Georges Simenon

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Georges Joseph Christian Simenon (IPA: ) est un écrivain belge de langue française. Il est né à Liège, officiellement, le 13 février 1903. Sa vie commence par un mystère, il serait né le vendredi 13 février, mais déclaré le 12 par superstition , et mort à Lausanne le . Simenon était un romancier d’une fécondité exceptionnelle : on lui doit 192 romans, 158 nouvelles, plusieurs œuvres autobiographiques et de nombreux articles et reportages publiés sous son pro
Georges Simenon

Georges Joseph Christian Simenon (IPA: ) est un écrivain belge de langue française. Il est né à Liège, officiellement, le 13 février 1903. Sa vie commence par un mystère, il serait né le vendredi 13 février, mais déclaré le 12 par superstition , et mort à Lausanne le . Simenon était un romancier d’une fécondité exceptionnelle : on lui doit 192 romans, 158 nouvelles, plusieurs œuvres autobiographiques et de nombreux articles et reportages publiés sous son propre nom et 176 romans, des dizaines de nouvelles, contes galants et articles parus sous 27 pseudonymes. Les tirages cumulés de ses livres atteignent 550 millions d’exemplaires. Georges Simenon est, selon l'Annuaire Statistique de l'UNESCO de 1989, le dix-huitième auteur toutes nationalités confondues, le quatrième auteur de langue française, et l'auteur belge le plus traduit dans le monde. André Gide, André Thérive et Robert Brasillach furent les premiers à le reconnaître comme un grand écrivain. André Gide a dit de lui : « Simenon est un romancier de génie et le plus vraiment romancier que nous ayons dans notre littérature d'aujourd'hui », alors que le philosophe Hermann von Keyserling déclara . Il a été choisi comme un des Cents Wallons du siècle, par l'Institut Jules Destrée, en 1995.

Biographie

Simenon est né au 2 étage du « 26 (aujourd'hui 24) rue Léopold » à Liège. Il est le premier fils de Désiré Simenon, comptable dans un bureau d’assurances, et d’Henriette, mère au foyer, treizième enfant issue d’une famille aisée, mariés le 22 avril 1902. Fin avril 1905, la famille déménage au « 3, rue Pasteur » (aujourd'hui 25, rue Georges Simenon) dans le quartier d’Outremeuse. On retrouve l’histoire de sa naissance au début de son roman Pedigree. La famille Simenon est originaire du Limbourg belge, une région de basses terres proches de la Meuse, carrefour entre la Flandre, la Wallonie et les Pays-Bas (voir aussi Euregio Meuse-Rhin). La famille de sa mère est aussi originaire du Limbourg, mais du côté hollandais ; plat pays de terres humides et de brumes, de canaux et de fermes. Du côté de sa mère, il descend de Gabriel Brühl (paysan et criminel de la bande des verts-boucs qui, à partir de 1726, sous le régime autrichien, écuma le Limbourg, rapinant fermes et églises, et qui finit pendu en septembre 1743 au gibet de Waubach). Cette ascendance explique peut-être l'intérêt particulier que porta le commissaire Maigret aux gens simples devenus assassins. Le Limbourg fait aussi apparition dans son œuvre. Simenon a logé quelques semaines à Neeroeteren, notamment dans une maison qui lui inspira le roman La Maison du Canal.

Sa jeunesse à Liège

En septembre 1906 naît son frère Christian qui sera l’enfant préféré de sa mère, ce qui marquera profondément Georges. Ce malaise se retrouvera dans des romans comme Pietr-le-Letton et Le Fond de la bouteille. Il apprend à lire et à écrire dès l’âge de trois ans à l’école Sainte-Julienne pour les petits. À partir de septembre 1908, il suit ses études primaires à l’Institut Saint-André où durant les six années qu’il y passera jusqu’en juillet 1914, il se classera toujours dans les trois premiers. En février 1911, la famille s’installe dans une grande maison au « 53 rue de la Loi » où la mère va pouvoir y louer des chambres à des locataires, étudiants ou stagiaires, de toutes confessions et origines (russe, polonaise ou belge). Ce fut pour le jeune Georges une extraordinaire ouverture au monde que l’on retrouvera dans nombre de ses romans comme Pedigree, Le Locataire ou Crime impuni. À peu près à cette époque, il devient enfant de chœur, expérience que l’on retrouvera dans L’Affaire Saint-Fiacre et dans Le Témoignage de l’enfant de chœur. En classe de sixième, en septembre 1914, il entre chez les Jésuites, au collège Saint-Louis, et dès l'âge de douze ans, il décide de vouer sa vie au roman. Lors de l’été 1915, il connaît sa première expérience sexuelle avec une « grand fille » de quinze ans, ce qui sera pour lui une véritable révélation, complètement à l’encontre de l’endoctrinement de pudibonderie et de chasteté que lui ont asséné les pères jésuites. Il préfèrera d’ailleurs effectuer sa rentrée au collège Saint-Servais qui prépare aux sciences et aux lettres et où il passera trois années de sa scolarité. Cependant le futur écrivain est toujours mis un peu à l’écart par ses camarades plus fortunés, et si au collège des Jésuites il s’était éloigné de la religion, au collège Saint-Servais il trouve maintes raisons de haïr les riches qui lui font sentir son infériorité sociale. Un jour de l'année 1916, le médecin de la famille Simenon fit appeler le jeune Georges pour lui dire que son père n'avait pas plus d'une année à vivre et qu'il lui fallait travailler. Cette révélation bouleverse le jeune Georges. En février 1917, la famille déménage pour s’installer dans un ancien bureau de poste désaffecté du quartier d’Amercœur. En juin 1918, prétextant les problèmes cardiaques de son père, il décide d’arrêter définitivement ses études, sans même participer aux examens de fin d'année ; s'ensuivent plusieurs petits boulots sans lendemain (apprenti-pâtissier, commis de librairie). En janvier 1919, en conflit ouvert avec sa mère, il entre comme reporter à la rubrique « faits divers » du journal très conservateur La Gazette de Liège dirigée par Joseph Demarteau, troisième du nom. Cette période journalistique fut pour le jeune Simenon, juste âgé de seize ans, une extraordinaire expérience qui va lui permettre d’explorer les dessous de la vie d’une grande ville, les dessous de la politique mais aussi de la criminalité, de fréquenter et pénétrer la vie nocturne réelle, de connaître les dérives dans les bars et les maisons de passe, elle va lui permettre aussi d’apprendre à rédiger de façon efficace. Il écrira plus de 150 articles sous le pseudonyme « G. Sim ». Durant cette période il va particulièrement s’intéresser aux enquêtes policières et va assister aux conférences sur la police scientifique données par le criminaliste français, Edmond Locard. Outre ces thèmes que l'on retrouvera plus tard dans ses romans, l'influence catholique et réactionnaire de La Gazette de Liège l'ont conduit à signer, sous le titre « Le Péril juif », une série de 17 articles pugnaces, radicalement et fortement antisémitesJacques-Charles Lemaire, Simenon, jeune journaliste, Complexe, 240 pp., 2003.. En juin 1919, la famille déménage à nouveau pour revenir dans la quartier d’Outremeuse, dans la rue de l’Enseignement. Simenon va y rédiger son premier roman « Au pont des Arches », publié en 1921 sous son pseudonyme de journaliste. À partir de novembre 1919, il publie les premiers de ses 800 billets d’humeur, sous le nom de Monsieur Le Coq (jusqu’en décembre 1922). Durant cette période, il approfondit sa connaissance du milieu de la nuit, des prostituées, de l’ivresse d’alcool, des garçonnières en ville. Parmi ses fréquentations, il rencontre des anarchistes, des artistes bohèmes, et même deux futurs assassins, qu’on retrouvera dans son roman Les Trois crimes de mes amis. Il fréquenta aussi un groupe artistique, dénommé « La Caque » mais sans réellement s'investir ; cependant, c’est dans ce milieu qu’il rencontre une étudiante en Beaux-Arts, Régine Renchon, qu’il épousera en mars 1923. Dans Quand j'étais vieux, Simenon (Presses de la Cité p.132) évoque (4/1/61) l'influence qu'a eue sur lui le journal de la FGTB liégeoise La Wallonie, nomme André Renard, et auparavant , la grève de 1960-1961 dont les images le font souffrir et lui donne envie d'envoyer un télégramme « à la Wallonie qui est à la tête de la révolte du peuple belge » (sans qu'on puisse dire s'il s'agit du journal (La Wallonie) ou du pays (ou les deux).

Simenon à Paris

Durant toute cette période, lors de laquelle il fréquenta des bohèmes et des marginaux, il commença à caresser l’idée d’une véritable rupture, qu’il concrétisa après la mort de son père, en 1922, en partant s’installer à Paris avec la blonde Régine Renchon. Il choisit la vie d'artiste, découvre cette grande capitale et apprend à l’aimer pour ses délires, ses désordres et ses délices. Il part à la découverte de ses bistrots, bougnats, meublés, hôtels minables, brasseries et petits restaurants, qui lui offrent le beaujolais, l’andouillette et les petits plats mitonnés. Il y rencontre aussi le petit peuple parisien d’artisans besogneux, de concierges acariâtres et de pauvres types à la double vie. Il commence à écrire sous divers pseudonymes et sa créativité lui assure un succès financier rapide. À vingt ans, il abattait deux romans populaires par semaine à raison de 80 pages par jour. En 1928, il entreprend un long voyage en péniche dont il tire des reportages. Il y découvre l’eau et la navigation, qui deviendra un fil rouge tout au long de son œuvre. Il décide en 1929 d’entreprendre un tour de France des canaux et fait construire un bateau, l’Ostrogoth, sur lequel il vivra jusqu’en 1931. En 1930, dans une série de nouvelles pour Détective, écrites à la demande de Joseph Kessel, apparaît pour la première fois le personnage du commissaire Maigret. En 1932, Simenon part pour une série de voyages et de reportages en Afrique, en Europe de l’Est, en Union soviétique et en Turquie. Après une longue croisière en Méditerranée, il s’embarque pour un tour du monde en 1934 et 1935. Lors de ses escales il effectue des reportages, rencontre de nombreux personnages, et fait beaucoup de photos. Il en profite aussi pour découvrir le plaisir auprès des femmes sous toutes les latitudes.

Simenon et la région de La Rochelle

Dans l'œuvre de Simenon, trente-quatre romans et nouvelles se situent ou évoquent la ville de La Rochelle. Parmi les romans, dans lesquelles apparaît cette ville et sa région, on peut citer : Le Testament Donnadieu (1936), Le Voyageur de la Toussaint (1941) et Les Fantômes du Chapelier. La ville ce matin-là, ressemblait au La Rochelle de certaines gravures anciennes de M Brun. La marée était basse, le bassin presque vide de son eau. Les barques de pêche s’étaient peu à peu couchées dans la vase qu’on voyait, épaisse, sillonnée de minces ruisseaux… (…) Chaque jour, les lampes s'allumaient un peu plus tôt et la seconde vie de la ville commençait, celle des bonnes femmes de la campagne ou de La Rochelle, allant, silhouettes noires, se heurter comme des phalènes aux vitrines illuminées, celle des bureaux silencieux où, de la rue, on voyait des employés courbés sous des abat-jour verts, vie d’hiver plus animée dans les rues commerçantes, plus mystérieuse dans les ruelles où les becs de gaz servent de point de rendez-vous et où l’on s’étreint sous les porches.Dans le port, l’eau sentait plus fort, les bateaux se soulevaient davantage au rythme de la marée, les poulies grinçaient et tous les petits bistrots d’alentour étaient saturés de l’odeur du rhum chaud et de la laine mouillée. Il découvre La Rochelle en 1927 alors qu’il passe ses vacances à l’île d'Aix, fuyant la dangereuse attraction de Joséphine Baker dont il était l’amant. Cette année là il découvre aussi une passion pour la navigation, et c’est lors d’une course en bateau qu’il débarque sur les quais de La Rochelle et va prendre un verre au café de la Paix qui va devenir, plus tard, son quartier général et qui sera le lieu central de son roman Le Testament Donadieu. C'est dans ce café, en 1939, qu’il apprend en écoutant la TSF la déclaration de guerre ; il commanda alors une bouteille de champagne, et faisant face à l’incompréhension des présents, il dit : « Au moins, celle-là, on est sûr qu’elle ne sera pas bue par les Allemands ! ». D'avril 1932 à 1936, il s’installe avec son épouse « Tigy » à La Richardière, une gentilhommière du , sise à Marsilly, qu’il utilise comme décor du château des Donnadieu : « ce bâtiment de pierre grise avec sa tour coiffée d’ardoises, autour duquel une allée de marronniers, un petit parc, puis, serré, touffu, humide, coincé entre de vieux murs, un bois en miniature, deux hectares de chênes, domaine des araignées et des serpents ». Début 1938, il loue la villa Agnès, à La Rochelle, avant d’acheter en août 1938 « une simple maison des champs » à Nieul-sur-Mer. Son premier fils, Marc Simenon, y naquit en 1939. Pendant toute la guerre, entre 1940 et 1945, Simenon a continué à vivre en Charente-Maritime, mais cette période, assez mal connue, est sujette à de multiples soupçons. Selon certaines personnes, lors de cette période cruciale de sa vie et de son œuvre, l'écrivain aurait été un collaborateur — comme le dit ambigument Pierre Assouline dans sa biographie consacrée à Simenon. Alors que Michel Carly dans Simenon, les années secrètes — d'après son enquête et les témoignages recueillis — affirme que Simenon n'a pas été un « collabo », mais que Simenon, comme beaucoup à cette époque, a été un peu lâche, un peu rusé, beaucoup opportuniste, sans aucun sens de l'histoire avec un grand «H». Il a commis d'« énormes imprudences » en écrivant dans des journaux contrôlés par les Allemands, mais Simenon ne dénonce pas, ne s'engage pas, pas de politique, seulement de la fiction. En 1944, une dépêche de l'AFP, retrouvée à Poitiers, mentionne sa dénonciation pour « Intelligence avec l'ennemi » par « certains villageois vendéens exaspérés par la conduite égoïste de cet écrivain affichant l'opulence de son train de vie, à l'époque des tickets d'alimentation ». D'autre part, la « Gestapo avait soupçonné Simenon d'être juif, tablant sur une confusion entre Simenon et Simon, patronyme d'origine israélite ». Lors de cette période, Simenon, qui n'est plus libre de ses mouvements, écrit énormément, vingt romans dont seulement trois Maigret. Parmi eux de nombreux chefs-d'œuvre et paradoxalement, dans l'intrigue de ses romans, la grande présente c'est la Charente-Maritime, décrite comme « une région lumineuse, impressionniste, où la mer rejoint la terre. Un plat pays » comme une lointaine nostalgie de son Limbourg familial. La vision ambiguë que Simenon avait de la région et de la bourgeoisie locale a quelquefois offusqué ses habitants. Finalement, agacés mais ravis, car en 1989, la ville lui a rendu hommage, de son vivant, en baptisant du nom de Georges-Simenon le quai situé en face du bassin des Grands Yachts, cependant déjà très malade, il n’avait pu faire alors, le déplacement. En 2003, un autre hommage a eu lieu en présence de son fils, John Simenon.

Simenon après la guerre

Simenon passe donc la Seconde Guerre mondiale en Vendée et entretient une correspondance avec André Gide. Son dernier roman écrit en Vendée Le Cercle des Mahé a pour thème la crise de la quarantaine. En 1945, au sortir de la guerre, il part s’installer aux États-Unis, d'abord en Californie, puis en Floride et dans l'Arizona, avant de s'installer à Lakeville dans le Connecticut, dans une propriété nommée "Shadow Rock Farm" dont la grande maison de 18 pièces comportant 8 chambres à coucher et 6 salles de bains. Il va parcourir pendant dix années en voiture cet immense continent, afin d’assouvir sa curiosité et son appétit de vivre. Durant ces années américaines, il visita intensément New York, la Floride, l’Arizona, la Californie et toute la côte est, des milliers de miles, de motels, de routes et de paysages grandioses. Il va aussi découvrir une autre façon de travailler pour la police et pour la justice et va rencontrer aussi sa seconde épouse, la canadienne Denise Ouimet, plus jeune de 17 ans. Il va vivre avec elle une passion faite de sexe, de jalousie, de disputes et d’alcool. Pendant les sept premières années qu'il passa en Amérique il écrivit 35 livres dont certains ont atteint dans la traduction anglaise des tirages de 500 000 exemplaires : « Je suis bien en Amérique, parce que là-bas il n'y a pas de cafés littéraires où des intellectuels racontent les romans qu'ils n'écriront jamais ». Dès cette époque, les étudiants en langue française des universités américaines commencent à étudier l'œuvre de Simenon En 1952, il est reçu à l’Académie royale de Belgique, et revient définitivement en Europe en 1955. Après une période mouvementée sur la Côte d'Azur à côtoyer la jet-set, il finit par s’installer en Suisse à Epalinges au nord de Lausanne, où il se fait construire une gigantesque maison. En 1956, il participe à un ballet, « La Chambre», pour la Compagnie Roland Petit, et raconte, sur une musique de Georges Auric et dans un décor de Bernard Buffet, une histoire policière. Satisfait du travail accompli, il écrit, avec son vieil ami Georges Auric, un opéra où il fera chanter des policiers et des mauvais garçons. En 1960, il préside le festival de Cannes ; cette année-là, la prestigieuse Palme d’or fut attribuée au film culte La Dolce vita de Federico Fellini. En 1972, il renonce au roman, mais n’en a pas fini avec l’écriture et l’exploration des méandres de l’homme, à commencer par lui-même, dans une longue autobiographie de 21 volumes, dictant tout sur un petit magnétophone : « Des idées, je n’en ai jamais eu. Je me suis intéressé aux hommes, à l’homme de la rue surtout, j’ai essayé de le comprendre d’une façon fraternelle… Qu'ai-je construit ? Au fond, cela ne me regarde pas. » Le suicide de sa fille Marie-Jo endeuille ses dernières années. À 86 ans, Georges Simenon s'éteint à l'aube du 4 septembre 1989; son corps est incinéré le 6. De nuit, Téresa jette ses cendres sur l'herbe du jardin, dans l'ombre du cèdre du Liban, les mêlant à celles de sa fille.

Analyse

À la différence de beaucoup d’auteurs d’aujourd’hui qui essayent de construire une intrigue la plus complexe possible, comme un jeu d’échecs, Simenon propose au final une intrigue simple, mais un décor et des personnages forts, un héros attachant d’humanité, obligé d’aller au bout de lui-même, de sa logique. Le message de Simenon est complexe et ambigu : ni coupables, ni innocents mais des culpabilités qui s’engendrent et se détruisent dans une chaîne sans fin. Les romans de l’écrivain plongent surtout le lecteur dans un monde riche de formes, de couleurs, de senteurs, de bruits, de saveurs et de sensations tactiles ; on y entre dès la première phrase… À la gare de Poitiers, où elle avait changé de train, elle n’avait pas pu résister. (…) Il faisait vraiment chaud. On était en août et l’express qui l’avait amenée de Paris était bondé de gens qui partaient en vacances. Furtivement, fouillant son sac pour y chercher de la monnaie, elle avait balbutié : — Servez-m’en un autre. Le critique Robert Poulet avait dit : « Presque tous ses récits commencent par cent pages magistrales, auxquelles on assiste comme à un phénomène naturel, et à l’issue desquelles on se trouve infailliblement devant une certaine quantité de matière vivante dont un autre Simenon s’empare alors pour en tirer des surprises et des drames beaucoup moins habilement. » Il avait aussi précisé que Simenon était meilleur dans la peinture des états que dans celle des actions, définissant son univers comme statique. Hors commissaire Maigret, ses meilleurs romans sont basés sur des intrigues situées dans des petites villes de province, où évoluent de sombres personnages à l’apparence respectable, mais qui ourdissent de ténébreuses entreprises, dans une atmosphère sournoise et renfermée, dont les meilleurs exemples sont les romans Les Inconnus dans la maison et Le Voyageur de la Toussaint, mais aussi Panique, Les Fiançailles de M. Hire, La Marie du port et La Vérité sur bébé Donge.

Simenon est-il un écrivain belge (wallon) ?

Jean-Louis Dumortier (Georges Simenon, Labor, Bruxelles, 1990) écrit que même si pour les Wallons, Simenon est le plus célèbre des représentants des lettres belges de langue française, il n'est pas facile de le rattacher immédiatement à l'histoire de cette littérature. Il a fui Liège pour des raisons étrangères à cela et c'est Paris qui l'a consacré où, au départ, il n'a écrit que ce qui était considéré comme de la paralittérature pour gagner sa vie. Après 1945, il est couvert de gloire, mais ni comme Belge, ni comme Wallon. Et cela malgré l'admiration de quelqu'un comme André Gide qui a aussi fait un autre Wallon Maurice Grevisse.
La consécration institutionnelle à Paris puis à Liège
Pour J-L Dumortier, Cependant il faut rappeler que l’Académie royale de Belgique l'avait consacré dès 1952 en le recevant comme membre.
Des raisons plus fondamentales
Mais il y a à tout cela des raisons plus fondamentales. Dans Georges Simenon et son pays natal, Maurice Piron dans La Wallonie, le pays et les hommes, tome 3, Bruxelles, 1975, repère les romans à cadre explicitement liégeois : Le Pendu de Saint-Pholien, La Danseuse du Gai-Moulin, Les trois crimes de mes amis. Il repère l'existence d'un substrat liégeois dans bien d'autres romans : on note ainsi que bien des descriptions de villes de provinces françaises comportent des anomalies qui s'expliquent si on considère qu'en fait Simenon décrit sa ville natale. Ces traces liégeoises, innombrables, ont été étudiées par Lemoine. Par ailleurs, Simenon a toujours revendiqué son statut d'enfant de Liège. Piron considère que Pedigree est « le plus grand roman que Liège ait jamais inspiré ». Pour lui, c'est l'œuvre-matrice dont toutes les autres œuvres simenoniennes sont inspirées pour ce qui est des thèmes majeurs et des images-clefs.

Simenon en chiffres

Ses romans font référence à 1 800 lieux du monde entier, et donnent vie à plus de 9 000 personnages, mais ce sont d'abord :
- 103 épisodes de Maigret (75 romans et 28 nouvelles) ;
- 117 romans représentants 25 000 pages ;
- les œuvres complètes publiées sous son patronyme sur 27 volumes ;
- plus de 500 millions de livres vendus ;
- traduit en 55 langues,
- et publié dans 44 pays ;
- plus de 50 films basés sur son œuvre, par le cinéma français ;
- des milliers d’articles dans différents journaux ;
- un millier de reportages autour du monde.

Simenon au cinéma

L’univers de Simenon est relativement statique, mais cela n’a jamais découragé les réalisateurs de cinéma, pourtant « art du mouvement », à porter sur grand écran son œuvre. Plus de cinquante films ont été tournés par le cinéma en France à partir d’une œuvre de Georges Simenon. Des dizaines d’autres ont été tournés par d'autres industries cinématographiques à travers le monde. Il fut le premier romancier contemporain à être adapté dès le début du parlant avec La Nuit du carrefour et Le Chien jaune, parus en 1931 et portés à l’écran dès 1932. Mais au final, les réussites sont assez rares, car entre la fidélité décevante et la trahison féconde, la ligne de partage est étroite, de nombreux réalisateurs (et des plus prestigieux : Jean Renoir, Maurice Tourneur, Marcel Carné, Henri Verneuil, Henry Hathaway, Claude Autant-Lara, Jean-Pierre Melville, Bertrand Tavernier, Claude Chabrol…) s’y sont essayés avec plus ou moins de succès. Finalement, le choix de l’interprète s’est toujours avéré primordial, surtout pour le célèbre commissaire Maigret, car c’est autour de lui que va se structurer le film, sa personnalité, son humanité et sa présence, devant être aussi fortes que l’intrigue. Les acteurs qui ont interprété, au cinéma, le célèbre commissaire sont : Pierre Renoir qui fut un des meilleurs, Abel Tarride, Harry Baur qui fut aussi un des meilleurs, Albert Préjean qui fut le moins convaincant et le plus mal choisi, Charles Laughton, Michel Simon qu’on a juste entrevu, Maurice Manson, Jean Gabin qui sut habiter le rôle et lui donner une composition intelligente, Gino Cervi et Heinz Rühmann qui composa un « Maigret » savoureux et vraisemblable. Jean Gabin et Simenon étaient très amis et l’acteur a tourné un total de dix films adaptés de Simenon, dans lesquels il a su presque faire oublier son passé cinématographique et ses très nombreux rôles de mauvais garçon.

Adaptations pour le cinéma (liste non exhaustive)

- La Nuit du Carrefour (Maigret) réalisé en 1932 par Jean Renoir avec Pierre Renoir.
- Le Chien jaune (Maigret) réalisé en 1932 par Jean Tarride.
- La Tête d'un homme (Maigret) réalisé en 1933 par Julien Duvivier avec Harry Baur.
- Annette et la dame blonde réalisé en 1942 par Jean Dréville.
- La Maison des sept jeunes filles réalisé en 1942 par Albert Valentin.
- Picpus (d'après Signé Picpus) (Maigret) réalisé en 1942 par Richard Pottier avec Albert Préjean.
- Les Inconnus dans la maison réalisé en 1942 par Henri Decoin, scénario de Henri-Georges Clouzot avec Raimu.
- Cécile est morte (Maigret) réalisé en 1943 par Maurice Tourneur avec Albert Préjean.
- L'Homme de Londres réalisé en 1943 par Henri Decoin.
- Le Voyageur de la Toussaint réalisé en 1943 par Louis Daquin, dialogues de Marcel Aymé, avec Jules Berry, Gabrielle Dorziat, Louis Seigner, Serge Reggiani et Jean Desailly.
- Les caves du Majestic (Maigret) réalisé en 1945 par Richard Pottier avec Albert Préjean.
- Panique (d'après Les Fiançailles de M. Hire) réalisé en 1946 par Julien Duvivier, adaptation de Charles Spaak.
- Dernier refuge (d'après Le Locataire) réalisé en 1946 par Marc Maurette avec Raymond Rouleau, Mila Parély.
- La Marie du port réalisé en 1949 par Marcel Carné avec Jean Gabin, Blanchette Brunoy et Nicole Courcel, images de Henri Alekan.
- L'Homme de la Tour Eiffel (Maigret) réalisé en 1950 par Burgess Meredith, (d'après La Tête d'un homme).
- Le Fruit défendu réalisé en 1951 par Henri Verneuil, (d'après Lettre à mon juge) avec Fernandel et Raymond Pellegrin.
- La Vérité sur Bébé Donge réalisé en 1951 par Henri Decoin avec Jean Gabin et Danielle Darrieux.
- Brelan d'As (Maigret) réalisé en 1952 par Henri Verneuil avec Michel Simon.
- La Neige était sale réalisé en 1954 par Luis Saslavsky, avec Daniel Gélin.
- Le Fond de la bouteille réalisé en 1956 par Henry Hathaway.
- Le Sang à la tête (d'après Le Fils Cardinaud) réalisé en 1956 par Gilles Grangier .
- Le Passager clandestin réalisé en 1957 par Ralph Habib.
- Maigret tend un piège (Maigret) réalisé en 1958 par Jean Delannoy avec Jean Gabin.
- En cas de malheur réalisé en 1958 par Claude Autant-Lara, avec Jean Gabin et Brigitte Bardot.
- Maigret et l'affaire Saint-Fiacre (Maigret) réalisé en 1959 par Jean Delannoy avec Jean Gabin.
- Le Baron de l'écluse réalisé en 1960 par Gilles Grangier.
- Le Président réalisé en 1961 par Henri Verneuil, avec Jean Gabin et Bernard Blier.
- La Mort de Belle réalisé en 1961 par Édouard Molinaro, adaptation et dialogues de Jean Anouilh, avec Jean Desailly et Yves Robert.
- Le Bateau d'Émile réalisé en 1962 par Denys de La Patellière, avec Lino Ventura, Annie Girardot, Pierre Brasseur et Michel Simon.
- Maigret voit rouge (d'après Maigret, Lognon et les gangsters) (Maigret) réalisé en 1963 par Gilles Grangier avec Jean Gabin.
- L'Aîné des Ferchaux réalisé en 1963 par Jean-Pierre Melville, avec Charles Vanel et Jean-Paul Belmondo.
- Trois chambres à Manhattan réalisé en 1965 par Marcel Carné, avec Annie Girardot et Maurice Ronet.
- Le Commissaire Maigret à Pigalle (Maigret) réalisé en 1967 par Mario Landi, (d'après Maigret au Picratt's).
- Maigret fait mouche (Maigret), (d’après La Danseuse du gai moulin) réalisé en 1968 par Alfred Weidenmann avec Heinz Rühmann, scénario de Herbert Reinecker, le père de l'"Inspecteur Derrick".
- Le Chat réalisé en 1971 par Pierre Granier-Deferre, avec Simone Signoret et Jean Gabin.
- La Veuve Couderc réalisé en 1971 par Pierre Granier-Deferre, avec Simone Signoret et Alain Delon.
- Le Train réalisé en 1973 par Pierre Granier-Deferre, avec Romy Schneider et Jean-Louis Trintignant.
- L'Horloger de Saint-Paul réalisé en 1974 par Bertrand Tavernier, avec Philippe Noiret et Jean Rochefort.
- L'Étoile du Nord réalisé en 1982 par Pierre Granier-Deferre, (d'après Le Locataire) avec Simone Signoret et Philippe Noiret.
- Les Fantômes du chapelier réalisé en 1982 par Claude Chabrol, avec Charles Aznavour, Michel Serrault et François Cluzet.
- Équateur réalisé en 1983 par Serge Gainsbourg, (d'après Le Coup de lune) avec Jean Bouise, Julien Guiomar et Francis Huster.
- Monsieur Hire (d’après Les Fiançailles de M. Hire) réalisé en 1989 par Patrice Leconte avec Michel Blanc et Sandrine Bonnaire.
- Betty réalisé en 1992 par Claude Chabrol avec Marie Trintignant.
- L'Inconnu dans la maison réalisé en 1992 par Georges Lautner avec Jean-Paul Belmondo, (d'après Les Inconnus dans la maison).
- L'Ours en peluche réalisé en 1993 par Jacques Deray, avec Alain Delon.
- En plein cœur, remake d’En cas de malheur, réalisé par Pierre Jolivet en 1998 avec Gérard Lanvin, Carole Bouquet, Virginie Ledoyen et Guillaume Canet.
- Adela réalisé en 2000 par Eduardo Mignogna, avec Grégoire Colin et Martin Lamotte, (d'après Le Coup de lune).
- Feux rouges, réalise en 2004 par Cédric Kahn, avec Jean-Pierre Darroussin et Carole Bouquet.
- La Californie, réalisé en 2006 par Jacques Fieschi, avec Nathalie Baye, Ludivine Sagnier et Roschdy Zem (d'après Chemin sans issue).
- L'Homme de Londres, réalisé en 2007 par Béla Tarr.

Simenon à la télévision

Maigret

Il existe plusieurs séries de téléfilms liées au commissaire Maigret dans plusieurs pays :
- En France, une mini-série et deux grandes séries ont été tournées :
- une première série de trois épisodes a été tournée au début des années 1950 avec Maurice Manson dans le rôle de Maigret. En réalité ces épisodes ont été regroupés et retravaillés, et sont sortis au cinéma sous le titre Maigret dirige l'enquête. En 1960, un téléfilm dramatique, Liberty-Bar, a aussi été réalisé avec Jean-Marie Coldefy dans le rôle.
- la première grande série est celle réalisée, à partir de 1967 avec Jean Richard dans le rôle titre, rôle qu’il jouera 88 fois en 24 ans, voir ;
- l'autre, à partir de 1991 avec Bruno Cremer dans le rôle titre, rôle qu’il jouera 54 fois en 14 anshttp://jy.depoix.free.fr/commisse.htm. Victor Lanoux avait été aussi approché pour le rôle.
- En Angleterre, trois séries ont été réalisées :
- une série de 52 épisodes a été réalisée entre 1960 et 1964 avec Rupert Davies dans le rôle de Maigret ;
- une deuxième série, entre 1964 et 1968 avec Kees Brusse dans le rôle titre ;
- une troisième réalisée en 1991 avec Michael Gambon sous l'intitulé « Inspector Maigret ».
- En Italie, une série a été réalisée avec Gino Cervi.
- Enfin, aux États-Unis, quelques titres ont été adaptés en téléfilms dès mai 1950 sur CBS avec un certain Herbert Berghof dans le rôle titre et en 1952 avec Eli Wallach. En guest star des séries françaises, on peut retrouver de grands acteurs tels que :
- Catherine Allégret, Michel Blanc, Patrick Bruel, Jean-Pierre Castaldi, Daniel Ceccaldi, Fanny Cottençon, Gérard Depardieu, Jean Desailly, Gérard Desarthe, Dora Doll, Suzanne Flon, Michel Galabru, Ginette Garcin, Roland Giraud, Daniel Gélin, Macha Méril, Simone Valère, Rosy Varte, Marthe Villalonga, et bien d'autres… dans la première série ;
- et, Heinz Bennent, Michel Bouquet, Élizabeth Bourgine, Aurore Clément, Arielle Dombasle, Marie Dubois, Renée Faure, Andréa Ferréol, Ginette Garcin, Bernadette Lafont, Odette Laure, Michael Lonsdale, Claude Piéplu, Agnès Soral, Alexandra Vandernoot, Karin Viard et Jean Yanne, et bien d'autres… dans la deuxième série.

Autres œuvres

- 1977 : Il y a encore des noisetiers de Jean-Paul Sassy avec Jacques Dumesnil.
- 1995 : Le Blanc à lunettes d'Édouard Niermans avec Laurent Grévill
- 2000 : L'Aîné des Ferchaux de Bernard Stora avec Jean-Paul Belmondo, Samy Naceri et Julie Depardieu
- 2007 : Monsieur Joseph d'Olivier Langlois avec Daniel Prévost ==
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