Canon (Bible)

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Le canon désigne dans toutes les religions l'ensemble des textes considérés comme sacrés et régissant le culte : voir Canon (religion).
Canon (Bible)

Le canon désigne dans toutes les religions l'ensemble des textes considérés comme sacrés et régissant le culte : voir Canon (religion).

Étymologie

Le mot canon, qui vient du grec ancien κανών (kanôn), lui-même d'origine sémitique : hébreu qaneh (roseau, mesure, canne), akkadien quanu, ougaritique qn, le punique qn' ) et peut-être même sumérien gin Chantraine : Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Klincksieck .
-Il désigne un roseau
-Il désigne un instrument de mesure fait d'un roseau comme la règle du charpentier.
-Philosophiquement, il devient la règle de conduite, la norme, le modèle.lexique de la Bible, Bayard
-L'astrologie antique désigne ainsi des listes, des catalogues de tables du mouvement apparent des astres. Au , le mot passe dans le milieu chrétien et désigne :
-Kanon the aletheia : le canon de la vérité, Emet, article de Bultmann & ??? pour le dictionnaire théologique ???, à compléter
-Kanon the ekklesia, la règle de l'assemblée, c'est-à-dire les règles de conduite, en fait de gouvernement, propre à chaque église (communautés chétiennes locales). Au , le sens de ce mot est mis en rapport avec la Bible. Il s'agit alors des livres de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament qui sont deux expressions nouvelles signalées :
-En 363, au concile de Laodicée dans le canon 59 (concile régional)
-En 392, dans la lettre Festale Lettre festale XXXIX, d'Athanase. La lettre festale est un écrit envoyé par l'évêque aux fidèles de son diocèse dans laquelle il leur mande diverses chosesd'Athanase d'Alexandrie.

Canon de la Bible hébraïque

L'idée d'un canon de la Bible hébraïque (nommée « Ancien Testament » par les Justin de Naplouse) ne s'impose qu'après le Synode de Jamnia (ou Yabnah ou Yabneh), c'est-à-dire à la fin du , après la destruction du Second Temple par les romains. Auparavant, le concept d'une liste close (au sens de complète et définitive) des livres repris dans la Septante est inconcevableThomas Römer et alii, Introduction à l'ancien Testament chez Labor et Fides, 2005 . En revanche, les processus de canonisation semble avoir été un processus ouvert. Le texte massorétique actuel est contemporain de l'écriture de la Mishna, c'est-à-dire le fruit du travail des docteurs du . Ce travail de grammairiens (la vocalisation enregistre diverses prononciations possibles) se poursuit jusqu'au ; le manuscrit de Saint-Petersbourg (Codex Leningradensis) qui date du et sert de base aux bibles d'étude en hébreu, est un témoin de ce travail. Jusqu'au , la Bible de tous est le texte grec de la Septante, quoique des éditions en hébreu différentes du texte proto-massorétique aient existé, comme le montrent les rouleaux de Qumran.

hypothèse du canon de Jamnia

Dans les Antiquités juives, Flavius Josèphe donne une liste de 22 livres composant le canon des écritures juives. Elle comprend :
-13 livres de prophètes,
-4 livres de maximes, proverbes et sagesse,
-5 livres de Moïse. Après Jamnia, le milieu rabbinique tannaïte, le milieu qui rédige la Mishna, se vit comme l'héritier naturel de toutes les traditions antérieures, qu'elles soient saducéennes, ésseniennes ou, bien évidemment, pharisiennes. Toutefois, pour le milieu de Gamaliel II, l'attitude apocalyptique des « membres du Mouvement de Jésus » selon l'expression de Jacques Schlosser (professeur à l'Institut catholique de Lyon), en fait un danger pour les relations avec l'occupant romain. En outre, ce sont des minim (sectaires), en celà qu'ils concentrent l'accès à l'alliance sur le baptême. De ce point de vue, ils se désintéressent de l'ensemble du peuple. De facto, ils sont une secte réformatrice et diviseuse comme l'étaient les Ésseniens.Etienne Nodet o.p., Fils de Dieu, Cerf et Israël Knohl, l'autre Messie, Bayard En outre, ils « font dire » des choses de plus en plus étranges à la Septante. Les controverses rabbiniques, enregistrées dans le Talmud montrent des discussions qui, sous prétexte d'exégèse imaginative, présentent des opinions sur la pertinence de tel ou tel texte (Traité Meguila, Traité Sofa). On assiste donc à un retour à l'hébreu, à une méfiance envers les textes grecs qui ne s'apaisera qu'au début du . Les témoins de cette élaboration sont nombreux. Par exemple :
-Dans la Septante, Samuel est désigné comme « nazir perpétuel depuis le sein de sa mère » tandis que le texte massorétique utilisé de nos jours lui dénie cette qualité. L'interprétation traditionnelle dit que la Septante s'éloigne du texte hébreu originel. Pourtant, une discussion dans le traité Nazir Talmud de Babylone, page 66a s'inquiète du nazirat de Samuel. On peut donc penser que le texte de la Septante était peu différent de l'un ou l'autre des textes hébraïques alors usuellement en circulation et que l'élaboration tannaïte fut créative, en premier lieu pour éliminer tout aspect apocalyptique ou messianique, c'est-à-dire révolutionnaire.
-Une autre discussion talmudique montre le déclassement d'un texte rédigé en araméen. Il correspond à la période de méfiance envers les textes traduits du syriaque, qui est un araméen oriental. Au traité Meguila Talmud traité Meguila, p. 6a, Jonathan b. Uzziel déclasse le livre de Daniel de prophète (nebiim) en écrit (ketoubim) alors que Flavius Josèphe et la Septante le tenaient pour prophète. La rédaction concomitante de la Mishna et des Évangiles révèle des polémiques sous-jacentes. Ce sont des rédactions concurrentes. Ces polémiques jouent un rôle non négligeable tant dans l'évolution de la pensée rabbinique autour de Gamaliel II que dans l'accouchement du système chrétien. (Voir l'article spécialisé Abraham Joshua Hershel)

Hypothèse de Sunberg (1964)

A partir d'un consensus établi autour d'une canonisation en 3 phases :
- une première phase vers 400 avant l'ère commune concernant le Pentateuque
- une deuxième phase vers 200 avant l'ère commune concernant les Prophètes
- une troisième phase vers 90 avant l'ère commune concernant les Ecrits. Cette dernière canonisation étant ratifiée au premier siècle par l'usage commun. Albert C. Sundberg, Jr envisage, à partir de 1964, une hypothèse plus complexe Albert C. Sundberg, Jr., The Old Testament of the Early Church" Revisited, Festschrift in Honor of Charles Speel, edited by Thomas J. Sienkewicz and James E. Bett, Monmouth, Illinois, 1997

Hypothèse de Thackeray (1921)

Henri St. John Thackeray est un grammairien. Il a travaillé essentiellement sur la Septante, c'est-à-dire sur la Bible en grec. En 1921, il publie "The Septuagint and Jewish worship;: A study in origins, (The Schweich lectures of the British Academy)"

Hypothèse de Leman Beckwith

- Leman Beckwith : The Old Testament of the Early Church, Harvard theological Studies, n° 20

Construction du Canon du Nouveau Testament

Deux thèses successives sont actuellement en voie de synthèse.

thèse de Adolph von Harnack et Hans Freiherr Von Campenhausen

- pour Hans Freiherr Von Campenhausen voir La Formation de la Bible chrétienne en français La Formation de la Bible chrétienne Hans von Campenhausen, - Neuchâtel : Delachaux & Niestlé, 1971
- Adolph von Harnack son livre : Origin of the New Testament télécharger son livre en anglais Vers 200 émerge l'idée d'un catalogue des livres composant le Nouveau Testament. Font alors autorité :
-4 évangiles
-13 lettres de Paul
-les actes
-la première lettre de Jean
-la première lettre de Pierre Outre les indices du cheminement dans la lente constitution du corpus, indiqué dans l'article Evangile, des témoins plus concrets sont donnés dans :
-Le Fragment de Muratori, d'origine romaine
-Irénée de Lyon, originaire d'Asie Mineure,
-Tertullien de Carthage
-Clément d'Alexandrie L'influence de Marcion fut déterminante dans la constitution d'un canon.

Thèse de Ablbert C. Steinberg

(lire : The Old Testament of the Early Church Harvard Theological Studies n°20) Selon cet ouvrage, il n'y eut jamais de Canon Alexandrin de la Septante, ce que confirment les études sur la construction du Talmud, telles qu'évoquées ci-dessus. L'opportunité d'une liste close n'interroge les chrétiens qu'à partir de la toute fin du . Elle n'intéresse réellement que les occidentaux. Le canon de l'Ancien Testament, celui des églises latines comme celui des églises grecques, évoluent parallèlement. Jusqu'au , on parle de canon ouvert et postérieurement de canon fermé. Toutefois Steinberg date le fragment de Muratori du et lui donne une origine orientale. Ces caractéristiques en font une liste parmi toutes les autres et lui retirent son statut de liste inaugurale. Cette conception élimine le long débat entre les églises et attribue la fermeture du canon à une autorité ecclésiastique. Le contenu du fragment ruine cette hypothèse sur la construction du Nouveau Testament. Le Fragment ne dit mot de l'Epitre aux Hébreux fort appréciée dans les églises orientales parce que faussement attribuée à Paul de Tarse.

Naissance d'une tradition écrite en Orient

Jusqu'au Ier siècle, la Bible de tous est la Septante, quoique des éditions en hébreu différentes du texte proto-massorétique aient existé, comme le montrent les rouleaux de Qumran. C'est elle qui donnera l'Ancien Testament des chrétiens. Le texte massorétique actuel est contemporain de l'écriture de la Mishna, c'est-à-dire le fruit du travail des docteurs du IIe siècle quoiqu'un texte proto-massorétique soit connu des 150 avant l'ère commune. Ce travail de grammairiens (la vocalisation enregistre diverses prononciations possibles) se poursuit jusqu'au Xe siècle ; le manuscrit de Saint-Petersbourg (Codex Leningradensis) qui date du Xe siècle et sert de base aux bibles d'étude en hébreu, est un témoin de ce travail. Après le synode de Jamnia, le milieu rabbinique tannaïte qui a rédigé la Mishna, se vit comme l'héritier naturel de toutes les traditions antérieures, qu'elles soient saducéennes, esséniennes ou, bien évidemment, pharisiennes. Pour le milieu de Gamaliel II, les chrétiens apparaissent comme des sectaires et des hérétiques. Leur interprétation de la Septante est mise en cause. On assiste donc à une méfiance envers les textes grecs et à un retour à l'hébreu. La rédaction concomitante de la Mishna et des Évangiles révèle donc des polémiques sous-jacentes qui ont joué un rôle non négligeable tant dans l'évolution de la pensée rabbinique autour de Gamaliel II que dans l'accouchement du système chrétien. Les tentatives de Tatien, de Marcion face l'opposition d'Irénée et au dogmatisme d'Athanase sont clairement à l'origine du CanonMarguerat, op. cit.

Le canon de Marcion (vers 150)

Il précède le canon officiel. Il ne garde des écrits qui circulent :
-Les épîtres de Paul, dont il n'en connaît que 10 sur 13 du canon officiel postérieur,
-Une version expurgée de l'évangile selon Luc que Marcion tient pour un compagnon de Paul. Les lettres de Paul connues par Marcion sont les suivantes :
-Galates,
-1 et 2 Corinthiens
-Romains,
-1 et 2 Thessaloniciens
-Ephésiens que Marcion nomme "Laodicéens"
-Colossiens
-Philippe
-Philémon. Ce corpus éditorial a perduré dans l'église syriaque, avec en outre l'Epître aux Hébreux que quelques auteurs modernes attribuent à Marcion tandis que les anciens l'attribuaient à Paul.

Le Diatessaron de Tatien

Troublé par le fait qu'on retienne 4 évangiles présentant 4 témoignages différents sur les dits et les faits de Jésus, Tatien entreprend de les fondre en un seul récit continu et cohérent, ne retenant que ce qui leur est commun, gommant par cette sélection tout ce qui est divergent qu'il considère comme dépourvu de sens autre qu'anecdotique. Il s'inspire des 4 évangiles, canonisés depuis. La liberté avec laquelle il les utilise, semblable à celle dont usèrent les auteurs de selon Luc et selon Matthieu dans leur reprise de selon Marc montre qu'à l'instant où il écrit, les 4 grands évangiles ne sont pas encore sacralisés. Les emprunts qu'il fait à d'autres sources montrent qu'ils n'ont pas vocation à être une source exclusive. Dans un temps où triomphe l'idée de Plotin que la vérité est une et que le dissensus est haïssable, on ne peut concevoir que chacun des évangiles réputés canoniques avait vocation à se suffire à lui-même et non à compléter les autres. Chacun d'eux, du point de vue de leurs auteurs, se proposait de devenir le seul témoignage valide de la vie et de l'enseignement de Jésus qui supplanterait tous les autres. D'ailleurs, l'intention polémique est clairement marquée dans l'incipit de l'auteur à Théophile. Plusieurs compilations harmonisantes ont été produites. Celle de Tatien perdurera dans le corpus canonique de l'église syriaque.

Canonisation des 4 évangiles

Pourquoi ces 4 là et pas les autres ? Cette question vient immédiatement à l'esprit d'un lecteur du . Elle intéressait aussi les lecteurs de l'Antiquité tardive et la réponse donnée par Irénée de Lyon dans son Apud Haereses ne manquera pas d'étonner le lecteur contemporain : il ne peut y avoir ni un plus grand ni un plus petit nombre d'évangiles. En effet, il y a 4 régions du monde dans lequel nous sommes et 4 vents principaux Irénée situe sa réflexion dans l'oikoumene d'Anaximandre"Les premiers chrétiens et la culture grecque", dans Histoire du christianisme , I, Le nouveau peuple, des origines à 250 , dir. L. Pietri, Paris, Desclée, 2000, Si l'Amérique et l'Océanie avaient été connues au temps d'Irénée, les Anciens auraient canonisé deux évangiles de plus, ce qui eut été conforme à la cosmologie du temps ; le monde intérieur devait refléter la structure du monde extérieur Jean Michel Maldame o.p., cité dans Journal for Interdisciplinary Research on Religion and Science, No. 1, July 2007, considère que les 2 sources de la pensée patristique sont la Torah et la pensée d'Aristote, en particulier sa cosmologie.

Coexistence d'une tradition orale

L'étude des Pères de l'église et le recueil des citations qu'ils donnent dans les écrits du et montrent que les paroles attribuées à Jésus ne proviennent pas des évangiles tels qu'ils nous sont connus. La première hypothèse est qu'ils citent de mémoire et que celle-ci n'est pas tout à fait précise. La comparaison avec les citations de l'Ancien Testament montre moins de divergences avec les textes de la Septante. Devrait-on supposer que leur mémoire est moins fidèle pour les dits de Jésus que pour les textes de la Septante ? Pourtant, les hommes de l'antiquité étaient surentraînés pour de longues récitations. On formule donc une autre hypothèse. D'autres évangiles ont été écrits qui transmettent d'autres traditions sur les dits et les faits de Jésus. Ils mettent à profit la même tradition orale et servent de référence dans les textes des Pères anciens. Des ouvrages comme :
-L'évangile de Thomas
-L'évangile de Pierre
-Le dialogue du Sauveur conservent des traditions sur Jésus qui ne doivent rien aux évangiles canoniques. Quelques-uns de ces textes périphériques sont couramment utilisés qui n'ont pas été conservés par la canonisation. Ainsi, Papias, évêque de Hiérapolis qui n'est connu que par l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée, connaît des récits similaires à ceux rapportés dans l'évangile "selon Marc" et des éléments de récits qu'on retrouvera dans l'évangile "selon Matthieu". Ces quelques indications sur les connaissances des premiers pères suffisent à invalider la théorie d'Augustin d'Hippone sur la chronologie des évangiles, telle que rapportée pour mémoire dans l'article le Problème synoptique. Papias a écrit des Explications sur les paroles du Seigneur, perdues depuis, à l'exception de la citation de la Préface qu'en fait Eusèbe. Ces explications portent sur les récits oraux qu'il a reçus.

Sur le concept d'hérésie

Selon qu'on se situe au , au , au , les hérésies ne sont pas les mêmes. Il en résulte que les livres rejetés ne sont pas les mêmes. À l'exception des hérésies" donatiste, mélécienne et novartienne, qui traitent des désaccords sur la conduite à tenir face aux apostats et autres relaps et posent la question du pardon
, les hérésies sont majoritairement régionales et régionalement traitées jusqu'au concile de Nicée de 325. On comprend donc qu'une liste d'hérésies qui varie avec la géographie (région) et l'histoire (le temps) conduit à des exclusions/inclusions qui relèvent de temps à autres du règlement de compte. Jusqu'au concile de Chalcédoine, tel qui est excommunié à Rome peut être relevé à Antioche ou ailleurs et réciproquement. Deux exemples :
-Marcion qui porte à Rome vers 140-150 ses 10 lettres de Paul de Tarse en repart excommunié, fonde son église et son corpus est retenu comme base par l'église Syriaque
-Athanase d'Alexandrie, excommunié dans son patriarcat d'origine est relevé et accueilli à Rome jusqu'à ce que l'empereur fasse statuer en concile qu'il n'est plus possible à un évêque de relever l'excommunication d'un autre de ses collègues. En dépit de quoi, les évêques de Nicomédie, d'Antioche, de Césarée continueront d'accueillir et de réintégrer les excommuniés d'Alexandrie ou de Rome.

Conclusion d'étape

Tatien et Marcion, par le choix de leurs sources et leur entreprise de réécriture témoignent de la résistance à accepter plusieurs témoignages divergents. Le rôle de Marcion fut décisif, ne serait-ce que dans l'idée de clore une liste pour la dresser contre les autres sources, d'un corpus s'opposant à d'autres corpus disponibles. L'église de Marcion, discréditée sous le nom de marcionitisme, subsistera plusieurs siècles en Asie Mineure. Pour lutter contre celle-ci, les patriarcats orientaux et occidentaux utiliseront la méthode qu'elle avait inaugurée : dresser une liste où la distinction de certains livres élevés au statut d'écriture inspirée renvoie les autres sources au rang de fabulae, c'est-à-dire d'apocryphes.

Canon d'Orient, canon d'Occident

Critères

Selon qu'elles viennent d'Orient et d'Occident, les listes de livres retenus ne sont pas les mêmes. Outre les réticences à la réception plurielle d'un témoignage tétramorphe (néologisme d'Irénée!), certains livres reçus en Occident sont répudiés en Orient et réciproquement. Les églises orientales fonctionneront longtemps avec un canon de 22 livres tandis que les églises d'Occident tiendront pour un canon de 27 livres. Orientaux comme Occidentaux utilisent cependant les mêmes critères :
-Sont indiscutables les livres qui sont reçus par le plus grand nombre
-Suit une deuxième collection de livres qui semblent bons mais dont on se demande s'ils le sont assez pour être lus en public durant les liturgies.
-La troisième liste rassemble les livres écrits par des hérétiques et, pour cela doivent être rejetés (voire détruits) Ce classement appelle quelques remarques.

Sur la deuxième liste

Elle comporte généralement des textes dont la critique textuelle contemporaine montre qu'ils sont de rédaction contemporaine ou quasi-contemporaine de ceux qui se chargent d'établir les listes. Quoique la canonisation d'un texte contemporain ne soit pas interdite, comme le montre celle du Diatessaron de Tatien dans l'église syriaque, il semble que l'ancienneté attribuée aux textes soit un sésame. Cette deuxième liste comporte aussi des livres nés de père inconnu mais reçus partout. Au bout de longues tractations, certains seront inclus dans le canon. D'autres, d'usage liturgique dans certaines communautés, seront rejetés. On n'a aucune idée de ce que signifie pseudépigraphie.

Les livres toujours retenus

La première liste comprend partout :
-Les 4 évangiles
-Les actes
-La première épître de Jean En ce qui concerne les épîtres, les listes varient. Marcion en connaissait 10, les autres listes en donnent 13, voire 14. Certaines listes furent construites autour de la symbolique du nombre 7 au prix d'acrobatie : les lettres doubles comptant pour une seule. :article spécialisé : Paul de Tarse
-Les livres suivants furent toujours retardés:
-Les épîtres dites catholiques, non parce qu'elles appartiennent en propre à une dénomination (comme on aurait tendance à le croire aujourd'hui) mais parce qu'elles sont adressées à toutes les églises au lieu d'être adressées à l'une d'elles, une métropole, en particulier comme le cas est constant chez Paul et dont elles imitent le genre littéraire. Ce sont :
-Jude
-2 et 3 Jean
-Jacques
-2 Pierre Quelques textes sont systématiquement ignorés en occident qui sont appréciés en Orient et réciproquement :
-L'épître aux Hébreux, reçue en Orient,
-L'Apocalypse (Révélation) de Jean, reçue en Occident, rejetée en Orient du fait de la proximité de la tradition tannaïte. Mise en cause par Athanase d'Alexandrie, elle sera intégrée au canon au
-L'épître à Philémon est ignorée de l'église syriaque qui connaît en revanche une 3 épître aux Corinthiens.

Clôture du canon

Dans les églises latines

Le canon se clôt à 27 livres par autorité d'église. De ce fait, il se ferme plus tôt qu'en Orient aux synodes régionaux de Carthage de 397 et de 419. Jusqu'aux dernières années du , il exclut l'épître aux Hébreux. Cette question n'est jamais traitée dans les conciles œcuméniques de la fin du siècle. Cette lacune assigne donc ces conciles au rôle de tribunal et au lieu d'espace où traiter des affaires des églises dans un projet d'unification. En dépit des décrets de Gélase, les littératures apocalyptiques autres que celle de Jean seront recopiées et tenues pour partie prenante du Nouveau Testament jusqu'au milieu du Moyen Âge

Dans les églises grecques

C'est l'usage des livres dans les communautés qui détermine le canon. Le canon démarre à 22 livres, sans épître aux Hébreux, sans lettres de Jaques, ni 2 Pierre, ni 3 Jean non plus que Jude. Au milieu du , l'œuvre de Cyprien de Carthage ne cite aucun de ces 5 livres non plus que la lettre à Philémon et, bien évidemment sans Apocalypse. Cette opposition aux littératures apocalyptiques s'inscrit dans la lutte contre le millénarisme montaniste, attestée par Eusèbe de Césarée, puis par Grégoire de Naziance, Amphiloque d'Iconium (mort en 896) qui déclare à propos de l'Apocalypse : Certains l'acceptent mais la plupart le disent inauthentique L'école d'Antioche, avec Jean Chrysostome (347-407), Théodore de Mopsueste (393-466) s'en tient à un canon de 22 livres sans Apocalypse. Le concile In Trullo (692) ne règle rien.

Ambiguité de la cloture

Dans sa lettre Festale, Athanase recommande des livres non canoniques pour l'instruction des débutants qui sont, aujourd'hui considérés comme apocryphes :
-Le pasteur d'Hermas
-La Doctrine des apôtres (aujourd'hui perdue) Il recommande aussi des Apocryphes de l'Ancien Testament inclus aujourd'hui parmi les deutérocanoniques :
-La sagesse de Salomon (Connue en son temps comme sagesse des amis de Salomon et en son honneur)
-Le passage de livres sans père à livres absurdes et impies s'opère lentement au cours de débats et s'exprime sous cette forme chez Eusèbe. En quelque sorte, la qualité d'hérétique remonte depuis les hommes jusque vers les livres pseudépigraphes. Cette appréciation est savoureuse à posteriori quand l'exégèse a montré depuis le que même les 4 évangiles réputés canoniques sont eux-mêmes des pseudépigraphes. :articles spécialisés : Apocryphe, Manuscrits de la Bible Dans cette critique d'Athanase s'enracine la meilleure hypothèse actuelle concernant les manuscrits coptes de Nag Hammadi ; on peut penser qu'ils furent enterrés parce qu'une partie d'entre eux faisaient partie des livres condamnés.

Écrits mentionnés dans la Bible mais qui ne s'y trouvent pas

- le Livre de l'alliance] (Ex 24:7)
- les Guerres de l'Éternel (No 21:14)
- le Livre du Juste (Jos 10:13 ; 2 S 1:18)
- le Livre des actes de Salomon (1 R 11:41)
- le Livre de Samuel le voyant (1 Ch 29:29)
- le Livre de Nathan le prophète (1 Ch 29:29 ; 2 Ch 9:29)
- le Livre de Gad le prophète (1 Ch 29:29)
- la Prophétie d'Achija de Silo (2 Ch 9:29)
- les Révélations de Jéedo le prophète (2 Ch 9:29)
- le Livre de Schemaeja le prophète (2 Ch 12:15)
- le Livre d'Iddo le prophète (2 Ch 12:15 ; 13:22)
- les Mémoires de Jéhu (2 Ch: 20:34)
- le Livre de Hozaï (2 Ch 33:19)
- les prophéties d'Hénoch/Hénoc (Jud v. 14)
- une épître aux Corinthiens (1 Co 5:9)
- une épître aux Éphésiens (Ép 3:3, 4)
- une épître aux Laodicéens (Col 4:16)

notes et références

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