Quatuor à cordes

Infos
En musique classique, le quatuor à cordes est une formation de musique de chambre composée de deux violons, d'un alto et d'un violoncelle. C'est également la forme musicale dédiée à ce type de formation — plus exactement, une sonate « en quatuor ». Le Quatuor Juilliard en 1963.
- Le quatuor à cordes est sans conteste la formation reine de la musique de chambre : parmi les innombrables combinaisons possible — depuis le duo au dixtuor — seul peut-être le trio
Quatuor à cordes

En musique classique, le quatuor à cordes est une formation de musique de chambre composée de deux violons, d'un alto et d'un violoncelle. C'est également la forme musicale dédiée à ce type de formation — plus exactement, une sonate « en quatuor ». Le Quatuor Juilliard en 1963.
- Le quatuor à cordes est sans conteste la formation reine de la musique de chambre : parmi les innombrables combinaisons possible — depuis le duo au dixtuor — seul peut-être le trio avec piano (piano, violon, violoncelle) peut prétendre avoir un répertoire aussi étendu et riche en chefs-d'œuvre.
- Le quatuor à cordes, en tant que genre musical, se développe dans le cadre du style galant et sous l'influence du divertimento vers le milieu du . Il a pour origine le regroupement des instruments à cordes au sein de l'orchestre, les contrebasses se contentant de doubler les violoncelles. Si les premiers quatuors de Luigi Boccherini sont en fait des symphonies pour cordes, Stamitz et Gossec distinguent parmi leurs quatuors ceux qui doivent être joués à quatre de ceux qui doivent être joués par un orchestre (par exemple l'opus 14 de Stamitz est titré Quatuors pour orchestre).

Caractéristiques

À partir de Joseph Haydn et Wolfgang Amadeus Mozart, le quatuor devient le genre le plus en vogue du répertoire de musique de chambre. La structure épouse dorénavant un modèle quasi-immuable, qui restera une référence, bien qu'il ait été remis en question à plusieurs reprises (op. 131 de Beethoven) :
- 1 mouvement : forme sonate.
- 2 mouvement : adagio, pouvant épouser la structure d'un lied, de la forme sonate mouvement lent, du thème et variations ou une simple structure A B A.
- 3 mouvement : menuet et trio, puis scherzo à partir de Beethoven.
- 4 mouvement : rondo, rondo-sonate ou rondo varié. Le succès du quatuor à cordes repose sur des aspects à la fois sonores et sociologiques. Le contrepoint à quatre parties permet de faire entendre toutes les harmonies sans doublure superflue. Le quatuor permet en outre une grande homogénéité de timbre et l'équipollence des voix dans le travail contrapuntique.

La période classique

Joseph Haydn est généralement considéré comme le père du quatuor à cordes. On trouve avant lui des œuvres écrites pour deux violons, alto et violoncelle — Sammartini et Boccherini, notamment — mais c'est lui qui a su créer ce genre, basé sur l'équilibre de quatre voix indépendantes, égales en importance mais fortement imbriquées, et lui donner ses lettres de noblesse ainsi qu'un répertoire important — 54 quatuors.On peut voir dans le consort de violes le grand ancètre du quatuor à cordes. En effet à partir de Christopher Tye et jusqu'à Purcell on ne peut douter que l'égalité et l'indépendance des voix ne soit totale et que le soucis de la forme ne soit réalisé ; de même la hauteur de vue des œuvres et leur intimité semblent être bien le soucis commun et principal des deux genres. Contemporain de Haydn, Mozart admirait beaucoup ses quatuors et en a composé lui aussi. La production de Mozart consiste essentiellement en 4 cycles de quatuors où il a égalé son aîné dans les deux derniers. Les quatuors du troisième cycle sont dédiés à Haydn. Certains portent des petits noms, comme le quatuor des « dissonances » en ut majeur, célèbre pour les frottements harmoniques des premières mesures, ou encore « La Chasse ». Les trois derniers sont dédiés au roi de Prusse, d'où leur surnom de prussiens : le violoncelle y joue un rôle prépondérant. Mozart, par son sens inné de la polyphonie, a su faire chanter chaque instrument du quatuor. Cependant, le divertimento pour trio à cordes et les six quintettes à cordes — à deux altos — constituent sans doutes des sommets encore plus remarquables dans sa production.

Beethoven

Ludwig van Beethoven n'a pas abordé le quatuor avant l'âge de 30 ans où il a publié un premier recueil de six quatuors, l'opus 18. Ils témoignent d'une parfaite maîtrise de l'écriture mais demeurent, stylistiquement, dans l'ombre de Haydn. La révolution interviendra avec les trois quatuors « Razumovski », opus 59 : Beethoven y fait exploser le moule classique : comme il l'avait fait dans un autre domaine, les sonates pour piano, il étire les formes, pousse les développements, les nuances, les graves et les aigus, les répétitions jusqu'à l'exaspération. Son chemin se poursuivra avec l'opus 74 « les Harpes », où il atteint la plénitude de sa deuxième période créatrice. Une seconde rupture intervient avec l'opus 95 « serioso », âpre et même abrupt. Plus court, plus concentré que les précédents, sa modernité est surprenante et surprend nos oreilles encore aujourd'hui. Il faudra sans doute attendre Bartók pour entendre quelque chose de plus moderne dans le domaine du quatuor. Les derniers quatuors sont autant de chefs-d'œuvre : c'est sur eux qu'il a consacré l'essentiel de ses dernières années, ayant achevé la 9 symphonie, muré dans la solitude et la surdité. Wagner disait de ces quatuors qu'il ne faudrait pas les jouer en public, car ils étaient l'expression d'une grande souffrance. Le fait est, pour les interprètes comme pour le public, qu'il ne faut pas aborder ces chefs-d'œuvre insurpassables sans préparation.

La période romantique

L'ombre du grand Beethoven a beaucoup pesé sur les musiciens qui l'ont suivi, dans le domaine du quatuor plus encore que dans la symphonie. Schumann, Mendelssohn, Brahms ou Smetana ont approché ou égalé, mais pas dépassé le modèle beethovénien. Notons l'exception de Schubert, qui a trouvé dans ses trois derniers quatuors — ainsi que dans le quintette à deux violoncelles — l'expression personnelle d'un génie achevé : contemporain de Beethoven, il est mort 18 mois seulement après lui. Le quatuor est fort prisé des compositeurs romantiques. Il reste synonyme d'effort, de concentration et de rigueur. Pendant tout le , il reste une spécificité allemande, et française dans une moindre mesure — notamment à la fin du siècle —, à quelques exceptions près, comme en témoigne la présence d'un quatuor dans le catalogue de Giuseppe Verdi. Bien entendu, les compositeurs marqués par l'esthétique wagnérienne du Gesamtkunstwerk (œuvre d'art total), la musique à programme (Hector Berlioz, Franz Liszt) ou bien par le chromatisme et la puissance orchestrale de Wagner (Anton Bruckner, dont le quintette à cordes est néanmoins splendide, Gustav Mahler, Richard Strauss), se désintéressent du quatuor. Il va sans dire que dans le débat qui oppose, dans la deuxième moitié du , les tenants de la musique pure — Eduard Hanslick, Johannes Brahms — aux défenseurs de la musique à programme — Franz Liszt et son cercle de Weimar —, le quatuor à cordes réprésente pour les premiers le genre noble par excellence : l'écoute d'un quatuor est synonyme de contemplation des formes musicales pour elle-même, par opposition à une écoute qui serait guidée par un programme poétique.

Le

Au début du , le quatuor à cordes est pour certains compositeurs, tels Arnold Schönberg, Alban Berg, Anton Webern, Maurice Ravel, Béla Bartók, Claude Debussy, synonyme d'expérimentation, d'étape dans la recherche d'un idéal en matière de composition musicale, à tel point que le critique musical contemporain Dominique Jameux a parlé de laboratoire de formes. Le quatuor de Gabriel Fauré (1924) est l'œuvre d'un musicien désireux de parachever sa longue carrière de compositeur par un chef-d'œuvre de pureté et d'ascétisme. Il s'agit dans ces dernier cas d'œuvres essentiellement isolées même si elles sont souvent d'une importance capitale dans l'histoire de la musique. Au contraire, Darius Milhaud (18 quatuors), Heitor Villa-Lobos (17 quatuors), et surtout Dmitri Chostakovitch (15 quatuors), ont par l'importance et la qualité de leur cycle, contribué à renouveler la tradition de cette forme musicale. On doit également citer les quatuors de Vincent d'Indy, Albéric Magnard, Leoš Janáček, Benjamin Britten, Paul Hindemith, Georges Enesco, Bohuslav Martinů, Alexandre Tansman, Marcel Mihalovici, etc. La jeune génération de l'après-guerre tente un renouvellement du quatuor — Olivier Messiaen, Quatuor pour la fin du temps, pour violon, violoncelle, clarinette et piano, écrit en captivité dans un camp de prisonniers en Silésie durant la Seconde Guerre mondiale ; Pierre Boulez, Livre pour quatuor à cordes de 1948 — avant de le reléguer parmi les pièces d'un musée des genres musicaux appartenant à un passé révolu. Les générations suivantes, marquées par la postmodernité, se réintéressent au genre, dans un souci de dialoguer avec l'histoire et de renouer avec la tradition. Si György Ligeti et Elliott Carter font figure de précurseurs en ce domaine, Alfred Schnittke en Russie, Helmut Lachenmann en Allemagne, Brian Ferneyhough en Grande-Bretagne, Philippe Fénelon, Philippe Hersant et Nigel Keay en France, chacun suivant sa propre voie, semblent ne plus vouloir déroger à la règle selon laquelle tout compositeur confirmé doit se mesurer à un genre toujours réputé difficile.

Conclusion

Très peu de compositeurs après Haydn n'ont pas abordé le quatuor à cordes — parmi eux, Berlioz, Liszt, Chopin et Wagner. Mais tous ceux qui l'ont fait y ont laissé le plus intime et souvent le meilleur d'eux-mêmes. Songeons à Fauré, quelques mois avant sa mort, compositeur largement reconnu et apprécié : il soumet humblement un quatuor à ses proches en leur demandant s'il vaut mieux le détruire ou le conserver... Fort heureusement pour nous, il ne l'a pas détruit. On l'aura compris, faire une histoire du quatuor, c'est faire une petite histoire de la musique.

Bibliographie succincte

Voir aussi

===
Sujets connexes
Aigu (musique)   Alban Berg   Albéric Magnard   Alexandre Tansman   Alfred Schnittke   Allemagne   Allemand   Alto (violon)   Anton Bruckner   Anton Webern   Arnold Schönberg   Benjamin Britten   Bohuslav Martinů   Béla Bartók   Christopher Tye   Clarinette   Claude Debussy   Compositeur   Composition musicale   Contrebasse   Contrepoint rigoureux   Darius Milhaud   Disposition de l'accord   Divertimento   Dmitri Chostakovitch   Duo   Eduard Hanslick   Elliott Carter   Ensemble musical   Forme musicale   France   Franz Liszt   Français   François-Joseph Gossec   Gabriel Fauré   Genre musical   Georges Enesco   Giovanni Battista Sammartini   Giuseppe Verdi   Grand Théâtre (Bordeaux)   Grande-Bretagne   Grave (musique)   Gustav Mahler   György Ligeti   Harmonie   Hector Berlioz   Heitor Villa-Lobos   Helmut Lachenmann   Instrument à cordes   Instrument à cordes frottées   Interprète (musique)   Johannes Brahms   Joseph Haydn   Leoš Janáček   Lied   Liste des formations et ensembles de musique classique   Ludwig van Beethoven   Luigi Boccherini   Marcel Mihalovici   Maurice Ravel   Mendelssohn   Menuet   Mouvement (musique)   Mouvement chromatique   Musique classique   Musique de chambre   Musique romantique   Musique à programme   Nigel Keay   Nuance (solfège)   Olivier Messiaen   Orchestre   Partie (musique)   Paul Hindemith   Philippe Hersant (compositeur)   Piano   Pierre Boulez   Polyphonie   Postmodernité   Quatuor   Quatuor Juilliard   Quintette   Richard Strauss   Richard Wagner   Rondo   Russie   Répertoire (artiste)   Scherzo   Seconde Guerre mondiale   Silésie   Sociologie   Son musical   Sonate   Style galant   Symphonie   Symphonie n° 9 de Beethoven   Tempo   Timbre (musique)   Trio   Variation   Vincent d'Indy   Violon   Violoncelle   Weimar   Wolfgang Amadeus Mozart  
#
Accident de Beaune   Amélie Mauresmo   Anisocytose   C3H6O   CA Paris   Carole Richert   Catherinettes   Chaleur massique   Championnat de Tunisie de football D2   Classement mondial des entreprises leader par secteur   Col du Bonhomme (Vosges)   De viris illustribus (Lhomond)   Dolcett   EGP  
^