Cor, Monsieur Anatole France et la Pensée Contemporaine, 1909
- G. Michaut, Anatole France - Etude psychologique, 1913
- Paul Gsell, Les Matinées de la Villa Saïd, 1921
- Jean-Jacques Brousson, Anatole France en Pantoufles, 1924
- Jacques Roujon, La Vie et les Opinions d'Anatole France, 1925
- Nicolas Segur, Conversations avec Anatole France, 1925
- Jos L.Dirick, Franciana Opinions - Anecdotes - Pensées de Monsieur Anatole France, 1925
- Michel Corday, Anatole France d'après ses Confidences et ses Souvenirs, 1927
- Nicolas Ségur, Dernières conversations avec Anatole France, Fasquelle, 1927
- Sandor Kemeri, Promenades d'Anatole France, Calmann-Lévy, 1927
- Nicolas Ségur, Anatole France Anecdotique, 1929
- Jacques de Lacretelle, A la Rencontre de France, suivi de Anatole France vu par un Américain par Edward Wassermann, 1930
- Georges-Armand Masson, Anatole France Son Oeuvre, 1923
- Albert Bédé et Jean Le Bail, Anatole France vu par la critique d'aujourd'hui, 1925
- Georges Girard, La Jeunesse d'Anatole France 1844-1876, 1925
- Georges Huard, Anatole France et le quai Malaquais, 1926
- Gabriel des Hons, Anatole France et Jean Racine ou la Clé de l'Art Francien, 1927
- Alvida Ahlstrom , Le Moyen Age dans l'Oeuvre d'Anatole France, 1930
- Félix Boilot, L'humour d'Anatole France, PUF, 1933
- Ernest Seillère, La Jeunesse d'Anatole France, 1934
- Ernest Seillère, Anatole France, Critique de son Temps, 1934
- Victor Giraud, Anatole France, 1935
- Léon Carias, Les carnets Intimes d'Anatole France, 1946
- Marcel Le Goff, Anatole France à la Béchellerie, Propos et Souvenirs, Nouvelle Edition, 1947
- Claude Aveline, Anatole France, 1948
- Collectif, Le livre d'or du centenaire de Anatole France - 1844 - 1944, Calmann-Lévy, 1949
- Henri Mondor, L'affaire du Parnasse - Stéphane Mallarmé et Anatole France, Fragrance, 1951
- André Vandegans, Anatole France, les années de formation, 1954
- Pierre Aubery, Anatole France et la révolution bolchevique, Arras, Impr. S.E.P., 1954
- Jean Levaillant, Essai sur l'Evolution Intellectuelle d'Anatole France, 1965
- Actes du Colloque pour le cent cinquantième anniversaire de la mort d'Anatole France, 1994
- Marie-Claire Blancquart, Anatole France, un sceptique passionné

Citations

Monument aux morts de Mazaugues avec la phrase de Marx citée par Anatole France
-« Un dictionnaire, c'est tout l'univers par ordre alphabétique. »
-« Je vais vous dire ce que me rappellent tous les ans le ciel agité de l'automne, les premiers dîners à la lampe et les feuilles qui jaunissent dans les arbres qui frissonnent. Je vais vous dire ce que je vois quand je traverse le Luxembourg dans les premiers jours d'octobre alors qu'il est plus triste et plus beau que jamais car c'est le temps où les feuilles tombent une à une sur les blanches épaules des statues. Ce que je vois dans ce jardin c'est un petit bonhomme qui, les mains dans les poches et sa gibecière au dos, s'en va au collège en sautillant comme un moineau... » (
Le Livre de mon ami)
-« Le lecteur n'aime pas à être surpris. Il ne cherche jamais dans l'histoire que les sottises qu'il sait déjà. Si vous essayez de l'instruire, vous ne ferez que l'humilier et le fâcher. Ne tentez pas l'éclairer, il criera que vous insultez à ses croyances (... ) Un historien original est l'objet de la défiance, du mépris et du dégoût universel. » (
L'Île des pingouins, Préface).
-« De tous les vices qui peuvent perdre un homme d'État, la vertu est le plus funeste : elle pousse au crime. » (
La Révolte des Anges)
-« La guerre et le romantisme : fléaux effroyables ! » (
La Révolte des Anges)
-« Je ne connais ni juifs ni chrétiens. Je ne connais que des hommes, et je ne fais de distinction entre eux que de ceux qui sont justes et de ceux qui sont injustes. Qu'ils soient juifs ou chrétiens, il est difficile aux riches d'être équitables. Mais quand les lois seront justes, les hommes seront justes. » (Monsieur Bergeret à Paris)
-« L'union des travailleurs fera la paix dans le monde », cette citation, faussement attribuée à France (c'est une traduction de Marx), se trouve notamment sur le Monument aux morts pacifiste de Mazaugues dans le Var.
-«Bqsfttfusftpvtusbjufmbvupsjufeftspjtfueftfnqfsfvstbqsftbwpjsqspdmbnfuspjtgpjttbmjcfsufmbgsbodftftutpvnjtfbeftdpnqbhojftgjobodjfsftrvjejtqptfouefsjdifttftevqbztfuqbsmfnpzfoevofqsfttfbdifufejsjhfoumpqjojpo.» (
L'Île des pingouins'', Livre VIII : Les Temps futurs. Note : Cette phrase utilise un code très simple. Le premier mot est Après).
-« On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels. »

Notes

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