Guillaume-Thomas Raynal

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Guillaume-Thomas Raynal, dit l’abbé Raynal, né à Lapanouse de Sévérac en Rouergue, le 12 avril 1713 et mort à Passy le 6 mars 1796, est un écrivain et penseur français.
Guillaume-Thomas Raynal

Guillaume-Thomas Raynal, dit l’abbé Raynal, né à Lapanouse de Sévérac en Rouergue, le 12 avril 1713 et mort à Passy le 6 mars 1796, est un écrivain et penseur français.

Biographie

Guillaume-Thomas Raynal embrasse, après de longues études chez les jésuites, la prêtrise en 1733 plus par désir de promotion sociale que par conviction réelle. En 1746, il est nommé à l’église Saint-Sulpice à Paris où, pour améliorer son ordinaire, il est également précepteur dans de grandes familles. Il n’hésite pas non plus à se rendre coupable de simonie en vendant des sermons à des confrères moins inspirés que lui, mais il déclenche un scandale lorsqu’on découvre qu’il a accepté d’inhumer des protestants en les faisant passer pour catholiques contre monnaie sonnante et trébuchante. Raynal sera d’ailleurs fort lié tout au long de sa vie aux protestants. Il fuit Saint-Sulpice et commence à fréquenter les salons, comme celui de Claudine de Tencin ou de Marie-Thérèse Geoffrin, où il se fait connaître comme apôtre de la liberté. Il se constitue une petite fortune en imprimant lui-même ses œuvres dont il assure également l’écoulement. Il rédige également des ouvrages de commande pour les grands de l’époque comme, par exemple le duc de Choiseul, ce qui lui vaudra d’être nommé, pour services rendus, directeur du Mercure de France en 1750. Ayant fait figurer une gravure de son portrait en tête de la troisième édition de son Histoire des deux Indes qui équivaut à une reconnaissance de l’ouvrage comme écrit par lui, il est alors obligé de s’enfuir en 1781. Il quitte la France pour la Suisse où il fait ériger un monument à la gloire de la liberté. De là, il passe à la cour de Frédéric II de Prusse puis à celle de Catherine II de Russie sans cesser de veiller à la réédition de son ouvrage. Autorisé à revenir en France en 1784, mais interdit de séjour à Paris, il s’installe à Toulon, puis à Marseille et devient fondateur de prix académiques et de bienfaisance qui prolongeront le succès de son œuvre dans les grandes académies européennes. En 1789, il invoque, pour refuser de siéger aux États Généraux, son grand âge qui ne l’empêchera pas, deux ans plus tard de dénoncer les excès et le tour violent pris par la Révolution, à ces révolutionnaires qui voyaient en lui un père fondateur, dans sa Lettre à l’Assemblée nationale adressée le 31 mai 1791 : « … j’ai parlé aux rois de leurs devoirs, souffrez qu’aujourd’hui je parle au peuple de ses erreurs. » Son prestige et sa popularité sont tels que les révolutionnaires ainsi tancés n’oseront pas lui faire subir le même sort qu’à Condorcet. Au lieu de l’envoyer à la guillotine, ils préféreront dénigrer son intervention en l’accusant de sénilité. Élu membre de l’Institut de France en 1795, quelques mois avant sa mort, il prétextera de son grand âge pour refuser cette promotion.

Son œuvre

Il commence à publier ses premiers textes dans les Nouvelles littéraires, (1747-1755) qui serviront d’introduction à la revue Correspondance littéraire, philosophique et critiqueParue en 16 volumes en 1877. Texte en ligne : , réalisée avec Grimm et Diderot, ainsi que des ouvrages de politique et d’histoire sur commande du gouvernement comme l’Histoire du Stadhoudérat (1747) et l’Histoire du Parlement d’Angleterre (1748). Il publie de nombreux ouvrages historiques ou philosophiques de moindre importance jusqu’à la sortie, en 1770, de la première édition anonyme de son Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, véritable encyclopédie de l’anticolonialisme au . Il s’agit d’un de ces « voyages philosophiques » à la mode à l’époque, faiblement documenté mais prétexte à réflexions sur la « loi naturelle » et dénonciations mordantes du despotisme et du clergé ainsi que du colonialisme. Il n’hésite pas à recourir à la collaboration d’autres écrivains tels que d'Holbach ou Diderot à qui on doit les passages plus réussis et qui le feront parfois avantageusement comparer à Voltaire ou Rousseau. Interdite en 1772, l’Histoire des deux Indes sera à nouveau publiée par l’abbé Raynal dans une nouvelle édition en 1774 qui est immédiatement mise à l’Index par le clergé. C’est en 1780 qu’il publie sa troisième édition de Histoire des deux Indes, encore plus virulente que les deux précédentes et qu’il avoue implicitement comme de lui. Condamné par le Parlement de Paris, l’ouvrage est brûlé par le bourreau en place publique, ce qui lui assure un succès considérable. L’Histoire des deux Indes a également été l’occasion de la Lettre apologétique de l’abbé Raynal à Monsieur Grimm (1781) de Diderot. Dans cette lettre que Diderot n’a jamais envoyée, il accuse violemment Grimm, qui avait critiqué Raynal pour avoir dévoilé son identité dans sa troisième édition de l’Histoire des deux Indes, d’être vendu aux grands : « Je ne vous reconnais plus ; vous êtes devenu, sans vous en douter peut-être, un des plus cachés, mais un des plus dangereux antiphilosophes. Vous vivez avec nous, mais vous nous haïssez. » Diderot, dont la part de paternité dans l’ouvrage n’était sans doute pas étrangère à son indignation, n’avait cependant pas tort : la Révolution survenue, Grimm s’empressera de quitter la France et de dénigrer la Révolution.

Notes

Bibliographie

Page de titre de la première édition de l’Histoire des deux Indes.
- Nouvelles littéraires (1747-1755)
- Histoire du Stadhoudérat (1747)
- Histoire du Parlement d’Angleterre (1748)
- Mémorial de Paris (1749)
- Mercure de France (1750-1754)
- Anecdotes littéraires, ou Histoire de ce qui est arrivé de plus singulier & et de plus intéressant aux écrivains françois, depuis le renouvellement des lettres sous François I jusqu’à nos jours (1750 ; 1756)
- Anecdotes historiques, militaires et politiques de l’Europe depuis l’élévation de Charles-Quint au thrône de l’Empire, jusqu’au traité d’Aix-la-Chapelle en 1748 (2 volumes, 1753)
- École militaire (3 volumes, 1762)
- Histoire du divorce de Henry VIII (1763)
- Histoire philosophique et politique des établissemens & du commerce des européens dans les deux Indes (6 volumes, 1770 ; 1774 ; 1780 ; 1820)
- Épices et produits coloniaux (1770)
- Atlas de l’Histoire des deux Indes (1772)
- Tableau de l’Europe (supplément Histoire des deux Indes) (1774)
- Esprit et génie de Guillaume-Thomas Raynal (1777)
- Suppléments à l’Histoire des deux Indes (1780)
- Atlas de l’Histoire philosophique (1780)
- Révolution de l’Amérique (1781)
- Lettres d’Yorick à Eliza (1781)
- Lettre à l’auteur de la Nymphe de Spa (1781)
- Précis de l’Histoire philosophique (1782)
- Réponse à la Censure de la Faculté de Théologie (1782)
- Esprit et génie de M. l’abbé Reynal (publié par l’abbé Hédouin, 1782)
- Considérations sur la paix en 1783 (1783)
- Histoire philosophique et politique des isles françoises (1784])
- Œuvres de M. l’abbé Raynal (1785)
- Essai sur l’administration de St Domingue (1785)
- Maximes des trois auteurs philosophes (1787)
- Tableau général du commerce de l’Europe (1787)
- Éloge d’Eliza Draper (attribué à Diderot, 1787)
- L’Abbé Raynal aux États-généraux (1789)
- Lettre à S. M. Louis XVI (1789)
- Lettre à l’Assemblée nationale, 31 mai 1791 (1791)
- Extrait raisonné de l’Histoire des deux Indes (1791)
- Histoire abrégée de l’Histoire des deux Indes (1792)
- Abrégé de l’Histoire des deux Indes (1793)
- Histoire abrégée de l’Établissement des Européens (1797)
- Recueil de pensées (1802)
- Abrégé de l’Histoire des deux Indes à l’usage de la jeunesse (1810)]
- Le Raynal de la jeunesse (1821)
- Des Peuples et des gouvernements (1822)
- Histoire philosophique des Établissements dans l’Afrique septentrionale (1826)

Références

- A. Jay, Précis historique sur la vie et les ouvrages de l’abbé Raynal, Paris, 1820
- A. Feugère, Un Précurseur de la Révolution. L’Abbé Raynal (1713-1796), Angoulême, 1922
- Hans Wolpe, Raynal et sa machine de guerre; l’Histoire des deux Indes et ses perfectionnements, Stanford, Stanford University Press, 1957
- Gilles Bancarel, François-Paul Rossi, Guillaume-Thomas Raynal philosophe des Lumières, préf. Philippe Joutard, Toulouse, CRDP Midi-Pyrénées, 1996
- Gilles Bancarel, Gianluigi Goggi, Raynal, de la polémique à l’histoire, Oxford, SVEC, 2000
- Gilles Bancarel, Raynal ou le devoir de vérité, Paris, Honoré Champion, 2004 Catégorie:Religieux français Catégorie:Écrivain français du XVIIIe siècle Catégorie:Personnalité de l'Aveyron Catégorie:Naissance en 1713 Catégorie:Décès en 1796 de:Guillaume Thomas François Raynal en:Guillaume Thomas François Raynal es:Guillaume-Thomas Raynal pt:Guillaume Thomas François Raynal
Sujets connexes
Anticléricalisme   Assemblée constituante de 1789   Catherine II de Russie   Claudine Guérin de Tencin   Colonialisme   Correspondance littéraire, philosophique et critique   Denis Diderot   Despotisme   France   Français   Frédéric II de Prusse   Histoire des deux Indes   Institut de France   Jean-Jacques Rousseau   Jésuite   Lapanouse de Sévérac   Marie-Thérèse Rodet Geoffrin   Marseille   Melchior Grimm   Mercure de France   Nicolas de Condorcet   Paris   Passy (Seine)   Précepteur   Rouergue   Révolution française   Simonie   Suisse   Toulon   Voltaire  
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