Apollon

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Apollon du Belvédère, copie romaine d'un original du de Léocharès, musée Pio-Clementino Apollon (en grec ancien / Apóllôn, en latin Apollo) est le dieu archer grec de la clarté solaire, de la raison, des arts et plus précisément de la musique et de la poésie. Il est également dieu des purifications et de la guérison, mais peut apporter la peste avec son arc ; enfin, c'est un des principaux dieux capables de divination, consulté, entre autres, à Delp
Apollon

Apollon du Belvédère, copie romaine d'un original du de Léocharès, musée Pio-Clementino Apollon (en grec ancien / Apóllôn, en latin Apollo) est le dieu archer grec de la clarté solaire, de la raison, des arts et plus précisément de la musique et de la poésie. Il est également dieu des purifications et de la guérison, mais peut apporter la peste avec son arc ; enfin, c'est un des principaux dieux capables de divination, consulté, entre autres, à Delphes, où il rendait ses oracles par la Pythie. Il a aussi été honoré par les Romains, qui l'ont adopté très rapidement sans changer son nom. C'est peut-être le dieu qui a le plus été adoré dans toute la mythologie gréco-romaine et l'un des plus complexes à cerner. Le fait qu'il soit parfois suivi de muses explique son second nom, le musagète (celui qui conduit les muses). " On peut dire, sans outrance, qu'Apollon reflète pour les Grecs le génie artistique de leur pays, l'idéal de la jeunesse, de la beauté, et du progrès." http://www.ai.univ-paris8.fr/corpus/lurcat/dara/apollon.htm

Généalogie

Apollon et sa sœur Artémis, médaillon d'une coupe de Brygos et du Peintre de Briséis, v. 470 av. J.-C., musée du Louvre Apollon est le fils de Zeus (Jupiter pour les Romains) et d'une Titanide, Léto (Latone pour les Romains). Sa sœur jumelle est Artémis (Diane pour les Romains). L'un des Hymnes homériques raconte en détails son histoire : Héra (Junon pour les Romains), jalouse d'une nouvelle infidélité de son divin époux, avait interdit à la Terre de recevoir Léto, enceinte d'Apollon et de sa sœur. Celle-ci errait donc en vain à la recherche d'un lieu qui l'accueillerait. Seule l'île d'Ortygie ou Astérie, qui n'était pas fixe, put l'accepter, car son statut de terre flottant sur les eaux n'en faisait ni une île au sens propre ni une zone terrestre. Léto lui promit d'en faire une île fixe et purifiée ; celle-ci ne put cependant mettre au monde ses jumeaux et souffrit pendant neuf jours et neuf nuits des douleurs de l'enfantement ; en vain : Héra retenait subtilement Ilithyie, qui préside aux accouchements. D'autres déesses, cependant, envoyèrent Iris, la messagère des dieux, afin qu'elle libérât Ilithyie de l'attention d'Héra, ce qu'elle fit. Léto put enfin accoucher, d'abord d'Artémis, qui l'aida à mettre au monde Apollon. Thémis offrit au nouveau-né le nectar et l'ambroisie et lui transmit de fait le goût de l'équité ; Ortygie, enfin fixe, devint une terre sacrée, sur laquelle nul ne pouvait naître ou mourir et prit le nom de Délos, c'est-à-dire « la visible » (voir à religion grecque antique, section « Le pur et l'impur »). Apollon, par sa grande beauté, ne manqua pas d'éveiller la passion dans les cœurs des jeunes grecques, des nymphes de l'Olympe, et des jeunes bergers d'Arcadie. Ainsi, de la nymphe Psamathée, on lui attribue la paternité de Phocos, et du musicien Linos. De la nymphe Cyrène, il eut un fils, Aristée. Il enleva d'ailleurs Cyrène et la conduisit en Afrique dans la région qui prit le nom de Cyrénaïque. Il épousa la nymphe Coronis, avec qui il eut pour fils le dieu Asclépios. Néanmoins, ayant appris que sa femme avait eu une liaison avec un mortel, il la fit brûler sur un bûcher. Il épousa en seconde noces la muse Calliope, pourtant femme du roi de Thrace Œagre. Il lui donna trois fils : Hymenoes, dieu des mariages, Orphée, musicien talentueux aux nombreux exploits, et Ialenos. Il eut aussi des liaisons extraconjugales avec Créüse, princesse athénienne, avec qui elle eut Ion, avec Idothée dont il eut un fils Eusinos et avec les jeunes garçons Cyparisse et Hyacinthe.

Origines

Une divinité asiatique ?

Apollon citharède versant une libation, médaillon d'une coupe attique à fond blanc attribuée au Peintre de Pistoxénos, musée archéologique de Delphes La thèse d'une origine asiatique d'Apollon et d'Artémis a été soutenue, plutôt au début du , par des grands noms de l’hellénisme tels que Martin Persson Nilsson en 1911 ou Ulrich von Wilamowitz-Moellendorff en 1903. Pour les Grecs « asiatique » signifiait « d'Asie Mineure ». Le nom même de Léto pourrait venir du lycien, un dialecte indo-européen parlé autrefois en Anatolie, et signifierait, sous la forme Lada, « femme ». L'une des épiclèses d'Apollon, Apollon Lycien, conforte cette hypothèse. De même, l'arme d'Apollon et de sa jumelle, l'arc, n'est pas grec mais barbare (au sens grec : tous les peuples qui ne parlent pas le grec) ; il porte de plus, comme sa sœur, non pas des sandales, à l'instar des autres dieux, mais des bottines, type de chaussure considérée comme asiatique par les Anciens. En outre, il est, dans l'Iliade d'Homère, du côté des Troyens, peuple asiatique, et le rejet que subit Léto, que nulle terre grecque n'accepte, conforterait l'idée d'un dieu étranger. C'est paradoxalement peut-être le dieu le plus grec de tous, et son adoption rapide par les peuples hellènes a vite dissimulé ses origines lointaines. Il est aussi possible que ses origines remontent au peuple dorien du Péloponnèse, lequel honorait un dieu nommé / Apéllôn, protecteur des troupeaux et des communautés humaines ; il semblerait que le terme vienne d'un mot dorien, / apélla, signifiant « bergerie » ou « assemblée ». L'Apellon dorien serait une figure syncrétique de plusieurs divinités locales pré-grecques, de même que l'Apollon grec est la fusion de plusieurs modèles, dont Apollon ; il est d'ailleurs remarquable que son épithète de Lycien puisse être comprise comme « qui vient de Lycie » ou « qui protège des loups », c'est-à-dire que les deux origines, l'une asiatique et l'autre dorienne, se confirment en un seul terme. Lorsque son culte s'introduit en Grèce, il est déjà honoré par d'autres peuples pré-hellènes, ce que Hymne homérique qui lui est destiné indique en signalant que les Crétois étaient ses premiers prêtres. Son premier lieu de culte est bien sûr Délos, capitale religieuse des Ioniens ; c'est sous Périclès, au , que l'île passe aux mains des Athéniens, qui confortent son caractère de sanctuaire inviolable en y faisant interdire toute naissance et toute mort. Le culte d'Apollon s'était entre-temps répandu partout dans le monde Antique, de l'Asie Mineure (le sanctuaire de Didymes, près de Milet, en porte la trace flagrante : c'est l'un des plus grands temples jamais bâtis dans la zone méditerranéenne) à la Syrie, sans parler des innombrables temples qui lui sont dédiés en Grèce même.

Une divinité gréco-celtique ?

Apollon de Lillebonne, bronze doré gallo-romain du , musée du Louvre Au rebours de la thèse traditionnelle, Bernard Sergent, spécialiste de mythologie comparée, s'attache à montrer dans Le livre des dieux. Celtes et Grecs, II (Payot, 2004) l'identité d'Apollon et du dieu celtique Lug. Pour lui, le dieu n'est pas asiatique mais gréco-celtique, et par-delà, indo-européen. Il remonte au moins à la séparation des ancêtres des Celtes et des Grecs, au , et il est arrivé « tout d'un bloc » en Grèce : ce n'est pas une divinité composite. Il possède des homologues en domaine germanique (Wotan) ou indien (Varuna). Apollon serait la version divine du roi humain. Les poèmes homériques lui donnent systématiquement l'épithète anax, qui remonte à la désignation mycénienne du roi, wanax. Or le roi indo-européen est rattaché aux trois fonctions définies par Georges Dumézil, d'où la complexité d’Apollon : il remplit toutes les fonctions que puisse avoir un dieu. La définition de Lug donnée par C.-J. Guyonvarc'h et F. Le Roux peut aussi bien s'appliquer à lui : il est « tous les dieux résumés en un seul théonyme ». B. Sergent compare une à une toutes les caractéristiques connues de Lug et d'Apollon et relève de nombreux points communs : ce sont des dieux lumineux, jeunes, beaux, grands, mais parfois polycéphales et hermaphrodites, pratiquant des épiphanies, des rapides disposant d'une puissance foudroyante, de très grands « druides », des guerriers, des protecteurs des troupeaux, des maîtres des moissons, associés aux arbres, des maîtres du temps, des médecins, les maîtres des fondations, les responsables des défrichements et des chemins, les protecteurs des assemblées, les maîtres des initiations, des méchants, des rusés, des maîtres des techniques, des maîtres tout court, des dieux des hauts lieux et des grosses pierres. Leurs attributs communs sont l'arme de jet, l'instrument à cordes, le corbeau, le roitelet, « l'aigle pourri », le cygne, le coq, le héron et la grue, le chien et le loup, le cerf, le sanglier, le serpent et la tortue, l'ours, le dauphin, le phoque, le poisson, le cheval, la pomme et la branche nourricière, les nombres trois, sept et neuf, la danse en rond sur un pied, la pourriture. Ils sont également rattachés à des mythes communs, tels que la naissance, le meurtre des géants borgnes, la succession de Terre (Gaia ou Thémis en Grèce, Tailtiu en Irlande) ou la fondation de jeux. Par ailleurs, selon B. Sergent, le culte d'Apollon ne s'est fixé en Lycie qu'au . Auparavant, les Grecs ont pu faire des « jeux de mots » entre le nom de la Lycie (Lukia en grec) et les épithètes Lukeios, Lukios, Lukêgenès d'Apollon, qui se rapportent au loup (lukos), l'un des attributs d'Apollon, ou à la lumière (lukê). Il serait Lukê-genès, comme le dit Iliade, parce qu'il serait « né de la lumière » et non pas « né en Lycie ». C'est surtout à Delphes que le caractère complexe du dieu se révèle, dans son rôle d'inspirateur de la Pythie et des hommes, qu'il révèle à soi.

Le dieu-loup?

Dans Apollo the Wolf-godJournal of Indo-European Studies, vol. 8, 1991, , Daniel E. Gershenson voit en Apollon un dieu d’origine indo-européenne, dont les attributs principaux seraient rassemblés dans l’expression Apollon dieu-loup. Cet auteur s’inscrit dans la lignée des travaux de Louis Gernet Dolon le loup et de Henri Jeanmaire Couroï et Courètes. Par là, il faut entendre non pas le culte de l’animal en lui-même, mais de son symbolisme de loup mythique, lequel n’est autre que le vent considéré tant par ses vertus bénéfiques que destructrices. Les vents, comme Zéphyr le vent-loup, peuvent être favorables aux semences, mais sont aussi tenus pour issus des cavernes et cette origine souterraine les mets en relation avec les Enfers. Le vent est ainsi le passage entre le chaos et le cosmos. Ceci explique le rôle de la divinité comme tuteur des éphèbes, de jeunes guerriers qui accomplissent leur initiation d’adultes, sa fonction de protecteur du grain semé et enfin sa qualité de dieu de la prophétie qui révèle les mystères et initie les musiciens et les poètes. Le Lycée ( / Lykeion) rendu célèbre par Aristote est placé dans un gymnase jouxtant le temple d’Apollon Lykeios. Apollon Lykeios, le dieu-loup, serait le maître des passages, dieu qui transforme les forces chaotiques des confréries de loups-garous de l’adolescence vers l’âge adulte, qui dévoile par la prophétie ou la Pythie le monde caché vers le découvert. Gershenson présente de nombreux témoignages dans le monde européen qui pourraient montrer que ce dieu-loup et dieu-vent remonte à une période antérieure à la séparation des peuples européens qui ont pénétré en Europe centrale et méridionale. Ses déductions ont été confirmées plus tard par Bernard Sergent, un auteur qui a notamment souligné le lien d'Apollon avec les loups et son rôle joué dans les initiations, ainsi que son origine indo-européenne. Apollon est particulièrement associé à Borée, le Vent du Nord. Lug, son équivalent celtique, est un « chevaucheur de tempêtes ». Sergent a cependant accusé Gershenson de donner une vision trop réductrice d'Apollon, ce dieu ayant une personnalité beaucoup plus riche que celle décrite dans cette thèse

Hauts faits

La fondation de Delphes est sans doute le plus important de ses hauts faits. Après sa naissance, Apollon quitta Délos pour la contrée des Hyperboréens, peuple mythique du Septentrion, près de qui il séjourna un an (il y revint périodiquement à la suite). De retour, il décida de faire de Delphes son prochain sanctuaire. Le lieu, en effet, était censé être le centre de l'Univers (voir l'article consacré à Delphes), mais il était aux mains d'anciennes puissances chtoniennes : Gaïa (ou Thémis) y était honorée, et un serpent fabuleux, la / drákayna y résidait. Selon une autre version, Apollon pourchassa le serpent Python pour se venger, ce dernier ayant tourmenté sa mère Léto durant sa grossesse. Après avoir tué le serpent et supplanté Gaïa, il fit de Delphes son territoire. La dépouille du serpent devint / Pythố(n), peut-être « la pourrissante » (d'où notre python) et Apollon prit le titre de Pythien, comme le fit la prophète Pythie (à cet égard, il importe de remarquer que l'oracle est, encore une fois, lié aux forces telluriques ; il est aussi notable qu'en d'autres sanctuaires qui lui sont dédiés, comme à Claros en Ionie (Turquie), Apollon a remplacé des divinités chtoniennes qui y étaient adorées). À l'issue de ce meurtre, Apollon dut se purifier avec l'eau du Tempé, afin de se laver de la souillure (voir à religion grecque antique, section « Le pur et l'impur ») et confirma son rôle de dieu des purifications. Ayant besoin de sectataires, il se métamorphosa en dauphin et détourna un navire crétois qui passait près de là pour en attirer les passagers, les prêtres signalés plus haut, dans son sanctuaire. C'est ainsi que la ville prit réellement son nom de Delphes ( / Delphoí), dérivé de / delphís, « dauphin » (lequel terme français nous vient du grec par le latin).

Apollon-Phébus

Apollon-Hélios étrusque en terre cuite polychrome provenant de Falerii, fin du , musée national étrusque de la villa Giulia Apollon est aussi parfois appelé Phébus (ou Phœbus, / Phoĩbos, en grec ancien). Les poèmes homériques le nomment souvent « Phébus Apollon ». De fait, certains livres et manuels en concluent bien vite qu'Apollon et Phébus sont les mêmes personnes. Ce n'est qu'à moitié vrai. En réalité, Apollon enfant, très joueur, avait subtilisé les foudres de Zeus et foudroya le char du Soleil. En punition, il reçut la tâche de conduire le char et devenait donc Phébus, le « dieu soleil ». Apollon et Phébus sont donc la même personne, mais ils ne possèdent, en tant que dieux, ni les mêmes attributs, ni le même domaine.

Épiclèses et attributs

- Épiclèses :
- / hekêbólos, « qui vise loin »,
- / hyperbóreos, hyperboréen), « de l'extrême Nord »,
- / argyrótoxos, « à l'arc d'argent »,
- / hekáergos, « qui repousse au loin », avec ses flèches,
- / mousagétês, « conducteur des Muses, musagète »,
- / khrusolúrês, « à la lyre d'or »,
- / alexíkakos, « qui éloigne le mal »,
- / loxías, « l'oblique » (pour Apollon comme dieu des oracles) ;
- attributs : l'arc, la lyre, la flûte, les cornes de bovidés et le laurier (cf. Daphné) ;
- animaux favoris : le corbeau, le cygne, le coq, le loup et le serpent ;
- sanctuaires : Delphes, Délos, Claros, Argos, Thasos ;
- fêtes qui lui sont consacrées : les Karneia, les Actia.

Apollon dans l'art européen, de l'Antiquité à nos jours

Statue d'Apollon dans les jardins de Versailles Bassin du Char d'Apollon à Versailles

Apollon dans l'art antique

- Apollon de Piombino, conservé au Musée du Louvre ;
- Grand Apollon doré de Lillebonne, ap. J.-C. (Musée du Louvre).

Renaissance d'Apollon au

Apollon et l'art de Louis XIV

- La galerie d'Apollon, au Louvre, est l'œuvre de décorateur et peintre Charles Le Brun. Elle fut continuée par Eugène Delacroix et achevée sous le Second Empire.
- Dans le château de Versailles, le salon d'Apollon, ou salle de trône, était réservé à la réception des ambassadeurs. Le dieu des arts semblait également patronner les spectacles de danse et de musique qui s'y déroulaient.
- Les jardins de Versailles offrent de nombreuses représentations du dieu solaire :
- Le bassin d'Apollon est situé dans la grande perspective, à proximité du Grand Canal. Une statue monumentale d'Apollon a été réalisée par Tuby. Apollon sort de l'eau conduisant un char tiré par des chevaux (voir photo).
- Le bosquet des bains d'Apollon, réalisés au , reprennent le thème du dieu solaire fatigué, entouré de nymphes (voir photo).
- Peintures :
- Apollon et Aurore, Gérard de Lairesse, 1671, Metropolitan Museum of Art, New York. Image:BassinApollon1.jpg|Bassin d'Apollon dans les jardins de Versailles Image:Bainsapollon1.jpg|Bosquet des bains d'Apollon, jardins de Versailles

Sources

- (I, 4, 1 ; I, 9, 15 ; II, 5, 9 ; III, 1, 2 ; III, 10, 1 ; III, 12, 5).
- (VII, 445-452 ; XXI, 435-441).
- (I, 416 ; III, 534 ; VI, 382 ; X, 106).

Voir aussi

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